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LES TRIBUNAUX GRECS ET ROMAINS

affaires devant les tribunaux d'Athènes, et il leur était interdit pour les affaires importantes d'avoir une juridiction spéciale.

A Sparte le sénat prononçait dans les affaires capitales, et les affaires particulières se plaidaient devant les éphores, mais il n'y avait aucun orateur chargé de plaider la cause des parties intéressées qui devaient personnellement soutenir leurs droits. Le témoignage des esclaves n'était point admis.

Les tribunaux romains. — A Rome l'administration de la justice se partageait en jugements privés, concernant les causes des citoyens entre eux, et jugements publics, concernant les crimes publics. Les fonctions judiciaires, après avoir appartenu aux rois et ensuite aux consuls, passèrent aux mains d'un lieutenant consulaire nommé préteur. D'abord dévolue exclusivement à la classe patricienne, cette magistrature fut, comme toutes les autres, ouverte plus tard aux plébéiens. L'affluence des étrangers étant devenue de plus en plus considérable, la fonction de préteur fut dédoublée; il y eut un préteur urbain, pour les citoyens romains, et un autre préteur chargé de juger les débats qui survenaient entre les étrangers. Le nombre des causes augmentant dans une proportion énorme, les préteurs eurent sous leurs ordres des substituts, et il se forma ainsi un corps judiciaire, dont la fonction était annuelle, comme la plupart des magistratures romaines.

Les citoyens, dit Dezobry dans Rome au siècle d^ Auguste, ont une singulière formalité à remplir avant de pouvoir porter leurs contestations devant les magistrats ; ils doivent feindre de vouloir se faire justice eux-mêmes, comme cela se pratiquerait dans un pays où il n'existerait pas de société civile. Je ne sais si cette formalité a été inventée comme témoignage perpétuel de la liberté absolue dont jouissaient les anciens Romains, ou seulement pour prouver la réalité de la contestation, mais il est certain que tous les procès dans lesquels il s'agit de deux intérêts privés commencent par un duel où les parties se montrent prêtes à en venir aux mains. Quand il s'agit d'un objet familier facilement transportable, on l'apporte devant le tribunal du préteur, et c'est au moment où les deux prétendants feignent de vouloir se l'arracher que le magistrat intervient, évoque pour ainsi dire l'affaire et leur ordonne de laisser la chose. Si l'objet en litige n'est pas transportable, on en produit un fragment; un petit éclat de bois ou de pierre pour un vaisseau

OU une colonne, une tuile pour une maison, une motte pour une terre, tous ces fragments d'immeubles pris ou détachés de la chose même, devant laquelle il faut aller simuler le combat judiciaire. Les témoins aussitôt s'interposent et séparent les combattants qui les suivent, comme contraints, devant le magistrat. »

11 parait qu'il y avait pour chaque plaidoirie un temps limité d'avance, et que les avocats ne pouvaient pas s'étendre outre mesure dans leur péroraison. On avait pour fixer la durée de chaque discours un régulateur qui ne pouvait être dépassé sans enfreindre les règlements. C'est ce qui résulte du passage suivant tiré du livre d'Apulée :

« Bientôt les appariteurs me font avancer sur le milieu de la scène comme une victime. L'huissier se met à crier d'une voix de Stentor : c'était pour appeler l'accusateur. Un vieillard se lève, puis, afin de fixer le temps pendant lequel il parlera, il prend un petit vase qui ressemblait à un entonnoir et dont l'extrémité s'amincissait en pointe. Il y verse de l'eau qui s'en écoule goutte à goutte et il s'adresse au peuple... »

Les avocats étaient extrêmement nombreux à Rome, et l'éloquence de la tribune pouvait mener aux plus hautes fonctions de l'Etat. Néanmoins la profession d'avocat ne paraît pas avoir toujours été très lucrative. Un curieux extrait de Juvénal va nous montrer qu'une bien maigre rétribution était souvent le résultat de leurs efforts.

« Voyons donc ce que produisent aux avocats la défense des citoyens et les liasses de papiers qu'ils traînent avec eux. Us font grand bruit, surtout s'ils plaident en présence d'un créancier, ou si, plus âpre encore, quelque autre créancier, ses registres à la main, les anime à soutenir un titre douteux. C'est alors que leurs poumons vomissent le mensonge avec des flots d'écume dont leur sein est arrosé. Veut-on apprécier au juste les fruits de ce métier : que l'on mette de côté les fortunes réunies de cent avocats, de l'autre celle du cocher Lacerna.

« Les juges ont pris place. — Pâle d'inquiétude, lu le lèves, nouvel Ajax, pour défendre la liberté douteuse de ton client. Allons! crie, malheureux ! brise ta poitrine, afin de trouver à ton retour, vainqueur épuisé de fatigues, les murs et l'échelle de ta maison décorés de palmes verdoyantes. Quel sera le prix de tes efforts ? Unjambon desséché, quelques mauvais poissons, de vieux oignons

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