‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 8 sur 703 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Que c'est de cognoistre Dieu, et à quelle fin tend ceste cognoissance.

1. Or j'enton que nous eo^noissons Dieu, non pas (juand nous entendons nuement qu'il y a ([iielque Dieu : mais quand nous comprenons ce qu'il nous appartient d'en comprendre ce qui est utile pour sa gloire, briof ce qui est expédient. Car à parler droictement nous ne dirons pas que Dieu soit cognu, où il n'y a nulle religion ne pieté. Je ne touche point encores ici à la cognoissance spéciale, par laquelle les hommes estans perdus et maudits en eux, sont conduits à Dieu pour le tenu' leur redemptem' au nom de Jésus Christ : seulement je parle de ceste pure et saincte cognoissance, à laquelle l'ordre naturel nous meneroit si Adam eust persisté en son intégrité. Car combien que nul en ceste ruyne et désolation du genre humain ne sente jamais que Dieu luy soit père, ou mesme sauveur et propice, jusques à ce que Clirist vienne au mihcu pour le pacifier avec nous, toutesfois c'est autre chose d'estre informez que Dieu, selon qu'il est nostre créateur, non seulement nous sustente en sa vertu, nous gouverne en sa providence, nous maintient et nourrit par sa bonté, et continue toutes espèces de bénédictions en nous : et autre chose à l'opposite, de recevoir et embrasser la grâce de reconciliation, telle qu'il la nous propose en Christ. Parquoy entant que Dieu est en premier lieu cogneu simplement créateur, tant par ce beau chef d'œuvre du monde qu'en la doctrine générale de l'Escriture, puis après apparoist rédempteur en la face et personne de Jésus Christ, de là s'engendre et sort double cognoissance. Il nous suffira pour ceste heure de traiter de la première : la seconde su\Tra en son ordre. Or combien que nostre esprit ne puisse comprendre Dieu, qu'il ne luy attribue quelque service : toutesfois il ne suffira point de savoir en confus qu'il y ait quelque Dieu qui mérite d'estre seul adoré, si nous ne sommes aussi persuadez et résolus que le Dieu que nous adorons est la fontaine de tous biens, afin de ne rien chercher hors luy. Voicy mon intention : c'est que non seulement ayant une fois créé ce monde, il le soustient par sa puissance infinie, il le gouverne par sa sagesse, garde et préserve par sa bonté, et sur tout a le soin de régir le genre humain en justice et droiture, le supporter par sa misé-

ricorde, l'avoir sous sa protection : mais aussi qu'il nous faut croire qu'il ne se trouvera ailleurs qu'en luy une seule goutte de sagesse, clarté ou justice, vertu, droiture, ou vérité : afin ([ue comme ces choses découlent de luy et qu'il en est la seule cause, aussi que nous apprenions de les attendre toutes de luy, et les y chercher : et sur cela, que nous apprenions de luy rapporter le tout, et le tenir de lui avec action de grâces. Car ce sentiment des vertus de Dieu est le seul bon maistre et propre pour nous enseigner pieté, de laquelle la religion procède. J'appelle Pieté, une révérence et amour de Dieu conjointes ensemble, à laquelle nous sommes attirez, cognoissans les biens qu'il nous fait. Car jusques à ce que les hommes ayent ceci bien imprimé au cœur, qu'ils doivent tout à Dieu, qu'ils sont tendrement nourris sous son soin paternel : brief qu'ils le tiennent autheur de tout bien, en sorte qu'ils n'appetent rien que luy : jamais ils ne s'assujettiront d'une fi'anche dévotion à luy : qui plus est, s'ils ne mettent en luy toute leur félicité, jamais ne s'y adonneront eu vérité et rondeur.

2. Parquoy ceux qui s'appliquent k décider ceste question, assavoir que c'est que Dieu, ne font que se jouer en spéculations frivoles, veu que plustost il nous est expédient de savoir quel il est, et ce qui convient à sa nature. Car quel profit y aura-il de confesser avec les Epicuriens, qu'il y a quelque Dieu, lequel s'estant deschargé du soin de gouverner le monde, prenne plaisir en oisiveté? Mesmes de quoy servira-il de cognoistre un Dieu, avec lequel nous n'ayons que faire? Plustost la cognoissance que nous avons de luy, doit en premier lieu nous instruire à le craindre et révérer: puis nous enseigner et conduire à chercher de luy tous biens, et luy en rendre la louange. Et de fait, comment Dieu nous peut-il venir en pensée, que nous ne pensions quant et quant, veu que nous sommes sa facture, que de droit naturel et de création nous sommes .subjets à son empire, que nostre vie luy est deue, (jue tout ce iiue nous entreprenons et faisons se doit rapporter à luy ? Puis qu'ainsi est, il s'ensuit pour certain que nostre vie est mal-heureusement corrompue, sinon que nous rordonnions à son service : veu que c'est bien raison que sa seule

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