‹ Institutiones géologiquesChapitre 4 sur 151 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

le ^aste champ des conjectares ; et pentr* être n'y a-Ml point de sujet qui ait donné Ueu à on si grand nombre d'hypothèses ^ que celui où Ton traite de la formation du globe. Voilà pourquoi beaucoup de gens se sont crus autorisés à tourner en ridi* cule Tétude de la géologie^ et à considérer les recherches qu'elle a pour objet, comme des romans ingénieux. Les détracteurs de cette belle science n'ont pas cessé de ré-péter 9 et d'interpréter à leur manière 9 cette assertion échappée au célèbre Guvier^ qu'o» ne peut prononcer le nom de Géologie sans exciter le rire. Mais cet auteur dans le dis* cours préliminaire de l'ouvrajge qui a peur titre. Des animaux f osâtes , a clairement expliqué le sens de ses paroles, eniMsant qu'elles se réfèrent à ces personnes pré^* venues, qui, dans l'étude de la géologie, ne s'attachent qu'aux hypothèses absurdes et aux systèmes imi^naires, et mettent en oubli la longue et intéressante série des

DE l'auteur. vu

fisdts certains que cette^ science nous a &dt connoître. Un passage pris du. discours pré<« cité, prouve d'ailleurs le cas que Guviet faisait de la géologie : <x Lliistoire ancienne 7> du globe, dit-il, terme définitif vers lequel 30 tendent toutes les recherches, est par elle* » même Tun des objets les plus curieux 30 qui puissent fixer Tattention des hommes ^> éclairés. »

Les recherches dont parle Cuvier, sont les observations faites par > beaucoup .dé^ naturalistes avec un zèle inlstigâble et à divers points de la superficie; terrestre; observations qui constituent la science géegnostique ; c'est pourquoi je regarde cette science comme une partie inséparable de la géolc^e, ptdsqu'eUe lui sert de base et d'appui.' £n un mot , la géologie . sans la géognosie , ne peut être qu'une ; collection indigeste de fiictions romanesques; et tels étaient les systèmes géologiques avant que les naturalistes s'appliquassent sérieusement

Vm PRÉFACE

à Pexamen de la superficie terrestre. Maiff 8era*t<-il possible de sl^parer la géognosie^ de la géologie, ou pour mieux dire, vou* dra-'t-^on se contenter de la simple connois-» sance des faits, et ne se laissera-t*on pas emporter au désir de: découvrir la cause et Torigine de ces faits? C'est en vain qa\on déclame contre les hypothèses ; on ne parviendra point à changer la nature de l'homme ; et lorsque nous coimoissons un fait soit d'après notre propre, observation, soit sur le rapport d'autrui, notre e^rit est continuellement agité et inquiet jusqn'à ce qu'il ait ou pu concevoir une cause ca** pable d'avoir produit ce fait, cette cause ne fut*-elle qu'approximative ^ ou trouvé un moyen , sinon de satisfaire endèrement , du moins d'appaiser en quelque sorte sa eu* riosité. La différence qui existe entre l'homme réellement instruit et l'homme superficiel ^ est que celui-ci regarde conmie certain ce que le premier considère seulenwnt comme

DE L^AUTECR. BC

possible OU tont aa plus probable, toujours prompt à changer de sentiment, aussitôt; cpx*îl reconnoit Tincongruité de ropinioiK qu^il avait embrassée. Lorsque les conjectures sont fondées sur les principes de la phy«* siqae; lorsqu'elles ne répugnent ni à des vérités démontrées , ni à des âiits certains;

et qu'on ne leur accorde pas plus de con** fiance. qu'elles n'en méritent, il me parbit qu'on doit les tolérer parce qu'elles contrit buent au progrès des connoissances humaines, et qu'elles nous facilitent les mo-^ yens d^arriver à cette certitude qui est le but de nos recherches. U s'est écoulé peu d'années depuis qu'une hypothèse en ap^ parence des plus singubères , celle imaginée par Olbers de l'explosion d'un corps a si bien dirigé les observations astrono^ miqaes, qu'on a découvert deux planètes 4 Janon et VesUk , qui errantes dans l'im* mensité de l'espace, se déroberaient encore à nos regards. • . t

X PBÉFAGE

n n'y a point de géologue pour si. peu instruit qu'on le suppose, qui ne soit per* suadé de Tinsuffisance de nos hypothèses géologiques : cette insuffisance a pour première . cause Tétat de la physique et de la chimie, qui ont une étroite corrélation avec la géologie; et plusieurs hypothèses formées lorsque ces deux sciences étaient encore dans leur enfance , ont été . abandonnées à mesure que les découvertes se sont multipliées. Leurs progrès ont été sans doute aussi rapides, qu'étonnans; mais ont-elles encore reçu tout le développement dont elles sont susceptibles ? Il est impossible de déterniiner Fespace qui reste à parcourir soit en physique , soit en chimie : une seule découverte peut causer la ruine de Thypothèse la phis . accréditée » et nous obliger à abandonner les idées sur lesquelles nous Tavions fondée. Les récentes expériences de Davy auxquelles a donné lieu la singulière machine de Yolta , présentent une nouvelle

DE L'AOTEUH. XI

série d^dées qui pourront exercer ime grande influence sur la géologie.

La seconde cause de l'insuffisance des hypothèses, est le peu d'étendue cpiê comportent nos observations puisqu'elles ont pour limite naturelle la croûte du globe. Les excavations les ' plus profondes soit naturelles , soit artificielles , sont des quanti'* tés infiniment petites relativement au* rayon terrestre : il est donc impossible de con« noitre avec certitude la structuré intériemre de Ja terre. Toutes les inductions qu'on pourra tirer de l'examen de la superficie, seront toujours sujettes à bien des méprises, à cause des modifications produites par la décomposition: cette superficie, dès les premiers momens de sa formation, a' été en efiet exposée à l'action de la lumière , de la chaleur, de l'eau, des fluides aériformes, etc. Nous ne devons pas attendre de grands secours, des volcans, quoique ces laboratoires de la nature nous présentent

XÏI PRJÊPACE

des substances qui ont été aurackées de lieux souterrains où il ne ûous est pas possible de pénétrer. Les altérations causées par l'action du feu, et les nouveaux produits qui peuvent se former dans ceS immenses ca«- Ternes, ne sont que trop propres à perpétuer notre incertitude sur la nature des parties intérieures du globe.

Enfin nos observations indépendaimment qu'elles se bornent à la superficie > sont en<core en si petit nombre que nous pouvons à peine nous flatter de connoitre une très^ petite partie dé cette superficie. Nous ignorons si les phénomènes décrits par Pallas, Saussure^ Dolomieu, Gordier, Ramond «^ Humboldt, De Bucb, Hausmann et beau*coup d'autres naturalistes voyageurs^ sont conformes à ceuk qu'on pourrait observer dans d^autres parties du globe qui ndiv sont inconnues , et qui pendant plusieurs siècles seront peut-être encore inaccessibles aux philosophes les plus courageux. H est vrai

DE l'auteur. XIII

qa^eu combinant les observations faites par 4U1 grand nombre de naturalistes dans dî* verses parties du glob^ séparées par des distances très-consid»ables, on aperçoit tant de régolarité et d'uniformité dans la consr trucdon de ce globe, que. les linéamens de qudiG[ttes extensions peuvent servir de règle pour toute la chaîne des faits: mais il y a beu de douter si les observations sont multipliées au point qu'elles nous permettent de généraliser, les inductions que nous en tiroi%9.

Nous sommes donc encore bien éloignés de l'époque éiL l'on pourra former un sys*tème complet de ^géologie. Quoiqu'il en soit possesseurs -d'un grand nombre de faits que nous avons recueillis , il nous importe de les réonir ^ de les lier ensemble , de les réduire à ces principes ;, qui, dans l'état actuel de nos connoissances 9 nous offrent le plus de probabilité , et de les rattacher à une Hypothèse quelconque, pourvu quelle puisse

^ÏV PRÉFACE

leur servir de centre d'union. Pourquoi ne nous serait^-il pas permis de nous livrer à la'douce espérance qu'une hypothèse à Faide de laquelle on expliqtfe tous les phénomènes connus, nous servira^ aussi à. rendre raison de ceux que nous pourrons découvrir un jour? £t si. nos voraxse réalisent, ce ne sera plus une hypothèse, ce sera une théorie. Mais si nous voulons bbjtenir' cet heureux résultat, nous ne devons pas perdre courage : nos erreurs mêmes pourront être utiles à ceux qui viendront après nous; et en leur faisant reconnoitre le chemin qu'ils "doivent abandonner , elles rendront plus facile et plus court celui qui les con* duira à la connoissance du vrai. « Si Thomme, y> dit La-Place, au commencement du liv. *» 2 de V Exposition du système du Monde, » s'était borné à recueillir des fsàts , les ^'sciences ne seraient qu'une nomenclature )» stérile, et jamais il n'eut connu les grandes y> lois de la nature. y>

DE l'auteur. XV

Tous les systèmes . géologiques peuvent être réduits à deux principes , savoir, Feau et le feu. Jusqu'à présent ceux qui ont adopté Tun de pes principes , - ont donné à l'autre une exclusion absolue: mais n'y aurait-il pas quelque moyen de lés concilier et de les concentrer dans un point, qui, phcé entre les deux extrêmes, serait plus rapproché de la vérité? Les difficultés insurmontables /auxquelles ' est sujette Thypô-

thèse de la fluidité aqueuse primitive 4 m'ont obligé de recourir au feu , et vu Tétât acmel de nos connoissances physiques , j'ai cru reconnokre daiis cet agent, un moyen facile pcftir expliquer' tant son origine, que. son occultation ou* son apparent anéantissement qui produisit le refroidissement du globe; et les roches que nous appelions primitives. On dira peut-être que cette hypothèse est fondée sur un prhpicipe aussi incertain que celui de l'existence du calorique. Je ne dissimulerai pas la force de cette lobjection;

Tom€ J.

Page 1