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L HISTOIRE

plat fut peu à peu abandonnée, et Aristote enseignait que la terre était sphérique ; il croyait même qu'on pouvait aller aux Indes par les cotonnes d'Hercule. Cette opinion fut ensuite admise par la plupart des géographes, et Strabon n'a pas l'air de regarder comme impraticable l'idée de faire le tour du monde. « Ceux qui, dit ce géographe, ayant entrepris le périple de la terre, sont revenus sur leurs pas, ne l'ont pas fait, de leur aveu même, pour s'être vu barrer et intercepter le passage par quelque continent, mais uniquement à cause du manque de vivres et par peur de la solitude, la mer demeurant toujours aussi libre devant eux. »

Au temps d'Auguste, on admettait généralement que la zone tempérée était seule habitable, et comme on ne supposait pas que l'équateur pût être franchi, la terre habitée était, aux yeux des géographes, contenue tout entière dans l'hémisphère boréal. « Le ciel, dit Pline le Naturaliste, est divisé en cinq parties qu'on appelle zones; un froid rigoureux et des glaces éternelles assiègent toutes les contrées adjacentes aux deux zones extrêmes, c'est-à-dire qui entourent les deux pôles, l'un appelé boréal, l'autre appelé austral ; une obscurité perpétuelle y règne, l'influence des astres plus doux y est étrangère, et il n'y a d'autre lumière que la réflexion blanchâtre du givre. La zone du milieu, par où passe l'orbite du soleil, est embrasée par les feux, et la chaleur trop voisine la brûle. Deux zones seulement, intermédiaires à la zone torride et aux zones glaciales, sont tempérées ; et encore ne sont-elles pas accessibles l'une à l'autre, à cause des feux que lancent les astres. Ainsi le ciel nous enlève trois parties de la terre, et nous ignorons quelle est la proie de l'Océan. »

Les travaux d'Ératosthène, d'Hipparque et de Ptolémée marquent le plus haut point où soit parvenue la science géographique dans l'antiquité, mais toutes ces connaissances se perdirent dans le naufrage général de la civilisation antique, et c'est par les Arabes qu'on a pu en renouer le fil sous la Renaissance.

L'histoire. — Telle que nous la comprenons aujourd'hui, l'histoire ne remonte pas plus haut que les guerres médiques, et on a eu raison d'appeler Hérodote le père de l'histoire. Cependant, bien avant de savoir coordonner les faits et les classer dans un ordre méthodique, de manière à en tirer des inductions, les hommes avaient senti le besoin de transmettre à leurs descendants le sou-

venir des événements dont ils avaient été témoins et de s'instruire eux-mêmes de ceux qui s'étaient passés avant leur naissance. Les récits de l'aïeul, les contes du voyageur, les fables du poète, telles sont les formes que l'histoire a primitivement revêtues. Ainsi conçue, l'histoire se chante plus encore qu'elle ne se raconte, et prend un caractère merveilleux, que la crédulité des âges primitifs accepte et transmet sans contrôle ni critique. De là, la saveur exquise et le peu de certitude qu'on trouve dans tous les récits qui se rattachent à la première antiquité.

A côté de ce canevas si vague, sur lequel l'imagination populaire brode sans cesse et qui s'altère à chaque génération, on trouve un autre ordre de documents, presque toujours secs dans leur concision, mais prenant par cela même un caractère plus positif : ce sont les inscriptions. Le nom d'un roi victorieux, les termes d'un traité inscrit sur la pierre, une liste généalogique de personnages importants par leur situation, une invocation adressée à une divinité, forment assurément des matériaux bons à consulter, surtout si l'on examine en même temps les monuments, les tombeaux et les représentations graphiques se rattachant à la même époque ; mais tout cela ne constitue pas une véritable histoire, parce que des documents de ce genre ne forment pas un enchaînement logique et indiscutable. C'est pourtant là-dessus que sont fondées toutes les connaissances que nous pouvons avoir sur les peuples de l'ancien Orient. Faute d'une ère fixe sur laquelle on puisse appuyer sa chronologie, l'Egypte, malgré ses innombrables monuments et la longue suite de ses Pharaons, nous a si peu transmis son histoire, que les savants modernes n'arrivent pas à la formuler d'une manière positive, et la Bible, malgré ses allures dogmatiques, laisse la plus grande incertitude sur l'histoire des peuples avec qui les Hébreux ont été en rapport. Il y a pourtant des récits historiques dans les livres juifs, mais des récits interrompus, qui ne forment pas un ensemble, et qui d'ailleurs ne s'accordent pas toujours avec ceux des autres nations relativement aux mêmes événements. On y trouve de nombreux renseignements sur ce qui concerne le peuple juif, mais il serait impossible d'y trouver les éléments constitutifs d'une histoire générale.

Si l'histoire elle-même nous fait défaut, nous ne pouvons, à plus forte raison, savoir comment la transmission des événements pouvait être enseignée dans l'éducation. 11 est bien certain que les prêtres

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