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VII

LA GUERRE

LES ARMEES ROMAINES

ploient sur un bas-reliei" de la colonne Trajane. Plusieurs perfectionnements furent apj)ortés clans l'emploi du bélier : le plus important consista à le suspendre à une poutre placée sur des montants : on le manœuvrait ainsi dans tous les sens avec beaucoup moins de fatigue corporelle et en même temps avec beaucoup plus de force. Ensuite on imagina de le fixer sur un châssis mont* sur des roues et on le couvrit de planches pour protéger les combattants contre les traits de l'ennemi. La figure 324 nous montreun bélier en mouvement.

Comme toutes les villes assiégées étaient munies de fortes murailles crénelées et garnies de tours, l'assiégeant creusait devant la place une contrevallation renforcée aux angles de tours en char-

Fig. 324.

Bélier en mouvement.

pentes, et s'il craignait l'arrivée d'une armée ne secours, il traçait une circonvallation qui le protégeait lui-même, de manière à pouvoir jouer à la fois le rôle d'assiégé et d'assiégeant, comme le fit César au siège d'Alise. Les Romains élevaient en outre de grandes tours roulantes, construites en charpentes, et dont la hauteur dépassait quelquefois celle des tours qui défendaient la place. Ces tours, nommées ambulatoires, parce qu'on les changeait de place en les poussant le plus près possible des murailles ennemies, avaient généralement huit étages. Elles étaient garnies de soldats et revêtues à l'extérieur de peaux mouillées, qui les préservaient de l'incentlie qu'auraient pu causer les projectiles enflammés lancés delà place. Les tours ambulatoires contenaient presque toujours un bélier, qui sapait le bas de la muraille, tandis que les archers et les frondeurs placés en haut s'efforçaient de dégarnir le rempart de ses défenseurs.

En général, ce n'est qu'après plusieurs attaques réitérées qu'on pouvait donner l'assaut.

Un groupe de la colonne Antonine montre comment les soldats romains réunissaient leurs boucliers de manière à se préserver des projectiles que les assiégés pouvaient lancer sur eux. Il représente en effet des soldats se préparant à faire l'assaut d'une forteresse des Germains : on les voit s'avancer jusqu'au pied de la muraille,

Fig. 325. — Soldats serrant leurs boucliers.

en élevant les boucliers au-dessus de leurs têtes et de leurs épaules {fig.32S). Ils sont très rapprochés, de sorte que les boucliers non seulement se touchent, mais se recouvrent mutuellement par leur bord ; leur réunion forme une masse compacte comme l'écaillé d'une tortue ou la pente d'un toit, et les projectiles glissaient dessus sans avoir blessé personne. Dans cette manœuvre une partie des soldats mettaient un genou en terre tandis que les autres se tenaient debout, de façon que l'inclinaison des boucliers rejetât promptement hors des rangs les projectiles qui tombaient.

L'historien Polybe, faisant le récit de l'attaque de Syracuse, que défendait Archimède, décrit ainsi les machines de guerre employées dans ce combat célèbre : « Lorsque Marcus Marcellus attaqua

l'Achradine de Syracuse, sa flotte était composée de soixante galères à cinq rangs de rames, qui étaient remplies d'hommes armés d'arcs, de frondes et de javelots pour balayer les murailles. Il avait encore huit galères à cinq rangs de rames, d'un côté desquelles on avait ôté les bancs, aux unes à droite, aux autres à gauche, et que l'on avait jointes ensemble deux à deux par les côtés où il n'y avait plus de bancs. C'étaient ces galères qui, poussées par les rameurs du côté opposé à la ville, approchaient des murailles les machines appelées sambuques, et dont il faut expliquer la construction. C'est une échelle de la largeur de quatre pieds qui, étant dressée, est aussi haute que les murailles. Les deux côtés de cette échelle sont garnis de balustrades et de courroies de cuir qui régnent jusqu'à son sommet. On la couche en long sur les côtés des deux galères jointes ensemble, de sorte qu'elle passe de beaucoup les éperons; et au haut des mâts de ces galères, on attache des poulies et des cordes. Quand on doit se servir de cette machine, on attache les cordes à l'extrémité de la sambuque, et des hommes l'élèvent de dessus la poupe par le moyen des poulies : d'autres sur la proue aident aussi à l'élever avec des leviers. Ensuite, lorsque les galères ont été poussées à terre par les rameurs des deux côtés extérieurs, on applique ces machines à la muraille. Au haut de l'échelle est un petit plancher bordé de claies de trois côtés, sur lequel quatre hommes repoussent en combattant ceux qui des murailles empêchent qu'on applique la sambuque. Quand elle est appliquée et qu'ils sont arrivés sur la muraille, ils jettent bas les claies et, à droite et à gauche, ils se répandent dans les créneaux des murs et dans les tours. Le reste des troupes les suit sans crainte que la machine leur manque, parce qu'elle est fortement attachée avec des cordes aux deux galères. Or ce n'est pas sans raison que cette machine a été appelée sambuque; on lui a donné ce nom, parce que l'échelle étant dressée, elle forme avec le vaisseau un ensemble qui a l'air d'une sambuque.

« Tout étant préparé, les Romains se disposaient à attaquer les tours; mais Archimède avait aussi, de son côté, construit des machines propres à lancer des traits à quelque distance que ce fût. Les ennemis étaient encore loin de la ville qu'avec des balistes et des catapultes plus grandes et plus fortement bandées, il les perçait de tant de traits qu'ils ne savaient comment les éviter. Quand les traits passaient au delà, il en avait de plus petites proportionnées

à la distance, ce qui jetait une si grande confusion parmi les Romains, qu'ils ne pouvaient rien entreprendre, de sorte que Marcellus, ne sachant quel parti prendre, fut obligé de faire avancer sans bruit ses galères pendant la nuit. Mais quand elles furent vers la terre à portée du trait, Archimède inventa un autre stratagème contre ceux qui combattaient de dessus leurs vaisseaux. Il fit percer à hauteur d'homme et dans la muraille des trous nombreux et de la largeur de la main. Derrière ces meurtrières, il avait posté des archers et des arbalétriers qui, tirant sans cesse sur la flotte, rendaient inutiles tous les efforts des soldats romains. De cette manière, soit que les ennemis fussent près, soit qu'ils fussent loin, non seulement il empêchait tous leurs projets de réussir, mais encore il en tuait un grand nombre. Et quand on commençait à dresser des sambuques, des machines disposées au dedans des murailles et que l'on n'apercevait pas la plupart du temps s'élevaient sur les forts et étendaient leurs becs bien loin en dehors de remparts. Les unes portaient des pierres qui ne pesaient pas moins de six cents livres, les autres des masses de plomb d'une égale pesanteur. Quand les sambuques s'approchaient, on tournait avec un câble les becs de ces machines où il était nécessaire, et par le moyen d'une poulie que l'on lâchait, on faisait tomber sur la sambuque une pierre, qui ne brisait pas seulement cette machine, mais encore le vaisseau, et jetait ceux qui s'y trouvaient dans un extrême péril.

« Il y avait encore d'autres machines qui lançaient sur les ennemis qui s'avançaient, couverts par des claies, des pierres d'une grosseur suffisante pour faire quitter la proue des navires à ceux qui y combattaient. Outre cela, on faisait tomber une main de fer attachée à une chaîne, avec laquelle celui qui dirigeait le bec de la machine comme le gouvernail d'un navire, ayant saisi la proue d'un vaisseau, abaissait l'autre bout du côté de la ville. Quand, soulevant la proue dans les airs, il avait dressé le vaisseau sur la poupe, alors liant le bras du levier pour le rendre immobile, il lâchait la chaîne par le moyen d'un moulinet ou d'une poulie. Il arrivait nécessairement alors que ces vaisseaux ou bien tombaient sur le côté, ou bien étaient entièrement culbutés; et, la plupart du temps, la proue retombant de très haut dans la mer, ils étaient submergés au grand effroi de ceux qu'ils portaient. Marcellus était dans un très grand embarras ; tous ses projets étaient renversés

par les inventions d'Archimède ; il faisait des pertes considérables, les assiégés se riaient de tous ses efforts. Cependant il ne laissait pas que de plaisanter sur les inventions du géomètre.

« Cet homme, disait-il, se sert de nos vaisseaux comme de cruches pour puiser de Teau, et il chasse ignominieusement nos sambuques à coups de bâton, comme indignes de sa compagnie. »

Les signaux. — Les pays voisins des frontières où l'on pouvait redouter des incursions et les côtes de la Méditerranée étaient garnis de petites tours d'observation, qui s'échelonnaient de distance en distance, et qui autant que possible étaient placées sur de

Fig. 826. — Tour d'observation. (D'après une peinture de Pompéi.)

petites éminences. Les gardes qui veillaient dans ces tours étaient chargés de surveiller les environs et de transmettre les signaux. Une peinture de Pompéi montre une côte sur laquelle sont représentées plusieurs de ces tours d'observation [fig. 326).

La figure 327 montre une autre construction entourée d'une palissade carrée. Une balustrade en bois fait le tour du premier étage, et on voit à la fenêtre une longue torche allumée qui servait à faire des signaux aux troupes éloignées.

Un fragment de Polybe nous fournit de curieux renseignemeni sur les méthodes employées dans l'antiquité pour les signaux : « l)i toutes les inventions, dit Polybe, aucune n'est plus utile que lei signaux par le feu. Que les choses viennent de se passer ou qu'elleij se passent actuellement, on peut par ce moyen en instruire à troii ou quatre journées de là, et quelquefois même à une plus grand< distance, de sorte qu'on est surpris de recevoir le secours dont 01 avait besoin. Autrefois, cette manière d'avertir était trop simple, perdait par là beaucoup de son utilité. Car, pour en faire usage, il

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