CHAPITRE III
— Consulat, Empire. -^ Saint-Cyr; son origine; Saint-Gyr une des sections da Prytanée^ 1801 ; visite du premier Consul, 15 mai 1801 ; lettre du premier Consul à Chaptal, ses observations; Saint-Cyr école préparatoire de l'école de Fontainebleau ; Saint- Cyr seul Prytanée français; Saint-Cyr Prytanée Impérial militaire ; visite de Napoléon après la bataille d'Austerliti ; le général Dnteil commandant Saint-Cyr; les fils de l'amiral Bruix^ le poète Lebrun, élèves du Prytanée. — Arrêté organique relatif à l'École spéciale de Fontainebleau; les bétiments ducbàteaude Fon» tainebleau mis à la disposition du ministre ; le général Bellavène nommé commandant de l'École spéciale militaire; — Ministres de la guerre de 1797 à 1807. — Lettre du premier Consul à Bertbier^ 1 frimaire an XIT (25 novembre 1808 ), demandes d*élèves de Fon« tainebleau et de Saint-Cyr pour officiers et sous- officiers; camp de Boulogne, 8 fructidor an XII (26 août 1804), nouvelle demande d'élèves. — Louis Bonaparte, Connétable de France, nommé gouverneur des écoles militaires. — Guerre d'Allemagne, départ de Napoléon, 2 vendémiaire an XIV (27 septembre 1805). — Les lycées de l'Empire. — Camp d'instruction près de Paris, 10 août 1806. — Guerre de Prusse; demande au général Dejean, directeur de Tadministration de la guerre, de trente élèves de l'école Polytechnique après les combats de Schleitz et de Saalfed ; demande d'élèves de Fontainebleau après la prise de Berlin ; envol d'élèves an dépôt de cavalerie de Potzdam, dirigé par le général Bourcier. — Lettres de l'Empereur au général Dejean, relatives à l'école de Metz et à un nouvel envoi d'élèves de l'école Polytechnique et de Fontainebleau ; certificat de bravoure et de capacité donné par l'Empereur aux élèves de l'école de Fontainebleau. — La maison d'Écouen. — Lettres de l'Empereur à Fouché sur le siège de Saint- Jean-d'Acre et au sujet de son condisciple le Picard de Philippeaux, à l'Impératrice sur la mort de M.Dupuis,son ancien mettre à Brienne. — Instructions à Lacépède sur le mode d'éducation à donner aux filles de ses légionnaires. — Résultats de l'école de Fontainebleau de 1804 à 1807 ; le prince régnant de Salm-Kyrbourg élève de cette école; opinion du général Foy sur l'éducation donnée aux écoles militaires de TEmpire. Lettres de l'Empereur à Clarke, ministre de la guerre, sur l'instruction de la cavalerie et sur celle de l'école de Metz. — Lettres à Crétet, ministre de l'intérieur, sur le régime de l'école de Compiègne.
74 INSTITUTIONS D'ÉDUCATION HILITAIRE
Depuis quarante-sept années, Técole spéciale orililiiR de Saint-(>r donne à Tarmée une foule d'<^Sden dnlaguéa. Quelle est donc l'origine de Saint-Gyr?
Saint-Cyr était, dit Théophile Lavallée, un vilbp d'une très-antique origine contenant deux fieb, Xm appartenant à une abbaye de Bénédictines, fondée pv Dagobert et dite Notre-Dame-des-Ângès, l'autre à ■ membre de la famille Brisson-Séguier. Deux retigpeoM Ursulines, M"^ de Brinon et de Saint-IHerr^ dont k eotvent avait été fermé faute de biens, s'étaient ohm i élever des jeunes filles dans une petite maison siloéii Montmorency.
M'"'' de Maintenon s'intéressa à cette œuvre ety^plifi quelques élèves dont elle payait la penâon. Elle finit pv lui donner plus d'importance en la transportant i BbbI et en y envoyant, sous la direction de H"^ de Brinon ei de trois religieuses, soixante jeunes filles de ImM classes, qui, réunies aux anciennes élèves, occaaionnhat une dépense assez considérable pour que le roi dàt nv en aide à M°^ de Maintenon, et l'autoriser à cette institution à Choisy, le 3 février 1684. Le \ d'eau y fit bientôt renoncer et on fonda définitivemeiil« i Saint-Gyr, une maison pour l'éducation des demoisebi nobles dont les frères se trouvaient élevés rimultan&Mit dans les écoles militaires. Elles y restaient jusqu'à Tlfi de vingt ans, et recevaient à leur sortie une dot A 3,000 livres. Le prix de première acquiùtion du tmai monta à 130,000 livres ; la maison, les aqueducs et b jardins, terminés en 1686, en coûtèrent i, 077,000. M"""" de Maintenon se retira à Saint-Cyr après la mort^
v^ UVRE nEMlER W
i,el y temiiiia âon existence sî accidentée, le 15 août
UétabUssemeat de Saint-Cyr, toujours maintenu dans I aèmes conditions, fut évs du 30 mars au S7 a? ril MB. Ses revenir nnontai \ i à la somme de W,406 livres, et ses dépeni lient de 440,536. De 1686 ài793, il y fut élevé3,i6i demoiselksapparaaot la plupart à la nobles» militaire pauvre. IKi hôpital fut établi à Saïnt-Cyr le 3 novembre 4793 3 brumaire an II), et la coinmuge prit le nom de Valibre. Par arrêté du Directoire du 27 juin 1798 (9 me»* dor an VI), cet hôpital Ait converti en succursale des nalides, laquelle fut transférée à Versailles, le 12 janer 1800 (22 nivôse an VIII).
c Longtemps, dit Dulaure, les nombreux marais et les arbres qui entouraient la maison de Saint-Gyr, rendirent ce séjour malsain ; on doit au zèle éclairé de M. Atoche, médecin du Prytanée militaire, la salubrité dont jouit ce lieu depuis que les marais ont été dessédiéft et les arbres coupés en partie. » Bodaparte n'oublia jamais qu'il était élève de l'Ëcole
1} Les restes de Madame de MaiDteDOD farent déposés dans la chato; mais, en 1798^ son corps fut tiré da cercueil, tratné au travers
I rots du Tillage, puis abandonné dans un coin du cimetière. En S, ces restes furent inhumés dans la cour dite de Maintenon, sur oene on a vue de la chambre à coucher de cette femme célèbre. tiques travaux en ayant nécessité le déplacement, ils furent exhumés {»^tence du clergé deSaint-Cyr et des élèves du Prytanée, puis placés M on eoffre,qui pendant bien des années resta oublié dans le bureau réeonomat. Enfin, eu 183B,le général Baraguay-d'Hiliters,comman-
II Féeole militaire, fit construire dans la chapelle un mausolée en ibie noir; on y renferma ce petit coffre. Sur ce modeste monument
inscrite cette simple épitaphe : « Gy-git Madame de Maintenon. •15-1719. » ( Sowenù-i sur le PrfftoMét de SainiCyr, Lkvol, irétorier. }
76 INSTITUTIONS d'ÉDUCATIOH MILITAIBE
militaire ; en créant Ëcouen et Saint-Dems, il aei aussi que sa sœur, Marie-Anne Bonaparte» néeàAjpM le 3 janvier 1779, était entrée à Saint-Cyr en 1784.
Resté sans emploi bien indiqué, rétaUisaeoMt à Saint-Cyr fut choisi, en 1801, pour devenir une desMDtions du Prytanée.
L'installation s'y fit avec pompe, en présence deLDon Bonaparte, ministre de l'intérieur. Il eut, comme vm l'avons dit au chapitre précédent, le savant CrouietpoBr chef; sous sa direction éclairée et la collaboratioa è professeurs remarquables tels que Deguerle, Leftbn?, Fleury de l'Écluse, et des maihématidena HandieoQM et Bourdon, le Prytanée prépara pour diflTérentes mriëres une foule d'hommes qui s'y distinguërent.
Cependant, à une époque ou tout était à régler, loi débuts présentaient bien des difficultés.
Le premier Consul, dont Tœil si vigilant se portait i h fois sur tous les points, avait été, dès le 15 mai IWl (25 floréal an IX), visiter le Prytanée de SsinM!^. Â son retour et le même jour, il écrit à Gbaptal, joÂspUB de l'intérieur. € J'ai été visiter le Prytanée de Sûnt-0}ri € citoyen ministre. J'ai été peu satis&it de la IflOM c de cet établissement. Tous les enfants sont nos etspii <i uniforme* Il n'y a aucune r^le, aucun ordre, ni dm <t l'instruction, ni dans la police, ni dans l'administntisii
< 11 m'a paru que les élèves étaient dépourvus des met-
< blés les plus nécessaires. Il me paraîtrait conTeniUi> < 1^ Que les parents ne fussent pas chargés de Fi»-
< billeinent des enfants, hormis du trousseau ; 2* que b « élèves fussent divisés par compagnies ; 3* qu'ils i
u aoden tambour, afin de faire tous les mouvements
iffitairement et un sous-oflBcier de vétérans pour les
ioreer et commander les marches dans les différâtes
iitffîbutions de la journée.
K L'administration m'a paru vicieuse en ce que Tadmi-
istration de Paris pourvoit à toutes les dépenses. Je
étirerais qu'il y eut dans tous les Prytanées un conseil
fiidbiiinistration, que l'administration centrale donnât
ce conseil 600 fr. par élève ; moyennant quoi, il serait
Inrgé de faire toutes les dépaises et de payer les pro*
BBseurs.
r n n'y a pas de bibliothèque dans ce Prytanée ; il en
mdrait une de 2,000 volumes en histoire, en géogra*
hie et en voyages.
: Je désire que vous me présentiez un projet de régie
lent pour tous les Prytanées.
n n'y a point d'inspecteur pour mettre de l'uniforlité et de la règle dans toutes ces administrations.
Tous les règlements organiques^ tant pour la disciline (jue pour l'administration, sont à faire. > l'est par suite de cette lettre, motivée par la visite du nier Consul à Saint-Cyr, que Chaptal fit un rapport iouvemement, sur lequel Bonaparte fit les observations
nous avons déjà citées dans le chapitre précédent. nd Chaptal eut terminé son travail et qu'il fut approuvé le premier Consul, les administrateurs du Prytanée, trier-Ëloi, Lefèvre-Corbinière, Landigeois et Nicod, it paraître un prospectus pour donner connaissance familles des conditions d'admission dans les différents éges dépendant de leur administration.
78 INSTITUTIONS D*ÉDDCATIOIf ULITAIRB
Ce prospectus, qui depuis a senri de modMe à lovhi autres, parait avoir été rédigé d'après les indkstioni à premier Consul, qui avait sur Saiut-Cyr des vuespaiculiëres. Il s'inquiète des moindres détails, et ee iM pas sans raison. Il écrit à Ghaptal, le 11 ffivrierUH (22 pluviôse an XI) : c Je vous prie, eitoyeo nriiûrife^è c donner ordre qu'on travaille à la nouvelle intinneriiÉ c Prytanée de Saint-Cyr ; les malades y sont c l'infirmerie manque de draps, de linge et de c de meubles nécessaires ; donnez ordre que toot àh « soit fourni le plus tôt possible. >
Une note manuscrite de Pépoque, ooDaervéeaaPlrytanée de La Flèche, prouve que les préoccapalmiiii premier Consul étaient bien motivées.
Cette note constate la mauvaise tenue des éièfes» lav irrévérence envers les maîtres et les personnes da dehon, leur négligence pour les soins les plus ordinaires de h propreté.
Elle témoigne^ en même temps, de leur esprit diadecipline. Le lever et le coucher des âëves s iilBjiliiiiit dans le plus grand tumulte. Le flux et le reflut enrii par leurs allées et venues continuelles dans toutes li parties de la maison, ne cessaient que le aoir. Ils dilifi-' daient leur pain au réfectoire ; il s'en pei^it phe à deux cents livres par jour.
L'infirmerie était n^ligée sur tous les rapports; h nourriture y était la même que celle des élèves Imo fth tants. La visite des médecins n'avait lieu bien qu'une fois par semaine.
Le 24 février 1803 (8 pluviôse an XI), le
il créa rËeole militaire spéciale de Fontainebleau, ÉÊ peu de nms après, le 6 octobre 1803 (IK vendesilira an XII), revenant aux errements du passé, il y |iignit une école préparatoire dont nous alkms d'aborti MB occuper.
iii'jarrèté consulaire porte que le collège de Satût^yr n seul le droit de porter le nom de Prytanée français, 1^ jouira seul des dotations affectées en commun aux vinoDs du Prytanée à dater du 24 septembre i803 (f vendémiaire an XII), que le nombre des élèves est lé à 2K0 et que tous seront fils de militaires morts sur diamp de bataille. Ce même arrêté autorisait l'admis^ m de 250 pensionnaires payant 900 fr. ; la dépense m élèves était fixée à 800. Le directeur et Téconome ivaient prendre les noms de proviseur-censeur des étu- !B et de procureur-gérant.
En 4804, malgré les prescriptions de l'arrêté du 7 octo- ^(15 vendémiaire an XII), on comptait, dit M. Lefol, ou 800 élèves au Prytanée. Ils n'avaient pour les surîller que deux vieux capitaines, Colsin et Colin, assis- I de quelques maîtres de quartier. € Si les grands, ajoute- t-il, profitaient avec avantage des leçons de leurs savants professeurs, il n'en était pas de même des petits, car ils manquaient des soins réclamés par leur jeune âge ; battus par leurs maîtres, et^ déplus, obligés diaque jour, n'importe le temps, de faire l'exercice avec des fusils appropriés à leur taille, c'est à peine s'il leur restait assez de force pour suivre leurs leçons avec fruit. »
Écoliers de notre temps qu'entourent tant de soins et
80 INSTITUTIONS d'ÉDUCATION MlLITAnE
de sollicitudes, qu'une éducation trop molle prépare i poi aux traverses et aux fatigues futures, vous voyeiqDeki épreuves de vos pères commençaient dès leur jeune ip; et cependant, dans de pareilles oonditions, ib latent.
TravailleZ'donc, puisque rien ne vous mtoque ment et physiquement*. •
TravailleZ'donc pour être dignes de vos votre paresse et votre négligence seraient sans excuse. Travaillez, car plus que jamab il biitfM vos armes soient bien trempées pour vous défiandn èl ' passions de la jeunesse, et plus que jamais encore elleril vraie cette parole de Napoléon : c Jeunes gen$, ckÊf^ € heure de temps perdu est une chance de moim ftet c l'avenir. > Time is money, disent les An|^is ; wm leur point de vue est moins élevé,
Devetau empereur. Napoléon visita Saint-Gyr aprii la campagne d'Austerlitz. Quand il vit que les jesMi gens qu'il croyait presque formés au métier imBliiM n'étaient encore que des écoliers, que non-seulement ki moins âgés, mais encore les grands ne pouvaient se ft^* mer en bataille et moins encore manier habilement bai fusils, qu'ils n'étaient commandés que par deux ma officiers se servant de leur canne en guise d'épée, i résolut de soumettre cette maison au réginM nûliUintl de lui donner pour chefe des hommes rompus au wéétt. Du reste, les tendances et l'esprit des élèves coneordûÉl parfaitement avec les idées de l'Empereur. Au rédl à ses victoires, les lAtes s'enflammaient, les classes se pi»voquaient, et dans ces petites guerres pluûeura font
LlYRE PREMIER ^l
. « Un d'eux, dit M. Lefol» mourut des suites .coup de pierre qu'il avait regu à la tète dans jeoesrenoootres. > *
ifprme des élèves du Prytanée de Saint-Cyr se a alors de gros souliers» de bas bleus, d'une BD drap bleu^de Roi descendant jusqu'au dessous ou et arrêtée par quatre boutons et une boucle, iàt bleu à revers rouges et d'un chapeau à trois
lécret organique, daté du camp de Boulogne lo
1805 (13 fructidor an XIII), changeant définitif
le collège de Saint-Cyr en Prytanée n\jy^taire,
^t de préparer le local pour contenir QOO élèves,
DO au-dessous de douze ans, et n'en ayant pas
le sept ; 200 au-dessous de quinze ans et 200 au-
de dix-huit. Les élèves, âgés de plus de seife ans,
l'école de bataillon, devaient compter à dater de
K)que comme soldais, et faire l'exercice avec le
dragon ; la seconde catégorie se servait de mous-
• Les plus âgés et dont le temps à l'école comptait
service, devaient former une garde à la porte du
een suivant le règlement observé dans l'infanterie.
bataillons de quatre compagnies ; chaque corn-
xknposée de 50 élèves mangeant à la gamelle ;
it inspections comme dans les régiments. Études
dans les lycées ; élèves pouvant passer les exa-
I l'artillerie et du génie pour entrer directement
de Metz sans passer par l'école Polytechnique ;
irveillance du Connétable; inspection du corn-
t militaire de Fontainebleau : commandant mili-
82 INSTITUTIONS D'ÉBUGATIOlf MILITAIRE
taire au moins du grade de colonel ; directeur et directeur des études, professeurs et maîtres.
M. Pierre Grouzet, ancien principal du PrylaDée,j conserva la direction des études d'après le décret impM du 15 décembre 1805 (24 frimaire an XI\), qui douait en même temps le commandement au général GiDxrt- Louis Duteil, et lui adjoignait plusieurs capitaines de h garde impériale. Cet officier usa aussitôt de tous ki moyens de répression, dont il pouvait disposer» pour meiln fin aux abus que nous avons signalés et qui étûent lesder niers fruits de la tourmente révolutionnaire.
Remarquons que l'Empereur, déjà engagé dam b grandes guerres, rapprochait autant qu'il était paaribb par sa constitution, son école préparatoire de son éooh spéciale. Nous aurons à rappeler dans nos concIiisioDset faiirée permise dès Vâge de sept ans, et la pontian de ioUé som le drapeau donnée auœ élèves du premier bataiWmt permettant de les employer au besoin dans rarVkiée uAn comme sous-officiers sans faveur particulière ni passe^rait
Ainsi Saint-Gyr, d'abord une des sections du Pirftanée, eut seul, à compter du 22 septembre IflOB (1*^ vendémiaire an XII), le droit de porter le nom de Prytanée français : il fut organisé militairement b 31 août 1805 (13 fructidor an XIII), par un décret qui ne reçut son entière exécution qu'à la nomination do général Duteil , le 15 décembre 1805 ( 24 frimirt an XIY) ; il n'entra dans les attributions diredes ai ministre de la guerre qu'au l*' janvier 1807.
Pendant le cours de la visite que l'Empereur fit à Sainl- Cyr avec l'impératrice Joséphine, on lui présenta les àM
LIYHE PREMIER S3
fik de ramîral Braix : (1)€ Mesen&nts, leur dit Napoléon» c votre père était le premier marin de notre siècle ; ne c FouUiez pas. »
c En entrant dans la salle de rhétorique, dit M. Mon^ « talant-Bougleux, de Versailles, l'Empereur trouve la t diaire occupée, non par un professeur, mais par un c élève ; il demande Texplication de cette particularité ;
< 00 lui apprend que le professeur Deguerle est malade c el qu'il a cru devoir se faire suppléer par un de ses
< élèves, grâce à la bonne opinion que l'enfant a donnée c de son intelligence. Napoléon s'assied alors dans la c chaire auprès du suppléant imberbe et Técoute faire sa « leQon, puis lui-même prend la parole et interroge le « jeune rhétoriden sur les tropes, en homme qui n'a € pas plus oublié les préceptes élémentaires de l'art de
< persuader les hommes, que ceux de l'art de vaincre et
< de gouverner. Â l'issue de cette séance impériale, le
< Monarque-professeur demanda à son collègue d'un
< moment à quoi il comptait s'occuper quand il serait
< dans le monde : » — c A chanter votre gloire, répondit € le jeune homme, qui devint depuis le poète Pierre « Lebrun, l'auteur de Marie Sttmrl. >
Le poète traduisit ainsi sa réponse :
tt Toi, me dit-il un jour qu'à Saint-Cyr amené « Il venait parmi nous délasser la victoire : « A quoi par ton désir te sens-tu destiné? ff Et je lui répondis : « Sire, à chanter ta gloire. »
(1) Bmiz (Eustache) vice-amiral, né en 1769 à Saint-Domingue et mort en 1S05, avait fait avec distinction la guerre d'Amérique. On lui retira son emploi en 4793, mais on le lui rendit en 1794. Cet officier distingué, qui avait rempli les fonctions de ministre de la marine, venait d'être nommé, lorsqu'il mourut, chef de la flotte impériale rassemblée à Boulogne pour opérer une descente en Angleterre.
84 INSTITUTIONS D'tDUCATION MILITAIRE
Lebrun fut à l'Académie française le successeur de Fruçois de Neufchâteau, qui l'avait fait entrer au Prytanée.
 Schœnbrunn, le comte Daru lut i l'Emperear on ode sur la bataille d'Austerlitz qu'il venait de traimr dans les colonnes du Moniteur, c Elle est signée do m < de Lebrun, dît Daru. >
On crut que cette œuvre appartenait à Ponœ-Daii Escoucbard Lebrun, le chantre du Vengeur et poèb républicain, qui paraissait fiiire ainsi une amende hoflorable et accepter le régime impérial.
L'Empereur lui accorda immédiatœieot une penn de 6,000 francs, faveur sur laquelle il ne voulut fm revenir quand il apprit que Tode laudataire sortait de h plume du jeune Saint-Cyrien, et non du poète atrabilm, qui s'en montra reconnaissant.
Pour l'Empereur, le Prytanée de Saint-Qff, e'Ml
Brienne moins le régime militaire qu'il y avait ad^li;
l'école spéciale de Fontainebleau qu'il créait étant pe-
mier Consul, le 28 janvier 1803 (8 pluviôse an S}»
c*élait la compagnie des CadeU-Gentilshammei de FIM
de Paris : il suivait pas à pas les souvenirs et les em-
ments du passé, en les simplifiant d'après les idées qol
avait déjà hautement exprimées, alors qu'il n'était enoM
que simple élève, c Ne vaudrait-il pas mieux, avail-i
€ à cette époque inscrit dans un mémoire, au lieu d'aï-
c trelenir un nombreux dcmiestique, de leur donner dtf
c repas à deux services, de faire parade d'un man^
c très -coûteux , tant pour les chevaux que pour la
c écuyers, ne vaudrait-il pas mieux, sans toutefois déno-
< ger le cours de leurs études, les astreindre k se i
c eux-mêmes, moins leur petite cuisine qu'ils ne feraient c pas» leur faire manger du piatin de munition ou d'un c autre qui en approcherait ; les habituer à battre leurs c habits, et à nettoyer leurs souliers et leurs bottes? c Puisqu'ils sont pauvres et destinés au service militaire, c n'est-ce pas la seule éducation qu'il faudrait leur donc ner ? Assujettis à une vie sobre, ils en deviendraient c plus robustes, sauraient braver les intempéries des c saisons, supporter avec courage les fatigues de la € guerre, et inspirer un respect et un dévouement aveu- « gle aux soldats qui seraient sous leurs ordres. > (tf^motre de Napoléon de Buonaparte, cadet-gentilhomme.)
c Ici, comme partout ailleurs, dit la Sentinelle de Var- € mée (16 janvier 1842), une pensée d'unité présida à la € résolution de Thomme de génie. Il voulut que tous les c jeunes gens destinés au même service, reçussent une c impulsion unique, que leurs idées sur la discipline et c l'art de la guerre fussent puisées à la même source, c qu'elles fissent corps avec l'instruction technique donnée € à tous par les mêmes maîtres. »
L'arrêté organique du 28 janvier 1803 (8 pluviôse an XI) relatif à l'école spéciale de Fontainebleau, n'est que la mise à exécution de ces principes. Il a été écrit avec la main qui tenait si bien l'épée de commandement.
Nous le transcrivons dans son entier, le considérant comme un modèle échappant à l'analyse.