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LA FLOTTE

bateaux fort grossiers, semblables à ceux que portait le Tibre, et c'est seulement à partir des guerres puniques qu'ils sentirent la nécessité d'un armement naval. Les vaisseaux de guerre qu'ils construisirent alors ne se distinguaient des autres que par leur dimension qui était généralement plus grande. Les monuments, et notamment la colonne Trajane, en offrent plusieurs représentations. La proue, c'est-à-dire l'avant, est représentée sur la figure 328, et la poupe, c'est-à-dire l'arrière, sur la figure 329.

Fig. 829. — Poupe d'un navire romain.

Dans la première, on voit sur le rivage un autel avec la flamme sacrée et un bœuf qui va être immolé. C'était, en effet, l'usage d'offrir un sacrifice au moment où une expédition navale se mettait en route.

La disposition générale d'un navire est très visible sur la figure 330, qui représente l'empereur Trajan quittant le port d'Ancône. On remarquera la cabine du commandant placée à la poupe du navire. C'est près de là qu'on mettait les drapeaux et enseignes militaires, ainsi que la lanterne destinée à éclairer le bâtiment. Mais ce qui distingue surtout les bâtiments destinés à la guerre, c'est le rostrum ou saillie en forme de pointe qui forme l'avant d'un navire, et qui ici est décoré d'un œil.

On donne le nom de rostrum à une sorte d'éperon, qui faisait saillie sur la proue des bâtiments de guerre et se terminait par une pointe en bronze ou en fer. Dans la marine primitive c'était

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une simple poutre, dont l'cxtrénnité était on métal et représentait liabituellement la tête d'un animal; c'est dansée genre qu'est le rostrum antique trouvé au fond du port de Gênes. Mais plus tard, le rostrum fut formé de plusieurs poutres en saillie, dont une dominant toutes les autres, et au lieu d'apparaître en saillie au-dessus de la ligne de flottaison, il fut placé plus bas, de manière à ouvrir une terrible voie d'eau au navire endommagé.

Les Romains se servaient aussi dans les armées navales d'une machine de guerre appelée corbeau, qui servait à l'abordage du vaisseau ennemi et dont Polybe donne la description suivante :

« Comme les vaisseaux romains étaient mal construits et d'une extrême pesanteur, quelqu'un suggéra l'idée de se servir de ce qui fut depuis ce temps appelé des corbeaux. Voici ce que c'était : Une pièce de bois ronde, longue de quatre aunes, grosse de trois palmes de diamètre, et autour, une échelle clouée à des planches de quatre pieds de largeur sur six aunes de longueur, dont on avait fait un plancher, percé au milieu d'un trou oblong, qui embrassait la pointe à deux aunes de l'échelle. Des deux côtés de l'échelle, sur la longueur, on avait attaché un garde-fou qui couvrait jusqu'aux genoux. Il y avait au bout du mât une espèce de pilon de fer pointu, au haut duquel était un anneau, de sorte que toute cette machine paraissait semblable à celles dont on se sert pour faire la farine. Dans cet anneau passait une corde avec laquelle, par le moyen de la poulie qui était au haut de la poutre, on élevait des cordages lorsque les vaisseaux s'approchaient et on les jetait sur les vaisseaux ennemis, tantôt du côté de la proue, tantôt sur les côtés, selon différentes rencontres. Quand les corbeaux accrochaient un navire, si les deux étaient joints par leurs côtés, les Romains sautaient dans le vaisseau ennemi d'un bout à l'autre; s'ils n'étaient joints que par la proue, ils avançaient deux ta deux au travers du corbeau. Les premiers se défendaient avec leurs boucliers des coups qu'on leur portait par devant ; et les suivants, pour parer les coups portés de côté, appuyaient leurs boucliers sur le garde-fou. »

Outre les rameurs et les matelots chargés de la manœuvre, il y avait toujours, sur les navires romains, des soldats exercés à combattre sur mer et qui répondaient à ce que sont aujourd'hui nos soldats de marine.

Les vaisseaux de guerre, lorsqu'ils étaient en roule, ne mar-

bp

chaient qu'à la voile, et on n'employait la rame que pour la tactique. Dès que l'ennemi était signalé les matelots carguaient les

Fig. 33 1. — Trirème. (Temple de la Fortune.

voiles, et amenaient les antennes, en même temps que les soldats

élevaient à la proue et à la poupe des tours dey[combat, dont on

voit une représentation sur la figure 334. Ces tours s'emportaient démontées, parce que, pendant le trajet, elles auraient gêné la manœuvre.

Les soldats combattaient avec leurs armes ordinaires, mais les rameurs étaient généralement nus jusqu'à la ceinture, pour avoir plus dt> liberté dans leurs mouvements. En général, ^?=^ les Hottes romaines ne s'écartaient guère des côtes qu'elles étaient chargées de défendre ou d'attaquer, et

c'est toujours à proximité du rivage que les engagements maritimes

avaient lieu.

Fig. 33a. — Vaisseau illyricu

LE TRIOMPHE

Après la bataille d'Actium on adopta dans la marine militaire une forme de navire analogue à celle des bâtiments que montaient les pirates illyriens {fig. 332}. C'était un navire mince et allongé présentant une pointe à l'arrière comme à l'avant, et pouvant contenir quelquefois plusieurs bancs de rameurs. Le mât était placé au milieu du navire et on se servait de la voile levantine ou triangulaire, au lieu de la voile latine ou carrée qu'on employait pour les autres navires. Ces vaisseaux apparaissent quelquefois sur les médailles de Claude ou de Domitien.

Fig. 333. — Char de triomphe.

Le triomphe. — Le triomphe, cérémonie purement romaine et dont on ne trouve pas l'analogue chez les autres peuples de l'antiquité, avait pour but avoué d'offrir un sacrifice d'actions de grâces à Jupiter Capitolin, mais le véritable but était de montrer au peuple toute la gloire qu'on avait acquise et tout le butin qu'on avait fait. Pour avoir droit aux honneurs du triomphe, il fallait avoir commandé en chef les armées romaines, remporté une grande victoire et tué au moins cinq mille ennemis dans une bataille rangée, avoir agrandi le territoire de la république et terminé la guerre sonS avoir éprouvé de défaites. Celui qui avait obtenu le triomphe ne pouvait pas rentrer dans Rome avant la cérémonie, et le sénat qui décernait le triomphe devait se réunir dans un temple situé hors de l'enceinte de la ville, pour entendre le candidat et examiner ses droits. Le costume du triomphateur était une tunique

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bordée de palmes et une toge de pourpre à rosaces d'or, que l'on conservait dans le temple de Jupiter Capitolin. Il tenait à la main un sceptre d'ivoire surmonté d'un aigle et conservait à perpétuité le droit de porter en public une couronne de laurier.

Le triomphe était toujours accompagné d'un immense appareil militaire. Des poteaux placés le long du chemin triomphal portaient ces écriteaux où étaient relatés les principaux faits d'armes de la campagne. Le butin était exposé sur des chariots et accompagné des prisonniers de guerre garrottés. Des couronnes d'or offertes par les villes alliées du peuple romain précédaient le char

Fig. 334. — Char de triomphe.

triomphal. Ce char, splendidement décoré, était tiré par quatre chevaux blancs marchant de front et quelquefois par des éléphants. Les figures 333 et 33U montrent ces chars dans leur forme la plus habituelle. Mais cette forme n'était pas toujours la même. Aussi une médaille de Vespasien montre un char triomphal qui, au lieu de s'ouvrir par derrière comme les chars ordinaires, était complètement circulaire et fermé de tous les côtés : les panneaux extérieurs étaient décorés de sculptures en ivoire. Enfin, Xs. figure 335 montre un char de triomphe de l'empire d'Orient.

Les clients et les amis du triomphateur, le sénat, les consuls et tous les grands magistrats suivaient k pied le char triomphal et les soldats venaient ensuite chantant leurs propres louanges qu'ils accompagnaient quelquefois de satires contre leur général. La pompe triomphale traversait le Champ de Mars, passait dans le Vélabre, dans le cirque Maxime, longeait le mont Palatin, prenait

LE TRIOMPHE

la voie Sacrée, traversait le Forum et montait au temple de Jupiter Capitolin. Là, le triomphateur présentait au dieu une branche de laurier et lui adressait une prière d'actions de grâces pour la république.

Les grands et sérieux triomphes ont été ceux de la république ; mais les plus pompeux ont été ceux de l'époque impériale. Sous l'empire, l'honneur du triomphe fut réservé à l'empereur seul, parce que les autres généraux commandaient seulement à titre de lieutenants et les empereurs se sont souvent fait décerner des triomphes peu mérités.

Fig. 335. — Char de triomphe. (Empire d'Orient.)

Un des plus célèbres triomphes de la période républicaine a été celui de Paul-Émile, après sa victoire sur Persée, roi de Macédoine. Plutarque en a laissé la description suivante : « On avait dressé dans les théâtres où se font les courses de chevaux et qu'on appelle cirques, dans les places publiques et dans tous les lieux de la ville d'où l'on pouvait voir la pompe, des échafauds, sur lesquels se placèrent les spectateurs, vêtus de robes blanches. On ouvrit les temples, on les couronna de festons, et on y brûla continuellement des parfums. Un grand nombre de licteurs et d'autres officiers publics, écartant ceux qui couraient sans ordre de côté et d'autre, ou qui se jetaient trop en avant, tenaient les rues libres et dégagées. La marche triomphale dura trois jours entiers ; le prévu. — 20

micr suffit à peine à voir passer les statues, les tableaux et les figures colossales, qui, portés sur deux cent cinquante chariots, offraient un spectacle imposant. Le second jour, on vit passer également sur un grand nombre de chariots les armes les plus belles et les plus riches des Macédoniens, tant d'airain que d'acier et qui, nouvellement fourbies, jetaient le plus vif éclat. Quoique rassemblées avec beaucoup de soin et d'art, elles semblaient avoir été jetées au hasard par monceaux ; c'étaient des casques sur des boucliers, des cuirasses sur des bottines, des pavois de Crète, des targes de Thrace, des carquois entassés pêle-mêle avec des mors et des brides ; des épées nues et de longues piques sortaient de tous les côtés et présentaient leurs pointes menaçantes. Toutes ces armes étaient retenues par des liens un peu lâches, et le mouvement des chariots les faisant se froisser les unes contre les autres, elles rendaient un son aigu et effrayant ; la vue seule des armes d'un peuple vaincu inspirait une sorte d'horreur. A la suite de ces chariots marchaient trois mille hommes, qui portaient l'argent monnayé dans sept cent cinquante vases, dont chacun contenait le poids de trois talents, et était soutenu par quatre hommes. D'autre^ étaient chargés de cratères d'argent, de coupes en forme de cornes, de gobelets et de flacons, disposés de manière à être bien vus, et aussi remarquables par leur grandeur que par la beauté de leur ciselure. Le troisième jour, dès le matin, les trompettes se mirent en marche ; elles firent entendre, non les airs qu'on a coutume de jouer dans les processions et les pompes religieuses, mais ceux que les Romains sonnent pour exciter les troupes au combat. A leur suite étaient cent vingt taureaux qu'on avait engraissés, leurs cornes étaient dorées et leurs corps ornés de bandelettes et de guirlandes. Leurs conducteurs, qui devaient les immoler, étaient de jeunes garçons ceints de tabliers richement brodés, et suivisi d'autres jeunes gens qui portaient les vases d'or et d'argent.pourj les sacrifices. On avait placé derrière eux ceux qui étaient chargés de l'or monnayé; il était distribué, comme la monnaie d'argent,] dans des vases qui contenaient chacun trois talents {seize mille six\ rjmt quatre-vingts francs). Il y en avait soixante-dix-sept, ils étaient suivis de ceux qui portaient la coupe sacrée d'or massif, du poids de dix talents {environ deux cent soixante-un kilogrammes), que Paul- Kniile avait fait faire, et qui était enrichie de pierres précieuses.] On portait à la suite les vases qu'on appelait antigonides, séleu-J

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cides, tliériclées, et toute la vaisselle d'or de Persée ; on voyait ensuite le char de Persée et ses armes surmontées de son diadème.

« A peu de distance, marchaient ses enfants captifs, avec leurs gouverneurs, leurs précepteurs et leurs officiers, qui tous fondaient en larmes, tendaient les mains aux spectateurs, et montraient à ces enfants à intercéder auprès du peuple et à lui demander grâce. Il y avait deux garçons et une fille ; leur âge tendre les empêchait de sentir toute la grandeur de leurs maux, et un si grand changement de fortune les rendait d'autant plus dignes de pitié, qu'ils y étaient moins sensibles. Peu s'en fallut même que Persée ne passât sans être remarqué, tant la compassion fixait les yeux des Romains sur ces tendres enfants et leur arrachait des larmes ! Ce spectacle excitait un sentiment mêlé de plaisir et de douleur, qui ne cessa que lorsque cette troupe fut passée. Persée venait après ses enfants et leur suite; il était vêtu d'une robe noire et portait des pantoufles à la macédonienne; on voyait à son air que la grandeur de ses maux lui en faisait craindre de plus grands encore et lui avait troublé l'esprit. Il était suivi de la foule de ses amis et de ses courtisans, qui, marchant accablés de douleur, baignés de larmes, et les regards toujours fixés sur Persée, faisaient juger à tous les spectateurs que, peu sensibles à leur propre malheur, ils ne déploraient que l'infortune de leur prince. Après cette dernière troupe, on vit passer quatre cents couronnes d'or, que les villes avaient envoyées à Paul-Émile par des ambassadeurs, pour prix de sa victoire. Enfin paraissait le triomphateur, monté sur un char magnifiquement paré ; mais il n'avait pas besoin de cette pompe majestueuse pour attirer tous les regards ; vêtu d'une robe de pourpre brodée en or, il tenait dans sa main droite une branche d'olivier. Toute son armée en portait aussi et suivait son char, rangée par compagnies, chan-, tant ou des chansons usitées dans ces sortes de pompes et mêlées de traits satiriques, ou des chants de victoire pour célébrer les exploits de Paul-Émile, qui, admiré et applaudi de tout le monde, ne voyait pas un seul homme de bien porter envie à sa gloire. »

L'arc de triomphe est un édifice dont le caractère revient en propre aux Piomains, et rien de pareil n'a existé en Grèce. On croit trouver l'origine de cette classe de monuments dans l'habitude qu'avaient les Piomains de faire, dans les rues où devait passer le triomphateur, des décorations provisoires où l'on suspendait les dépouilles des vaincus. En général les arcs de triomphe des

Romains n'étaient pas, comme ceux des peuples modernes, des monuments élevés à la gloire militaire d'une nation et représentant par conséquent une idée générale. C'était en quelque sorte de l'architecture historique, et un arc triomphal devait consacrer par des représentations non équivoques le souvenir du triomphe particulier qui avait motivé son érection. De là un style spécial dans la décoration de ces monuments, qui devaient rappeler d'une manière symbolique ou réelle les nations vaincues, les villes prises, les rois captifs, que chacun devait être en mesure de reconnaître.

Pendant longtemps l'arc de triomphe n'a été qu'un arc plein cintre au-dessus duquel on plaçait la statue du triomphateur et les

trophées de la victoire. C'est ainsi qu'on les voit représentés par plusieurs médailles : ces constructions n'étaient le plus souvent que provisoires, et à part une colonne qui était placée de chaque côté de l'arcade, ils étaient à peu près nus. Plus tard, l'édifice forma un carré percé de trois arcades surmontées d'un attique assez élevé. Le triomphateur passait par l'arcade du milieu et, au moment de son passage, de petites figures ailées que faisait mouvoir un ressort posaient une couronne sur sa tête. C'est là, selon Quatremère de Quincy, l'origine de ces victoires ailées qui figurent sur les arcs de triomphe. Ce sont ces monuments, qui n'étaient d'abord construits que provisoirement, qui ont servi de types aux acs de triomphe qu'on a élevés ensuite. Il y en a encore d'une autre espèce qui présentent des arcs doubles. Mais ceux-ci n'avaient pas toujours de signification particulière et s'employaient surtout pour les portes des villes. Les deux arcades s'employaient pour l'entrée et la sortie. Les arcs de Titus, de Septime Sévère, de Constantin, à Rome, l'are de Trajan, à Ancône et à Bénévent, et en France, l'arc d'Orani: sont les plus célèbres monuments de ce genre qui nous aient et' conservés.

Plusieurs espèces de couronnes honorifiques étaient également décernées comme récompenses au mérite militaire. La couronne claustrale ou vallaire était décernée au soldat qui, \c premier, avait pénétré dans le camp ennemi, en franchissant la palissade; elle

Couronne civique.

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était garnie de pointes simulant la palissade. La couronne civique {fig. 336) était la récompense du légionnaire qui en avait sauvé un autre ; la couronne graminale était donnée par les soldats au chef de légion qui les avait tirés d'un péril imminent; la couronne murale était donnée à celui qui, le premier, avait escaladé une muraille ; la couronne obsidionale, considérée comme la plus importante, était la récompense d'un général ou d'un officier supérieur qui avait pu dégager une armée romaine bloquée par l'ennemi.

Fig. 33^, — Guerrier romain dëcorë de phalères.

Outre les couronnes, les Romains honoraient le courage guerrier par des récompenses qui répondaient à peu près à la médaille militaire de Tarmée française, ou la décoration de la Légion d'honneur. Il y en avait de plusieurs sortes : les soldats et officiers qui avaient fait quelque action d'éclat recevaient une phalère, ornement en pierre dure ou en métal précieux travaillé avec art et affectant généralement la forme d'un gros médaillon. On portait les phalères par-dessus l'armure : elles étaient suspendues sur la poitrine au moyen de buffleteries qui passaient devant la cuirasse. Plusieurs monuments représentent des soldats romains pourvus de cette espèce de décoration militaire (/?g'. 337). Dans une des vitrines

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du musée des antiquités au Louvre, on peut voir plusieurs de ces phalères très bien conservées.

Tout soldat romain qui avait fait prisonnier un soldat ennemi avait droit à une récompense spéciale. La figure 338 représente un prisonnier dace qu'un soldat romain amène devant l'empereur, et la figure 339 deux cavaliers barbares qui sont également conduits par un soldat romain ; celui-ci porte le vexillum qui est le drapeau de la cavalerie.

Fig. 338. — Prisonnier dace.

Outre les récompenses spéciales affectées à certains actes de courage, le butin pris sur l'ennemi entrait pour une forte part dans les avantages qu'un soldat pouvait tirer de sa profession.

L'histoire offre plus d'un exemple d'une armée victorieuse qui, pendant qu'elle se livre au pillage, est exposée à un retour offensif de l'ennemi, ou qui, après la bataille, se mutine à cause de l'inégalité des parts faites à chacun. Les généraux romains avaient prévu cela et Polybe nous apprend comment se fit le partage du butin après la prise de Carthagène. « Le lendemain, tout le butin qu'on avait fait, tant sur la garnison que sur les citoyens et les artisans, ayant été rassemblé sur la place publique, les tribuns le distribuèrent à leurs b'gions, selon l'usage établi chez les Honiains. Or telle est la manière d'agir de ce peuple, lorsqu'ils j^rennent une ville d'assaut. Chaque jour, on tire des légions un certain nombre

LE TRIOMPHE

de soldats, selon que la ville est grande ou petite, mais jamais plus de la moitié. Les autres demeurent à leur poste, soit hors de la ville, soit au dedans, selon qu'il est besoin. Ces troupes se dispersent pour butiner et on porte ensuite ce que l'on a pris, chacun à sa légion. Le butin vendu à l'encan, les tribus en^partagent le

- . • . • -. '''il 'IH1N' 1; .iv-

Fig. 339. — Prisonniers daces.

prix en parties égales, qui se donnent non seulement à ceux'qui sont aux différents postes, mais encore à ceux qui ont été laissés à la garde du camp, aux malades et aux autres qui ont été détachés pour quelque mission que ce soit. »

Les ennemis des Romains. — Les petites peuplades qui habitaient le Latium, et qui étaient dans le voisinage immédiat de Rome, ont été naturellement les premiers ennemis que Rome ait eu à combattre. Mais tout ce qui concerne l'époque des rois est tellement légendaire qu'il est impossible de rien préciser sur cette période. On peut du moins présumer que ces luttes devaient ressembler passablement à celles des héros grecs de la même époque. Il semble que la guerre ait consisté en luttes individuelles dont le fameux

combat des Horaces et des Curiaces présente certainement le récit le plus curieux.

Mais c'est un duel plutôt qu'une bataille, et pour tout ce qui concerne l'organisation militaire des populations primitives de l'Italie, les textes fournissent en somme bien peu de renseignements. Néanmoins les^Étrusques nous ont laissé, à défaut de documents écrits,

Fig. 340.

Fig. 341.

Guerriers étrusques.

quelques monuments qui, s'ils ne nous éclairent pas beaucoup sur les grandes divisions d'une armée, et sur les manœuvres qu'on pouvait lui faire exécuter, nous montrent du moins l'équipement du guerrier et les armes qu'il avait à sa disposition.

Le soldat de style archaïque que montre la figure 3i0 porte un casque peu différent de celui des Grecs de l'âge héroïque ; il tient en main deux javelots et n'a pas de bouclier. La poitrine est entièrement préservée des coups de l'ennemi par une forte cuirasse, mais les jambes semblent tout à fait à découvert. Mais il n'en est pas de

LE TRIOMPHE

même de la très curieuse statuette représentée sur la. figure 3^1 , qui est pourvue de jambards, mais dont les pieds sont entièrement nus, particularité que l'on remarque assez fréquemment sur les monuments étrusques.

Quant aux cavaliers étrusques représentés sur un bas-relief {fig. 34-2), qui rappelle sous une forme plus barbare ceux de la grande cavalcade du Parthénon, ils sont remarquables par la

l'ir>;;yv^-^

Fig. 34a. — Cavaliers étrusques.

coiffure et par la tunique serrée à la ceinture, mais ils fournissent en somme peu de renseignements sur l'armement des Étrusques. Le personnage représenté sur la figure 3A3 est probablement un chef plutôt qu'un simple soldat : c'est du moins ce qui paraît résulter de son équipement qui montre un certain luxe. La tête de ce guerrier est coiffée d'un casque surmonté d'un grand panache qui retombe jusqu'au milieu du dos, comme le montre la figw^e 344, qui représente le même guerrier vu de dos. Ce casque est garni d'ailerons pour protéger les oreilles. La poitrine est garantie par un corselet, serré par une ceinture et surmonté de deux épaulettes qui redescendent en pointe par devant. Sous ce corselet est une tunique courte, dont le bas est apparent sur le haut des cuisses.

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Des jambières, qui couvrent entièrement le genou et descendent jusqu'aux chevilles, enveloppent les membres inférieurs en laissant à découvert une partie du mollet. Ce guerrier porte un bouclier rond, analogue à ceux qu'on trouve cliez tous les peuples de

Fig. 343. — Guerrier étrusque,

l'Italie primitive et qui est également la forme du bouclier romain des premiers âges.

Un vase peint du Louvre nous donne la représentation d'un guerrier samnite [fig. 345). 11 a le corps protégé par une espèce de cuirasse, garnie d'une ceinture ; un manteau court fixé sur le

LE TRIOMPHE 315

devant de la poitrine flotte sur ses épaules. Son casque est garni de plumes ; il tient un javelot dans sa main droite et porte au bras gauche un bouclier. Les figures 34S à 3i9, d'après des peintures

Fig. 344* — Guerrier étrusque.

découvertes dans un tombeau de Pœstum, montrent également des guerriers de l'Italie méridionale.

« Les Samnites, dit Tite-Live, avaient imaginé de frapper les regards par l'éclat d'une nouvelle armure. Il y avait deux corps d'armée ; l'un avait ses boucliers ciselés en or, l'autre en argent. Le bouclier avait une forme particulière : plus évasé vers l'endroit

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qui couvre les épaules et la poitrine, il offrait dans toute sa partie supérieure une largeur égale, tandis que vers le bas il s'amincissait en coin pour être plus maniable ; la poitrine était garantie par une cotte de mailles tissue en éponge et la jambe gauche par une bottine de fer; les casques étaient rehaussés par un panache, qui donnait à la taille un air gigantesque. L'uniforme du corps aux

Fig. 345. — Guerrier samnite.

boucliers dorés était bigarré de différentes couleurs ; celui du corps aux boucliers d'argent était blanc. Ceux-ci formaient l'aile droite, les autres l'aile gauche. »

Un cavalier samnite est représenté sur la figure 330, d'après une peinture de vase. Son costume ne diffère pas beaucoup de celui des fantassins : le cheval n'a pas de selle ni le coussinet ou le tapis qui la remplace habituellement dans la cavalerie antique.

Si la lutte contre les Samnites a établi la prédominance des Romains en Italie, ce sont les guerres puniques qui marquent l'avènement de leur grande puissance.

LE TRIOMPHE

Carthage entretenait, surtout à l'époque des guerres puniques, des armées considérables. Elles se composaient en grande partie de soldats mercenaires levés en différents pays. Cependant il y avait toujours dans une armée un corps spécial formé de Carthaginois, mais il était peu nombreux, et il semble avoir été destiné plutôt à former des officiers capables de commander qu'à consti-

ooooooooooooooo Fig. 347.

Guerriers samnites.

tuer un véritable corps d'armée. Ainsi dans un ensemble de soixante-six mille hommes, il n'y en avait pas, suivant Diodore de Sicile, plus de deux mille cinq cents qui fussent de Sicile. Les peuples tributaires d'Afrique formaient la plus grande partie du contingent. Il y avait aussi un assez grand nombre de Gaulois et d'Espagnols : ceux-ci formaient habituellement la grosse infanterie, car les Africains étaient plutôt cavaliers. Les frondeurs des Baléares formaient un corps très redouté.

Les Grecs, les Campaniens et les Liguriens figuraient aussi en

assez grand nombre dans les 'armées carthaginoises. Quelques statuettes d'un travail très grossier, découvertes dans la Campanie et la Grande-Grèce, passent pour représenter des soldats au service de Garthage. Telles sont les deux figurines en bronze trouvées près de Capoue, que reproduisent les figures SSi et 352. Ces deux cavaliers campaniens portent une coiffure en forme de capuchon, une tunique fermée par une large ceinture et un pantalon collant à

Fig. 348. — Porte-drapeau étrusque ou samnite.

Fig. 349. — Guerrier samaite.

(D'après une peinture de Pœstum.)

carreaux avec des genouillères. Une autre statuette en bronze trouvée près de Grumentum, en Lucanie, représente un cavalier qui en porte un autre en croupe. On attribue également à -ce groupe une origine carthaginoise, sans toutefois qu'il y ait beaucoup de preuves à l'appui ; le travail en est extrêmement grossier et rappelle les images phéniciennes de l'île de Sardaigne {fig. 353). Les cavaliers numides, qui sont probablement les ancêtres de nos Kabyles d'Afrique, ('taient très redoutés des Romains. « Quand nos cohortes se détachaient, dit J. César (Guerre civile), les Numides évitaient leur choc par la fuite, [)uis, revenant les cnve-

LE TRIOMPHE 319

lopper dans leur mouvement de retraite, les empêchaient de rejoindre l'armée. Ainsi elles ne pouvaient, sans péril, ni garder leur poste et leur rang, ni se porter en avant et tenter les hasards. L'armée ennemie, à laquelle le roi ne cessait d'envoyer des renforts, grossissait à tout moment; les nôtres tombaient de lassitude;

Fig. 35o. — Cavalier samnite.

les blessés ne pouvaient ni se retirer du combat, ni être transportés en lieu sûr, à cause de la cavalerie numide qui nous enveloppait de toutes parts.» Ces Numides si redoutés des Romains formaient en grande partie la cavalerie légère de l'armée carthaginoise. Les éléphants guidés par les Ethiopiens formaient aussi un appoint important de l'armée carthaginoise ; mais dans les guerres lointaines ils sont souvent cause de sérieux embarras pour la difficulté du transport.

Polybe raconte la manière qu'employa Annibal pour faire passer le Rhône à ses éléphants : « Après avoir fait plusieurs radeaux, d'abord on en joignit deux l'un à l'autre, qui faisaient ensemble cinquante pieds de largeur, et on les mit au bord de l'eau où ils étaient retenus avec force et arrêtés à terre. Au bout, qui était hors de l'eau, on en attacha deux autres, et l'on poussa cette espèce de pont sur la rivière. Il était à craindre que la rapidité du fleuve n'emportât tout l'ouvrage. Pour prévenir ce malheur, on retint le

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Fig. 35 1. — Cavalier campanien.

côté exposé au courant par des cordes attachées aux arbres qui bordaient le rivage. Quand on eut porté ces radeaux à la longueur d'environ deux cents pieds, on en construisit deux autres beaucoup plus grands que l'on joignit aux derniers. Ces deux furent liés fortement l'un à l'autre ; mais ils ne le furent pas tellement aux plus petits qu'il ne fût aisé de les détacher. On avait encore attaché beaucoup de cordes aux petits radeaux, par le moyen desquelles les nacelles destinées à les remorquer pussent les affermir contre l'impétuosité de l'eau et les amener jusqu'au bord avec les éléphants. Les deux grands radeaux furent ensuite couverts de terre et de gazon, afin que ce pont fût semblable en tout au chemin

LE TRIOMPHE

qu'avaient à faire les éléphants pour en approcher. Sur terre ces animaux s'étaient toujours laissé manier par leurs conducteurs; mais ils n'avaient pas encore osé mettre les pieds dans l'eau. Pour les y faire entrer, on mit à leur tête deux éléphants femelles, qu'ils suivaient sans hésiter. Ils arrivent sur les derniers radeaux, on coupe les cordes qui tenaient ceux-ci attachés aux deux plus grands; les nacelles remorquent et emportent bientôt les éléphants loin des radeaux qui étaient couverts de terre. D'abord ces ani-

Fig. 352. — Cavalier campanien.

maux, effrayés, inquiets, allèrent et vinrent de côté et d'autre. Mais l'eau dont ils se voyaient environnés leur fit peur et les retint en place. C'est ainsi qu'Annibal, en joignant des radeaux deux à deux, trouva le secret de faire passer le Rhône à la plupart de ses éléphants. Je dis à la plupart, car ils ne passèrent pas tous de la même manière. Il y en eut qui, au milieu du trajet, tombèrent de frayeur dans la rivière. Mais leur chute ne fut funeste qu'aux conducteurs. Pour eux la force et la longueur de leurs trompes les tira du danger. En élevant ces trompes au-dessus de l'eau, ils respiraient et éloignaient tout ce qui pouvait leur nuire, et par ce moyen ils vinrent droit au bord malgré la rapidité du fleuve. »

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