VII
Fig. 3i3.
Bagages d'un soldat
en marche.
ci ne porte pas des vivres, mais des boucliers et des armures. Il est également escorté par un soldat qui tient la bride des chevaux. Indépendamment des équipages qui accompagnent toujours une armée en marche, chaque soldat portait avec lui les bagages qui lui étaient personnellement nécessaires. Ces bagages étaient reliés ensemble et fixés au bout d'un bâton comme le montre \d. figure Si 3.
Fig. 3i4. — Passage d'un pont de bateaux. (D'après un bas-relief de la colonne Anlonine.)
On remarquera la même disposition sur les soldats qui traversent un pont sur la figure suivante.
Pour faire traverser à un corps d'armée une rivière considérable, on y jetait un pont de bateaux, comme on le voit sur la figure SiU, qui est tirée de la colonne Antonine. On le construisait en attachant sur les deux rives du fleuve, l'un à c(ité do l'autre, autant de bateaux (ju'il en fallait pour soutenir un (licmin de planches allant d'un bord à l'autre.
Jules César fournit sur ce sujet quelques renseignements. « Voici
ORGANISATION DE L ARMEE
sur quel plan il fit construire le pont: on joignait ensemble, à deux pieds d'intervalle, deux poutres d'un pied et demi d'équarrissage, un peu aiguisées par le bas, d'une hauteur proportionnée à celle du fleuve. Introduites dans l'eau à l'aide de machines, elles y étaient fichées et enfoncées à coups de masse, non dans une direction verticale, mais en suivant une ligne oblique et inclinée selon le fil de l'eau. En face et en descendant, à la distance de quarante pieds, on en plaçait deux autres, assemblées de la même manière et tournées contre la violence et l'effort du courant. Sur ces quatre poutres on en posait une de deux pieds d'équarrissage qui s'enclavait dans leur intervalle et était fixée à chaque bout par deux chevilles. Ces quatre pilotis, réunis par une traverse, offraient un ouvrage si solide, que plus la rapidité du courant était grande, plus elle consolidait cette construction. On jeta ensuite des solives d'une traverse à l'autre, et on couvrit le tout de fascines et de claies. De plus, des pieux obliquement fichés vers la partie inférieure du fleuve s'appuyaient contre les pilotis en forme de contreforts et servaient à briser le courant. Enfin, d'autres pieux étaient placés en avant du pont, à peu de distance, afin que, si les barbares lançaient des troncs d'arbres ou des bateaux pour abattre ces constructions, elles fussent ainsi protégées et que le pont n'en eût point à souffrir. »
Fig. 3i5. — Un guerrier sous la décadence. (D'après une sculpture du musée de Bonn.)
LA GUERRE
LES ARMEES ROMAINES
Les habitudes des Romains se modifièrent sensiblement vers la fin de l'empire, quand les armées furent presque complètement composées de barbares. Le costume des soldats se transforma également. Un soldat dalmate, sculpté sur un monument du musée de Bonn, porte un costume assez curieux qui s'arrondit en draperie devant les cuisses. Son glaive du côté droit et son poignard du côté
Fig. 3i6. — Costume guerrier sous l'empire d'Orient.
gauche sont suspendus à des ceintures ou baudriers qui lui entourent le corps : la main droite porte une lance, et la tête est dépourvue de casque {fig. 315)
La figure 346 montre un soldat de l'empire d'Orient et peut ainsi nous faire connaître la physionomie que pouvaient présenter les armées de Théodose ou d'Héraclius. Le bouclier est rond et d'une convexité très prononcée. Ce guerrier, qui est probablement un officier, porte une longue chevelure, qui se bifurque au-dessus du
front et retombe en boucles sur les épaules, tandis que les soldats romains portent toujours les cheveux courts.
On remarquera que ce costume est celui sous lequel on a représenté saint Michel, le chef de la milice céleste, pendant une grande partie du moyen âge. La raison en est que la plupart des monu-
Fig. 817, — Établissement d'un camp romain.
ments des premiers siècles de l'ère chrétienne sont dus à des artistes byzantins, qui naturellement attribuaient aux saints et aux personnages célestes les costumes qu'ils avaient habituellement sous les yeux.
Le camp. — (( Quand le temps de camper approche, dit Polybe, un tribun et quelques centurions prennent les devants. Après avoir examiné l'endroit où le camp doit être assis, ils commencentd'abord
par choisir un terrain, pour la tente du conseil, et l'aspect ou le côté de ce terrain où l'on devra loger les légions. Cela fait, on mesure l'étendue de terrain que doit occuper le prétoire; ensuite, on tire la ligne sur laquelle se dresseront les tentes des tribuns, au côté opposé, une autre ligne pour le logement des légions, et enfin on prend les dimensions de l'autre côté du prétoire. Comme toutes les distances sont marquées et connues par un long usage, ces mesures sont prises en fort peu de temps; après quoi on plante le premier drapeau à l'endroit où sera logé le consul, le second au côté que l'on a choisi, le troisième au milieu de la ligne sur laquelle seront les tribuns, le quatrième au logement des légions. Ces drapeaux sont de couleur pourpre, celui du consul est blanc. Aux autres endroits, on fiche de simples piques ou des drapeaux d'autre couleur. Les rues se forment ensuite, et l'on plante des piques dans chacune ; en sorte que quand les légions en marche approchent et commencent à découvrir le camp, elles en connaissent d'abord toutes les parties, le drapeau du consul leur servant à distinguer tout le reste ; et comme d'ailleurs chacun occupe toujours la même place dans le camp, chacun sait aussi dans quelle rue et en quel endroit de cette rue il doit loger, à peu près comme si un corps de troupes entrait dans une ville où il aurait pris naissance. »
La figure 3i7 se rattache à l'établissement d'un camp romain ; on y voit des soldats romains qui vont déposer leurs bagages ; ils sont accompagnés de leurs chevaux.
Sur la figure 348, on voit charger des bagages sur le dos des mulets ; c'est encore un sujet se rattachant à la formation des camps.
C'est à Polybe qu'il faut nécessairement recourir quand on veut connaître la disposition d'un camp romain; quoique sa description soit un peu étendue, nous n'avons pas cru devoir en rien retrancher. « Voici, dit-il, de quelle manière campaient les Romains : le lieu choisi pour y asseoir le camp, on dresse la tente du général dans l'endroit d'où il pourra le plus facilement voir tout ce qui se passe et envoyer ses ordres. On plante un drapeau où la tente doit être mise, et autour l'on mesure un espace carré, en sorte que les quatre côtés soient éloignés du drapeau de cent pieds et que le terrain que le consul occupe soit de quatre arpents. On loge les légions romaines à l'un des côtés le plus commode pour aller cher-
cher de l'eau et des fourrages. Pour chaque légion, il y a six tribuns, et il y a deux légions pour chaque consul ; ils ont donc Fun et l'autre chacun douze tribuns, qui sont tous logés sur une ligne droite, parallèle au côté qu'on a choisi et distante de ce côté de cinquante pieds. C'est dans cet espace que sont les chevaux, les bétes de charge et tDut l'équipage des tribuns. Leurs tentes sont tournées de façon qu'elles ont derrière elles le prétoire [fig. 349 E), et devant, tout le reste du camp. C'est pourquoi nous appellerons désormais le front, cette ligne qui regarde le camp ; les tentes des
Fig. 3i8. — Chargement des bagages.
tribuns, également distinctes les unes des autres, remplissent en travers autant de terrain que les légions. On mesure ensuite un autre espace de cent pieds, le long des tentes des tribuns, et ayant tiré une ligne qui, parallèle à ces tentes, ferme la largeur du terrain, on commence à loger les légions.
« Pour cela on coupe perpendiculairement la ligne par le milieu; du point où elle est coupée on tire une ligne droite, et à vingt-cinq pieds de chaque côté de cette ligne on loge la cavalerie des deux légions vis-à-vis l'une de l'autre et séparées par un espace de cinquante pieds. Les tentes, soit de l'infanterie, soit de la cavalerie, sont disposées de la même manière, car les compagnies et les cohortes occupent un espace carré et sont tournées vers les rues : la longueur de cet espace est de cent pieds le long de la rue, et
pour la largeur on fait en sorte ordinairement qu'elle soit égale à la longueur, excepté au logement des alliés. Quand les légions sont plus nombreuses, on augmente à proportion la longueur et la largeur du terrain. La cavalerie ainsi logée vers le milieu des tentes des tribuns, on pratique une sorte de rue qui commence à la ligne dont nous avons parlé, et à la place qui est devant les tentes des tribuns. Tout le camp est ainsi coupé en rues, parce que des deux côtés les cohortes sont rangées en longueur.
<( Derrière la cavalerie sont logés les triaires, une compagnie derrière une cohorte, l'une et l'autre dans la même forme. Ils se touchent par le terrain, mais les triaires tournent le dos à la cavalerie, et chaque compagnie n'a de largeur que la moitié de sa longueur, parce que pour l'ordinaire ils sont moitié moins nombreux que les autres corps. Malgré cette inégalité de nombre, comme on diminue de la largeur, ils ne laissent pas d'occuper en longueur un espace égal aux autres.
« A cinquante pieds des triaires, vis-à-vis, on place les princes sur le bord de l'intervalle, ce qui fait une seconde rue, qui commence, aussi bien que celle de la cavalerie, à la ligne droite ou à l'espace de cent pieds qui sépare les tribuns et finit au côté que nous avons appelé le front du camp.
« Au dos des princes on met les hastaires qui, tournés à l'opposite, se touchent par le terrain, et comme chaque partie d'une légion est composée de dix compagnies, il arrive de là que toutes les rues sont également longues et qu'elles aboutissent toutes au côté qui est le front du camp, vers lequel sont aussi tournées les dernières compagnies.
« Les hastaires logés, à cinquante pieds d'eux et vis-à-vis campe la cavalerie des alliés, commençant à la même ligne et s'étendant jusqu'au même côté que les hastaires. Or, les alliés, après qu'on en a retranché les extraordinaires, sont en infanterie égaux en nombre aux légions romaines ; mais, en cavalerie, ils sont le double plus nombreux, et on en ôte un tiers pour faire la cavalerie extraordinaire. On leur donne donc en largeur du terrain à proportion de leur nombre, mais en longueur, ils n'occupent pas plus d'espace que les légions romaines. Les quatre rues faites, derrière cette cavalerie se place l'infanterie des alliés, en donnant à leur terrain une largeur proportionnée, et se tournant du côté du retranchement de sorte qu'elle a vue sur les deux côtes du camp.
« A la tête de chaque compagnie sont, sur les deux côtés, les tentes des centurions. Dans la disposition tant de la cavalerie que de l'infanterie, on fait en sorte qu'entre la cinquième et sixième cohorte, il y ait une séparation de cinquante pieds, laquelle fait une nouvelle rue qui, traversant le camp, est parallèle aux tentes des tribuns. Cette rue s'appelle la Quintaine, parce qu'elle se trouve au-dessous de cinq cohortes. L'espace qui reste derrière les tentes des tribuns et aux deux côtés de la tente du consul, on en prend une partie pour le marché et l'autre pour le questeur et les munitions.
« A droite et à gauche, derrière la dernière tente des tribuns près des côtés du camp et en ligne droite, est le logement de la cavalerie extraordinaire et des autres cavaliers volontaires. Toute cette cavalerie a vue, une partie sur la place du questeur et l'autre sur le marché. Elle ne campe pas seulement auprès des consuls, souvent elle les accompagne dans les marchés, en un mot elle est habituellement à portée du consul et du questeur pour exécuter ce qu'ils jugent à propos. Derrière ces cavaliers se loge l'infanterie extraordinaire et la volontaire. Ils ont vue sur le retranchement et font pour le consul et le questeur le même service que la cavalerie dont nous venons de parler.
« Devant ces dernières troupes, on laisse un espace de cent pieds, parallèle aux tentes des tribuns, et qui, s'étendant sur les places du marché et du trésor, traverse toute l'étendue du camp. Au-dessous de cet espace est logée la cavalerie extraordinaire des alliés, ayant vue sur le marché, le prétoire et le trésor. Un chemin ou une rue large de cinquante pieds partage en deux le terrain de la cavalerie extraordinaire, descendant à angle droit depuis le côté qui ferme le derrière du camp jusqu'à l'espace dont nous parlions tout à l'heure et au terrain qu'occupe le prétoire. Enfin, derrière la cavalerie extraordinaire des alliés campe leur infanterie extraordinaire, tournée du côté du retranchement et des derrières du camp. Ce qui reste d'espace vide des deux côtés est destiné aux étrangers et aux alliés qui viennent au camp pour quelque occasion que ce soit. Toutes choses ainsi rangées, on voit que le camp forme une figure carrée et que, tant par le partage des terres que pour la disposition du reste, il ressemble beaucoup à une ville.
« Du retranchement aux tentes, il y a deux cents pieds de distance, et ce vide leur est d'un très grand usage soit pour l'entrée.
soit pour la sortie des légions, car chaque corps s'avance dans cet ■ espace par la rue qu'il a devant lui, et les troupes ne marchant point par le même chemin ne courent pas risque de se renverser et de se fouler aux pieds. De plus on met là les bestiaux et tout ce qui se prend sur l'ennemi, et on y monte la garde pendant la nuit. Un autre avantage considérable, c'est que dans les attaques de nuit, il n'y a ni feu ni trait qui puisse être jeté jusqu'à eux, ou si cela arrive, ce n'est que très rarement ; et encore qu'en peuventils souffrir, étant à une si grande distance et à couvert sous leurs tentes?
« Après le détail que nous avons donné du nombre des fantassins et des chevaux dans chaque légion, soit qu'elles soient de quatre ou cinq mille hommes ; de la hauteur, longueur et largeur des cohortes, de l'intervalle qu'on laisse pour les rues et pour les places, il est aisé de concevoir l'étendue du terrain qu'occupe une armée romaine, et par conséquent toute la circonférence du camp.
(( Si, dès l'entrée de la campagne, il s'assemble un plus grand nombre d'alliés qu'à l'ordinaire, ou que pour quelque raison, il en vienne de nouveaux pendant son cours, outre le terrain que nous avons marqué, on fait un logement à ceux-ci dans le voisinage du prétoire, dût-on pour cela, s'il était nécessaire, ne se servir que d'une place pour le marché ou pour le trésor. A l'égard de ceux qui ont joint d'abord l'armée romaine, des deux côtés du camp on leur fait une rue pour les loger à la suite des légions.
(( S'il arrive que quatre légions et deux consuls se rencontrent en dedans du même retranchement, pour comprendre la manière dont ils sont campés, il ne faut que s'imaginer deux armées tournées l'une vers l'autre, et jointes par les côtés où les extraordinaires de l'une et l'autre armée sont placés, c'est-à-dire par la queue du camp ; et alors le camp fait un carré long, qui occupe un terrain double du premier et qui a une fois et demi de plus de tour. Telle est la manière de se camper des consuls lorsqu'ils se joignent ensemble ; toute la différence qu'il y a, c'est que le marché, le trésor et les tentes des consuls se mettent entre les deux camps. »
La figure Si9 reproduit le plan consulaire d'un camp romain, d'après Polybe. L'encadrement noir indique le fossé avec le retranchement qui entoure le camp, dont la forme est rigoureusement carrée. Le haut de ce fossé était défendu par une forte enceinte
de palissades. Chacun des quatre côtés du camp avait une entrée particulière marquée par A. B. C. D. sur le plan. Une grande rue latérale allant de B à G, et appelée voie principale, sépare le camp en deux parties de grandeur inégale. Dans la plus petite, qui forme la partie supérieure du plan, on trouve le prétoire ou tente du général, E, en dessous de laquelle sont indiquées les tentes des tribuns romains et des généraux alliés, rangées en files le long de la voie principale. L'espace concédé au questeur et au commissariat placé
Fig. 819. — Camp romain. (D'après la description de Polybe.)
SOUS ses ordres est indiqué en M, et la lettre N montre l'emplacement de la place du marché. Les autres lettres de la partie supérieure indiquent le lieu de campement de quelques troupes d'élite, romaines ou alliées, formant la garde consulaire et autre. La partie inférieure du plan comprend les soldats des deux légions qui constituent le camp. Elles sont séparées par une rue centrale allant du prétoire à la porte D, et sont disposées de telle façon que les Romains occupent le centre et les alliés la partie extérieure.
Les tours que les Romains élevaient soit pour observer les mouvements de l'ennemi, soit comme fortifications dans les postes avancés, étaient quelquefois bâties en pierre de taille ; elles étaient pourvues d'un toit pointu et entourées d'une palissade de pieux
disposée circulairement autour de la construction. C'est ce que montre la figure 320, qui est tirée de la colonne Trajane. 11 faut observer toutefois que cette tour, sculptée dans la partie la plus
Fig. 3ao. — Poste fortifié. (D'après la colonne Trajane.)
mince du bas-relief, et tout en bas de la spirale, a peut-être été raccourcie pour une nécessité de la sculpture ; car les tours qu'on voit sur d'autres monuments sont généralement plus élevées.
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Fig. 321. — Bâtiment d'avant-poste.
La figure 32i représente un bâtiment d'avant-poste et sur la figure 322 on voit un retranchement des Daces pose sur une colline : c'est une muraille crénelée, sur laquelle on aperçoit des têtes de prisonniers romains fixées sur des lances, ainsi qu'un
vexillum (drapeau de la cavalerie romaine). On voit aussi des constructions en bois élevées sur des pieux et le dragon qui semble dominer le tout. Ce dragon était l'enseigne des Daces : sa gueule est fixée sur une longue perche et son corps, formé d'étoffes bariolées et enflé par le vent, imite les mouvements du serpent.
« Lorsque le camp est établi, dit Polybe, les tribuns assemblés reçoivent le serment de tout ce qu'il y a d'hommes dans chaque légion tant libres qu'esclaves. Tous jurent l'un après l'autre et le serment qu'ils font consiste à promettre qu'ils ne voleront rien
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Fig. 322.
Retranchement des Daces.
dans le camp, et que ce qu'ils trouveront ils le porteront aux tribuns. Ensuite, on commande deux cohortes tant des princes que des hastaires de chaque légion, pour garder le quartier des tribuns; comme pendant le jour, les Romains passent la plupart du temps dans cette place, on a soin d'y faire jeter de l'eau et de la tenir propre. Des cohortes qui restent (car nous avons vu que dans chaque légion il y avait six tribuns et vingt cohortes de princes et de hastaires), chaque tribun en tire trois au sort pour son usage particulier. Ces trois cohortes sont obligées, chacune à son tour, de dresser sa tente, d'aplanir le terrain d'alentour et de clore, s'il en est besoin, ses équipages de haies pour la plus grande sûreté. Elles font aussi la garde autour de lui. Cette garde est de quatre soldats, deux devant la tente et deux derrière près des chevaux. Comme chaque tribun a trois cohortes, et que chacune d'elles est
de plus de cent hommes, sans compter lestrinires et les vélites qui ne servent point, ce service n'est pas pénible, puisqu'il ne revient à chaque compagnie que de quatre en quatre jours. Cette garde est non seulement r-hargée de faire toutes les fonctions auxquelles il plaît aux tribuns de l'employer : elle est destinée aussi à relever sa dignité et son autorité.
« Pour les triaires, exempts du service des tribuns, ils font la garde auprès des chevaux, quatre par cohorte chaque jour pour la compagnie qui est immédiatement derrière eux. Leur fonction est de surveiller sur bien des choses, mais particulièrement sur les chevaux, de peur qu'ils ne s'embarrassent dans leurs liens, ou que, détachés ou mêlés parmi d'autres chevaux, ils ne causent du trouble et du mouvement dans le camp. De toutes les cohortes d'infanterie, il y en a toujours une qui à son tour garde la tente du consul, tant pour la sûreté de sa personne que pour l'ornement de sa dignité.
« Pour le fossé et le retranchement, c'est aux alliés à les faire aux deux côtés où ils sont logés; les deux autres côtés sont pour les Romains, un pour chaque légion. Chaque côté se distribue par parties, selon le nombre des cohortes et à chacune il y a un centurion qui préside à l'ouvrage ; et quand tout le côté est fini, ce sont deux tribuns qui l'examinent et l'approuvent. Les tribuns sont encore chargés du soin de tout le reste du camp, où ils commandent deux tour à tour pendant deux des six mois que dure la campagne. Ceux à qui ce commandement échoit par le sort président à tout ce qui se fait dans le camp. Cette charge parmi les alliés est exercée par les préfets.
« Dès le point du jour, les cavaliers et les centurions se rendent aux tentes des tribuns, et ceux-ci à celle du consul, de qui ils apprennent ce qui doit se faire, et ils en font part aux cavaliers et aux centurions, qui le communiquent aux soldats quand l'occasion s'<^n présente.
« Le mot d'ordre do la nuit se donne de cette manière. Parmi les cohortes de la cavalerie et de l'infanterie qui ont leurs logements au dernier rang, on choisit un soldat que l'on exemple de toutes les gardes. Tous les jours au coucher du soleil, ce soldat se rend à la tente du tribun, y prend le mot d'ordre qui est une petite planche où l'on a écrit quelques mots, et s'en retourne à sa cohorte. Ensuite, prenant des témoins, il met la jdanche et le mot
d'ordre entre les mains du chef de la cohorte suivante. Celui-ci le donne à celui qui le suit, et ainsi des autres, jusqu'à ce que le mot d'ordre passe aux cohortes qui sont les plus voisines des tribuns, auxquels il faut que ce signal soit reporté avant la fin du jour ; et c'est par ce moyen qu'ils savent que ce mot d'ordre a été donné à toutes les cohortes, et que c'est par elles qu'il leur est venu. S'il en manque quelqu'un, sur-le-champ il examine le fait, et voit par l'inscription quelle cohorte n'a point apporté le signal, et celui qui est en cause est aussitôt puni selon qu'il le mérite.
« Pour les gardes de la nuit, il y a une cohorte entière pour le général et le prétoire. Les tribuns et les chevaux sont gardés par des soldats que l'on tire pour cela de chaque cohorte, selon ce que nous avons dit plus haut. La garde de chaque cohorte se prend dans la cohorte même. Les autres gardes se distribuent au gré du général. Pour l'ordinaire, on en donne trois au questeur et trois à chacun des deux lieutenants. Les côtés extérieurs sont confiés au soin des vélites qui, pendant le jour, montent la garde tout le long du retranchement ; car tel est leur service ; et, de plus, il y en a dix pour chaque porte du camp.
« Des quatre qui sont tirés de chaque cohorte pour la garde, celui qui la doit monter le premier est conduit sur le soir par un officier subalterne au tribun, qui leur donne à tous Une petite pièce de bois marquée de quelque caractère ; après quoi ils s'en vont chacun à son poste.
« C'est la cavalerie qui fait les rondes. Dans chaque légion, le capitaine de la première compagnie avertit le matin un de ses officiers subalternes de donner ordre à quatre cavaliers de sa compagnie de faire la ronde avant le dîner. Sur le soir, il doit encore avertir le capitaine de la seconde compagnie de faire la ronde le jour suivant. Celui-ci averti donne le même avis pour le troisième jour et les autres de suite font la même chose. Là-dessus l'officier subalterne de la première compagnie en prend quatre cavaliers qui tirent au sort la garde. Ensuite ils se rendent à la tente du tribun, de qui ils apprennent par écrit quel corps et combien de gardes ils doivent visiter. Après quoi ces quatre cavaliers montent la garde à la première compagnie des triaires, dont le capitaine est chargé de sonner de la trompette à chaque heure que la garde doit être montée. Le signal donné, le cavalier à qui la première garde est échue en fait la ronde> accompagné de quelques amis, dont il se sert
pour témoins; et il visite non seulement les gardes postées au retranchement et aux portes, mais encore toutes celles qui sont à chaque cohorte et à chaque compagnie. S'il trouve la garde de la première veille sur pied et alerte, il reçoit d'elle la petite pièce de bois; s'il la rencontre endormie ou si quelqu'un y manque, il prend à témoin ceux qui sont près de lui et se retire. Toutes les autres rondes se font de la même manière. A chaque veille on sonne de la trompette, afin que ceux qui font la garde soient avertis en même temps; et c'est pendant le jour une des fonctions des capitaines de la première cohorte des triaires de chaque légion.
« Pour lever le camp, voici la manière dont les Romains s'y prennent : le premier signal donné, on détend les tentes et on plie bagage, en commençant néanmoins par celles des consuls et des tribuns ; car il n'est pas permis de dresser et de détendre des tentes avant que celles-ci aient été dressées ou étendues. Au second signal, on met les bagages sur les bêtes de charge et au troisième signal les premières marchent et tout le camp s'ébranle. »
Les machines de guerre. — Les machines de jet étaient de trois espèces : les catapultes et les scorpions qui lançaient spécialement des traits, et les batistes avec lesquelles on lançait des pierres. La catapulte, qui envoie de grosses flèches à des distances souvent considérables, est une machine composée d'un châssis de charpente à deux montants verticaux assemblés par deux traverses parallèles. Un écheveau de cordes de nerfs, faisant l'office de la corde d'un arc, est tendu à l'aide d'un moulinet mû par deux ou quatre hommes et lance le trait qu'un servant pointe tandis qu'un autre fait partir la détente. Le trait vole avec une vitesse double de celle des flèches ordinaires et porte beaucoup plus loin. Tout l'appareil, qui forme une sorte de batterie, repose sur une forte colonne de charpente que l'on peut faire pivoter pour tirer à droite ou à gauche. Le scorpion est une machine du même genre, mais beaucoup plus petite et par conséquent plus portative, et qui, au lieu d'envoyer un gros trait, lance une infinité de petits traits. Le rapport du scorpion avec la catapulte est donc à peu près le même que celui qui existe aujourd'hui entre la mitrailleuse et le canon de gros calibre.
La batiste, qui lance des pierres, est également mise en mouvement par un gros écheveau de nerfs. Un levier, maintenu verticalement par un crochet, s'abat horizontalement quand le crochet est
défait par un coup de maillet et envoie le projectile dont la course décrit environ le quart d'un cercle. Des chariots attelés de mulets traînaient les catapultes toutes montées à la suite des cohortes, ainsi que les scorpions, mais pour les balistes on employait des bœufs. Les engins envoyés par les machines de guerre pouvaient atteindre à six ou huit cents mètres de distance.
Les projectiles enflammés dont se servaient les anciens étaient de plusieurs sortes. César parle de boulets d'argile rougis au feu qu'on lançait avec la fronde et de dards enflammés qui incendiaient les huttes couvertes en paille. Il parle également de tonneaux de suif, de poix et de menu bois, que les défenseurs d'une ville assiégée faisaient rouler sur les travaux des assaillants, afin de les incendier. Un fragment de Polybe décrit une machine à lancer du feu qui était employée sur les vaisseaux rhodiens : « Des deux
Fig. 3a3. — Bélier.
côtés de la proue, dit-il, à l'intérieur du bâtiment, sur la partie supérieure, deux ancres étaient placées l'une près de l'autre et fixées par des coins, de manière que leurs extrémités s'avançaient assez loin dans la mer; de la tête d'un de ces coins pendait, à l'aide d'une chaîne de fer, un vase portant une grande quantité de feu; de telle sorte qu'à chaque fois qu'approchait, soit vis-à-vis, soit sur les côtés, un vaisseau ennemi, on secouait sur lui ce feu qui ne pouvait endommager le bâtiment sur lequel il était placé, attendu que par l'inclinaison de la machine, il s'en trouvait fort éloigné. »
Le feu grégeois, qui a eu tant d'importance au moyen âge, ne paraît pas avoir été employé avant le vu** siècle de notre ère; il n'y a donc pas lieu de s'en occuper ici.
Le bélier était une puissante machine dont les anciens se servaient dans les sièges, à peu près dans les mêmes cas où nous employons aujourd'hui l'artillerie. Elle se composait d'une grosse poutre de bois, munie à l'extrémité d'une masse de fer en forme de tête de bélier [fig, 323) : quand on voulait pratiquer une brèche contre les murailles d'une place fortifiée, on poussait la poutre avec violence, de manière que la tête du bélier allât heurter contre les pierres et les désagréger. Primitivement le bélier était porté par un grand nombre d'hommes qui n'avaient d'autres ressources que leurs bras pour le faire manœuvrer. C'est ainsi que les Daces l'em-