LE BOUCLIER
entourée d'un rebord en métal {fig. 227). Chaque légion avait des
Fig. 226. — Bouclier étrusque. Fig* 227. — Bouclier romain.
boucliers peints d'une couleur différente, et ils étaient en outre
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Fig. 228. — Boucliers romains. (D'après la colonne Trajane.)
chargés de symboles distinctifs. C'est ainsi que la figure 228, tirée (de 'la colonne Trajane, nous montre trois boucliers, dont l'un est
décoré d'un foudre, le second d'une guirlande, et le troisième d'un foudre avec les ailes étendues.
Un passage de Jules César montre que les boucliers des Gaulois
Fig. 339
Boucliers celtiques
Fig. 33o
n'étaient pas excellents sous le rapport de la fabrication, puisque les javelots romains en transperçaient deux à la fois lorsqu'ils les
Fig. 281 — Bouclier franc.
rapprochaient pour s'en faire un rempart. « Les Gaulois, dit J. César, éprouvaient une grande gêne pour combattre, en ce que
Fig. 282. — Bouclier franc.
plusieurs de leurs boucliers se trouvaient, du même coup des javelots, percés et comme cloués ensemble, et que le fer s'étantj recourbé, ils ne pouvaient ni l'arracher ni se servir dans la mêlée
l'organisation militaire 181
de leur bras gauche ainsi embarrassé. Un grand nombre d'entre eux, après de longs efforts de bras, préfèrent jeter leur bouclier et combattre à découvert. »
Les figures 229 et 230 représentent les deux côtés d'un bouclier celtique, dont le décor consiste en deux rangées de cercles formant une calotte hémisphérique saillante.
Les armes des Francs ne sont pas communes dans nos collections. On en a pourtant retrouvé quelques-unes ; les figures 2Si et 232 montrent un bouclier franc découvert en Normandie.
L'organisation militaire. -— Les forteresses. L'armée navale. — Les prisonniers.
L'organisation militaire. — L'armée égyptienne comprenait la grosse infanterie, l'infanterie légère et les combattants en char. Tous ces corps avaient une destination différente.
La grosse infanterie était composée de soldats dont la tête et le corps, jusqu'à la ceinture, sont protégés par un bouclier. Elle porte comme arme offensive une lance dans la main droite et comme costume une tunique courte. Cette infanterie marchait en colonnes serrées, et avec une précision et une régularité qu'eût enviées Frédéric le Grand. Il est présumable qu'elle formait le corps principal de l'armée égyptienne {fig. 233).
Les troupes légères sont de deux sortes : d'une part, on voit des soldats armés d'un sabre recourbé et portant de la main gauche un petit bouclier; leur tète est coiffée d'un casque, généralement orné à son sommet. Les autres sont des archers, vêtus de longues tuniques et portant un arc triangulaire avec un carquois sur l'épaule, comme on le remarque sur la figure 23â, dans laquelle une troupe d'archers semble attendre un ordre pour commencer l'action. La figure 235 nous montre une autre catégorie d'archers
i82 LA GUERRE L^ARMÉE ÉGYPTIENNE
qui ont, au contraire, une jupe très courte. Ceux-ci sont en
Fig. 233. — Infanterie égyptienne.
marche : ils n'ont pas le carquois sur l'épaule. Leur arc, d'une
L ORGANISATION MILITAIRE
forme très différente de ceux que nous avons vus dans la figure précédente, est dans une espèce d'étui qu'ils tiennent dans la main droite ; celle-ci est armée d'une hachette ou d'un petit sabre recourbé.
Fig. 234. — Archers égyptiens.
Ces soldats se mettaient généralement à l'avant-garde ou sur les derrières de l'armée : ils avaient pour mission de courir sur tous les points menacés, en attendant que les fortes colonnes du centre aient eu le temps de s'ébranler et de se mettre en mouvement. Les
Fig. 235. — Infanterie légère.
archers contribuaientgrandementaux succès des armes égyptiennes : les uns combattaient à pied, les autres dans les chars, mais tous avaient pour mission de protéger l'infanterie, qui dans les batailles occupait toujours le centre.
On a beaucoup discuté la question de savoir si la cavalerie était
LA GUERRE
l'armée Égyptienne
employée dans l'armée égyptienne. « Les Égyptiens, dit M. Chabas, furent de grands appréciateurs du cheval ; ils l'employaient aux mêmes usages que nous; quoique l'usage des chars l'emportât sur celui de l'équitation, celle-ci, néanmoins, n'était pas négligée; pour un grand personnage, c'était un mérite remarqué que la bonne tenue à cheval. Il existait, à l'époque pharaonique, des établissements publics où les chevaux étaient élevés et dressés surtout en
Fig 236. — Char de bataille.
vue de leur service à la guerre. Un grand nombre d'officiers y étaient préposés. » D'un autre côté, on ne voit jamais de cavalerie dans les représentations de bataille. Quelquefois, il est vrai, on voit dans les bas-reliefs un cavalier isolé; mais en étudiant le monument, on trouve que ce cavalier porte un costume étranger et fuit devant les Egyptiens, ou bien c'est un courrier qui va porter une lettre ou transmettre un ordre.
Les peintures nous montrent, au contraire, que les chars avaient une très grande importance dans les manœuvres militaires, et ChanipoUion-Figeac conclut de là qu'en parlant de cavalerie la Bible veut simplement désigner les hommes qui ne combattent pas à pied, mais sur des chars traînés par des chevaux.
L ORGANISATION MILITAIRE
Habituellement, les chars de guerre se distinguent par les carquois qui sont placés sur les côtés, et forment pour la décoration une ligne oblique très gracieuse [fig. 236). Les plus beaux chars,
ceux qui appartiennent aux chefs des guerriers, ont des carquois beaucoup plus ornés que les autres. Le char que montent les Pharaons est en outre décoré d'un lion placé de chaque côté.
Fig. 287 Fig. 238
Enseignes de guerre.
Fig. 289 Porte-enseigne.
Les chars de guerre contenaient habituellement deux personnes: un cocher qui tenait les rênes pour diriger les chevaux, et un combattant qui est presque toujours un archer, bien qu'on en voie aussi qui portent le javelot, la hache ou le sabre recourbé. Quelquefois, mais jamais à la guerre et seulement dans quelques cérémonies, on voit trois personnages montés sur un char.
LA GUERRE
Le cocher se plaçait à gauche et le combattant à droite.
Dans les batailles, les chars avaient pour mission de porter le désordre dans les troupes ennemies et ils étaient certainement montés par des soldats d'élite. Le roi est presque toujours sur un char : les artistes le représentent d'une taille démesurément grande, armé de pied en cap et lançant des flèches contre les ennemis ou les frappant de sa hache. On voit souvent un lion qui suit ou précède le roi et paraît être mis là comme emblème de sa force.
La bannière royale d'Egypte est une espèce d'étendard surmonté d'un épervier. L'épervier est l'oiseau consacré à Horus, symbole
Fig. 240.
Emblèmes égyptiens.
des renaissances du soleil et emblème du soleil levant. Les Pharaons, étant considérés comme fils du soleil, avaient adopté naturellement les insignes du dieu avec lequel ils étaient identifiés. Chaque roi inscrivait sur sa bannière une devise particulière, mais dont le sens indiquait toujours son assimilation avec Horus.
Outre la bannière royale, chaque bataillon avait un étendard particulier sur lequel était ordinairement représenté quelque emblème vénéré, comme le cartouche du roi, la barque symbolique, ou des têtes de divinités, apparaissant soit sous leur forme humaine et avec leur coiffure caractéristique, soit sous la forme de l'animal qui leur est consacré, comme l'épervier, le lion, l'ibis ou le chacal. Pour être visibles à tous les yeux, ces enseignes se plaçaient à l'extrémité d'une grande hampe. Elles étaient regardées par les troupes avec un respect religieux et devaient, par renthousiasme qu'elles excitaient universellement, contribuer beaucoup aux succès des armes égyptiennes {fig. 237 à 24i).
Le porte-enseigne était toujours un personnage important; celui
L ORGANISATION MILITAIRE
que nous représentons figure SOi tient un étendard orné de rubans et surmonté d'une coupe au-dessus de laquelle est placé un oiseau- Il est coiffé d'une calotte noire et vêtu d'une jupe brun foncé.
Les armées égyptiennes étaient accompagnées de musiciens, qui dans les marches précédaient les corps. On en trouve des représentations figurées sur plusieurs monuments, notamment sur ceux qui passent pour être contemporains de Sésostris. Les instruments dont on se servait pour la musique militaire étaient la trompette et les tambours. {Fig. 2^2.)
Les Égyptiens avaient deux sortes de tambours. Le tambour
Fig. 242. — Musique militaire.
employé dans l'armée était oblong et on le frappait avec la main, comme le tympanon. Il se portait en bandoulière et se plaçait sur le dos pendant les marches. La caisse de ces tambours était en bois ou en cuivre, et les peaux étaient en cuir ou en parchemin. Nous en avons au Louvre un spécimen (salle civile, armoire H).
Depuis les temps les plus reculés, les Egyptiens ont fait usage de la trompette. C'est avec cet instrument qu'on appelait les troupes, comme nous le voyons dans une peinture de Thèbes, où les hommes qui jouent de la trompette restent en place, tandis que les troupes se rallient au son de l'instrument qu'elles entendent. Parmi les instruments de musique conservés au musée égyptien du Louvre, nous avons une trompette en bronze (salle civile, armoire H).
La trompette droite paraît avoir été surtout employée pour trans-
LA GUERRE
mettre les ordres des chefs; les monuments antiques nous montrent la trompette comme un instrument étroit dans toute la longueur du tube, jusqu'à l'embouchure où elle s'évase (fig. 243).
Le roi, qui était le chef suprême de l'armée, payait toujours de sa personne ; il distribuait à ses fils ou à ses grands officiers les commandements partiels. Les soldats étaient divisés en régiments subdivisés eux-mêmes en bataillons et en compagnies; les officiers étaient hiérarchisés et possédaient chacun un commandement particulier. Nous trouvons de curieux détails sur les fatigues du métier des armes et les misères attachées à la vie d'un ©fficier dans
Fig. 243. — Le ralliemeat des soldats.
un papyrus de la XIX^ dynastie, dont M. Lenormant a reproduit un fragment. « Quand tu recevras cet écrit de prose cadencée, ah ! puisses-tu trouver agréable l'œuvre de l'écrivain.
(( Je veux te dépeindre les nombreuses tribulations de l'officier d'infanterie.
« Tout jeune encore, il est renfermé dans la caserne.
(( Une armure qui le serre entoure son corps, une pièce défensive descend sur ses yeux; la visière est sur ses sourcils; sa tête est protégée contre les blessures.
(( Il se trouve serré comme un rouleau de papyrus, et ses mouvements sont gênés dans le combat. Te dirai-je ses expéditions en Syrie, ses marches vers les régions lointaines?
« Il doit porter son eau sur son épaule, comme les ânes leur charge.
« Son dos est enflé comme celui d'une bête de somme et son échine est ployée.
L ORGANISATION MILITAIRE
« Quand il est désaltéré par une eau corrompue, il faut qu'il retourne à la garde de nuit. S'il arrive à l'ennemi, il est comme une oie prise au filet, et ses membres n'ont aucune vigueur.
« Quand il revient vers l'Egypte, il est comme le bois rongé des vers.
« Si la maladie arrive et le force à se coucher, on le charge sur un âne.
Fig. 244- — Soldats auxiliaires.
« Ses effets sont pillés par les voleurs et son serviteur l'abandonne. »
Malgré ces plaintes, il paraît démontré que l'armée formait en Egypte une classe extrêmement importante et à laquelle se rattachaient d'importants privilèges. « Les guerriers, dit Hérodote, reçoivent du peuple le nom de Calasiries et d'Hermotybies; ils habitent les nomes ci-après énumérés, et toute l'Egypte est divisée en nomes. Voici ceux des Hermotybies : Busiris, Sais, Chemmis, Papremis, l'île de Prosopitis, et la moitié de Natho ; les Hermotybies ont leurs domaines sur ces nomes; leur nombre est de cent soixante mille hommes, quand ils sont au grand complet. Nul d'eux n'a jamais rien appris des arts mécaniques, mais ils se consacrent au métier des armes. Voici les nomes des Calasiries : Thèbes, Bubaste, Aphthis, Tanis, Mendès, Sébennys, Athribis,
Pliarbethis, Thmuis, Onuphis, Anysis, Myecphoris; ce dernier nome occupe une île en face de Bubaste ; les Calasiries ont leurs domaines sur ces nomes. Leur nombre est de deux cent cinquante mille quand ils sont au grand complet. Il ne leur est permis de cultiver aucun art mécanique, mais ils exercent les artsde la guerre et se les transmettent de père en fils... Les privilèges suivants sont attachés aux guerriers, et hormis les prêtres, ils sont les seuls des Égyptiens à qui rien de semblable soit accordé : chacun d'eux possède, exempts d'impôts, douze arpents d'excellente terre; l'arpent
Fig. 245. — Soldats auxiliaires.
d'Egypte équivaut à un carré de cent coudées de côté, la coudée étant la même que celle de Samos. Ils jouissent tour à tour, et jamais les mêmes, de ces autres avantages: tous les ans, mille Calasiries et autant d'Hermotybies forment la garde du roi; à ceuxci, outre leurs terres, on donne, chaque jour, cinq mines de pain cuit, deux mines de chair de bœuf et quatre coupes de vin. Voilà ce qu'on donne aux gardes. »
On voit que l'armée égyptienne, qui selon Hérodote présentait un effectif de quatre cent dix mille hommes en temps de guerre, constituait dans le pays une véritable aristocratie militaire," qui était en possession de terres qu'elle faisait cultiver et pour lesquelles elle ne payait aucune redevance au fisc. En revanche, chaque homme était oblige de s'équiper lui-même, et de se présenter, jivec ses armes offensives et défensives, chaque fois qu'il en était
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requis pour une campagne. Cela arrivait assez fréquemment, soit que le roi voulût envahir un pays étranger, soit qu'il y eût lieu de réprimer quelque rébellion dans une province. L'armée devait en outre fournir le nombre d'hommes jugés nécessaires pour le service des garnisons établies dans les villes fortifiées, dont les principales étaient Péluse, Maréa, Hiéracompolis, Syène, Éléphantine et quelques autres places.
Le privilège qu'avaient les guerriers de ne rien payer au fisc ne pouvait manquer de déplaire aux rois, qui croient souvent avoir plus besoin d'argent que de soldats : nous voyons en effet un Pha-
Fig. 246. — Soldats auxiliaires.
raon tenter de l'abolir. « Séthos, dit Hérodote, négligea beaucoup l'ordre des guerriers comme n'ayant aucun besoin de leurs services ; et parmi un grand nombre de marques d'indifférence, il alla jusqu'à les priver des douze aroures de terres labourables concédées à chaque individu de cet ordre par les rois ses prédécesseurs, et choisies dans les meilleures terres. Aussi lorsque peu de temps après une armée nombreuse, commandée par Sennachérib, roi des Assyriens et des Arabes, vint attaquer l'Egypte, aucun des guerriers égyptiens ne voulut marcher. Le prêtre-roi, inquiet de ce refus et incertain du parti qu'il devait prendre, entra dans le temple de Vulcain et vint déplorer au pied de la statue du dieu les malheurs qui le menaçaient. Pendant qu'il exhalait ses plaintes, le sommeil s'empara de ses sens, et il vit en songe le dieu debout, près de lui, qui le rassurait et lui promettait qu'avec le secours qu'il allait
recevoir il n'aurait rien à redouter de l'armée ennemie. Le roi, se confiant en cette vision, rassembla tous ceux qui consentirent à le suivre, et marcha vers Péluse, qui est le point par lequel on peut pénétrer en Egypte, n'ayant avec lui aucun soldat, mais seulement un ramas de marchands, d'artisans et de journaliers. Il était à peine arrivé, qu'un nombre infini de rats champêtres se répandirent dans le camp ennemi, et, pendant le cours d'une seule nuit, rongèrent si bien les cordes des arcs, les carquois et jusqu'aux attaches des boucliers, que l'armée, privée de toute espèce d'armes, fut contrainte de prendre la fuite le lendemain. Poursuivie par les
Fig. 247. — Patrouille. (D'après une peinture égyptienne.)
Égyptiens, elle perdit beaucoup de monde. En mémoire de cet événement, on éleva dans le temple de Vulcain une statue de pierre qui représentait Séthos tenant dans la main un rat avec cette inscription : En me voyant, apprends à révérer les dieux. »
Outre les troupes nationales, l'armée égyptienne comprenait des corps étrangers qu'on enrôlait parmi les nations alliées ou dans les pays conquis (/?^. 244 à 246). Ces corps étaient divisés en régiments et disciplinés d'après les méthodes égyptiennes. Originairement, ces soldats auxiliaires étaient peu nombreux, et comprenaient seulement des tribus libyennes et éthiopiennes, qui après avoir été vaincues par les Égyptiens prenaient du service. .Mais plus tard les Pharaons trouvèrent plus commode de prendre de véritables étrangers qui, n'ayant aucun intérêt dans les affaires du
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pays, étaient plus spécialement dévoués à leur personne. Les historiens signalent ce fait comme une des causes de l'affaiblissement
Fig. 248. — Patrouille. (D'après une peinture
ienne.)
militaire de l'Egypte, qui, après avoir été pendant plusieurs siècles maîtresse d'une grande partie de l'Asie, se trouva ensuite n'être pas en état de résister à l'invasion de Cambyse.
Fig. 249. — Patrouille. (D'après une peinture égyptienne.)
Ces causes de l'affaiblissement de l'armée sont très bien exposées par M. Lenormant dans son histoire ancienne de l'Orient : « Les Égyptiens, pendant des siècles, se servirent principalement de troupes nationales, et chez eux le service militaire fut considéré