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qu'il faut le défendre au moyen d'une pièce tenant à la cuirasse et de la même forme que le col; car, outre l'ornement qui en résultera, cette pièce, si elle est bien faite, couvrira quand on voudra le visage jusqu'au nez. Le casque de Béotie nous paraît le meilleur; car, s'unissant au collet, il couvre tout ce qui est au-dessus de la cuirasse et n'empêche point de voir. Que la cuirasse, au reste, soit faite de manière à n'empêcher ni de se baisser ni de s'asseoir. Pour couvrir les parties délicates, on aura des pennes (lames circulaires couchées les unes sur les autres comme une queue d'écrevisse) en nombre et en grandeur suffisante; et attendu qu'une blessure au bras gauche met le cavalier hors de combat, nous approuvons fort la défense qu'on a inventée pour cette partie et qu'on appelle brassard. Ce brassard couvre l'épaule, le bras, Tavant-bras et la main de la bride, s'étend et se plie à volonté, en même temps qu'il pare au défaut de la cuirasse sous l'aisselle. Soit pour lancer, soit pour frapper de près, il faut lever le bras droit : on ôtera donc de la cuirasse ce qui s'oppose à ce mouvement, et on le remplacera par des pennes à charnières qui puissent s'ôter et se remettre, et qui, dans l'action de lever le bras, se déploieront, dans celle de le baisser, se serreront. Cette pièce, qui se met autour du bras comme une bottine, doit être séparée plutôt que fixée à la cuirasse. La partie qui demeure à nu quand on lève le bras droit doit être couverte près de la cuirasse avec du cuir de veau ou du cuivre; autrement on serait sans défense dans l'endroit le plus dangereux. Comme le cavalier court un péril extrême quand son cheval est tué sous lui, le cheval aussi doit être armé d'un chanfrein [fig. 286), d'un poitrail et de garde-flancs qui, en même temps, serviront de garde-cuisses aux cavaliers ; mais surtout que le ventre du cheval soit couvert avec le plus grand soin, car cette partie, où les blessures sont le plus à craindre, est outre cela une des plus faibles. On peut le couvrir avec la housse même. 11 faudra que le siège soit construit de manière à donner au cavalier une assiette plus ferme, sans blesser le dos du cheval. Ainsi doivent être armées ces parties du corps de l'homme et du
Fig. 286.
Chanfrein de cheval.
clieval; mais les gnrrle-cuisses ne couvriront ni le pierl ni la jambe de l'homme, qui seront bien défendus si l'on a des bottes du même cuir dont se font les semelles. Ces bottes servent en même temps de défense à la jambe et de chaussure.
« Pour se garantir des coups, avec l'aide des dieux, voilà les armes qu'il faut; mais pour frapper l'ennemi, nous préférons le sabre à l'épée : car dans la position élevée du cavalier, le coup d'espadon vaudra mieux que le coup d'épée. La pique longue étant faible et embarrassante, nous approuvons davantage les deux javelots de cornouiller : on peut, sachant manier cette arme, en lancer d'abord un. et se servir de l'autre en avant, de côté et en arrière; ils sont, en un mot, plus forts et plus maniables que la pique. Darder le plus loin qu'on pourra, ce sera le mieux, à notre avis : car ainsi on a plus de temps pour se retourner et saisir le second javelot. Nous marquerons ici, en peu de mots, la meilleure manière de darder. En avançant la gauche, effaçant la droite et s'élevant des cuisses, si on lâche le fer de manière que la pointe soit un peu tournée en haut, le coup partira avec plus de violence, portera le plus loin possible et le plus juste aussi, pourvu qu'en lâchant le fer on ait soin que la pointe regarde toujours droit au but. Tout ceci soit dit pour l'instruction et l'exercice du cavalier. »
La grande puissance militaire des Athéniens était surtout fondée sur leur marine, dont l'entretien formait d'ailleurs la plus forte dépense de l'État. Nous avons déjà parlé dos galères et nous avons montré, dans le précédent volume, plusieurs représentations de navires grecs, mais quand il s'agit des manœuvres d'une armer navale, on se trouve en face de grandes incertitudes, car les érudits invoquent souvent des textes qui font à leurs veux autorité, mais que les marins repoussent comme étant contraires aux lois de l.i navigation. L'amiral Jurien de la Gravière, dans son livre sur la marine des anciens, s'exprime ainsi au sujet des (lottes athéniennes : « 11 est à regretter que Thucydide ne nous ait pas transmis des détails plus précis sur la construction des navires que la guerre du Péloponèse allait faire entrer en lice; il aurait évité bien des veilles et bien des soucis à l't rudition moderne. Thucydide, par malheur, se borne à nous apprendre « qu'au temps de la guerre de « Troie, les Hottes se composaient en majeure partie de pento- « contores; que les tyrans de Sicile et les Corcyréens possédèrent
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«'les premiers de nombreuses trières; que les Athéniens en cons- « truisirent à leur tour, sur les conseils de Thémistocle, dans « l'attente de l'invasion des barbares ». Plus propres au combat que les pentécontores, les trières de Salamine n'étaient cependant pas encore complètement pontées. Les trières qui prirent part à la guerre du Péloponèse se présentèrent au contraire sur l'arène pontées de bout en bout. Cent cinquante matelots composaient la chiourme, quelquefois mercenaire, le plus souvent nationale, de la galère grecque. De quelle façon, sur combien d'avirons avait-on distribué ces cent cinquante rameurs? Thucydide et Xénophon n'en disent rien. J'oserais peut-être essayer d'interpréter respectueusement leur silence, si l'on voulait seulement me permettre de raisonner, en pareille matière, par analogie. Quand nous armons les chaloupes de nos vaisseaux de douze avirons de chaque bord, et que nous leur donnons un équipage de quarante-huit rameurs, nous vient-il jamais à la pensée d'ajouter qu'on devra placer quatre hommes sur chaque banc et deux hommes sur chaque rame ? Les galères subtiles destinées par les Génois aux voyages de Roumanie et de Syrie avaient à peu près deux fois la longueur de nos chaloupes. Elles portaient, outre cent soixante-seize rameurs, dix arbalétriers, quatre pilotes et un sénéchal. Je gagerais fort que ces navires à rames du moyen âge ne différaient pas beaucoup des trières de Thucydide.
« La trière nous embarrasse : que serait-ce donc s'il nous fallait expliquer, autrement que par le chiffre des rameurs affectés à chaque aviron, les noms de pentère, d'exère, d'heptère, d'ennère, de décère? L'histoire ne fait-elle pas mention d'édifices plus gigantesques encore, de vaisseaux à seize rangs, à quarante rangs de rames. La foi la plus robuste ici s'épouvante. Tout Paris viendrait nous affirmer que les bains de la Samaritaine sont partis en course avec quatre mille rameurs et trois mille soldats, que nous serions vraiment tenté de croire, quoique nous ne fassions certes pas profession de scepticisme, que tout Paris se trompe, et cependant ce n'est pas à de moindres prodiges qu'on voudrait, textes en main, nous contraindre de donner créance. »
Les Grecs ne paraissent pas avoir élevé après leurs victoires de monuments comme les arcs de triomphe des Romains; la colonne Serpentine pourtant est un édifice commémoratif qui, par sa destination, fait songer aux monuments du même genre élevés à Rome
pour glorifier les victoires de Trajan. Cette colonne, dont la dîme du butin pris sur les Perses après la bataille de Platée avait fait les frais, était à Delpbes et fut transportée plus tard à Constantinople où on en voit encore des restes. Elle se composait de trois serpents entrelacés, mais elle a surtout de l'importance par les inscriptions qu'on y a trouvées. M. Isambert en donne la description suivante, dans son Guide en Orient :
« Les noms des peuples grecs sont encore presque tous lisibles, depuis le treizième repli du serpent d'airain jusqu'au troisième (les deux premiers n'en montrent aucune trace). Cette inscription constitue un des ornements épigraphiques les plus importants de l'antiquité, puisqu'on y trouve le nom de trente et une cités grecques qui avaient combattu les Perses. C'est exactement le chiffre indiqué par Plutarque.
« Le monument présente aujourd'hui un aspect singulier. L'on dirait d'abord une colonne torse. Mais un examen plus attentif y fait reconnaître le corps des trois serpents plus mince dans le bas, grossissant jusqu'au quinzième tour, et diminuant à partir du vingtquatrième. La mâchoire supérieure a été déposée au musée de Sainte-Irène et montre une imitation exacte de la réalité : la tète allongée et aplatie, la bosse au-dessous de l'œil, les dents aiguës et rangées en forme de scie, les narines. Selon Gylli, qui décrivit ce monument en 1532, les têtes étaient écartées largement en forme de triangle. Les gueules ouvertes étaient destinées à soutenir le trépied d'or. Le monument paraît avoir été fondu d'un seul jet, ouvrage qui montre combien cet art était avancé en Grèce en l'an 478 avant J.-C. »
Les Macédoniens. — La phalange macédonienne était un bataillon carré formé de dix corps. Chaque corps de 1.600 hommes, pesamment armés, présentait cent soldats de front, sur seize de profondeur. Ils étaient armés d'une très longue pique appelée la sarisse. Les rangs étaient tellement pressésque les piques du cinquième rang dépassaient de trois pieds la première ligne. Les hommes étant très serres les uns contre les autres et toutes les piques s'avançant à la fois, les rangs étaient très difhciles à rompre.
La fuite des premiers rangs était rendue impossible, à cause des derniers qui avaient toujours la pique en avant, sans avoir égard à ceux qui les précédaient.