CHAPITRE V
OBfAmg. — Loais XVI. — M. le comte de Saint-Germaio, ministre secrétaire d'Etat de la guerre, 1775; plan d'éducation militaire tracé par M. de Saint-Germain. — Déclaration du roi portant règlement relativement à la suppression de l'Ecole militaire, !«' fé- Trier 1776 — Les écoles militaires de province; répartition des élèves de l'èeole de Paris et du collège de la Flèche dans ces collèges. — Ordonnance du roi portant création de cadets-gentilshommes dans les régiments, 25 mars 1776. — Arrêt du conseil d'État pour l'administration de la fondation de l'École militaire, 10 mai 1776. — Le collège de la Flèche et les pères de la Doctrine chrétienne. — Règlement concernant les cadets-gentilshommes dans les régiments, 20 août 1776. — Troisième phase de l'École militaire. — Ordonnance du roi portant établissement d'un corps de cadets à l'hôtel de l'École royale militaire, 18 octobre 1777. — Le prince de Montbarey, ministre de la guerre, 27 septembre 1777. — Arrétdu conseil d* État relatif aux franchises deTÉcole militaire, li avril 1778. — Ordre de Saint-Lazare et du Mont-Carmel, règlement en faveur des élèves de TËcole militaire, 21 janvier 1779. — Quatrième phase de l'École militaire.
Depuis la fonddlion de janvier 1751, cinq ministres de Louis XV, le comte d'Argenson, le marquis de Paulmy, le maréchal duc de Belle-Isle , le duc de Choiseul et le niarquis de Monteynard, s'occupèrent suêcessivement et svecuD soin tout paternel de TÊcole militaire, et chacun >git à son égard dans un commun accord de vues et de Pensées. Tous cherchèrent à perfectionner l'œuvre en profi^ot de l'expérience de chaque année. Nous voudrions pouvoir dire qu'elle vécut autant que la monarchie. Mais l^eQtôt les bases vont en être changées, quoique l'inten- ^00 reste la même; on veut bien toujours soulager la
noblesse, mais ce n'est qu'en s'écarlant de plus en plos des bases posées par I^ouis XY. Ne nous étonnons pas, du reste, de cette modification capitale, qui fît disperser les enfants militaires dans les collèges de province, puisr que nous avons encore à combattre les opinions émises ï ce sujet en 1865.
Louis XYI, connu sous le nom de duc de Berri, puis sous le titre du dauphin, petit-fils de Louis XY, succéda à son aïeul le 10 mai 1774. Le 2 juin, le duc d'Aiguillon n'était plus ministre ; il avait offensé la mae en favorisant la publicité de libelles qu'on avait répandus contre elle. I^ roi choisit le maréchal de Muy c dévot rigide, dit Henri Martin, administrateur habile et le plus considéré des amis du dauphin. »
À la mort du maréchal, M. le comte de Saint-Germain fut appelé à remplir les fonctions de ministre secrétaire d'État de la guerre. < Un des rares généraux, dit Henri Martin, qui dans la guerre de Sept-Ans avaient soutenus, avec Ghevert, l'honneur des armes françaises. >
Nous ne suivrons pas M. de Saint-Germain dans tontes ses réformes ; le plan général qu'il avait conçu avec sa connaissance approfondie des armées actives ne fut exécuté qu'en partie ; il fallait pour cela du temps, plus d'énergie que ne lui en avait laissé son âge avancé ; il n'avait pas trouvé d'appui chez ses collègues, chez M. de Maurepas» surtout, que l'étendue de ses projets devait effrayer. S^ correspondance avec Pâris-Duverney fait connaître ses idées sur l'éducation militaire. Celui-ci était mort et D^ pouvait plus défendre sa chère fondation, qui allait ètr^ modifiée de fond en comble. Cependant ce ministre savai*
BUDent on forme les hommes de guerre : nous trouvons X Archives de la guerre un plan d'éducation écrit de sa nn et aussi remarquable par sa sagesse que par son miisme. C'est bien ici sa place, c But. — Le corps robuste, les esprits éclairés, les nirs honnêtes. >
t Dmsioif NATURELLE. — La partie physique et la piftie morale.
c Partie physique. — Endurcir le tempérament et inspirer le courage, qui est peut-être autant une vertu d'éducadon qu'un don de la nature. La nourriture doit être saine et frugale. L'habillement large et aisé de manière à ne pas gêner les articulations : ni boucles, ni jarretières, ni cols ; bretelles et mouchoirs simplement noués. La plus grande propreté dans la tenue ; 8'habiller, s'équiper eux-mêmes; ordre dans leurs effets; autant que possible pas de service domestique. Jusqu'à l'âge de douze ans, cheveux coupés courts ; après cet âge, coiffure en usage en queue et non en bourse, poudre seulement les dimanches et fêtes. Usage de l'eau froide pour se laver, même les pieds : bains, si c'est poesible en été, enseignement de la nage. Habituer les â^es à supporter successivement les rigueurs de la siison, (ête nue, peu couverte, promenades fréquentes ^tous temps, couchette sans rideaux, une paillasse, on matelas; une seule couverture même en hyver, eieepté pour les plus délicats. Les supérieurs ne doivent jamais perdre de vue que ces jeunes gens sont destinés iétre gens de guerre.
« Choisir les jeux tendant à ce but et à les développer
< de plus en plus. Les études pouvant concorder avec un « peu d'air et de mouvement ne doivent pas être faites
< dans des lieux renfermés. Escrime, danse considérées <i comme récréation. »
c Partie morale. — Étude de la religion ; catédiisme <K de Tabbé Fleury ; étude de la langue française et de € l'allemand , ayant des domestiques de cette natioD :
< latin, simple intelligence des auteurs classiques; hisr « toire et géographie menées de front : mathématiques « restreintes à ce qu'ils sachent ce qui est nécessaire pour
< les différentes parties de l'art militaire, dessin, paysage, a fortification; c^stramétation et topographie militairei u étude de la morale et de la logique en écartant toutes « les superfluités métaphysiques.
< Élever les cœurs par de grands exemples ; nourrir <r leur mémoire. Jamais de punitions corporelles ; fonder (a les récompenses sur l'honneur et sur les distiactioos d de manière à faire contracter ce besoin à leur âme. « (En minute, aux Archives de la guerre.) »
On lit dans les Mémoires de M. le comte de Saint- Germain (page 153) : « Depuis Louis XIY, prince qoi <r avait l'esprit grand et élevé, toutes les institutioDS, « tous les établissements tiennent plus de TostentatioD « que de l'utilité; et rarement la question d'économie a « été consultée. Je ne citerai que deux exemples, l'Ëoote « militaire et l'hôtel des Invalides. Dans le premier de il ces établissements, il s'agit d'élever de trte-pauvres a gentilshommes pour en faire des sous-lieutenants d'iO' m fanterie ; l'éducation devrait toujours être proportioDD^ « à l'état que l'homme doit avoir dans la société; il oe
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s'agissait donc que de leur former un cœur honnête, un esprit docile, un corps robuste et vigoureux, de leur apprendre à lire, à écrire, etc. ; au lieu de cela on a fiât un établissement comme s'il s'a^ssait d'élever des princes... »
n ajoutait : c La première classe (celle des grands seigneurs) n'a pas besoin de travailler pour réussir ; elle obtient de droit; la seconde (celle des simples gentils- (hommes) ne travaille point parce que son travail lui I aérait inutile. Par là toute émulation est anéantie. »
On peut répondre que tout réelle que fut cette position les différents prétendants aux grades militaires , cette Bollité de travail et d'efforts doublait les chances d'avaneeoientdeceux qui cherchaient à se rendre supérieurs par leors talents et leurs connaissances. Le vrai mérite tend toujours à monter.
D'après ce qui précède, on peut prévoir quel fiit le sort de la création de Louis XV.
Le !•' février 1776 paraissait une déclaration du roi portant règlement relativement à la suppression de l'École Qûlitaire.
Dans son préambule. Sa Majesté expose que Tétablisse- Q^t de l'Ëcole militaire, qui fait tant d'honneur à son ^, deviendrait bien plus utile à la noblesse , si les ^esde la première classe au lieu d'être réunis au nom- ^ de 250 dans la maison de la Flèche, étaient dissé- Qiioés dans plusieurs collèges en plein exercice situés d^os les différentes provinces du royaume ; qu en amélio- '^tles revenus de l'École militaire, on pourrait porter le iHKnbre des élèves à 600, et entretenir en même temps
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1,200 gentilshommes qu'on formerait au titre decadeb dans les régiments pour servir de pépini^ aux officien de Tarmée.
En conséquence, le nombre des élèves était porté m chiffre de 600. Ceux qui se trouvaient soit à l'École de Paris, soit au collège de la Flèche, étaient envoyés oa comme cadets dans les régiments, ou comme élèves dam les collèges devenus écoles militaires de province dirige par des Bénédictins, des Minimes, des Oratoriens et des chanoines réguliers de Saint-Sauveur, et situés à Sorrètt, Brienne, Tiron, Rebais, Beaumont, Pont-le-Yoy, Veodôme, Effiat, Pont-à-Mousson, Tournon.
Le roi avait désigné les collèges d'Auxerre et de Dâle au cas où il voudrait porter à douze le nombre des collèges militaires. Ce ne fut exécuté que pour le premier. Les supérieurs de ces nouvelles écoles étaient autorisés à recevoir des pensionnaires de toutes classes afin c d'étoofliBr, disait le roi, l'orgueil que la jeune noblesse est trop disposée à confondre avec l'élévation, et d'apprendre à considérer sous un point de vue juste tous les ordres de h société. »
Sa Majesté destinait quatre médailles d'or à la fécMr pense des professeurs qui auraient le plus de succès. On concours annuel, qui devait se faire à Brienne, était étib& pour l'examen des élèves gentilshommes destinés à entrer comme cadets dans les régiments. I^es quatre premiers devaient recevoir 150 livres de pension, et les deux Mr vants 100 livres jusqu'au grade de capitaine, sans pr^U' dice de celle de 200 livres donnée comme élève. Ces six premiers seuls recevaient la croix de chevalier novice des
ifdres réunis de Saint -Lazare et de Notre-Dame du loDt-Carmel, qui ainsi devenait une récompense particuièreel une double distinction. Le roi accordait les mêmes «iviléges et droit aux examens aux enfants des familles loUes qui, en y payant pension pour eux, concouraient t Tamélioration des nouveaux collèges ; enfin il choisit le loUég^ de la Flèche, qui venait d'être évacué, pour les laves qui se destineraient à Tétat ecclésiastique ou à la naigistrature; ceux des élèves des écoles militaires dont a vocation paraîtrait se tourner vers les fonctions civiles m rdigieuses devaient être envoyés à la Flèche.
Les ordonnances du 1*' février, du 25 et du 28 mars, faieot toutes les règles de cette nouvelle organisation, (pi fait entrer TËcole militaire dans sa troisième phase. Le ministre de la guerre donna une instruction pour la répartition des élèves existant soit à Paris, soit à la Flèche. Ils furent partagés en trois classes. Première classe : les âèves ayant quinze ans et au-dessus furent placés dans les eidets-gentilshommes créés par ordonnance du 25 mars. Deuxième classe : ceux de l'âge de quatorze ans furent envoyés au collège de Brienne, qui reçut comme centre <l*eiamen une part double de mobilier et une somme de 30,000 livres pour constructions nouvelles. Ces jeunes gens ^ient être placés dans les cadets-gentilshommes au l'octobre 1777.Trôisième classe: ceux de l'âge de huit à ftttofze ans allèrent dans les collèges désignés. Pour <^le répartition, qui coûta pour frais de voyages et autres ^i228 livres, on consulta surtout le domicile des parents. Les supérieurs devaient correspondre directement avec lo ministre secrétaire d'État de la guerre: les écoles mili-
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taires devaient être visitées par l'inspecteur général, qui ({ fut M. de Timbrune- Valence, lieutenant-général et d^ gouverneur de l'école de Paris depuis la mort de M. le marquis de Croismare (1774), et le sous-inspecteur, M. de Kéralio, colonel d'infanterie.
Par son ordonnance du 25 mars 4776, le roi avait supprimé le conseil de l'École royale militaire, lesoflBcMrs et autres personnes employées dans les deux maisons, et créé un inspecteur et un sous-inspecteur des écoles militaires nouvelles. Ce même jour parut l'ordonnance portant création de cadets-gentilshommes dans les corps et réghot leurs positions.
Un arrêt du conseil d'État, du 10 mai 1776, vint pourvoir à Tadministration de la dotation de l'École militaire affectée aux nouveaux établissements et centralisée à Paria, à l'hôtel de l'École militaire de Paris, toujours cependant sous le coup d'une aliénation ou d'une vente en raison de l'article viu de l'ordonnance du l** février 1776. Le bureau était composé du ministre de la guerre, dn sieur de Cotte, du sieur Yalleteau de la Fosse, du sieor d'Outremont et du sieur Marchand. Ce bureau, chargé momentanément de tous les détails d'administration et de finances, devait se rassembler tous les quinze joun. Le trésorier, rétabli par lettres-patentes du 10 août, y avait seulement voix consultative, et le secrétaire-ardiiviste y tenait la plume. Mais l'administration si complexe de toutes ces écoles militaires, du collège de la Flèche, les rapports financiers avec tous les corps de l'armée pour Tentrelien et la pension des cadets, exigeaient un bureau supérieur et dominant en toute con-
iiflsaiioe de cause toutes les affaires. L'arrêt du 31 déimbre 1 776 vint y pourvoir en le composant du marais de Timbrune, inspecteur général, du chevalier de oéralîo et de M. Dupré-Laourens, garde des archives, in dut se faire remettre par les quatre administrateurs, rovisoirement nommés, les lettres, les papiers et les Bpstres. On leur adjoignit plus tard le directeur généal des affaires et le supérieur général des aumôniers nlitaires, tous deux résidant aussi à Thôtel et ayant WL délibérative. On devait se réunir toutes les semaines, t plus souvent au besoin. Le secrétaire garde des arbives, ainsi que le trésorier, quand ils étaient appelés, l'avaient que voix consultative.
Louis XVI n'avait pas tardé à statuer sur le collège de la Flèche ; les réserves faites à son égard, dans le règlement du 28 mars, devaient faire pressentir ses intentions et calmer de légitimes et sérieuses inquiétudes.
Par ses lettres-patentes du 20 mai 1776, le roi remet Tadministralion de ce collège aux pères de la congrégatk)B de la Doclrine chrétienne en l'affiliant à l'Université d'Xogers. Ce collège se trouvant situé dans l'étendue de r^tpanage de Monsieur, comte de Provence, le roi accorda ^soQ frère la présentation de douze gentilshommes pour les y faire élever. Cinquante élèves gratuits, d'après la teneur «les patentes, devaient être portés à cent. Prise de possession le l*' juillet 1776. Jouissance des biens du collège i^al; toutes charges acquittées ; entretien des jeunes gentilshommes de tous étals de huit à dix ans, à raison de ''OO livres par an ; preuves de noblesse. Envoi, de quatorze
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à quinze ans, à la Flèche, des élèves des écoles miHuûra n'ayant pas la vocation des armes, etc.
Le 13 juillet, en présence des autorités de la provioes et de la ville, le père Bonnefoux prit possession du collège de la Flèche.
La transformation était donc effectuée : ces dédaittions, ces ordonnances, ces lettres-patentes se lient les unes aux autres et forment un plan complexe d*une exécution difficile. Tous ces collèges, soi-disant milittirei, séparés les uns des autres par de grandes distances, à une époque où les communications étaient si difficiles, ne poih vaient être convenablement contrôlés. Paris -Duvenwj était mort ; l'établissement de Paris avait des ennemis : M. le comte de Saint -Germain avait témoigné depuis longtemps son aversion contre cette fondation. Aussi, à peine parvenu au ministère à un âge qui ne lui permettrait pas d'achever ce qu'il ne pouvait qu'ébaudier, il adopta le projet qui lui fut présenté et qui cadrait am ses vues, sans consulter au préalable les administratem de l'École militaire ou les personnes impartiales pouvant l'éclairer sur les imputations dont on chargeait l'établisBement et sa direction. Fondée par un édit, l'ËcoIe militûre était transformée par une simple déclaration : la question d'illégalité pouvait être discutée; elle fut mise en avant: mais il nous semble que tant qu'il n'y avait que suppression dans la forme et non dans le but de la fondation» le roi était parfaitement dans son droit et n'avait pas à recoorir aux précautions ordinaires et légales.
Le ministre fit examiner par une commission oomposée de MM. Taboureau, Fourqueux et le Noir, conseil-
bi (TËtat, radministratioD du sieur Lambert du Pont, le fidële collaborateur de Pâris-Duverney. Cet examen lomia à llioDneur de cet administrateur, qui avait montré km ses fonctions autant de zële que de désintéresement.
L'ojHnion adoptée par le public était que chaque élève ateit à rËtat de 4 à 5,000 livres ; M. du Pont prouva m non-seulement la dépense pour chacun ne s'élevait il 1,900 livres, mais encore qu'à l'expiration du privi- (e de la loterie accordé pour trente années à l'École âBtaire, cette maison se soutiendrait elle-même avec le Nd revenu des économies qu'il avait opérées et qu'il gérait encore , lors même que la somme substituée par L Turgot jm produit du droit sur les cartes cesserait 'être payée par le trésor royal. C'était certainement le teltat prévu par Paris -Duverney, ce calculateur si lÊdllible. Alors la fondation eût pu seule et sans MiD secours se sufBre à elle-même, remplir de plus D plus sa noble destination et durer ainsi jusqu'au mneol du cataclysme. M. le comte de Saint- GerttÎQ aperçut bien certainement qu'il s'était trompé; uns ne pouvant plus revenir en arrière, il fit nommer i. Lambert du Pont conseiller d'État pour le délommager de ce qu'on avait injustement suspecté son idoiinistration.
Ainsi, Louis XV avait fondé une école militaire à la iins préparatoire et spéciale. En 1764 il la divisa. La ïlahe devint école préparatoire, l'école de Paris fut Técole purement spéciale. Ce plan était simple et d'une (^ exécution. Quelques inconvénients pouvaient se
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rencontrer dans la pratique, mais ils se trouvaient dormnés par les résultats, qui seraient devenus de plus es plus significatifs.
Cette première idée était donc la meilleure : on y eflt revenu de notre temps avec succès.
Ces deux maisons furent remplacées d'abord par dix collèges militaires, puis, par arrêt du Conseil du 19 o^ tobre 1776, par douze, réduits à onze; car Tarrildi Conseil ne reçut d'exécution que pour Âuxerre et noo pour Dôle. Le collège de la Flèche, rétabli aussitôt qoB supprimé et confié aux Doctrinaires, perdit son caradin militaire qui ne devait lui être rendu que bien des annéei après par Napoléon I"* (juin 1808), et dut recevoir ki jeunes gentilshommes dont la vocation se tournait vers TËglise ou la magistrature.
L'hôtel de TËcole militaire, ses meubles et immeublei devaient être vendus au profit de la fondation.
Les corps étaient devenus les écoles spéciales des jeoM nobles sortant des écoles préparatoires de province. Gs système, bien des fois repris et abandonné en raison de son insuffisance, ne présentait pas moins d'inconvënieDb qu'autrefois. M. le comte de Saint -Germain voubty parer par un règlement daté du 20 août 1776 et ftit avec le soin le plus judicieux. Le cadet était plus qu'on bas-ofiicier et moins qu'un officier cependant; les rapports des uns et des autres devaient donc, pour éviter tout conflit, être tout d'abord parfaitement fixés. Les cadetsgentilshommes étaient reconnus à la tête de leur compagnie et la formule de réception était : c De par le roi, bas-officiers et soldats, vous reconnaîtrez Monsieur.—
eo qualité de cadet-gentilhomme, et vous le respecterez comme s'il était votre officier. »
Nous remarquons dans ce règlement, composé de 21 artides, que les cadets nommés à la même date que ceux qui n'avaient pas été élevés à l'École militaire, avaient le pas sur ceux-ci. Un capitaine et un autre officier subalterne aryant toute autorité sur les cadets étaient chargés de les wrveiller. Ils ne pouvaient sortir des casernes et de Tenceinte du quartier de la ville, où leurs logements étaient établis, sans la permission du capitaine chargé de leur conduite- Telle était la situation à la fia de Tannée 1776. Par l'article vni de la déclaration du 1"^ février, le roi «lorisait le conseil d'administration à vendre ou à aliéner meubles et immeubles appartenant à l'École militaire etlliôtel lui-même. Quelques démarches furent-elles faites à cet égard dans le courant de l'année 1776? Vit-on l'impossibilité de trouver un acquéreur? Les membres du bureau, et, avant eux, les quatre administrateurs reculèrentib devant la mutilation d'une grande et royale institution ? Nous n'avons trouvé aux Archives de la guerre aucune piëœ qui pût fixer notre incertitude à ce sujet. Nous aimons à penser que cette intention d'aliénation ne fut jamais bien réelle, et que si le roi, cédant aux idées de M. le comte de Saint-Germain, consentit à modifier radicalement la fondation de son aïeul, il céda aussi à un sentiment de remords en renonçant à vendre ce magnifique immeuble. L'installation, pour ainsi dire définitive, qui y fut faite du bureau d'administration, nous fait pressentir qu'un autre projet est en germe. >^
230 INSTITUTIONS d'édugation miutaire
Au sujet de la suppression deTÊcole mUitairedePans, nous avons écrit le mot remords; or, en efiet, bieada considérations respectables à tous les points de vue miEtaient en faveur de la conservation de cette institutioo. Une certaine émotion dut se traduire dans le pubfic eo critiques motivées. On pouvait dire que Louis XY avût marqué lui-même remplacement où il voulait que cet édifice fût construit. D'un côté on pouvait voir Tasile mtjestueux ouvert aux vieux officiers et soldats mutilés sor le champ de bataille, et de Tautre TÊcole où venaient se succéder les jeunes représentants de la noblesse francûse voués au métier de la guerre. Dans certains cas, lefik pouvait être voisin de son père. L'ËcoIe militaire de Pm, disait-on, était une fondation royale, fondation à laqudle, contrairement aux usages, il avait été permis à quelques particuliers de contribuer de leurs biens. Le marédial de Belle-Isle et M. Pâris-Duverney n'y avaient-ils pes consacré une partie de leur fortune pour un unique motif, l'éducation militaire? Les fondations étant inviolables, cette maxime de droit devait à plus forte raison être appliquée à l'École militaire. L'union de la mense abbatiale de Laon à la chapelle de l'École militaire avait été sanctionnée par une bulle du Pape. Bonifier, ajoutait-on, ne peut pis être un prétexte plausible pour supprimer. Aussi appnmvait-on le changement simple prescrit par les lettnsppa tentes du 7 avril 1764, changement qui constituait une amélioration bien indiquée et non une suppression, c L'auguste fondateur, dit un mémoire du temps^ voulait que les jeunes gens fussent élevés sous ses yeux. Il oonnaissut l'essor qu'excite dans l'âme des jeunes rejetons de la no-
Uesse fraiiçaise la présence du roi, d'un prince du sang, d'un ministre, et que rien ne peut inspirer dans les coDéges militaires de province. Il serait aussi inconséfneot de mettre l'éducation militaire entre les mains des moines, qu'il le serait de placer un noviciat de moines entre les mains d'un état-major, et cette inscription sur la porte de quelques monastères est le comble du ridicule. > Ainsi le public se préoccupait de ces réformes avec m peu d'exagération peut-être; car il est de fait que ceB moines n'étaient nullement chargés de l'éducation mi- Ikaire, mais bien des études humanitaires de jeunes gentilshoaunes pour lesquels devait être suivi le plan tracé de la in même du ministre. Il est certain, cependant, que étranger entrant dans une de oes écoles militaires de province devait être profondément surpris, avant toute explication, d'y être reçu par des religieux et non par des hommes d'épée, et de ne rien y voir qui indiquât positivement la destination future des jeunes gens. Ces plaintes avaient donc, en somme, leur raison d'être. L'institution était comme découronnée, comme perdue, disséminée au fond des provinces; elle manquait d'un point central. Parmi ces 600 gentilshommes, il y en tvait de bien supérieurs à leurs condisciples; ils devaient recevoir de meilleures notes au concours de Brienne, mais ce moyen ne suffisait pas pour exciter l'émulation dans les onze collèges divisés par les distances et par les différents climats.
M. de Saint-Germain résolut donc de rétablir l'École militaire de Paris dans des conditions toutes nouvelles, qui viendraieut donner une certaine satisfaction à la criti^
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que. C'était, il est vrai , ajouter uq rouage de plus à une machine bien compliquée et créer de aouveUes difficultés; mais Tétat des esprits et des choses motivait cette ordonnance du 18 octobre 1777, portant établissement d'un corps de cadets et d'un cours d'instruction à l'hôtel de l'École militaire de Paris.
Cette ordonnance en quatorze articles dit prindpafoment que, sur le compte qui sera rendu, dans le mois de juillet de chaque année, de tous les élèves des éooki royales militaires de province, au secrétaire d'État de h guerre, par l'inspecteur général après ses tournées on celles du sous-inspecteur, les sujets qui paraîtront les plus dignes d'entrer au corps des cadets-gentilshommes seront nommés par Sa Majesté dans le mois d'août suivant, à l'âge de treize ans accomplis au moins» et quimn ans accomplis au plus.
Le roi autorisait les familles riches et nobles à fidre recevoir, après eiiamen, leurs enfants dans un nombre fixé, en payant une pension réglée à la somme de 2,000 livres pour toute dépense. La noblesse étrangère, suivant le bon plaisir de Sa Majesté, n'était pas exclue de cet avantage.
Tel fut le dernier complément apporté par H. de Saint-Germain à son œuvre de rénovation.
Vieillard usé par les fatigues d'une vie militaire trè»agitée, il agit imprudemment en ne se contentant pas de terminer l'édifice^ au lieu de le raser pour le reconstruire sur de nouvelles bases. Aussi la critique ne ménagea pis son œuvre. À cette époque, où il était à peine permis i un particulier, si haut placé qu'il fût, de doter de ses
SBÎers une foDdation royale, on admettait bien moins leore que FÊtat pût être, en quelque sorte, subventionné ir un père de famille pour l'éducation de son enfant. ID remarquait ce prix si élevé, surtout alors, de 2,000 Tres par an exigés par le roi, pour l'admission à la comigniede cadets des gentilshommes riches, et on était mdé à dire que puisque sous Tadministration de M. du Sml diaque élève ne coûtait que 1,200 livres, le roi ou 'fitat béoé&ciait sur cette opération. On pouvait répondre i celte objettîon par des chiffres nouveaux, et, à notre ifîs, ce n'était pas sur ce point que • l'ordonnance du 17 juillet 1777 pouvait être attaquée.
La difficulté n'était pas d'élever les jeunes gens appartaMnt au corps de la noblesse militaire sans fortune ; la dotation que les années venaient augmenter, loin d'en diminuer l'importance, pouvait largement y suffire.
La difficulté , disons-nous, était dans le défaut de piaees. On est dans le faux toutes les fois qu*il faut faire les places pour les hommes, et non les hommes pour les places. Or, cadets sortant directement des écoles de province, cadets venant de l'école de Paris, cadets choisis directement dans les familles par les princes, les grands seigneurs, le? colonels, tous et à la fois prétendaient au grade de sous-lieutenant. On ne pouvait, d'un seul coup, empédier l'effet des emplois de faveur. Un pas était fait : Teotrée aux écoles militaires de province et à la compagnie des cadets-gentilshommes de l'hôtel de Paris, permise aux jeunes nobles riches, après examen et moyerxoant finance profitant à la dotation; de là à n'accorder les vacances de cadets ou de sous-lieutenances qu'aux élèves
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seuls de TËcole militaire, il n'y avait qu'un pas à faire. Mais, avouons-le de suite, ce pas mesurait un longespm.
Le 27 septembre 1777, M. de Saint-Hauris, priu de Montbarey^ succédait à M. de Saint-Germain, qui 8e retira et mourut à TArsenal.
Peu de jours après, il faisait rendre au roi une deoiièmi ordonnance de création, datée du 18 octobre, etveoiM confirmer celle du 17 juillet 1777. Sa Majesté étabbsait une compagnie de cadets-gentilshommes en indéterminé à l'hôtel de l'École militaire de Pïoîs, mandée par un capitaine ayant rang de lieutenantHSobnel, par trois officiers-majors, et un nombre d'offiôm proportionné à celui des cadets-gentilshommes. Le conmandement en chef et en second appartenait à rinqpefrteur et au sous-inspecteur des écoles militsdres, booi l'autorité immédiate du secrétaire d'Ëtat de la guerre. \k commissaire des guerres devait y être attaché. Les gentilihommes se présentant pour être admis devaient pnh duire à l'inspecteur général : 1^ leur extrait baptislaiR constatant qu'ils avaient quatorze ans au moius et s» au plus ; ^ un certificat de noblesse ; 5^ un certificat da médecin de l'hôtel. On leur faisait en outre subir im examen sur leur savoir et sur l'éducation qu'ils avaient reçue. Le roi se réservait d'y entretenir à ses frais ceui des élèves des écoles militaires de province qui, apiii avoir atteint l'âge prescrit, se seraient le plus distinguÉ* Les gentilshommes et les élèves admis à cette compagne avaient le même rang que les cadets-gentilshommei servant dans les troupes. Les professeurs et maîtres pri» mitivement employés à l'hôtel, et considérés comme éiaet
i la hauteur de leurs fonctions^ ftirent choisis de préféleoce. Les autres prescriptions rentraient dans celles de Tordoiuiaiice du 17 juillet.
Le roî allait bientôt doter cette compagnie d'avantages ipéeiaux, désirant que chacun redoublât d'efforts pour y lin admis et que l'émulation de tous en prit un nouyel mot* Mais de ces dispositions allait évidemment surgir n grave inconvénient, qui ne pouvait échapper à la M^pcilé de M. le prince de Montbarey et des deux inspec-
Ed eflfel, les él&ves des écoles militaires, les autres jeunes
pBitibbommes, en entrant comme cadets dans les régi^
à Tâge de quinze ans, pouvaient espérer d'être
sous-4ieutenants à seize ans ou seize ans et demi,
HMÎ qu'on en avait l'expérience par ceux qui étaient sortis
Ml mois de juin 1776, et même par les 32 élèves sortis de
Bffieone pour entrer en qualité de cadets-gentilshommes
dansles régiments formés du dédoublement et qui venaient
de passer aux iles; la plupart avaient été nommés à des
mis-lîeutenances, quoiqu'ils n'eussent pas quinze ans. Les
éfevesdes provinces venant à l'Ëcole militaire de Paris de
quatorze à quinze ans ne pouvaient donc espérer de parvenir
au grade d'officier que lorsqu'ils en sortiraient à dix-sept
OQ dix-huit. Ce désavantage était trop frappant pour que,
loîo de faire tous leurs efforts suivant les intentions du roi
pour être admis dans cette compagnie d'élite, les élèves des
prorinces ne se négligeassent point, de peur qu'on ne les y
ippelàt. Il devait en être de même de la noblesse riche, qui
piéféferait placer ses enfants immédiatement dans les ré-
gimeots en qualité de cadets-gentilshommes, assurée
236 INSTITUTIONS D*ÉDUGATION MILITAIRE
de les voir parvenir ainsi beaucoup plus tôt au grade d'officier.
En conséquence, par ordonnance du 11 janvier 1778, le roi prescrivit qu'il serait expédié des lettres de aoiulieutenant à tous les cadets-gentilshommes de la compignie établie à l'Ëcole militaire au moment de leur sdzième année révolue, qu'ils prendraient rang dans Tannée i compt|er de leurs lettres , pourvu toutefois qu'ils passa»sent deux années à l'Ëcole militaire.
M. Necker adressa au ministre une réclamation de h part des fermiers-généraux relativement aux priviUgn accordés à l'hôtel. Les fermiers-généraux prétendaient que l'Ëcole militaire avait été supprimée, que les cadets-geDtilshommes qu'on y installait constituaient unpensionnit, puisque plusieurs payaient pension, et qu'en conséqueoee les privilèges abolis de droit tombaient à la charge duroL L'arrêt du conseil d'État du 11 avril 1778 vint confirmer toutes les ordonnances rendues depuis janvier ITM jusqu'au 18 octobre 1777, relatives aux franchises, exemptions et immunités de l'École militaire^ entièrement assimilée, sous ce rapport, à l'hôtel des Invalides.
Depuis la création de l'École militaire par Louis XV, jusqu'à sa suppression, en 1776, la croix de minorité des ordres réunis de Saint-Lazare et de Notre-Dame do Mont-Carmel était accordée sous la condition d'une bonne conduite à tous les élèves sortant avec le grade d'oflBder.
Le règlement du 28 mars n'accorda plus cette croix qu'aux quatre premiers, et, enfin, à partir du rfeglemeot du 21 janvier 1779, la croix de Notre-Dame du Mont- Garmel fut^ pour cet objet seulement, séparée de odie
LIYRB SEGOlfD 257
de Saint-Lazare et donnée tous les ans à trois cadetsgratikhommes sur une liste de six comptant dans les rangs de la compagnie établie à l'Ëcole militaire. Chacun de œsdieYaliers recevait, à partir du l^ janvier de l'année qui smvaH sa réception, une pension annuelle de 1 00 livres ptjée sur les fonds de l'ordre (1).
Si l'un d'eux trouvait à la guerre l'occasion de faire me action de courage et d'intelligence, il lui suffisait de se présenter au grand-maitre avec une attestation de son général pour recevoir immédiatement la croix des deux ordres réunis. Le règlement n'avait aucun effet rétroactif hd* tous les jeunes officiers qui avaient reçu à simple titre d'élèves de l'École militaire la croix de minorité de ces deux ordres, auxquels on ne pouvait donner une meilleure destination. Nous avons donc eu raison de dire qu'ils étaient essentiellement liés aux intérêts et à l'existence de la fondation de l'Ëcole militaire.
En conséquence de ces bienfaits, le roi trouva juste
(1) M. le comte de Ségur, dans ses Mémoires, tom. II, page 95, fait le récit d'une des dernières cérémonies qui eurent lieu à la chapelle de l'École militaire pour les Ordres de Saint- Lazare et de Notre-Dame du MoQt-Garmel. « Ce fut cette année 1784, que Monsieur, frère du roi et « depuis Louis XVIII, me nomma et me reçut commandeur de l'Ordre
• royal de Saint-Lazare et de Notre-Dame du Mont-Carmel, dont il était « grand-mai tre. Ce prince, en me donnant ce nouveau témoignage de « ses anciennes bontés, montra qu'il conservait toutes ses idées favorites «relativement à nos antiques coutumes chevaleresques; et dans ma « réception, qui eut lie«avec éclat à l'École militaire, on remplit toutes ■ les formalités en usage dans les siècles de la chevalerie. Je fis, à la « vérité, une demi-heure seulement la veillée d'armes. J'entrai dans la « chapelle en habit blanc ; je reçus l'accolade ; je prêtai l'ancien serment,
• on me ceignit l'épée, on me chaussa les éperons dorés; je me revêtis «d^on magnifique manteau; et ce fut, je crois, la dernière fois qu'une « cérémonie si féodale eut lieu dans cette ville où la féodalité devait « être si prochainement abolie et renversée par une révolution que tout « temblait annoncer et que personne cependant ne prévoyait. »
238 INSTITUTIONS o'ÏDUGÂTIOIf MILITAIRE
d'affecter à perpétuité la chapelle de l'hôtel aux cérémonies des ordres réunis de Saint-Lazare et de Notre- Dame du Mont-Garmel.
Les chapelains ordinaires reçurent le ruban et la petite croix de Notre-Dame du Mont-Carmd et asmstèrent aa besoin les cinq chapelains des ordres. L'École militaire était donc alors dans sa quatrième phase.
CHAPTTRE VI
BL — Le collège de la Flèche en 1779; son installation à IniTenité d'Angers , 8 août 1779; administration dn collège, décembre 1779; élèves envoyés à la compagnie de cadets-gentilsimnies de Paris par le collège de la Flèche. — Écoles militaires I province; inspections de ces écoles; livret d'inspection remis unellement au ministre; détails sur chaque école; résultats des eolM militaires de province de 1776 à 1787 ; entrée de Bnonaparte Ktpoleone) à Brienne^ 1779; lettre du ministre de la guerre à l de Ifarbeaf, relativement à son admission; proposition faite oor Loois de Buonaparte^ par M. de la Guillaumye, intendant de kCone; Pichegru répétiteur de Napoléon; examen de Napoléon Brieone par M. le chevalier de Kèralio. — Admission de Napoléon IsBiU compagnie des cadets-gentilshommes établie à l'Ecole mili- ^ de Paris, 22 octobre 1784 ; le cadet des Mazis son compagnon de ^^tmbre; Napoléon nommé dans l'artillerie, régiment de la Fère, ^tt octobre 1785; rivalité de Napoléon et de Le Picard de Pheliptenu; Napoléon porté pourPordre de Notre-Dame du Mont-Garmel; 4 Picvd de Phelippeauz défend Saint-Jean-d'Acre (1799), contre '^«polèoD, général en chef de Tarmée française; Clarke et Davoust, ^eto- gentilshommes dans la compagnie de l'École militaire de ^8. — Nourriture et entretien des cadets - gentilshommes de *Èeole militaire; habillement. — Organisation militaire de l'hôtel. "• Service annuel pour Louis XV. — Manège. — Buste de Pftris- I^verney. — Dotation de l'École militaire; situation en 1780 et ^ 1789. — II. le comte de Ségur, ministre secrétaire d'État de '^ Sœrre, 23 décembre 1781. — École d'éducation militaire en ^▼eor de 100 enfants de soldats invalides à Liancourt. — Insti- ^UoD du chevalier de Pawlet pour les enfants de l'armée; règle- '^tde Louis XVI au sujet de cette institution, 7 septembre 1788. "^tkX des institutions militaires d'éducation en 1787.
opprimé, comme nous Tavons dit, par Fordonnance ^ mars 1776, le collège de la Flèche avait été ^'instantanémeDt remis aux mains des Pères de la ^oe dirétienne. Leur enseignement était inférieur
240 INSTITUTIONS d'éducation militaibe
à celui des jésuites ; cependant ils se soutenaient ï l'aUe de quelques professeurs distingués et purent formerai | élèves qui leur tirent honneur.
Dans le rapport annuel de M. le chevalier deReynaod, on lit pour Tannée 1786 : c Le collège royal de la FM» est confié à MM. les prêtres de la Doctrine chrétiaw, qui réunissent tout le zèle et tous les talents qu'on pert désirer pour l'éducation. La réputation de cette mM est si bien établie qu'elle est devenue la plus nombnM et sans qu'il y ait les mêmes inconvénients qu*ailknn; car les enfants y sont parfaitement instruits et fort JM tenus. »
Par lettres-patentes du 8 août 1779, le collège de h Flèche fut affilié à l'Université d'Angers. Toutes les étudei y furent donc réputées académiques comme si elles étûffl faites dans les collèges de l'Université.
Après trois années d'épreuves, le compte qui fiit rendi au roi tant pour l'administration intérieure que pour «De des biens et revenus de l'établissement fut très-satisCû* sant. Il fut reconnu, en outre, qu'il pouvait se soutenir avec distinction sans le secours qu'on avait cru devoir U assigner par les lettres-patentes précitées du SO mai 1TI6 sur les revenus de l'École militaire du 8 décembre 1779. Dans les considérants des lettres-patentes concemantli régie et l'administration du collège, le roi reconnaît q* ^ ces revenus étaient consacrés < à la seule noblesse se desii- ; nant à la profession des armes. » Les lettres-patCDW ] fixaient toutes les charges que les pères de la Doctritf i auraient à supporter en faison de la jouissance indéfio^ qu'on leur accordait des biens de cette maison : îl>
UtRE SECOND 241
«fûent tnooesûyement porter à 100, nombre fixé pr lenri IV, celui des élëyes gentilshommes qu'ils entreinidraîent à leurs frab. Ce collège était destiné aux ■Des geotikhommes n'ayant pas la vocation militaire ; I n'envoya à la compagnie de cadets établie à l'école de Mb qœ MM. Clarke, depuis maréchal et duc de Feltre, leonoD de Remescop, d'Ivoley, de Fleyres et Canon de ■k. Il s'honore d'avoir élevé aussi MM. Nompëre de 3ÉMnpagny , le général de Bourmont , et les frères Snppe, dont le nom déjà si connu par les observations istronomiques du savant Jean Chappe d'Auteroche , reçut ne nouvelle illustration par l'invention du télégraphe. Gomme le collège de la Flèche, les écoles militaires de [HNmnce étaient soumises à des inspections sévères. L'inspecteur général devait examiner ou faire examiner devant lui les élèves sur toutes les parties de leur instruc- UoD, de manière à pouvoir juger des progrès qu'ils avaient Eûts depuis la dernière inspection; il se faisait rendre un compte exact de la conduite de chacun d'eux pendant le eoors de l'année et surtout de la docilité avec laquelle ils ivaieot r^ndu.
Au retour de son inspection, l'inspecteur général, de concert avec le sous-inspecteur^ présentait au ministre tm hvret contenant l'état général des douze établisse- Mots, savoir : le nombre d'élèves du roi sortis pour nmplir divers emplois dans les différents corps mifiittres; celui des pensionnaires gentilshommes aussi tortis des mêmes écoles pour être employés au service de St Majesté; le nombre d'élèves pensionnaires existant ^ chaque école lors de l'inspection. Les noms des
élèves gentilshommes étaient accompagnés d'un signe qui les distinguaient de ceux des roturiers.
Dans ce tableau général se trouvait sommairement le nombre d'externes, tant gentilshommes que roturierB^ipi venaient participer à l'enseignement.
Au livret particulier de chaque maison se troovaienl aussi les noms de tous les professeurs et maîtres.
Enfin, sur le tableau général de la fin du livret, « voyait d'un coup d'œil la situation des douze maiaou réparties dans les provinces du royaume, et rindiotioD de leurs résultats.
Une note particulière était donnée à chaque élève arriié à l'âge d'entrer comme cadet-gentilhomme dans unrépment ou se montrant digne d'être admis à Thonneur de faire partie de la compagnie de cadets établie à TÉodk militaire. Nous donnons pour exemple la note de Télève de Broc de la Tuvellière (Agathon-Pierre-Blarie), néb 3 juillet 1773 à Hédé, diocèse de Rennes (inspedîoD de 1787): caractère bon, conduite sage, objets dasoqM très bien remplis, mathématiques assez bien, alleottod très bien, écriture bonne, exercices d'agrément bien; désigné pour l'école de Paris. (Collège de Yendâme.)
Le roi pensa que les enfants de la noblesse pauvre retireraient plus d'avantages de l'éducation qu'ils recevaient dans les écoles militaires, s'ils pouvaient en profiter auftitôt que leur âge le permettrait. Il ordonna en conséquence qu'ils seraient admis depuis l'âge de sept ans jusqu'à dix; dans les familles composées de plusieurs fils, un seul ffMr vait être nommé élève ; les orphelins de père et de mèie entraient jusqu'à l'âge de douze ans.
UYRE SECOND 245
Nous trouvons aux Archives de la guerre un rapport de M. le chevalier de Reynaud, devenu, en 1784, sousinspecteur en remplacement du vieil et respectable che- ^^ fifier de Réralio, maréchal de camp, dont le nom est si urtimement lié aux souvenirs de TÊcole militaire. Ce ranK>rt est de 1787 ; en voici la substance :
c Beaumont-en-Auge ( bénédictins ) ; se ressent des doubles qui minent ta congrégation de Saint-Maur, chargée de la direction de ce collège. A Texception du père CerdoD, honnête, instruit et supérieur très:-rerme, rien n'y est même passable; local resserré, sur une éminence, sans eau. «^- 54 élèves du roi, 127 pensionnaires dont 60 nobles, 41 externes; total, 222.
c La Flèche (doctrinaires); collège excellent; études f 'supérieures; trop d'élèves à la fois; observations faites à ce SDJet ; mais on veut de Targent. Perte irréparable dans le père Corbin. Son successeur, le père de Yillars, homme distingué, mais n'a pas assez de nerf pour contenir 50 et quelques doctrinaires et plus de 400 élèves. — 50 élèves du roi, 320 pensionnaires dont 152 gentilshommes, 116 externes dont 4 gentilshommes; total, 486. >
< Tiron (bénédictins) ; bien pour le physique ; beaucoup de professeurs faibles; école au milieu des bois, sans communication avec les vivants ; jeunes gens sauvages et grossiers; supérieur, domHuet. — 48 élèves du roi, 48 pennonnaires dont 18 gentilshommes, 5 externes dont 2gentibbommes; total, 101.
c Vendôme (oratoriens) ; succès compromis par l'appât du gain et le trop grand nombre d'enfants, qui sont négligés. Père Olivier, qualités insuffisantes; beaucoup de pro-
244 INSTITUTIONS d'édugàtion militairb
fesseurs faibles. — 34 élèves du roi, iS5 pensionnaires dont 127 gentilshommes, 62 externes dont un gentilhomme; total, 271.
c Pont-le-Yoy (bénédictins) ; ordre, bonne tenue; trop d'enfants ; religieux dissipés et insouciants. — 52 élëvesdu roi, 158 pensionnaires dont 65 gentilshommes; total,210.
c Sorrëze (bénédictins); cette école est si éloignée etoQ y a tellement Tart magique d*endoctriner^ de ne faire voir que ce qu'on veut aux étrangers qui y font des apparitions, qu'elle est devenue célèbre. Toute pareille aox autres, excepté un cours d'équilation. Maison au reste négligée, élèves du roi mal instruits. — 42 élèves du roi, 328 pensionnaires dont 131 gentilshommes, 34 externes dont 10 gentilshommes; total, 404.
c Tournon (oratoriens); la meilleure des oratoriens ; boa enseignement, tenue et ordre; local superbe; une fois fmie, cette maison sera une des plus belles. — 50 élèves du roi, 215 pensionnaires dont 139 gentilshommes, 24 externes dont 2 gentilshommes ; total, 289.
a Effiat (oratoriens) ; bien en général, études d'agrément prenant le dessus sur les études sérieuses, e^H seignement faible, ordre et tenue satisfoisants. — 50 élèves du roi, 100 pensionnaires dont 75 gentilshommes; total, 150.
c Auxerre (congrégation de Saint-Maur); en souffrance, maîtres faibles; école tombée; la meilleure d'abord, b plus mauvaise maintenant. — 45 élèves du roi, 61 pensionnaires dont 29 gentilshommes, 47 externes dont 2 gentilshommes; total, 153.
c Rebais (bénédictins); espèce d'oratorio d'Italie; c'est
M oiauvaise académie de musique, de dessin, equ'un collège. — 55 élèves du roi, 139 pensionmt 92 gentilshommes, il externes; total, 205. moe (minimes); progrès; études encore faibles; dre et de subordination. — 47 élèves, du roi^ «mnaires dont 28 gentilshommes; total, 98. it*à-Housson ( chanoines réguliers de Saint-Sauliége parfait sous tous les rapports , le meilleur de ^7 ^i \6 élèves du roi , 76 pensionnaires dont 64 gentils- ^ c ,74 externesdont 57 gentilshommes ; total, 206. » r "^ ^
étaient les impressions de M. le chevalier ludde Monts, mestre de camp de dragons, im- I qu'il traduit en termes plus ou moins indulgents. 76 à 1787, ces écoles militaires, y compris le le la Flèche, avaient élevé 603 élèves du roi, isionnaires gentilshommes et 789 pensionnaires ; total, pour les élèves gentilshommes, 1,592, et éral, 2,381.
s 1 ,592 élèves gentilshommes 14 entrèrent dans ' , 72 dans Tartillerie, 169 dans la marine, sot envoyés comme cadets dans la compagnie k TÊcole militaire; en raison de leur mérite ■èrent directement en qualité de cadets-gentilsdans les régiments, 25 devinrent pages du roi, DÎsirent Télat ecclésiastique.
Hiltat acquis fut donc l'éducation et le placement 4 jeunes gentilshommes ; 438 pendant les dix coulées ou sont morts, ou ont échoué dans leurs u ont pris une autre direction.
it déjà que les cadets-gentilshommes placés soit
246 INSTITUTIONS d'ÉDUGATION MILITAIRE
à l'école de Paris, soit dans les régiments, recevaient leor brevet de sous-lieutenant à Tâge de seize ans révolus.
En 1779, un jeune Corse nommé de Buonaparte (Napoleone (1), né le 15 août 1769, àÂjaccio, fut admis àTige de dix ans environ à l'école militaire de Brieone, sur le diplôme signé d'Hozier de Sérigny, attestant c que Napoleone Buonaparle a la noblesse nécessaire pour Mre admis au nombre des gentilshomnies que Sa Majesté fiit élever dans les écoles militaires, »
Cette admission avait été annoncée par M. le prince de Montbarey à M. le comte de Marbeuf, gouverneur de h Corse, dès l'année précédente par sa lettre du 19 juillet 1778. c On a tenu note que le plus jeune deseD&nii de M. Buonaparte qui sont inscrits soit agréé de préférence pour les écoles militaires, Taioé paraissant se destiner à Tétat ecclésiastique. > Une seconde lettre, datée do 29 octobre 1778, informe M. le comte de Marbeuf qu'A n'y a pas eu de nomination pour les écoles depuis qu'on lui a écrit au sujet du fils de M. Buonaparte fArchivm de la guerre (2). En effet, l'aîné de ses eniànts, Joseph, q0 fut depuis roi de Naples et roi d'Espagne, était destiné àl'Ëglise et protégé par Monseigneur de Marbeuf, arche vêque de Lyon, qui tenait la feuille des bénéfices. H ft donc toutes ses études en conséquence, mais quand elles
(1) Dans tous les états ou annuaires l'orthographe da nom de TeB* pereur est Buonaparte et non Bonaparte.
(2) Napoléon de Buonaparte est entré le S9 aTril 1779 à Brienna (K** sica : Histoire de ia jeunesse de Napoléon).
23 janvier 1779^ note. {Archives de la marine,) Napoléon de Baootparte, né le 15 août 1769. Il a été agréé à la nomination du 81 déc6iDli>* dernier et ne pourra être reçu que lorsqu'il aura fait ses preuTes de noblesse.
it terminées et que vint le moment de prendre un drta définitif, Joseph, qui o ait aucune vocation pour Sf^îse, refusa de s'engagei
Sttos cette circonstance, il eût été admis à TÊcoie militaire I fieu de 801^ cadet, que dans ce cas un article du règlelent excluait irrévocablement. Alors que fùt-il arrivé?... Quelques années après, Louis de Buonaparte, père de empereur Napoléon III, depuis roi de Hollande, fut placé or une liste de candidats à l'Ëcole militaire par M. de la iuiUaamye, intendant de la Corse, avec MM. de Ceccardi, jolonna de Cesari Rocca, de Bocchiciampe et de Colonna l'Omano. — L'admission ne fut pas accordée. (Archives de la guerre.)
On a souvent parlé et écrit sur les premières années de Napoléon à Fécole de Brienne et beaucoup moins du temps qu'il passa à celle de Paris en qualité de cadetgentilhomme. Nous dirons seulement que Pichegru fut à Brienoe un de ses maîtres de quartier et son répétiteur pour les quatre règles de l'arithmétique.
Suivons maintenant les souvenirs de l'empereur luiiDème, souvenirs que M. de Las-Cases nous a transmis dans son Mémorial de Sainte-Hélhne. En 1783, Napo- 1^ fut un des élèves de Brienne que le concours d'usage <li8igna pour aller achever son éducation à l'École militaire de Paris dans la compagnie des cadets-gentilshommes. On doit se rappeler qu'on n'y plaçait que les élèves qui ^ distinguaient aunlessus de tous les autres par leur capacité et les espérances qu'on pouvait en concevoir. Le cboix était fait tous les ans par M. le chevalier de Kéralio, ^<Htt- inspecteur, qui accomplissait alors m dernière
248 INSTITUTIONS d'ÉDUGÀTION MILITAIRE
tournée : cet officier général, doyen des officiers de rËeole militaire, y était arrivé en 1759 en qualité de sondirecteur des études; ancien précepteur du roi deBavièfe, il était auteur d*un plan d'études militaires, dcmt le minuscrit est en partie aux archives de la guerre.
< C'était, dit M. de Las -Cases, un vieillard aimable, des plus propres à cette fonction ; il aiiAait les enfanta^ jouait avec eux après les avoir examinés et retenait am lui à la table des minimes ceux qui lui avaient plu davantage. > Le jeune Napoléon avait fixé son attention d'une manière particulière. Chargé depuis vingt-trois ans de h direction des jeunes gentilshommes des écoles militaires, il était plus que personne apte à les juger.
Il nomma donc le jeune candidat cadet-gentilbomiDe de l'École de Paris, quoiqu'il eût à peine l'âge requis. Ses études littéraires étaient faibles, il lui fallait encore da temps pour les terminer, mais les mathématiques n'avaient pour lui ni difficultés ni théorèmes inconnus : c Je sais ce que je fais, répondit M. de Kéralio aux observation des pères minimes; si je passe par dessus la règle, oe n'est point une faveur de famille; je ne connais pas oelk de cet enfant, c'est tout à cause de lui-même; j'aperçois une étincelle qu'on ne saurait trop cultiver. > Cette étincelle devait embraser l'Europe entière. M. de Kénlio mourut au retour de son inspection et ne put que, laisser des notes sur son candidat.
M. deRaynaud, qui le remplaça, suivit son travûl,etle jeune Napoléon fut envoyé à Paris avec MM. de Montarbji de Dampierre, deComminges,LaugierdeBellecourtetde Castres.Tous les cinq arrivèrent à l'Êoole militaire et fiirenl
LIVRB SECOND 249
le 22 octobre 4784. La note du jeune Napoléon ■r ie livret d'inspection de 1784, était ainsi conçue :
€ M. de Buonaparte (Napoléon), né à Âjaccio (ile de iorae)^ le 15 août 1769, taille de quatre pieds dix poues onze lignes; bonne constitution; santé excellente; iractère soumis ; honnête et reconnaissant envers ses mpènears; conduite trës-réguliëre. Il s'esttoujoursdistinjaé par son application aux mathématiques; il sait très- Mttblement son histoire et sa géographie ; il est assez faible boB les exercices d'agrément et le latin, où il n'a fait pesa quatrième. Ce sera un excellent marin; mérite de [MDcr à l'école de Paris. >
Le futur empereur occupa à l'école de Paris une cellule Hioée au dernier étage et dont l'unique fenêtre donnait du» la grande cour. Il avait pour compagnon de chambre le cadet des Mazis, né à Strasbourg le 6 septembre 1768, entré à l'École militaire en 1785, venant de celle de Rebais, et admis en 1785 dans l'artillerie, en même temps que Napoléon. La plus sincère amitié les lia l'un à l'autre. Lao-Cazes l'appelle € des Mazis-le-Fidèle. » D'après le i^ement établi par le roi pour les cadets -gentilshommes de la compagnie de Paris, en date du 11 juillet 1778, des lettres de sous-lieutenant furent expédiées au gouverneur pour le jeune Napoléon le 15 août 1785.
n prit rang dans l'armée à partir de ce jour, quoique œdevant sortir de Thôtel pour l'artillerie que le 28 octobre. U venait d'avoir ses seize ans et n'était resté à l'école de IW qu'une année. Il ne pouvait s'attarder sur les bancs, <^i qui n'avait que si peu de temps pour parcourir de si pauiids espaces. Dans tous les cours qu'il suivaft à l'école
250 INSTITUTIONS d'ÉDUGATION MILITAiRE
de Paris, il rencontrait un rival heureux qui Teinporlal toujours sur lui. C'était le cadet Le Picard de PheOppeau» né à Angle, en Vendée, plus âgé que Napoléon deden ans, entré à rhôtelle 27 septembre 1781^ et ne deiatf en sortir aussi dans Tartillerie qu'en i785.
Cette rivalité se traduisait souvent en voies de fiât i|M leur sergent-major élève Picot de Peccaduc ne potmil parvenir à arrêter (1).
D'après le règlement fait en faveur de TËcole mifiHin par M. le comte de Provence, le gouverneur formait IM les ans une liste de six élèves devant concourir pour hi trois croix de Tordre de Notre-Dame du Mont-CanNi accordées par legrand-maitre. Le Picard de PhelippaiiiK et Bonaparte s'y trouvaient portés ; le premier fut cfaM et priva celui-ci de porter à l'âge de seize ans cet Ofdn dont la devise était : € Atavis et Armis. »
Buonaparte fut admis au régiment de la Fëre eooae lieutenant en deuxième, et des Mazis en qualité de lieutonant eu deuxième surnuméraire. L'état des penMi porte que, pour le premier semestre, du 28 octobre i78S au 1^' mai 1786, Bonaparte reçut comme ancien éftfs 100 livres. Le Picard de Phelippeaux entra dans le ré|pment de Besançon. Après s'être perdus de vue» ilsdevaieit se rencontrer plus tard dans des circonstances exoeptioanelles et bien en dehors de toutes leurs préviâons.
Le Picard de Phelippeaux émigra en 1791, puis rentra en Vendée pour s'y battre avec ses amis et ses proehaii
(1) Picot de Peccaduc, connu en Autriche sons le nom de bens é$ Herzogenberg, y parvint au grade d^offlcier général et fut loiigttiBP* gouTerneur de l'école d'artillerie et du génie.
LIVEE 8B00ND 251
Toulu soalever le centre de la France, il fut pris et idoit à Paris dans la mé pris où était enfermé Mnnl anglais Sidney-Smii i. l venu à s'échapr el à gagner TAngleterre, il eut encore l'audace de Dtrer en France et l'adresse de délivrer l'amiral, qui, ■une au commandement de la flotte d'Orient, emmena tt saiireur avec lui. Confiant dans son activité et ses lents d'ingénieur, l'amiral anglais donna à Le Picard de hafippeaux le commandement de la place de Saint-Jean- Ukre, menacée par Bonaparte, devenu en chef de
imiée française, et qui vint 1 6t 1 ir Les deux anciens cadets-g i \ se retrouvèrent
iice à face. Bonaparte fut obligé de lever le siège ;
son constant adversaire, qui avait été bien servi par ttdrconstances, ne put jouir longtemps de son succès :
1 mourut de la peste peu de jours après. Dans la correspondance de l'empereur, on lit jour par jour tous les détails de ce siège célèbre, et il est à remarquer qu'il n'y die jamais le nom de son condisciple. Il n'en parla qu'une aeole fois dans une de ses lettres à Fouché, datée du
2 lévrier 1807 de son quartier- général de Villingen. L'empereur venait de lire l'histoire de France de LacreteBe, qui commet à l'égard de Le Picard de Phelippeaux h même faute que beaucoup d'écrivains biographes, faiant toujours sortir de Brienne les condisciples de Napoléon. Cet ingénieur avait fait ses premières études à Poot-le-Voy. c Un ingénieur distingué, dit Lacretelle, l'émigré français Phelippeaux^ dirige les travaux et développe de grandes ressources. >
« J'ai parcouru, écrit l'empereur, VHistoire du Direc-
252 INSTITUTIONS d'édugation miutaire
toire, de Lacretelle; elle m'a paru écrite dans un bel esprit. J'ai remarqué sur le siège de Saint-Jean-d'Aoi des choses ridicules, telles que celles sur Sidn^-Sorit, qui n'a rien fait... Ce qu'il dit de Phelippeaux et ingénieurs émigrés est vrai. »
Glarke, né le 17 octobre 1765 à Landrecies» HÉ
d'abord entré au collège de la Flèche, mais sa militaire ayant été bien reconnue, il fut nommé dan h compagnie de cadets, où il fut reçu le 11 septembre 1781; il en sortit le 20 novembre 1782 et fut admis sous-lieutenant au riment de Berwick, prenant du 7 janvier 1781. On le retrouve en 1786 dans les sards, régiment de colonel-général. 11 avût donc piMdl' Napoléon à l'Ëcole militaire de Paris.
Peu de jours avant le départ de celui-ci, le 27 bre 1785, y entrait à son tour le jeune Davout, né b 10 mai 1770 k Annoux, diocèse de Langres, d'onefrmille noble de Champagne. Il venait de l'école imfilavi d'Âuxerre et non de celle de Brienne, ainsi qu'on Ti plusieurs fois écrit. Ses premières années ne se passèretf pas en compagnie de celui qui, plus tard, devait liû décerner les glorieux titres de prince d'Ekmûlh et de dv d'Auerstadt et la dignité de maréchal de France. Le 19 février 1788, il entra comme officier avec rai^dl 10 mai 1786, dans le régiment de Royal-Champagae cavalerie, commandé parle marquis de Foumez. Dans lei comptes de l'Ëcole militaire, il est dit qu'à leur scMrtie hi cadets Davout, Montarby, Desmoutis et d'Alviroare reçurent chacun un cheval.
Déjà MM. Davout avaient fait partie du premier cootio-
UTRE sseoifD 255
il d'âèves Dommés par Louis XV en 1755 et placés IHisoireineiit à Vincennes. Le nom du maréchal Davout 40Q litre de duc d'Âuerstadt viennent d'être rappelés k MonUeur, qui enregistre la collation de ce titre i liveor d'un jeune chef de bataillon de chasseurs à Bi, Q.-E.-J.-Ch. d'Avout, élève lui-même des écoles lu Flèche et de Saint-Gyr.
€ A l'École militaire de Paris» disait l'empereur à M. de PrCues, nous étions nourris, servis magnifiquement, |piB en toutes choses comme des officiers jouissant d'une aisance, plus grande certainement que celle de la de nos familles et fort au-dessus de celle dont moup de nous devions jouir un jour. » Napoléon s'en wnol quand il fonda des écoles militaires, et il tint à ce 18 ses futurs officiers, qui devaient commander un jour à \ vrais soldats, eussent commencé par l'être eux-mêmes. L'hôtel nourrissait : l"" la compagnie de cadets ; 2® les pofinseurs ; 5* les capitaines des portes ; 4'' le service mmun, qui comprenait la cuisine, l'office et les domesqnes. Il y avait, en outre, un extraordinaire consistant las la nourriture des chantres les fêtes et dimanches, 'im dergé nombreux aux Fêtes-Dieu, et dans les collaions du prédicateur.
Les tables des cadets étaient de cinquante couverts, dont Q aenôce était divisé par six ; ainsi chaque table cornpraait plusieurs services composés ainsi qu'il suit :
Dîner, en gras : La soupe, le bouilli, deux entrées et deux assiettes de dessert •
Soupa*, un rôti, deux plats d'entremets, une salade et ^ assiettes de dessert.
254 INSTITUTIONS D^ÉDCGiLTION MILITAlilE
Dîner, en maigre : La soupe, deux plats de légona^ un plat de graines, un plat de poisson, un plat d'œobtf trois assietles de dessert.
Souper, un potage au riz, deux plats de légomei, ■ ; plat de graines, un plat de poisson, un plat d'œoftii trois assiettes de dessert.
A déjeuner et à goûter, du pain. A tous les repis, i était donné du vin coupé de moitié d'eau, et pendantPAi on en portait dans les salles de manière à œ que edb consommation montât à une pinte de vin par jour pMV chaque élève.
Les professeurs furent d'abord nourris à peu |rii comme les élèves, mais à partir du i*' octobre 11M, cette table fut supprimée et ils reçurent une indemnli de 600 livres par an.
Par délibération du 7 juin 1780, il fut décidé qnels cadets de la compagnie de gentilshommes seraient habli|l deux fois par an, le l""' mai et le 1*' novembre, que IInK d'hiver serait composé du grand uniforme complet et k chapeau garni en argent du prix de 85 livres 4 sob, ^ l'habit d'été le serait de l'habit grand unirorme, fm culotte écarlate, de trois vestes de basin, du duipM garni en argent de 92 livres 9 sols, formant un total pr an de 177 livres 13 sols. Chaque cadet -geDtilfaoMV avait son linge marqué à son numéro ; il ne servait qtfl lui et il en changeait trois fois par semaine. A sa eoitie de l'hôtel on lui remettait son trousseau compfet.
L'ordre du roi du 22 mai 1781, concernant IrorMîoi d'une troisième place de sous-lieutenant dans les deo premières compagnies de chaque régiment, qui souiefi
iMft de rédamatioDS et que M. le comte de Ségur ne MOlre-signa que bien malgré lui, annonçait l'intention de j^pprimer saooesdvement les places de cadet» dans l'ar- En compensation. Sa Majesté chercha à donner à la pagnie des cadets-gentilshommes de TËcole militaire ■oe organisation conforme à celle des régiments.
Cette compagnie fut pai e en quatre divisions qui ■MÎeDl des chefs choisis p; les cadets eux-mêmes, et iiSDoaveaux chefs devaient ! Y rite des officiers de Il compagnie, concourir à l'ordre et la disci-
pGoe. Les quatre divisions avi en outre un commanàmt en chef cadet-gentilhomme, et chacune était surwUée par un sous-aide major de l'hôtel et divisée en falotons commandés par des cadets. En dehors des classes, ccsdiefs cadets avaient autorité sur les autres et pouvaient
r des punitions après en avoir rendu compte. Le , commandant en chef, portait trois galons d'argent inrdiaque manche, deux sur les parements et le troisième sur Tavant-bras, cousus tous les trois parallèlement. Les eommandants de division étaient distingués par un galon arravant-bras, et l'aide-peloton par un galon sur l'avantkiB droit seulement. Ce règlement est du 19 mai 1784. 0^, en 1778, le roi avait voulu donner à cette compafoie toutes les apparences d'un corps actif servant dans fimiée en rendant un édit portant création d'un office de commissaire des guerres à l'École militaire.
Le 18 mai de chaque année, on faisait un service solennel pour Louis XV. La chapelle était décorée avec pompe et éclairée par 550 cierges. Â la même intention, une
basse se disait chaque jour.
256 INSTITUTIONS d'édugatioii militaire
Le manège se composait de 60 dievaux, doit
10 étaient employés au service de ThôteK
Ce manège avait été établi en 1758. M. d'Anver^H^ écuyer, fut, avec un sous-écuyer, chargé de cette direotion, et s'en acquitta avec une telle distinction (|n TËcoIe militaire n'eut rien à envier au manège de h son du roi, où se conservaient et se perpétuaient les doctrines de réquitation. Supprimé en même temps qv l'ËcoIe militaire, en 1776, il fut rétabli et dirigé par kl maîtres les plus babiles. Le roi autorisa six externes i y prendre des leçons, et le manège avait acquis qu ■ grande réputation que les fils des plus grands seigneon cherchèrent à profiter de cet avantage : tels furent MM. ds Tourzel, de Charost, de laRoche-Âymon^deChabrillanl, de Rastignac, d'Haussonville, les barons et princes de Montmorency, de Ta vannes, de Ghâlons, etc., etc.
M. d'Auvergne était toujours à la tête de ce mao^* Nous avons dit, dans un précédent chapitre, qu'il avtil pris le premier rang parmi les plus habiles écayers de l'Europe.
M. Joseph Pâris-Duvemey, chargé d'années, en 1770 avait demandé à être remplacé dans ses fonctions per M. du Pont, qui l'avait si bien secondé dans son admimi' tration.
Âpres sa mort, le conseil d'administration de l'Ëoob militaire désira rendre un hommage tout particulier à 0 mémoire. € J'ai rendu compte au roi, écrit le ministre» de la lettre que vous m'avez écrite. Messieurs, le 21 ds mois dernier, relativement à l'exécution du buste ea marbre de M. Pâris-Duvemey. Je vous informe avec
pbieir que Sa Majesté a bien voulu consentir à ce que rEcde militaire fit sur ses fonds les frais de ce monument lis services distingués de M. Duverney dans celte maison fop\e. Vous pouvez donc donner des ordres pour qu'on l'en occupe dès à présent. » fArchives de la guerre, 1 785^. P^rla correspondance et parles mémoires de Du verney, M a vu coropient la dotation de l'Ëcole militaire avait (Hé établie : d'abord le droit sur les cattes, puis la mense ibbiliale de Saint-Jean de Laon^ la loterie de TÉcole ■nCtaire, les offices d'affineurs légués avec Tautorisation spéciale du roi à la dotation, puis enfin les revenus des imneubles tenant à la seigneurie de Grenelle, des loyers ée maisons, etc.
Ces différents objets, devenus par aliénation propriété deTÊcole militaire, formaient à cette royale institution une base des plus solides. Rien ne fut d'abord changé à cet état de choses ; Pâris-Duverney, puis Lambert du Pont, administraient cette fortune et l'amélioraient de jour en jour. Mais, successivement, le produit du droit sur les cartes, de la loterie de TËcole militaire remplacée par la loterie de France, des offices d'affineurs, rentra au Tré- ^ royal, et fut remplacé par des rentes et indemnités pv^uisant à peu près le même revenu, mais ne représenhol pas la même solidité, et facile à enlever dans un TODenl donné, danger que dès le début Pâris-Duverney ^^it signalé. Ces mesures financières spoliatrices peu- ^t faire présumer qu'où apercevait, dans un avenir ^»ez prochain, la nécessité de supprimer l'École militaire.
Comme spécimen du maniement, très -considérable
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pour l'époque, des fonds de la fondation, nous Iraoscri- ¥ons le bordereau des recettes et dépenses faites par le sieur Biercourt, trésorier général, pendant Tannée 1786.