‹ Institutions d'Hippocrate, ou, Exposé philosophique des principes traditionnels de la médecineChapitre 34 sur 84 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ÉTIOLOGIE.

Un homme ne tombe pas malade brusquement et tout de suite. Les causes s'accumulent avant de se manifester par leurs effets. J'ai remarqué ce qui arrive aux hommes avant que le principe des maladies surmonte celui de la santé, et comment on parvient à faire reprendre le

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dessus à celui-ci. — On peut donc maintenant, en y ajoutant ce qui s'observe dans les gymnases, regarder tout ce qui concerne la santé, comme une chose finie.

Quiconque veut connaître la médecine à fond ne peu point négliger les choses dont je vais traiter; les diverses saisons de l'année, et ce que chacune peut opérer, seront pour lui une source de méditation. Elles ne se ressemblent nullement ; on trouve des différences dans leur constitution, même dans leurs variations.

Si l'hiver est sec et froid, le printemps pluvieux et austral, on verra dans l'été des fièvres aiguës, des ophthalmies et des dysenteries, surtout chez les femmes et chez les hommes d'une constitution humide.

Si l'hiver est chaud, doux et pluvieux, il surviendra des dysenteries, des ophthalmies sèches. -Les vieillards seront sujets à des catarrhes dangereux pour leur vie - Les femmes avorteront à la moindre occasion et celles qui arriveront à terme donneront naissance à des enfants faibles et valétudinaires.

Sil'^estsecetfroid,etl'automnepluvieuxetchaud il y aura des douleurs de tête, des rhumes, des coryzas etdesphthisies.

Si l'automne est froid et sec, il sera favorable aux temmes; mais il surviendra des ophthalmies, des fièvres aiguës et des mélancolies.

En général, quand les saisons gardent leur constitution naturelle, les maladies qui surviennent sont stables e roguhères; dans les cas contraires, elles sont inconstantes et se terminent défavorablement.

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Les constitutions journalières froides et sèches condcnsentles corps, les rendent fermes, agiles, bien colorés, fortifient l'ouïe et dessèchent le ventre; — les constitutions journalières chaudes et humides produisent un effet contraire; elles relâchent le corps, affaiblissent l'ouïe, appesantissent la tête, obscurcissent la vue et humectent le ventre.

On doit étudier les vents; ceux qui sont froids, ceux qui sont chauds, ceux qui sont communs à tous les pays, ou propres seulement à certaines régions. — Il faut examiner aussi les propriétés des eaux. Comme elles ne sont point les mêmes au goût et au poids, elles ne se ressemblent pas non plus quant à leur vertn.

Donc, quiconque arrive dans une ville qu'il n'habite point, commencera par considérer sa position relativement aux \ents et au lever du soleil. Il ne regardera point comme indifférent qu'elle soit exposée au nord ou au midi, au couchant ou au levant. 11 faut au contraire avoir égard à sa position, de même qu'à la nature de ses eaux. On doit examiner si elles sont bourbeuses ou molles, claires ou dures; si leur cours se fait dans des lieux sablonneux ou pierreux, si elles sont salées et réfractaires.

On doit également avoir égard au sol. Est-il découvert, point arrosé , ou fourré et humide? Est-il enfoncé, étouffé , ou bien élevé et frais? Enfin, il faut étudier la manière de vivre des habitants. Sont-ils buveurs, grands mangeurs, oisils ou laborieux, adonnés aux exercices ou à la paresse, sobres dans le boire et dans le manger?

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Quiconque sera bien au fait de tout cela, ou du moins de la plus grande partie de ces points importants, connaîtra, en arrivant dans une ville qu'il n'a point fréquentée, et la nature des maladies endémiques, et celle des maladies générales qui doivent y régner. Il ne se trouvera point en défaut pour leur traitement, et il ne commettra point les erreurs auxquelles on est exposé quand on entreprend de faire la médecine sans ces préalables.

Il pourra dire d'avance quelles maladies doivent affliger le plus grand nombre des habitants dans les diverses saisons, en hiver et en été, et les dangers auxquels ils sont exposés dans les changements de régime. S'il connaît bien ce qu'entraînent et la succession des saisons, et le lever et le coucher du soleil, il sera capable de prévoir la constitution de l'année entière. Cherchant ainsi et parvenant à connaître l'à-propos dans ces diverses choses, il distinguera ce qui convient au maintien ou au rétablissement de la santé, et il aura de grands succès dans la pratique de notre art.

Si quelqu'un m'objectait que les connaissances que je demande appartiennent à la météorologie, je répondrais que la connaissance de la situation des astres n'est pas une des moindres parties qui concourent à former le médecin, qu'elle lui est au contraire très-utile. Les successions des saisons sont accompagnées de changements remarquables dans toutes les cavités du corps humain; et voilà, par conséquent, ce qu'il faut connaître.

Quiconque connaît la cause d'une maladie est capable

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d'y apporter le remède en y appliquant le contraire du mal dès son origine, car la médecine est une science toute naturelle. Par exemple, la faim est un mal, quel est donc le remède de la faim? C'est le manger ; c'est donc par le manger qu'on doit guérir la faim. — Pareillement le boire dissipe la soif ; la plénitude se guérit par l'évacuation, l'évacuation se guérit par la plénitude. En un mot, les contraires se guérissent ordinairement par les contraires. La médecine consiste à ajouter ou à retrancher; il faut retrancher le superflu, ajouter ce qui manque. On sera le meilleur médecin quand on saura se bien acquitter de ces deux fonctions, et mauvais médecin, si l'on s'en acquitte mal.

Il faut donc, autant qu'on le peut, remonter nonseulement à la cause du mal, mais encore à la cause de la cause. Quand on ignore la cause du mal, on condamne au hasard, et l'on défend quelquefois ce qu'il y a de meilleur et de plus utile.

Il y a trois grandes sources de maladies : la première se lie au séjour prolongé des restes des aliments dans le corps; la seconde a lieu lorsque ce qui nous vient du ciel, de l'air, de l'atmosphère, n'est pas assorti à notre nature, et se trouve contraire à notre manière ordinaire de vivre ; la troisième se présente lorsque nous éprouvons des violences : tels sont les coups, les chutes, la fatigue excessive, et autres événements de toute espèce.

Les effets de chacune de ces trois origines de maladies sont proportionnés à leur intensité ; grands quand les causes sont fortes, médiocres quand elles sont petites.

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Il y faut toujours faire entrer ces deux considérations, l'une prise de l'état de plénitude du corps, et l'autre de la disposition défavorable du ciel. On ne peut se dispenser d'avoir égard à ces deux grandes causes, parce qu'elles influent infiniment sur le corps. Mais l'air mérite surtout qu'on attache à son état la plus grande importance, car il est à la fois la source, l'aliment de la vie et la cause de beaucoup de maladies.

Aër ut vitœ sic et morborum causa. — Aè'r pabulum vitœ.

Les occasions ordinaires des maladies internes sont les aliments, les boissons, réchauffement, le refroidissement; les causes étrangères en produisent d'une autre espèce.

Il faut, pour les qualités des humeurs, savoir ce que chacune d'elles peut opérer sur l'homme, et connaître leur affinité réciproque. Il faut savoir, par exemple, si l'humeur douce se change en une autre espèce, non par aucun mélange, mais d'elle-même, en dégénérant de sa première nature ; quelle est la première altération qu'elle subit; si elle devient d'abord amère, salée ou acide. L'acide est le plus nuisible de tous les états par où elle peut passer.

Enfin, le médecin qui, par ses connaissances et par ses recherches sur l'extérieur, sera parvenu à bien juger l'intérieur et ce qui s'y passe, ce médecin sera le plus capable de prendre le meilleur parti en toute chose et en toute situation. — Or, le meilleur parti en fait de médecine pratique est toujours celui qui s'éloigne le plus

de l'incommode et du nuisible, et le moins des habitudes ordinaires de la vie.

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