LES BASILIQUES
dont nous gratifions nos esclaves africains, ou cinq bouteilles d'un vin arrivé par le Tibre. Quatre procès te rapportent-ils une pièce d'or, n'oublie pas que tu en dois une partie aux praticiens qui t'aidèrent. »
Il y avait plusieurs prisons à Rome; la plus célèbre était celle qui fut élevée par Ancus Marcius, sombre édifice bâti au pied du mont Capitolin, et sous laquelle Servius TuUius fit placer un cachot souterrain, réservé aux grands criminels qu'on y faisait descendre par le moyen d'une trappe. Les exécutions avaient souvent lieu dans ce cachot, on enlevait ensuite le corps des condamnés à l'aide de crocs, et après l'avoir exposé nu sur des degrés appelés gémonies, on le jetait dans le Tibre. Quelquefois aussi on précipitait le coupable du haut d'une roche, mais en s'arrangeant toujours pour qu'il tombât en dehors de l'enceinte de la ville qu'une exécution capitale aurait souillée. Enfin il y avait certains crimes, comme le parricide, pour lequel le coupable était cousu dans un sac en compagnie d'une vipère et jeté ensuite dans le fleuve. La dégradation civique, l'exil ou la déportation étaient les peines infligées le plusordinairement aux coupables dont la faute n'entraînait pas une condamnation à mort.
Les basiliques. — Les basiliques sont les palais où siègent les tribunaux. Primitivement la basilique était dans le palais des rois la salle où le prince rendait lajustice. Plus tard la basilique devint un édifice particulier décoré avec une grande magnificence, et qui dans les villes romaines était placé sur le forum, ou dans le voisinage des places publiques.
Les basiliques étaient décorées de plusieurs rangées de colonnes, et quelquefois ouvertes de toutes parts pour la circulation du peuple. L'édifice connu sous le nom de basilique de Pœstum nous montre chez les Grecs un exemple de ce système qui a été quelquefois adopté par les Romains. Mais le plus souvent les basiliques étaient entourées de murailles percées de fenêtres et n'avaient de colonnes qu'à l'intérieur.
En général l'intérieur était divisé dans sa longueur en trois parties que séparait une rangée de colonnes, présentant souvent deux ordres superposés. La nef centrale, plus grande que les autres, se terminait par un hémicycle où siégeait le tribunal.
L'ensemble du monument formait une vaste salle rectangulaire
qui remplissait le triple rôle de tribunal, de bourse et de bazar. « Rien de plus simple, dit Quatremère de Quincy, et de moins dispendieux que la construction des basiliques. Les colonnes de la galerie inférieure recevaient un plafond qui servait de plancher à la galerie supérieure; celle-ci, également plafonnée, supportait le plafond de la grande nef et la pente du toit. Les jours étaient pratiqués dans l'épaisseur du mur d'enceinte, en supposant qu'il y en eût, et dans les entre-colonnements. Les galeries supérieures avaient aussi des fenêtres qui devaient éclairer l'intérieur de l'édifice. »
« Les basiliques qui sont dans les places publiques, dit Vitruve, doivent être situées au lieu le plus chaud, afin que ceux qui y viennent pendant l'hiver pour y faire le trafic n'y ressentent pas autant la rigueur de cette saison. Leur largeur doit être au moins la troisième partie de leur longueur, ou de la moitié tout au plus, à moins que le lieu ne permette pas d'observer cette proportion. La hauteur des colonnes des basiliques doit être égale à la largeur des portiques, et cette largeur sera de la troisième partie de l'espace du milieu. Les colonnes d'en haut doivent être, ainsi qu'il a été dit, plus petites que celles d'en bas; la cloison qui est entre les colonnes de l'étage supérieur ne doit avoir de hauteur que les trois quarts de ces mêmes colonnes, afin que ceux qui se promènent sur cette galerie ne soient pas vus des gens qui trafiquent en bas. Les architraves, les frises et les corniches auront les proportions telles que nous les avons expliquées au troisième livre. »
Ce n'est pas le temple, mais la basilique, qui servit de type aux premières églises chrétiennes. La disposition d'un temple ne pouvait convenir à un culte où toutes les cérémonies s'accomplissent dans l'intérieur de l'édifice. L'église devait représenter le vaisseau de saint Pierre, et la nef centrale de la basilique offrait bien l'image de ce vaisseau. Les fidèles occupaient les nefs, l'autel était placé au fond de l'édifice et l'évêque, entouré de son clergé, remplaçait le juge entouré des assesseurs. La basilique avait en outre pour les chrétiens l'avantage de n'être pas souillée par des souvenirs idolàtriques.
La basilique Ulpienne, élevée sur le forum de Trajan et dont les restes ont été découverts à la suite de fouilles exécutées en 1812. montre très bien comment ce genre d'édifice, qui servait aux païens de tribunal, a pu devenir par la suite le type des églises chrétiennes. Sur le plan représenté figure 28, les entrées de la basilique sont