‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 94 sur 703 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

advenir jamais toutes en un coup. Je le confesse : mais pource (pie par l'exemple des autres nous sounnes advertis (pi'elles nous peu\ eut adxenir, et que nostre vie ne doit estie exemptée de nulle d'icelles, il ne se [leut faire ipie nous ne les craignions connue si elles ne de\o\ eut advenir. Quelle misère pourroit-on imaginer plus grande, que d'estre tousjours en tel tremblement et angoisse ? Davantage, cela ne seroit pdint sans l'opprobre de Dieu, de dire ({u'il eust abandonné l'Iiomme. la plus noble de ses créatures, a la témérité île fortune. Mais mon intention n'est icy (pie de parler de la ndsere de l'bomuïe, en laquelle il seroit, s'il vivoit comme à l'aventure.

11. Au contraire, si la providence de Dieu reluist au cœur lidele, non seulement il sera délivré de la crainte et destresse de laquelle il estoit pressé auparavant, mais sera relevé de toute doute. Car comme ;i bon droit nous craignons la fortune, aussi nous avons bonne raison de nous oser liardiment permettre à Dieu. Ce nous est tlonc un soulagement merveilleux, d'entendre que le Seigneur tient tellement toutes choses en sa puissance, gouverne par son vouloir, et modère par sa sapience, (jue rien ne vient sinon comme il l'a destiné. Davantage, ([u'il nous a receus en sa sauvegarde, et nous a commis en la charge de ses Anges, à ce (ju'il n'y ait ny eau, ne feu, ne glaive, ne rien qui nous pui.sse nuire: sinon d'autant (jue son bon plaisir le portera. Car il est ainsi dit au Pseaume, 11 te délivrera des empieges du chasseur et de peste nuisante. U te gardera sous son aisle, et seras à seureté sous ses plumes. Sa vérité te sera pour bouclier, tu ne craindras point les tumultes de nuict, ne la llesche ([uand elle sera tirée en plein jour, ne nuisances qui passent en ténèbres, ne le mal qu'on te voudra faire en la clarté du jour etc. (Ps. 1)1, :i— 6). De la vient la fiance (pi'ont les .saincts de se glorifier. Le Seigneur est mon adjuteur, je ne craindray pas tout ce que la chair me pourroit faire. Le Seigneur (\st mon protecteur, (pi"esl-ce (jue je craindroye ? Si un camp est dressé contre moy, si je chemine en l'obseurité de mort, je ne laisseray point de bien espérer (Ps. 1 1«, « ; 27, 3 : o(J, o et ailleurs). Dont esl-ce qu'aurait l'homme lidele une telle asseurance, laquelle ne peut estre jamais ostée, sinon que la où il sendtle advis que le monde soit témérairement tourné dessus et dessous, il repute que Dieu y besoigne à le conduire, duquel il espère (pie toutes les (puvres luy sont salutaires ? S'il se \oit assailly ou molesté du diable, ou des meschans, n'a-il pas lors bon mestier de se confermer, en réduisant en mémoire la prrjvidence de Dieu, sans la(pielle recordation il ne pourrait que se desesjjerer ? Au contraire, (juand il recognoist que le diable et toute la compagnie des mescbans est tenue serrée de la main de

Dieu, comme d'une bride, tellement ([u'ils ne peuvent concevoir mal aucun : ne (juand ils ne l'auront conceu, maciiiner à le faire: ne (luand ils machineront, l'exécuter, ne mesme lever le petit doigt, sinon d'autant que Dieu leiir comcommande : mesmes que non seulement ils sont tenus en ses pièges ou manettes, mais qu'ils sont contraints par le frain de sa bride à luy obéir: en cela il a suflisamment à se consoler. Car comme il est en Dieu seul d'armer leur fureur, la tourner et convertir où bon luy semble : aussi est-il en son pouvoir de les restreindre à ce qu'ils ne facent pas tout selon leur intempérance. Suyvant bupielle persuasion sainct Paul ayant dit en un lieu. (|ue son voyage estoit empesché par Satan, en un autre il le remet au bon plaisir de Dieu et à ce (pi'il permettra ( 1 Thess. 2, 18: 1 Cor. 16, 7). S'il eust dit seulement (pie Satan avoit mis l'obstacle, on eust pensé qu'il luy donnoit trop d'autliorité, comme s'il eust peu renverser les conseils de Dieu : mais (|uand il constitue Dieu gouverneur |iar dessus, confessant que tous voyages dépendent de sa permission, en cela il monstre (lue Satan ne peut rien, sinon entant que la licence luy est donnée. Par mesme raison David, à cause des révolutions dont la vie humaine est tournée et virée dessus et dessous, a son refuge à ceste doctrine, que les temps s(mt en la main de Dieu (Ps. .'Il, 16). 11 pouvoit mettre le cours (ju le temps de sa vie en nombre singulier : mais il a voulu mieux exprimer combien ([ue la condition de l'homme n'ait nulle fermeté, mais qu'elle change du jour au lendemain, voire i)lus souvent : toutesfois quelque variété qui advienne, que le tout est gouverné de Dieu. Pour latjuelle cause il est dit (Is. 7, 1 s.) ([ue Rasiiu et le roy d'Israël, combien qu'ayans conspiré k destruire le pays de Judée, semblassent advis fallots anlens pour enflandier toute la terre, n'estoyeut neaiUmoins (pie tisons fuinans, dont il ne pouvoit sortir (pi'iin peu de fumée. En ce mesme sens Pharaon, le(|uel estonnoit tout le monde par son équipage et par la multitude de sageiidariiieri(\.estaccomparé à une Baleine, et ses gensdarmcs à des poissons (Ezech. -29. \). Ainsi Dieu dit ([u'il prendra avec son lianie('on et le capitaine et les soldats, et qu'il les tirera à son plaisir. En somme, afin de ne demeurer plus longuement sur ce propos, je dy que c'est la plus grande misère (jue puis.se avoir l'homme, d'ignorer la pro\ idence de Dieu: et d'autrepart, que ce luy est une singulière béatitude de la bien cftgnoistre.

12. >."ous aurions assez parlé de la pro\ idence de Dieu, entant que mestier est pour l'instruction et consolation des fidèles (car jamais on n'en auroit assez dit pour rassasier la curiosité des fols, et ne s'en faut ja mettre en peine) n'estoit qu'il y a aucuns passages en l'Escriture qui semblent advis signifier que le conseil de

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