‹ Institutions civiles, guerre, sciencesChapitre 77 sur 86 · VII · texte numérisé non relu

VII

LA GUERRE

LES ARMEES I50MAINES

Les vaisseaux des Carthaginois étaient mieux bâtis que ceux des Romains, et leurs marins beaucoup plus expérimentés. C'est ce que démontre clairement le récit d'un combat naval dans Polype. « Les Carthaginois eurent pendant tout le combat bien des avantages sur les Romains : leurs vaisseaux étaient construits de manière à se mouvoir en tous sens avec beaucoup de légèreté; leurs rameurs étaient experts, et enfin ils avaient eu la sage précaution de se ranger

Fig. 353. — Cavaliers carthaginois.

en bataille en pleine mer. Si quelques-uns des leurs étaient pressés par l'ennemi, ils se retiraient sans courir aucun risque, et avec des vaisseaux aussi légers, il leur était aisé de prendre le large. L'ennemi s'avançait-il pour les poursuivre, ils se tournaient, voltigeaient autour ou lui tombaient sur le Hanc et le choquaient sans cesse, pendant que le vaisseau romain pouvait à peine re virer à cause de sa pesanteur et du |)eu d'expi'i'ience des rameurs; cv qui fut cause qu'il y eut en un grand nombre de coulés à fond, tandis que, si un

LE TRIOMPHE

des vaisseaux carthaginois était en péril, on pouvait en sûreté aller à son secours, en se glissant derrière la poupe des vaisseaux. »

Quelques monuments peu nombreux, il est vrai, et des textes très précis, dus aux deux grands écrivains militaires de l'antiquité, Polybe et Jules César, nous font connaître la manière de combattre des Gaulois et nous initient à leurs habitudes militaires.

L'enseigne militaire des Gaulois était un sanglier. Un bas-relief de l'arc de triomphe d'Orange nous montre comment cette enseigne était disposée sur son manche; nous la reproduisons figure 334.

Une sculpture d'un sarcophage de la vigne Ammendola représente un Gaulois qui tombe en arrachant l'arme qui vient de lui transpercer la poitrine. Il a les bras et les jambes nus ; le corps est recouvert par une tunique sans manches {fig. 355).

Un fragment de bas-relief encastré dans le piédestal de la Melpomène, au musée du Louvre, représente un Gaulois défendant sa

Fig. 354. — Sanglier.

Enseigne des Gaulois.

im\!i'//-. ';,',•, Mil-

^v;::uliiiili^t^HÎ';;ii;,i,if^__

ii\, ill'l!l!i

Fig. 355. — Soldat gaulois.

maison contre les soldats romains. Le bras du Gaulois est recouvert d'une manche qui descend jusqu'au poignet. La maison, ou

LA GUERRE

LES ARMEES ROMAINES

plutôt la hutte qu'on voit au fond, paraît construite avec des joncs et des roseaux {fig. 356).

La bravoure des Gaulois était proverbiale et leur élan était irrésistible : leurs armes étaient mauvaises. Telle est à peu près l'impression que nous donne Polybe.

« Les Romains, dit Polybe, voyant les Gaulois serrés entre deux

Fig. 356. — Soldats gaulois.

armées et enveloppés de toutes parts, ne pouvaient que bien espérer] du combat; mais, d'un autre côté, la disposition de ces troupes etj le bruit qui s'y faisait les jetaient dans l'épouvante. La multitude des cors et des trompettes y était innombrable, et toute l'armée ajoutant à ces instruments ses cris de guerre, le vacarme était tell que les lieux voisins qui le renvoyaient semblaient d'eux-mêmes] joindre des cris au bruit que faisaient les trompettes et les soldats. Ils étaient effrayés aussi de l'aspect et des mouvements des soldats des premiers rangs, qui, en effet, frappaient autant par la beauté et la

LE TRIOMPHE

vigueur de leurs corps que par leur nudité ; outre qu'il n'y en avait point dans les premières compagnies qui n'eussent le cou et les bras ornés de colliers et de bracelets d'or. A l'aspect de cette armée, les Romains ne purent à la vérité se défendre de quelque frayeur, mais l'espérance d'un riche butin enflamma leur courage... Les archers s'avancèrent sur le front de la première ligne, selon la coutume des Romains, et commencèrent l'action par une grêle épouvantable de traits. Les Gaulois des derniers rangs n'en souffrirent pas extrêmement, leurs braies et leurs saies les en défendirent ; mais ceux des

Fîg. 357. — Soldat dace.

premiers, qui ne s'attendaient pas à ce prélude et n'avaient rien sur leur corps qui les mît à couvert, en furent très incommodés. Ils ne savaient que faire pour parer les coups. Leur bouclier n'était pas assez large pour les couvrir; ils étaient nus, et plus leurs corps étaient grands, plus il tombait de traits sur eux. Se venger sur les archers mêmes des blessures qu'ils recevaient, cela était impossible, ils en étaient trop éloignés; et d'ailleurs comment avancer au travers d'un si grand nombre de traits? Dans cet embarras, les uns, transportés de colère et de désespoir, se jettent inconsidérément parmi les ennemis, et se livrent involontairement à la mort; les autres, pâles, défaits, tremblants, reculent et rompent les rangs qui étaient derrière eux... Si les armes des Gaulois eussent été les mêmes que celles des Romains, ils remportaient la vie-

LA GUERRE

LES ARMEES ROMAINES

toire. Ils avaient à la vérité comme eux des boucliers pour parer, mais leurs épées ne leur rendaient pas les mêmes services. Celles des Romains taillaient et perçaient, au lieu que les leurs ne frappaient que de taille.

« Cette bataille est célèbre par l'intelligence avec laquelle les Romains s'y conduisirent. Tout l'honneur en est dû aux tribuns qui instruisirent l'armée en général, et chaque soldat en particulier, delà manière dont on devait combattre. Ceux-ci, dans les combats précédents, avaient observé que le feu et l'impétuosité des Gaulois, tant qu'ils n'étaient pas entamés, les rendaient à la vérité formi-

Fig. 858. — Archers daces.

dables dans le premier choc; mais que leurs épées n'avaient pas de pointes, qu'elles ne frappaient que de taille et d'un seul coup;, que le fil s'en émoussait, et qu'elles se pliaient d'un bout à l'autre;] que si les soldats, après le premier coup, n'avaient pas le temp! de les appuyer contre terre et de les redresser avec le pied, lôj second n'était d'aucun effet. Sur ces remarques, les tribuns donnent à la première ligne les piques des triaires qui sont à la seconde et commandent à ces derniers de se servir de leurs épées. On attaque de front les Gaulois, qui n'eurent pas plutôt porté les premiers coups, que leurs sabres leur devinrent inutiles. Alors les Romains fondent sur eux l'épée à la main, sans que ceux-ci puissent faire aucun usage des leurs, au lieu que les Romains, ayant des épées pointues et bien affilées, frappenl d'estoc H non pas de taille. Portant alors des coups et sur la poitrine et au visage des

LE TRIOMPHE

Gaulois, et faisant plaie sur plaie, ils en jetèrent la plus grande partie sur le carreau. »

Jules César a jugé les Gaulois sous un autre point de vue : « A la valeur singulière de nos soldats, dit-il, les Gaulois opposaient des inventions de toute espèce, car cette nation est très industrieuse et très adroite à imiter et à exécuter tout ce qu'elle voit faire. Ils détournaient nos faux avec des lacets, et lorsqu'ils les avaient

Fig. 359. — Cavaliers Jsarmates

saisies, ils les attiraient à eux avec des machines. Ils ruinaient notre terrasse, en la minant avec d'autant plus d'habileté qu'ayant des mines de fer considérables, ils connaissent et pratiquent toutes sortes de galeries souterraines. Ils avaient de tous côtés garni leurs murailles de tours recouvertes en cuir. Faisant de jour et de nuit de fréquentes sorties, tantôt ils mettaient le feu aux ouvrages, tantôt ils tombaient sur les travailleurs. L'élévation que gagnaient iios tours par l'accroissement journalier de la terrasse, ils la donnaient aux leurs en y ajoutant de longues poutres liées ensemble; ils arrêtaient nos mines avec des pieux aigus, brûlés par le bout, de la

poix bouillante, d'énormes quartiers de roches, et nous empêchaient ainsi de les approcher des remparts.

« Voici quelle est à peu près la forme des murailles dans toute la Gaule : à la distance régulière de deux pieds, on pose sur leur longueur des poutres d'une seule pièce, on les assujettit intérieurement entre elles et on les revêt de terre foulée. Sur le devant, on garnit de grosses pierres les intervalles dont nous avons parlé. Ce rang ainsi disposé et bien lié, on en met un second en conservant

Fig. S6o. — Cavalier sarmate.

le même espace de manière que les poutres ne se touchent pas, mais que dans la construction elles se tiennent à une distance uniforme, un rang de pierres entre chacune. Tout l'ouvrage se continue ainsi, jusqu'à ce que le mur ait atteint une hauteur convenable. Non seulement une telle construction, formée de rangs alternatifs de poutres et de pierres, n'est point, à cause de cette variété même, désagréable à l'œil, mais elle est encore d'une grande utilité pour la défense et la sûreté des villes; car la pierre protège le mur contre l'incendie, et le bois contre le bélier; et on ne peut renverser ni même entamer un enchaînement de poutres de quarante pieds de long, la plupart liées ensemble dans l'intérieur. »

LE TRIOMPHE

On voit que le général romain semble apprécier vivement les Gaulois pour tout ce qui concerne l'attaque et la défense des places. Dans un autre endroit, Jules César parle des chariots que les Gaulois employaient à la guerre. « Voici, dit Jules César, leur manière de combattre avec ces chariots : d'abord ils les font courir sur tous les points en lançant des traits; et par la seule crainte qu'inspirent les chevaux et le bruit des roues, ils parviennent souvent à rompre les rangs. Quand ils ont pénétré dans les escadrons, ils sautent à bas de leurs chariots et combattent à pied. Les con-

Fig. 36 1. — Cavaliers sassanides.

ducteurs se retirent peu à peu de la mêlée et placent les chars de telle façon que si les combattants sont pressés par le nombre, ils puissent aisément se replier sur eux. C'est ainsi qu'ils réunissent dans les combats l'agilité du cavalier à la fermeté du fantassin; et tel est l'effet de l'habitude et de leurs exercices journaliers que, dans les pentes les plus rapides, ils savent arrêter leurs chevaux au galop, les modérer et les détourner aussitôt, courir sur le timon, se tenir ferme sur le joug et de là s'élancer précipitamment dans leurs chars. »

Dans le volume Constitution de la Famille, page 232, nous avons déjà parlé des Germains, des Daces et des Sarmates ; nous n'avons donc pas à revenir sur ces peuples. La figure 357 représente un

soldat (lace combattant les Romains. Voici maintenant, figure 358, les archers daces avec leurs casques coniques. Remarquons en passant combien ces archers daces ressemblent par leur tournure et leur costume à tout ce que les écrivains nous ont rapporté sur les Parthes.

Les royaumes grecs fondés en Asie subirent la loi commune et tombèrent tour à tour sous la domination romaine. Mais les Parthes, les Sarmates et en général tous les peuples originaires de

Fig. 362. — Gardes de Sapor.

ii^m

Scythie, avaient conservé les mœurs belliqueuses des anciens barbares, et arrêtèrent les Romains dans leur marche conquérante. Rome ne put jamais s'étendre bien loin du côté de l'Orient, et les frontières de l'empire romain furent au contraire exposées à de continuelles dévastations. Les Parthes étaient renommés comme cavaliers et comme archers ; ils vivaient presque toujours à cheval et c'était en fuyant qu'ils étaient les plus redoutables, attirant l'ennemi sur leurs traces et lui décochant des flèches en courant. Les cavaliers parthes ou sarmates représentés sur la colonne Ti-ajane sont revêtus, ainsi que leurs chevaux, d'une cotte de mailles qui les protège entièrement [fig. 359 et 360). On distingue

LE TRIOMPHE

ici ragencement de leur casque qui est un bonnet de cuir de forme conique, entouré de cercles de métal et garni de mentonnières.

Dans le volume UÉgypte et VAsie, page 328, nous avons parlé des Perses sassanides. La figure 36i montre des cavaliers de Sapor et la figure 362, des fantassins de la même armée. L'allure de ces

Zi>Mf£^ r

Fig. 363. — Cavalier perse de l'époque sassanide. (Sur un bas-relief de Taky Bostam.)

personnages a encore un peu du caractère antique; mais la figure 363, qui représente un cavalier sculpté sur le rocher de Bisoutoun, quoique de la période sassanide, présente déjà une allure complètement moyen âge.

Ce cavalier porte une cotte démailles qui retombe sur les genoux et remonte sur le casque de manière à masquer complètement le

visage. Il tenait une lance de la main droite qui est brisée; le bras gauche porte un petit bouclier rond. De riches vêtements décorés avec la profusion ordinaire aux Sassanides sortent de cette cotte de mailles. Le cheval, qui est fort endommagé, est couvert d'un chanfrein et de tout un harnachement de guerre : les glands très nombreux qui décorent son poitrail paraissent avoir été un ornement depuis longtemps goûté dans le pays, puisqu'on en retrouve déjà dans le harnachement des chevaux assyriens.

Fig. 364. — Combat de cavaliers sassanides.

La médecine. — Les mathématiques.

L'astronomie. — La géographie. — L'histoire.

La jurisprudence. — La philosophie.

La médecine. — Chez les peuples primitifs, les maladies étaient considérées comme une marque de la colère divine. Aussi l'exercice de la médecine était le plus souvent un privilège du sacerdoce et elle était intimement mêlée à la magie et à toutes les superstitions du temps. Nous savons qu'en Egypte, les médecins appartenaient tous au corps sacerdotal, mais nous sommes encore obligés de nous en rapporter aux historiens grecs pour la manière dont ils l'exerçaient. « La médecine en Egypte, dit Hérodote, est partagée ; chaque médecin s'occupe d'une seule espèce de maladie et non de plusieurs. Les médecins foisonnent en tous lieux : les uns sont pour les yeux, d'autres pour la tête, d'autres pour les dents, d'autres pour le ventre, d'autres pour les maux internes. »

Diodore de Sicile ne parle pas de ces spécialités affectées à chaque médecin, mais il entre dans des détails plus techniques sur les traitements en usage dans les maladies. « Pour prévenir les maladies, les Égyptiens traitent le corps par des lavements, par la diète et les vomitifs; les uns emploient ces moyens journellement, les autres n'en font usage que tous les trois ou quatre jours. Car ils disent que l'excédent de la nourriture ingérée dans le corps ne sert qu'à engendrer des maladies, et c'est, suivant eux, pour cette raison que le traitement indiqué enlève les principes du mal et maintient la santé. Dans les expéditions militaires et dans les voyages, tout le monde est saigné gratuitement, car les médecins sont entretenus aux frais de la société. Ils établissent le traitement des maladies d'après des préceptes écrits, rédigés et transmis par un grand nombre d'anciens médecins célèbres. Si, en suivant les préceptes du livre sacré, ils ne parviennent pas à sauver le malade, ils sont déclarés innocents et exempts de tout reproche ; si, au contraire, ils agissent contrairement aux préceptes

écrits, ils peuvent être accusés et condamnés à mort, le législateur ayant pensé que peu de gens trouveraient une méthode curative meilleure que celle observée depuis si longtemps et établie par les meilleurs hommes de l'art. »

La loi qui obligeait les médecins à suivre la voie tracée par leurs prédécesseurs était irrationnelle et devait nécessairement entraver le progrès de la science. Mais ce respect outré des traditions n'est pas bien surprenant dans un pays où toute science se rapporte à la religion, dont le sacerdoce est seul dépositaire. Dans les sociétés primitives, la médecine et la magie sont à peu près confondues, et les recettes indiquées pour la guérison d'une maladie sont presque toujours accompagnées d'incantations qui devaient en

assurer le succès. Au reste, la plupart des médicaments des Égyptiens paraissent] avoir été empruntés à la flore du pays, ou à celle des contrées voisines, comme la Phénicie et la Syrie.

Quant à la chirurgie, il ne semble pas qu'elle ait été non plus bien avancée.

M. Mariette nous dit en effet dans le catalogue du musée de Boulaq : « Au bas du compartiment de droite est exposé un fémur, provenant d'une momie de la XI'" dynastie. Les médecins constateront que l'os brisé n'a point été réduit, et que les deux parties chevauchant l'une sur l'autre, sur une longueur de près de quatre centimètres, ont fini par se souder. J'ai trouvé d'assez nombreux exemples de ce fait, qui ne donne pas une grande opinion de la chirurgie égyptienne. » Il est en effet bien difficile de supposer que la chirurgie ait pu faire de bien grands progrès dans un pays où la dissection était absolument impossible, par suite du respect que l'on avait pour les morts.

Les renseignements sont encore plus vagues pour ce qui concerne la Chaldée, où les amulettes et certaines formules magiques paraissent avoir surtout servi de médicaments. Hérodote prétend que les médecins étaient inconnus à Babylonc. « Les Babyloniens, dit-il, transportent les malades sur la place du marché; car ils n'emploient pas de médecins. Chaque passant s'approche du malade et le questionne sur le mal dont il est atteint, pour savoir si lui-

Achile pansant Patrocle.

LA MEDECINE

même en a souffert ou s'il a vu quelque autre en souffrir. Tous ceux qui vont et viennent confèrent avec lui et lui conseillent le remède qui les a guéris de cette même maladie, ou qui à leur con-

Fig. 366. — Esculape.

naissance en a guéri d'autres qu'eux-mêmes. Il n'est permis à personne de passer devant un malade sans l'interroger sur son mal. » La chirurgie était certainement pratiquée au temps d'Homère, et les récits du poète sur Machaon et Podalire montrent qu'il y avait

LES SCIENCES

déjà des hommes assez habiles pour inspirer aux soldats une confiance sans bornes.

Une peinture de vase, qui décore le fond d'une coupe, [montre Achille pansant les blessures de son ami Patrocle {fig. 365).

Achille, comme tous les héros élevés par le centaure Chiron, connaissait les plantes dont le suc est salutaire pour le pansement des blessures. Le centaure Chiron passait en effet pour l'inventeur de la médecine ; mais ce fut son élève Esculape, fils d'Apollon et de la nymphe Coronis, qui fut particulièrement honoré comme

Fig. 367. — Esculape et Hygie.

dieu guérisseur. Les traditions relatives à Esculape ont trop d'importance dans la question qui nous occupe pour que nous n'en disions pas quelques mots.

Esculape [fig. 366) a pour emblème le serpent, qui de tout temps a été considéré comme un symbole de guérison. Ce symbole, commun à tous les peuples de l'antiquité, paraît avoir eu son origine en Egypte, d'où il se serait répandu en Phénicie et dans toute la Syrie, puisque nous voyons Moïse ériger un serpent d'airain pour guérir les Israélites. Le serpent se voit également à côté d'Hygie, fille d'Esculape, qui est comme son père une divinité de la santé {fig. 367). L'emblème du serpent peut avoir été importé en Grèce par des matelots phéniciens. Selon Pline, la raison de cet emblème est que le serpent se renouvelle en changeant de peau»

LA MEDECINE

et que l'homme se renouvelle également par la médecine, puisque les médicaments lui donnent un corps nouveau. On sait en effet qu'Esculape ressuscitait les morts et que Jupiter fut obligé de le foudroyer pour satisfaire aux plaintes de Pluton, qui ne voyait plus arriver les ombres sur lesquelles il avait droit de régner. Le génie de la guérison, Télesphore, est ce petit enfant que Ton voit souvent figurer à côté d'Esculape, et que montre la figure 368.

Le culte d'Esculape était répandu partout, mais surtout à Épidaure, où les malades venaient de toutes les parties de la Grèce. On les soumettait dès leur arrivée à certaines pratiques hygiéniques, telles que le jeûne, les ablutions, les bains, etc. Après cesprélimiminaires ils étaient admis à passer la nuit dans le temple. Le dieu leur apparaissait en songe et leur prescrivait des ordonnances que ses prêtres interprétaient ensuite.

Aristophane, dans sa comédie de PlutuSy fait avec sa grossièreté ordinaire un piquant récit de ce qui se passait dans le temple, d'après les croyances populaires. Le malade dont il parle est un nommé Plutus, atteint de cécité, et le personnage qui fait le récit est l'esclave Carion.

« Carion. — Aussitôt que nous sommes arrivés au temple d'Esculape avec Plutus, nous l'avons d'abord mené à la mer et nous l'avons baigné. Ensuite nous revînmes au sanctuaire du dieu. Après avoir consacré sur l'autel les gâteaux et autres offrandes, et avoir livré la fleur de farine à la flamme de Vulcain, nous couchâmes Plutus avec les cérémonies voulues, et chacun de nous s'arrangea sur un lit de paille.

« La femme. — Y avait-il aussi d'autres personnes qui implorassent le dieu?

(( Carion. — Il y avait d'abord Néoclide (orateur accusé d'avoir volé les deniers publics), qui, tout aveugle qu'il est, vole avec

Page 1