CHAPITRE III
Quiconque veut, au sujet de la médecine, se mettre en état de répondre et d'interroger, doit savoir premièrement d'où proviennent les diverses maladies des hommes; pourquoi certaines sont nécessairement toujours longues, tandis que d'autres se terminent toujours vite, qu'elles soient mortelles ou qu'elles ne le soient pas ; pourquoi les unes occasionnent des destructions manifestes dans quelque partie, quoique d'autres n'en occasionnent pas.
Il faut savoir combien il est difficile, quand elles arrivent, d'en déterminer la bonne ou mauvaise issue; de prédire si elles finiront complètement, ou si elles ne se termineront point en une autre maladie ; de distinguer ce qui réussit dans les soins qu'on donne aux malades ; de reconnaître, sans équivoque, les maux et les soulagements qu'on y voit; d'assigner en quoi le médecin et le malade se conduisent bien, chacun de son côté.
11 faut être au fait de ce en quoi l'art est avancé, en quoi il se trouve en défaut; il faut pouvoir assigner quels sont les principes certains de la médecine,1 ses moyens, son but; ce qu'elle a d'incertain; ce qui est
important ou de peu de conséquence; comment du tout il résulte un seul art qui n'a qu'un objet.
On doit savoir également ce que cet art est capable d'opérer, et le dire sans se méprendre sur tout ce qu'il ne convient pas d'en espérer. On doit savoir ce qu'il faut ne pas dire, ne pas faire ; ce qui est facile à la médecine, ce qui lui est impossible ; en quoi consiste l'occasion et le hors de propos; quelles sont les différences entre la médecine et les autres arts.
Il faut distinguer ce qu'il y a dans le corps, de chaud ou de froid, de sec ou d'humide, de fort ou de faible, de dense ou de rare ; les grands effets qui s'y observent produits par de petites causes ; ce qui le fait empirer ou aller vers le mieux; tous les bons ou mauvais changements qui s'y opèrent, vite ou lentement, suivant sa nature ou contre sa nature ; les dérangements enfin que doit nécessairement produire le mal ajouté au mal.
C'est en méditant sur tous ces objets qu'on deviendra capable de ramener les autres à la vérité par des principes fixes, lorsqu'ils se trompent en questionnant ou en répondant, et qu'ils confondent entre elles des choses différentes; ou qu'ils assurent la possibilité de celles qui répugnent.
Nous nous mettons au fait de tout ce qui concerne la nature particulière de leur espèce, en observant Y état du malade, la cause du mal, et le malade lui-même. En pensant à ce qu'il prend, et à la manière dont il est servi, tout cela contribue à des changements en bien ou en mal,
LZZ DU DIAGNOSTIC.
On doit observer aussi la constitution de l'atmosphère en général et en détail; l'habitude, lerégime, le genre d'occupation, l'âge du malade, son tempérament, ses discours, son silence, ses idées, sa sensibilité, son caractère, son sommeil, ses rêves, ses larmes, ses excrétions, ses urines, ses crachats; — et comment les symptômes se succèdent? Les abcès, s'ils sont critiques ou mauvais; les sueurs, les froids, les frissons, la toux, l'éternument, le hoquet, la respiration ; les vents rendus par haut ou par bas, leur odeur ; les hémorrhagies, les hémorrhoïdes, et tout ce qui vient à la suite de ces divers symptômes. Enfin, le diagnostic doit avoir aussi pour base fondamentale l'état des synergies, des soulèvements et des phénomènes généraux. (C'est-à-dire lamaladie proprement dite.)
Lorsque vous abordez un malade, demandez-lui ce qui lui fait mal, à quoi il attribue et à quoi il peut comparer ce qu'il ressent ; depuis combien de temps il souffre, s'il a le ventre libre et quel est son régime. Méditez aussitôt sur tout cela.
Cherchez ensuite s'il faut dessécher ou humecter, s'il faut ou s'il ne faut pas agir immédiatement. Voyez si la maladie demande des évacuations par haut ou par bas, ou par le ventre ; si elle est dans le temps de son augmentation ou de son déclin, ou vers sa fin.
Il faut laisser aux malades la liberté de tout dire, examiner s'ils raisonnent bien, s'ils parlent d'après la vérité ou d'après l'imagination. Le médecin doit juger de quel endroit vient tout ce qui sort du corps ; voir combien il en sort, et comment cela s'arrête, sans en négliger ni
lacouleur, ni le degré de chaleur, ni les qualités piquantes ou douces, ni la consistance plus ou moins épaisse, plus ou moins égale ou unie; ayant, en tout cela, toujours égard à l'état du corps qui le rend, au temps pendant lequel cela dure, et à tous les changements qui y surviennent. C'est ainsi qu'il pourra en pénétrer la cause et les effets.
Il examinera s'il y a des efforts pour vomir qui ne soient pas suivis de vomissement ; si les larmes coulent parce que le malade veut pleurer, ou sans qu'il y consente; si elles sont abondantes ou en petite quantité, froides ou chaudes, épaisses ou ténues, salées ou non; si le crachat sort facilement, si le malade vomit en toussant. Il aura égard aussi aux ardeurs du soleil, au froid du temps, à l'humidité ou à la sécheresse : ce sont là autant de causes qui produisent de très-grands changements.
Il aura égard aussi aux occupations habituelles du malade, ou à son activité, à son sommeil ou à'ses insomnies, aux rêves qu'il fait en dormant, à sa manière de rester couché sur telle ou telle partie, à l'état intérieur de son âme , indépendamment des choses étrangères ; s'il est triste ou gai, s'il a peur ou s'il est plein d'espoir, s'il est naturellement timide ou courageux.
Il faut tenir compte de l'âge pour voir si les événements se montrent trop tôt ou trop tard, comme par exemple, si une paralysie est venue dans l'hiver, et à un vieillard, ou bien l'été, et à un enfant. — Examinez toujours si le mal est symptomatique ou essentiel.
On doit, d'autre part, distinguer, dans ce qui est propre à chaque saison, ce qui est anticipé ou retardé ; à quelle époque les pluies ou les sécheresses sont arrivées, et les froids et les chaleurs, et les vents et les calmes; si c'est au commencement de la saison, vers son milieu ou à la fin ; si les constitutions de l'atmosphère ont été constantes ou très-variables ; sans perdre de vue qu'il y a des maladies propres aux saisons, que l'état de violence du mal est fort différent de celui de relâche, et que ces phénomènes doivent être proportionnés à l'intensité de la cause, à l'époque de la maladie , aux diverses circonstances qui l'ont produite, à la saison, à l'âge du malade.
Indépendamment de l'intellect, le corps concourt aussi à faire connaître les maladies par l'état de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, du tact et du goût ; on emploie ensuite le raisonnement.
Pour juger de l'intensité des douleurs, il faut avoir égard à la faiblesse des personnes, à leur courage, à la facilité avec laquelle elles supportent la douleur, à leur caractère, à leur abattement. Il faut examiner comment les redoublements commencent, et s'ils augmentent le soir ; il faut avoir égard aussi à la constitution de l'année, et chercher d'autre part s'il n'y a point de vers.
Il faut examiner les changements qui se passent dans leshypochondres, et en quels viscères ils arrivent; si le mal est avec inflammation, s'il va du foie à la rate, ou au contraire; ainsi du reste, afin de détourner ce qui se porte là où il ne doit point aller, et faciliter au contraire
ce transport quand il se fait vers des parties convenables, suivant la nature de chacune.
On doit examiner ce qui se passe dans les troubles et dans la succession des maux : les douleurs de côté se calment quand le délire arrive ; elles sont quelquefois avec fièvre, d'autres fois sans fièvre, et elles se terminent par des sueurs.
Au sujet des crampes et des engourdissements, examinez combien ils s'étendent, à quoi ils succèdent, de quel côté ils sont placés.
On doit examiner aussi les redoublements qui arrivent dans le sommeil avec froid aux extrémités, avec agitation dans l'esprit, et toutes autres choses qui se montrent clans le sommeil, tant en bien qu'en mal.
On doit toujours avoir égard aux changements qu'amènent les années, à ceux qui se font dans les saisons nouvelles auxquelles paraissent les éruptions, même aux changements qui dépendent des diverses heures du jour. Ceux-ci sont remarquables, surtout le soir et le matin. — Il faut observer encore qu'un corps bilieux engendre beaucoup de sang atrabilaire, cà moins que la bile ne sorte.
Les maux provenant de la fatigue, des voyages ou de la marche, sont des douleurs au côté, au clos, aux lombes, à l'ischion, et tout ce que ressentent ceux qui sont oppressés; mais la cause, dans ce cas, est manifeste.
On a aussi des douleurs aux lombes et à l'ischion pour avoir trop mangé ou trop bu ; on le distingue en ce que, chez ceux qui les ont pour des fatigues de voyage, il s'y
joint des ardeurs d'urine, souvent des enchifrènements et des enrouements. Pour connaître si ces douleurs proviennent des fautes du régime, il faut demander si l'on s'est éloigné de la manière de vivre accoutumée.
Quand le sommeil ou la veille passent les bornes de la nature, c'est un mauvais signe; l'insomnie qui amène les convulsions ou le délire est un signe très-fâcheux. — C'est un bon signe en toute maladie d'avoir l'esprit sain.
Les lassitudes spontanées annoncent les maladies.