LES MACÉDONIENS
Polybe dit que tant que la phalange se maintenait dans son état naturel, rien ne pouvait lui résister de front ni soutenir la violence de son choc, mais il fait en même temps de cette manœuvre une critique assez sévère : « Pour tirer parti d'une phalange, dit-il, il est nécessaire de lui trouver un terrain plat, découvert, uni, sans fossés, sans fondrières, sans gorges, sans éminences, sans rivières. Or, il est très rare de rencontrer un terrain de vingt stades ou plus qui n'offre quelqu'un de ces obstacles. Quel usage ferez-vous de votre phalange, si votre ennemi, au lieu de venir à vous dans ce terrain favorable, se répand dans le pays, ravage les villes et fait du dégât dans les terres de vos alliés ? Ce corps restant dans le poste qui lui est ovantageux, non seulement ne sera d'aucun secours à vos amis, mais il ne pourra se conserver lui-même. L'ennemi maître de la campagne, sans trouver personne qui lui résiste, lui enlèvera ses convois de quelque endroit qu'ils lui viennent. S'il quitte son poste pour entreprendre quelque chose, ses forces lui manquent, et il de/ient le jouet des ennemis. »
ucs Macédoniens ne paraissent pas d'ailleurs avoir porté des ar.nes bien différentes de celles dont les Grecs s'étaient servis avant eux. Voici la description que Quince-Curce nous a laissée de l'armire d'Alexandre :
« Alexandre se servait d'un petit bouclier reluisant; il avait sur son casque de grandes plumes blanches qui pendaient de part et d'autre, et il portait une brigandine faite de plusieurs doubles de toile piquée. Véritablement son casque, qui était un ouvrage de Théophile, n'était que de fer, mais il était si reluisant et si poli qu'on l'aurait pris pour de l'argent; son hausse-col n'était aussi que de fer, mais il était diversifié de pierreries. Enfin, son épée était d'une trempe qui n'avait point de pareille; et ce qui en augmentait le prix, elle était légère et facile à manier. Il mettait quelquefois par-dessus ses armes une sorte d'habit militaire, qu'on appelait en ce temps-là un sayon à la sicilienne. Mais il ne se servit de quelquesunes d'elles que quelque temps après; car on trouva la brigandine dont nous venons de parler entre les dépouilles de la bataille qui fut donnée contre Darius auprès de la ville d'Issus ; le roi des Ciliciens lui fit présent de cette excellente épée ; et les Pihodiens de sa cotte d'armes, qu'Hélicon, fameux et célèbre entre les anciens ouvriers, avait faite avec un artifice incomparable. »
L'emploi des machines de guerre est un des caractères distinctifs de la période macédonienne.
« Philippe, dit Polybe, lorsqu'il eut résolu d'attaquer Égine par les deux tours, fit placer devant chacune une tortue et un bélier. D'un bélier à l'autre vis-à-vis l'entre-deux des tours, on construisit une galerie parallèle à la muraille. A voir cet ouvrage on l'eût pris lui même pour une muraille ; car les claies qu'on avait élevées sur les tortues formaient, par la manière dont elles étaient disposées, un édifice tout semblable à une tour; et sur la galerie qui joignait les deux tours, on avait dressé d'autres claies où l'on avait pratiqué des créneaux. Au pied des tours étaient des travailleurs qui, avec des terres, aplanissaient les inégalités du chemin: là, étaient aussi ceux qui faisaient mouvoir le bélier. Au second étage, outre les catapultes, on avait porté de grands vaisseaux contenant de l'eau et les autres munitions nécessaires pour arrêter tout incendie. Enfin, dans le troisième, qui était d'égale hauteur avec les toits de la vilb, était un grand nombre de soldats pour repousser ceux des assiégés qui auraient voulu s'opposer à l'effort du bélier. Depuis la galerie, qui était entre les deux tours, jusqu'au mur qui joignait celles ce la ville, on creusa deux tranchées, où l'on dressa trois batteries de balistes, dont l'une jetait des pierres du poids d'un talent et ks deux autres des pierres de trente mines. Et pour mettre à l'abri des traits des assiégés, tant que ceux qui venaient de l'armée, aux trsvaux, que ceux qui retournaient des travaux à l'armée, on conduisit des tranchées blindées depuis le camp jusqu'aux tortues. »
Une innovation fort curieuse est l'emploi dans les armées macédoniennes des éléphants, dont la conquête de l'Asie avait introduit l'usage sous Alexandre. Le rôle des éléphants dans les armées de l'antiquité est assez intéressant à étudier. Dans une bataille livrée entre Antiochus et Ptolémée, Polybe signale une différence sensible au point de vue de la guerre entre les éléphants de l'Inde et ceux de l'Afrique : « On se battit des tours, avec beaucoup de chaleur, les soldats combattant de près et se perçant les uns les autres de leurs piques. Mais ce qui fut le plus surprenant, ce fut de voir les éléphants même fondre de front les uns sur les autres, et se battre avec fureur. Car telle est la manière de combattre de ces animaux. Ils se prennent par les dents, et, sans changer de place, ils se poussent l'un l'autre de toutes leurs forces, jusqu'à ce que l'un des deux, plus fort, détourne la trompe de son antagoniste; et dès qu'il