DU PRONOSTIC ET DE LA SÉMIOLOGIE
Un médecin doit principalement s'attacher à connaître d'avance les phénomènes des maladies. Celui qui dira aux malades leur état actuel, et celui qui a précédé, en leur faisant apercevoir une partie des circonstances qu'ils omettaient ; celui qui pourra prédire encore ce qui doit survenir, sera naturellement reconnu pour être bien au fait des maladies. On se livrera avec confiance à ses soins. La prévoyance des maux à venir le mettra en effet en état de les prévenir ou de se bien conduire.
Rendre la santé à tous les malades serait sans doute une chose plus désirable encore que de prévoir les événements ; mais c'est une chose souvent impossible. Les uns sont enlevés par la violence du mal avant d'avoir
appelé le médecin ; d'autres meurent aussitôt après; certains ne survivent qu'un jour, quelques-uns un peu plus, de sorte que l'art n'a pas toujours le temps d'opposer ses ressources à la maladie. Il est au moins utile, dans ce cas, de connaître si la nature du mal est plus forte que le tempérament du malade, et même s'il n'y a pas quelque chose de surnaturel. Aeiv ro, quid divinum, malignum quid!
Il faut, dans tous les cas, apprendre à en connaître le pronostic; c'est le moyen d'obtenir une juste considération et de mériter le nom de bon médecin. En effet, si les maladies sont de nature à être guéries, celui-là doit y réussir le mieux qui est en état de se munir de plus loin contre les accidents à venir. C'est aussi se mettre hors de blâme que de connaître le mal d'avance et de prédire la mort comme la guérison.
Néanmoins je conseille d'être fort prudent et réservé pour les prédictions, comme on doit l'être dans tous les détails de notre art. Il faut bien se persuader qu'en prédisant juste on se fait aimer et estimer des malades intelligents, mais que celui qui se trompe tombe en discrédit, et qu'il passe bientôt pour un insensé. Je recommande donc d'être réservé dans les prédictions, car je vois et j'entends tous les jours des gens qui jugent très-mal de ce qui est fait, dit ou écrit dans notre art, et qui le rapportent tout de travers.
La première chose à observer dans les maladies aiguës, c'est le visage du malade. Est-il semblable à celui des personnes en bonne santé, mais surtout au visage ordi-
naire du malade, c'est le meilleur. Le plus défiguré est au contraire le plus mauvais.
Quelquefois le nez devient pointu, les yeux enfoncés, les sourcils rapproches ; les oreilles froides, rapetissées, leurs lobes repliés; la peau du front dure, tendue et sèche; la couleur de tout le visage pâle, verte ou livide, ou plombée. Eh bien, si, dès le commencement d'une maladie, le visage est tel, et que le malade ne présente point encore d'autres signes sur lesquels on puisse établir des conjectures, il faut lui demander s'il vient d'essuyer des veilles, ou un violent cours de ventre, ou la faim ?
S'il est dans un de ces trois cas, le signe est moins fâcheux ; le mal pourra être guéri en vingt-quatre heures. Mais quand le visage est devenu tel par tout autre cas, et qu'il ne change pas dans les vingt-quatre heures, on peut prédire que le danger est très-grand ; peut-être même la mort est-elle prochaine.
Lorsque la maladie est ancienne, ou bien qu'elle a commencé depuis trois ou quatre jours, et qu'on trouve le visage tel que je viens de le décrire, il faut s'informer des causes particulières qui peuvent avoir donné lieu à cette altération ; mais il faut aussi examiner les autres signes, tant de la face au premier aspect que de tout le corps.
Ainsi, relativement aux yeux : s'ils fuient la lumière, s'il en coule des larmes involontaires ; s'ils sont tournés, si l'un est plus petit que l'autre ; si l'albuginée est rouge, si les paupières sont livides et couvertes de veines noi-
res ; si la cornée transparente est enduite de chassie ; si le globe de l'œil est fixé vers le haut de l'orbite, ou poussé en dehors, ou extrêmement enfoncé ; si la pupille est nébuleuse et sans éclat; si avec tout cela la couleur du visage est changée, on doit regarder ces signes comme très-funestes.
On tire encore des signes de l'état des yeux durant le sommeil. Ainsi, par exemple, si les paupières ne se joignent pas, si elles laissent voir du blanc, le malade étant d'ailleurs sans diarrhée, hors l'effet d'un purgatif, et n'ayant pas l'habitude de dormir ainsi, c'est en général un signe très-mauvais, et quelquefois même suivi de mort.
Si les paupières ou le nez, ou les lèvres sont en convulsion, ou froides, ou livides, ou pâles, avec quelque autre mauvais signe, la mort est proche ; les lèvres qui restent encore pendantes, froides ou pâles, sont encore un mauvais signe.
La langue prend la couleur de ce qui s'ajoute à nos humeurs; voilà pourquoi elle nous sert à connaître leur état. Quand elle est verte, elles sont bilieuses; ce qu'il y a de bilieux provient de la graisse. Quand elle est rouge, cela provient du sang ; quand elle est blanche, la pituite abonde; quand elle est noire, cela vient de l'atrabile. — Ce dernier état est occasionné par une chaleur fuligineuse et par des vapeurs ardentes de la matrice chez les femmes.
Quand nous trouvons salées les viandes qui ne le sont point, c'est un signe de pléthore dans nos humeurs.
La couleur des aliments et des boissons se transmet quelquefois jusqu'aux urines, qui contiennent la fonte de l'humide .
Ceux qui abondent en graisse ont la bile jaune ; ceux qui abondent en sang l'ont noire.
Le médecin doit trouver le malade couché sur le côté droit, lecou, les mains, les jambes un peu fléchies, toute la peau un peu humectée ; car c'est ainsi que sont dans leur lit le plus grand nombre des gens qui jouissent de la santé.
Être couché sur le dos, les bras, le cou, les jambes tendues, est un moins bon signe ; mais si le malade, au lieu d'avoir la tête sur le chevet, s'enfonce vers les pieds du lit, c'est un signe terrible.
S'il a les pieds découverts et pas bien chauds, abandonnant dans toute situation le cou, les mains, les jambes sans les couvrir, c'est un mauvais signe; il indique toujours un grand malaise.
Il y aura mort, s'il y a sommeil accablant avec la bouche toujours ouverte, les jambes fléchies et entrelacées, le corps étendu sur le dos.
Si le malade reste étendu sur le ventre, n'ayant pas cette habitude en état de santé, c'est un signe de délire ou de douleur dans le bas-ventre.
Vouloir rester assis quand la maladie est parvenue à son état, c'est un mauvais signe dans toutes les maladies aiguës, funeste dans les maladies de poitrine.
Chez les enfants, les craquements de dents dans les fièvres, pour ceux qui n'ont pas cette habitude, est un
signe de délire prochain, et quelquefois de mort; cela annonce toujours un grand danger : si le délire y est déjà, ce signe est funeste.
Au sujet des mains, voici ce que j'ai observé : ceux qui, dans les fièvres aiguës ou les maladies de poitrine, ou dans les frénésies ou clans les maladies de la tête, portent les mains au devant du visage, qui cherchent des fétus daus l'air, qui s'exténuent à arracher des brins de couverture ou des pailles du mur, sont tous dans un état mortel.
Il ne faut pas négliger d'observer les plaies soit anciennes, soit survenues dans les maladies ; car, s'il ne doit pas y avoir guérison, elles deviennent livides, sèches ou pâles, et sèches peu de temps avant la mort.
La fréquence de la respiration indique douleur ou inflammation dans les parties supérieures au diaphragme. La respiration lente et grande annonce le délire ; l'expiration froide, soit par le nez ou par la bouche, est trèsmauvaise. Il faut savoir que la respiration bonne est d'une grande ressource dans toutes les maladies aiguës avec fièvre, et qui se jugent dans quarante jours.
La sueur, clans toute espèce de maladies aiguës qui arrivent aux jours critiques, est très-bonne et enlève entièrement la fièvre. Elle est bonne aussi lorsqu'elle coule de tout le corps, et que le malade se trouve plus dégagé et soulagé de son mal ; elle est au contraire nullement profitable, si elle ne produit pas cet effet.
Les sueurs froides et locales, celles qui ne découlent que delà tète, du visage ou du cou, sont très-mauvaises,
Jointes avec une fièvre forte, elles annoncent la mort; avec une fièvre médiocre, la longueur des maladies ; et quoiqu'elles coulent de tout le corps, si elles sont froides, le signe est le même.
La sueur qui forme des gouttes grosses comme des grains de millet, qui ne vient qu'autour du cou, est mauvaise ; si les gouttes sortent de tout le corps, elle est bonne. Du reste, on doit savoir, pour ce qui concerne les sueurs, qu'il y en a de produites par la faiblesse du corps, d'autres parla violence du mal, quelques-unes par la peur, et que ni les unes ni les autres ne sont salutaires.
Le meilleur état des hypochondres consiste à ce qu'ils soient sans douleur, souples et sans dureté, tant du côté droit que du côté gauche. Y a-t-il chaleur, douleur, tension, des inégalités au côté droit ou au côté gauche, tout cela mérite attention. S'il se fait sentir un battement à l'hypochondre, c'est un signe de grand désordre dans l'hypogastre, ou un signe de délire. Il faut alors observer les yeux du malade ; s'il les a agités, on doit croire qu'il aura du délire.
Les tumeurs dures et douloureuses dans la région hypochondriaque sont très-mauvaises si elles occupent toute la région, moins dangereuses quand elles ne sont qu'au côté gauche. Elles doivent faire craindre la mort quand elles durent au delà de vingt jours. Si c'est avec fièvre et que la tumeur ne disparaisse point, il s'établit une suppuration. 11 survient quelquefois, dans les sept premiers jours, une hémorrhagie du nez fort salutaire. Informez-vous s'il y a de la douleur de tète, du trouble
de la vue. En ce cas, la nature travaille à une hémorrhagie. On doit l'attendre si le malade n'a pas atteint sa trente-cinquième année.
Les tumeurs molles sans douleur, qui cèdent au toucher, sont plus longues et moins dangereuses. S'il y a fièvre et si elles durent plus de soixante jours, c'est signe qu'il y aura suppuration. Ceci doit être entendu de même des tumeurs placées dans toute autre région du basventre. Toutes celles donc qui sont avec douleur, dureté, et dont le volume est considérable, annoncent un danger de mort prochaine. Lorsqu'elles sont souples et qu'elles cèdent sous la pression, elles durent davantage.
Les dépôts sont plus rares pour les tumeurs de l'épigastre que pour celles des hypochondres. Il n'arrive pas souvent de suppuration à celles au-dessous de l'ombilic. L'hémorrhagie doit être principalement attendue dans celles qui sont au-dessus ; défiez-vous néanmoins toujours de quelque suppuration, quand il y a des tumeurs obstinées dans ces parties.
Les tumeurs grandes, larges, qui ne s'élèvent pas en pointe, sont très-mauvaises. Les tumeurs profondes qui se portent en dedans, sans percer à l'extérieur, ne seront pas nuisibles, pourvu qu'elles soient très-petites, qu'elles ne laissent point de douleur, et que l'extérieur reste toujours dans sa couleur ordinaire. Lorsque la suppuration s'établit, le pus, pour être meilleur, doit être blanc, égal et doux au toucher, sans aucune sorte de mauvaise odeur; le plus mauvais est celui qui ressemble le moins à celui-là.
Les hydropisics qui succèdent aux maladies aiguës sont toutes mauvaises ; elles ne délivrent pas de la fièvre ; elles font accroître les douleurs et elles conduisent quelquefois à la mort ; certaines proviennent des flancs et des lombes, d'autres du foie. Dans les premières, les pieds deviennent enflés, et il s'y joint des diarrhées obstinées qui ne diminuent pas les douleurs des flancs ni des lombes, ni ne vident l'abdomen. Dans les secondes, il survient un picotement à la poitrine, avec une toux sèche, sans crachats. Les pieds s'enflent, le ventre est serré, le malade ne rend que des excréments durs avec beaucoup de peine.
On remarque des tumeurs au ventre, tantôt au côté droit, tantôt au côté gauche, qui s'y fixent quelquefois ou qui disparaissent.
Lorsque le froid de la tête, des pieds et des mains se trouve joint avec de la chaleur au ventre et à la poitrine, c'est mauvais signe, le meilleur étant une chaleur douce et de la souplesse dans le- corps.
Le malade doit pouvoir se tourner facilement et se dresser avec légèreté ; mais s'il est pesant des mains, des pieds et de tout le corps, son état est dangereux; si, outre la pesanteur, il aies ongles et les doigts livides, la mort n'est pas loin ; les doigts et les pieds devenus noirs sont moins mauvais que les livides (1).
(1) Il y a dans le texte de Gardeil beaucoup d'incorrections : nous nous sommes fait une loi de les respecter, tant qu'elles n'altèrent pas le sens de la pensée médicale ; mais, dans le cas contraire, nous essayons toujours de modifier l'expression. (Dr Ed. A.)
Il ne faut pas manquer d'observer tous les autres signes; car si le malade paraît supporter assez bien ses maux, et si à ce signe salutaire il s'en joint quelque autre de môme espèce, on peut espérer un dépôt qui le conservera, et les parties devenues noires tomberont.
Si le mamelon et l'aréole d'alentour sont pâles, la matrice est malade. La contraction des bourses et de la verge dénotent de violentes douleurs avec danger de mort.
Quant au sommeil, les malades doivent, conformément à l'ordre naturel, veiller le jour et dormir la nuit; s'il arrive le contraire, c'est mal, c'est mauvais.
Toutefois le sommeil pris le matin depuis six heures jusqu'à dix, incommode moins que celui que l'on prend après ce temps. Il est plus mauvais de ne point dormir du tout; — l'insomnie provient des douleurs ou du malaise.
Les déjections les meilleures sont celles qui ont une cousistance sans être dures, et qui se rendent aux mêmes heures que dans l'état de santé. La quantité doit être proportionnée à celle des aliments. De telles digestions sont un signe de bon état du ventre.
Si les selles sont liquides, il est bon qu'elles soient rendues sans vents, qu'on aille peu à la fois et pas souvent; les selles fréquentes accablent le malade et font perdre le sommeil; si elles sont copieuses et fréquentes, il est à craindre qu'il ne survienne des faiblesses.
Il faut aller à la selle une ou deux fois par jour; une seule fois le soir, plus abondamment le matin ; cela dé-
u DC PRONOSTIC
pend de l'habitude. Lorsque les maladies approchent de leur fin, les matières s'épaississent, leur couleur tire sur le jaune, et l'odeur n'en est pas extrêmement mauvaise ; il est bon qu'on rende des vers ronds avec les matières!
Dans toute maladie, il est bon que le ventre soit souple et de volume ordinaire. Si les déjections sont très-liquides ou blanches, ou vertes, ou fort rouges, ou écumeuses, ce sont autant de mauvais signes; comme aussi lorsqu'on va très-peu, rendant des matières tenaces, blanches, verdâtres, point mêlées; mais les plus funestes sont les noires, les oléagineuses, les livides ou de couleur de rouille, avec odeur infecte.
Les matières semblables à de la raclure de boyaux, noires, vertes, bilieuses, sortent quelquefois ensemble, d'autres fois séparément, se soutiennent plus longtemps que les premières, mais ne sont pas moins funestes.
Il est bon que les vents sortent sans éclat et sans grand bruit ; il vaut mieux les rendre avec bruit que s'ils étaient interceptés. Quand ils sont rendus avec grand bruit, ils sont un signe de douleur ou de délire, à moins que le malade ne se plaise à les rendre ainsi.
Les tumeurs et les douleurs des hypochondres, si elles sont récentes et sans inflammation, se terminent par un borborygme qui survient dans l'hypochondre. Elles se terminent surtout de la sorte, lorsqu'il se joint au borborygme une évacuation de matières fécales avec vents et urines. Le borborygme seul soulage aussi lorsqu'il descend dans le bas-ventre.
L'urine qui dépose un sédiment blanc, égal, bien
mêlé, pendant tout le temps de la maladie jusqu'à la crise, est bonne; 'c'est un signe qu'il n'y a pas de danger, et que la maladie sera courte. S'il y a des interruptions, l'urine étant quelquefois sans sédiment, d'autres fois avec sédiment blanc et égal, la maladie sera longue et le salut est moins certain.
Lorsque l'urine est rubiconde, le sédiment de même et égal, le mal sera long, mais sans danger. Le sédiment qui ressemble à de la grosse farine est un mauvais signe ; plus mauvais s'il ressemble à de petites écailles. Le sédiment blanc très-menu est pernicieux ; le plus fâcbeux est celui qui ressemble à du gros son.
Les nuages blancs suspendus dans l'urine sont bons, les noirs sont mauvais. L'urine, tandis qu'elle est rousse et limpide, montre qu'il ne se fait pas de coction de la maladie ; si ce symptôme dure longtemps, il est à craindre que les forces ne suffisent pas pour la coction des urines. Les plus funestes sont celles dont l'odeur est infecte et qui sont claires comme de l'eau, ou noires, ou d'une consistance très-épaisse. Parmi celles-ci, les noires sont les plus fâcheuses tant pour les hommes que poulies femmes, les aqueuses pour les enfants.
Si l'on rend pendant longtemps l'urine crue, limpide, tandis que les autres signes sont d'ailleurs salutaires,' c'est le signe d'un abcès dans les parties au-dessous dn diaphragme. La graisse qui nage au-dessus des urines comme des toiles d'araignée , est un signe de colliquation.
Il faut, pour les nuages suspendus dans l'urine, exa-
miner s'ils restent en haut, s'ils vont au fond, et quelle en est la couleur. Ceux qui se précipitent ayant la couleur que j'ai déjà louée sont bons; mais s'ils se précipitent ayant les mauvaises couleurs dont j'ai parlé, ils sont mauvais.
Enfin, pour n'être pas trompé par les signes fournis par les urines, examinez bien s'il n'y a point de maladie particulière à la vessie ; car, dans ce cas, les urines ne témoignent que pour la vessie, et non pour tout le corps.
Le vomissement de matières bilieuses et pituiteuses, qui ne sont ni trop épaisses ni trop abondantes, contribue merveilleusement à la guérison. Le vomissement qui ne se compose que d'une seule espèce cle nature est mauvais.
Si les matières sont verdâtres ou plombées, ou noires, c'est un mauvais signe, mais beaucoup plus mauvais encore si toutes ces couleurs s'y rencontrent. La seule couleur plombée annonce une mort prochaine lorsque l'odeur infecte y est jointe ; et généralement toute espèce d'odeur putride daus les matières qu'on rend par le vomissement est un présage funeste.
Les crachats, dans toute affection du poumon et delà poitrine, doivent être rendus promptement et facilement d'une couleur jaune bien égale; car si la couleur jaune ou roussâtre a lieu longtemps après le commencement de la douleur avec beaucoup de toux en crachant, et que la couleur ne soit pas bien mêlée, c'est mauvais.
Les crachats jaunes qui ne sont pas bien unis annoncent un grand danger. Les blancs, épais et ronds, ne
procurent aucun soulagement ; les grisâtres et les écumeux sont mauvais. Lorsque le mélange est imparfait, et que la crudité est telle que les crachats en sont noirs, ce sont les plus funestes.
Il est mauvais aussi de ne rien cracher lorsque la plénitude du poumon occasionne, par l'impossibilité de le vider, un râlement dans le gosier.
L'enchifrènement et les éternuments qui précèdent les maladies de poitrine sont toujours mauvais; mais, dans les autres maladies fâcheuses, l'éternument est un bon signe.
Les crachats mêlés d'un peu de sang sont, dans le commencement des péripneumonies , une évacuation très-utile et un signe de bon augure ; mais s'ils persistent jusqu'au septième jour et au delà, ils sont moins bons. JEn général, tout crachat qui ne calme pas la douleur est fâcheux : les noirs sont plus mauvais; ceux qui calment les douleurs sont les meilleurs.
Toutes les fois que la douleur dans les péripneumonies n'est point apaisée ni par les crachats, ni par les selles, ni par les saignées, ni par les autres remèdes, ni par le régime, il est à craindre que la suppuration ne vienne.
Si la suppuration survient tandis que les crachats sont encore bilieux, cela est très-funeste, soit qu'on rende les crachats bilieux seuls et séparément, soit qu'on les rende avec d'autres crachats purulents ; mais surtout, si cette suppuration, arrivée avec des crachats bilieux, a commencé le septième jour de la maladie, il y a tout lieu de
craindre que la mort ne survienne le quatorzième jour, à moins qu'il ne paraisse quelque bon signe nouveau : — ainsi, par exemple, de supporter facilement le mal, de bien dormir, d'expectorer sans peine, d'être délivré de la douleur, d'avoir tout le corps animé d'une chaleur douce et la peau souple, — enfin, d'être sans soif.
En résumé, les urines, les selles, le sommeil, les sueurs et autres symptômes, pour être bons, doivent être tels que je les décris. Il faut savoir distinguer quand ces symptômes sont bons. Le malade qui les aura tous ne mourra point. S'il y en a une partie seulement et non pas l'autre, il ne vivra pas au delà du quatorzième jour.
Mais, au contraire, supporter le mal avec inquiétude, avoir la respiration grande et fréquente, la douleur sans interruption, l'expectoration laborieuse, une soif ardente, une chaleur inégale dans tout le corps, le ventre. et la poitrine très-chauds , le front, les mains et les pieds froids, le sommeil agité, les urines et les selles mauvaises, comme je les ai décrites ailleurs, ce sont autant de mauvais signes qu'il faut conuaître; car si quelqu'un de ces mauvais signes se joint aux crachats bilieux et purulents, le malade mourra avant le quatorzième jour, le neuvième ou le onzième.
Il faut donc, en ces conjonctures, regarder cette espèce de crachats comme funestes. C'est de la comparaison des bons et des mauvais signes qu'on doit déduire le pronostic : telle est la véritable manière de pénétrer dans l'avenir.
Il y a certains dépôts (vomiques) qui ne percent corn-
ET DE LA SÉMIOLOGIE. l/ll
munément que le vingtième jour, d'autres fois le quarantième. 11 y en a qui s'étendent même jusqu'au soixantième.
Pour reconnaître si la suppuration est dans un côté seulement, il faut faire placer le malade sur l'un et l'autre côté, et s'informer s'il ne souffre que sur un seul; s'il ressent habituellement plus de chaleur à un côté qu'à l'autre ; si, lorsqu'il sera couché sur ce côté, il lui semble avoir comme un poids qui le presse par-dessus : dans ce cas, il y a suppuration au côté dont le poids se fait sentir.
On peut croire qu'il existe un empyème quand la fièvre ne cesse pas; qu'elle est modérée durant le jour, forte pendant la nuit, et qu'il s'y joint des sueurs, de la toux, des picotements à la trachée, sans expectoration remarquable.
Toutes les fois que les yeux deviennent creux, les joues rouges, les ongles des mains crochus, les doigts chauds surtout à l'extrémité; lorsque avec ces symptômes les pieds s'enflent, l'appétit se perd, et qu'il survient des phlyetènes sur tout le corps, on peut affirmer, sans hésiter, qu'il existe un empyème ancien.
On reconnaît que les abcès perceront vite ou tard aux signes suivants. Si, dans le commencement, il y a douleur violente, oppression et toux sans crachats, il faut s'attendre que l'abcès s'ouvrira le vingtième jour, ou môme plus tôt. Si la douleur est modérée, et tout le reste pareillement, il s'ouvrira plus tard ; mais, avant la rupture de l'abcès, il arrive nécessairement une
augmentation de douleur, d'oppression et de crachats.
Après la rupture de l'abcès, ceux qui échappent sont ceux dont la fièvre finit le jour même, dont l'appétit se rétablit promptement, et dont la fièvre cesse. Quand les déjections sortent du ventre en petite quantité et bien liées ; quand on crache sans peine et sans beaucoup de toux un pus blanc bien cuit, de couleur égale, point mêlé de pituite, on est bientôt guéri. Si les choses sont autrement, la guérison est d'autant moins éloignée que la différence dans les signes est moins grande.
Il y aura mort si la fièvre ne s'arrête pas, ou si, après s'être arrêtée, elle recommence avec plus de chaleur, s'il y a du dégoût, de la soif; si le ventre est lâche, les déjections liquides ; si les crachats sont du pus vert, plombé, mêlé de pituite écumeuse. Ceux en qui tous ces signes se rencontrent meurent.
Mais, de ceux qui ne les ont pas tous, quelques-uns meurent aussi, d'autres vivent longtemps; il faut en chercher le pronostic non-seulement dans ces signes, mais aussi dans tous les autres.
Toutes les fois que, dans les maladies du poumon, la matière se montre ou se transporte autour des oreilles ; toutes les fois qu'il s'y fait un dépôt, ou aux extrémités inférieures, la suppuration en est salutaire, et c'est guérison.
Voici ce qui est à remarquer à ce sujet. Quand la douleur ne s'apaise pas, qu'il n'y a point une expectoration convenable, et que les déjections ne sont ni bilieuses, ni bien mêlées, ni crues ; que l'urine n'est ni abon-
dante, ni fort chargée de sédiment, et que les autres signes sont ceux de la guérison, on a lieu de croire qu'il se fera un transport de la matière.
L'abcès se fera aux extrémités inférieures si les hypochondres ont été douloureux ; il se fera aux parties supérieures si les hypochondres ont été souples et libres de douleurs, et que l'oppression, après avoir persisté, ait fini sans cause manifeste.
Les dépôts aux jambes dans les péripneumonies violentes sont toujours bons. Les plus salutaires sont ceux qui arrivent clans le temps d'un changement des crachats. — Si la tumeur et la douleur paraissent lorsque le crachat, au lieu d'être jaune , devient purulent, et qu'il s'expectore facilement, le malade guérira positivement, et le dépôt finira dans peu et saus douleur.
Mais s'il n'expectore pas de crachats louables, et si l'urine ne dépose pas un bon sédiment, il est à craindre que le dépôt fait aux jambes ne rende le malade boiteux, et qu'il ne donne beaucoup d'embarras. Si ces sortes d'abcès disparaissent, et que la matière rentre sans qu'il se fasse d'expectoration, la fièvre persistant, cela est terrible, il y a grand danger de délire et de mort.
Les suppurations internes, provenant des péripneumonies, sont funestes, principalement dans la vieillesse ; les autres empyèmes dans la jeunesse.
Les douleurs avec fièvre, qui occupent les lombes et les parties inférieures, deviennent très-fâcheuses lorsqu'elles montent et qu'elles atteignent le diaphragme en quittant les parties inférieures. Il faut examiner les
autres signes, et, s'il en paraît quelque autre de mauvais, l'état du malade est désespéré ; mais si, dans cet état où la maladie monte vers le diaphragme, les autres signes ne sont pas mauvais, il y a tout lieu de croire qu'il se fera une suppuration interne.
Dans toutes les suppurations internes qu'on ouvre avec le fer ou avec le feu , si le pus sort blanc et sans mauvaise odeur, il y aura guérison ; mais s'il est sanieux et bourbeux, la mort est inévitable.
La vessie dure et douloureuse est un signe mauvais, absolument funeste et mortel; plus encore, s'il y a fièvre continue. Les douleurs seules de la vessie suffisent pour donner la mort; elles causent une constipation telle, que les excréments durcis ne sortent que comme par force. On est sauvé par des urines purulentes avec un sédiment blanc et nu ; mais si la douleur ne cède point à ces urines, si la vessie tendue ne se ramollit point, et si la fièvre persiste, il y a tout lieu de croire que le malade mourra dans les premiers jours de la maladie; les enfants, depuis sept ans jusqu'à quinze ans, sont surtout exposés à finir ainsi.
Il y a quatre espèces de fièvre, indépendamment de celles que les douleurs occasionnent, et qui sout différentes de celles-ci ; leurs noms sont : la sijnoque ou continue, la quotidienne, la tierce et la quarte.
Le jour auquel les fièvres se jugent se détermine par le quantième des jours auxquels on a observé que les malades sont morts ou ont été guéris. Les fièvres les plus simples, accompagnées des signes les plus heureux,
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se terminent favorablement le quatrième jour, ou même plus tôt; les fièvres du plus mauvais caractère, où se montrent les signes les plus terribles, sont suivies de mort le quatrième jour, quelquefois avant le quatrième : voilà clone la plus courte marche des fièvres.
La seconde se renferme dans l'espace de sept jours, la troisième de onze, la quatrième de quatorze, la cinquième de dix-sept, la sixième de vingt. Ainsi, les maladies les plus aiguës se terminent toutes en vingt jours, ayant entre elles des durées différentes qui varient d'environ quatre jours; mais on ne peut tenir ici un compte exact des jours entiers ; l'année elle-même et les mois ne se terminent point avec la fin des jours.
Ensuite viennent des maladies de même nature, c'est-à-dire des fièvres qui se terminent en trentequatre jours, d'autres en quarante, quelques-unes en soixante.
Reconnaître d'abord quelle sera la crise des maladies d'une longue période, c'est une chose très-difficile; leur commencement est le même. Méditez sur ce qui se passera depuis les premiers jours, et depuis chaque espace de quatre jours ; c'est le moyen de découvrir comment elles finiront. Le même ordre sert à déterminer l'événement des fièvres quartes.
Mais il est facile de prédire l'événement des fièvres qui doivent être jugées clans une courte période, car leurs commencements ne sont pas les mêmes. Les sujets qui doivent en réchapper ont la respiration facile, ne se plaignent point de douleurs, dorment la nuit, et. ont les
autres signes très-bons; ceux qui doivent mourir respirent sans peine, délirent, ne dorment pas, et présentent encore tous les autres signes mauvais.
Cela étant ainsi, il faut, lorsque les malades sont près de leurs crises, tirer le pronostic d'après leur durée et leur caractère. On prédit de même la crise des maladies qui surviennent après les couches en comptant depuis l'accouchement.
Le mal de tête violent et continuel dans la fièvre, s'il s'y joint d'autres signes mauvais, est mortel pour l'ordinaire ; mais s'il dure au delà de vingt jours sans qu'il s'y joigne d'autre mauvais signe, il faut s'attendre à une hémorrhagie du nez ou à quelque abcès dans les parties inférieures; on peut attendre aussi l'hémorrhagie du nez ou l'abcès, au commencement, s'il se fait sentir une douleur aux tempes et au front; l'hémorrhagie est plus ordinaire dans l'âge au-dessous de trente-cinq ans.
La douleur des oreilles, avec une fièvre continue et violente, est un signe terrible ; il menace de délire et de mort. Comme le cas est plein de dangers, il faut avoir ici une attention particulière à tous les autres signes depuis le premier jour.
Les jeunes gensmeurentle septième jour et même plus tôt; les vieillards meurent beaucoup plus tard, parce que chez eux la fièvre et le délire sont moins funestes, et la suppuration des oreilles a le temps de s'établir. Ce sont les rechutes qui en tuent le plus grand nombre. Les jeunes gens meurent avant que la suppuration se fasse ; mais s'il leur coule de l'oreille un pus blanc, il y
a espérance qu'ils échapperont, pourvu qu'il s'y joigne quelque autre bon signe.
L'ulcère au gosier avec fièvre est très-fâcheux : s'il paraît en sus quelque autre des mauvais signes que j'ai fait connaître, annoncez que le malade est en danger.
Les esquinancies sont funestes; elles emportent le malade, s'il ne se produit aucun changement sensible dans le gosier ni au cou, si elles occasionnent l'orthopnée et jettent le malade dans un état violent.
La mort arrive le premier, le second, le troisième ou le quatrième jour, quand la plupart de ces signes se trouventensemble. S'il y a tumeur et rougeur au gosier, le danger est grand ; — mais il est plus éloigné si la rougeur est forte. Lorsque le gosier et le cou deviennent rouges, le terme est encore plus éloigné : c'est dans ce cas qu'il en réchappe quelques-uns, principalement si la rougeur de la poitrine se joint à celle du cou, et que 1 erysipèle ne rentre point.
Mais si l'érysipèle ne disparaît pas aux jpurs critiques, si la tumeur ne gagne point vers l'extérieur, s'il ne sort pas de pus avec les crachats, et que le malade semble ne pas souffrir, mais au contraire se trouver bien, c'est le signe de la rentrée de l'érysipèle, et quelquefois signe de mort. Il y a aussi un très-grand danger lorsque la tumeur ou l'érysipèle se porte très-rapidement au dehors ; du reste, si la matière se jette sur le poumon, le délire s'ensuit, et plusieurs meurent empyéiques.
Il y a du danger à couper et à scarifier la luette tandis qu'elle est rouge et tuméfiée, car cette partie est sujette
DU FHONOSTIC
aux inflammations et auxhémorrhagies. 11 faut tacher, dans le temps, de parvenir à la guérison par d'autres remèdes. Mais lorsque la luette semble se séparer du palais, ce que nous appelons staphylé (le raisin ou le relâchement de la luette) , et que l'extrémité inférieure est enflée et torme une petite boule, tandis qu'au contraire l'extrémité supérieure est amincie, alors on peut la couper sans danger. Toutefois il est à propos de purger doucement avant l'opération si le temps le permet, c'està-dire si le malade n'est pas menacé d'étouffer.
Toutes les fois que les fièvres disparaissent sans avoir été accompagnées de signes salutaires et hors du temps critique, il faut s'attendre à une rechute.
Lorsque les fièvres durent longtemps, sans être accompagnées de signes mortels sans douleur causée par quelque inflammation, et sans autre cause manifeste, il faut s'attendre à des abcès avec tumeur et douleur aux articulations, surtout aux parties inférieures. Ces abcès arrivent plus vite et plus souvent clans l'âge au-dessous
de trente ans. , Il faut se défier d'un accès dès que la fièvre s étend au delà du vingtième jour; mais les vieillards y sont peu sujets, même dans les fièvres plus longues. De pareils abcès arrivent si la fièvre continue; mais si elle va et vient ayant un type erratique, elle se changera en fièvre quarte, principalement lorsque l'automne est proche.
Comme la dégénérescence en abcès est plus ordinaire dans l'âge au-dessous de trente ans, il en est ainsi des M ,es quartes dans l'âge au-dessous et dans la vieillesse.
Les dépôts arrivent plus souvent dans l'hiver; leur guérison est plus longue en cette saison, mais ils sont moins sujets à rentrer.
Celui qui, sans être atteint d'une maladie mortelle, se plaint d'un violent mal de tête, s'il a comme une espèce de nuage devant les yeux, s'il éprouve en même temps des cardialgies, celui-là vomira des matières bilieuses. De plus, lorsqu'il se joint des frissons à ces symptômes et que la partie inférieure des hypochondres est froide, le vomissement est plus prochain ; il surviendra bientôt, si l'on mange ou si l'on boit quelque chose.
Les enfants tombent dans les convulsions s'ils ont une fièvre aiguë et le ventre constipé, s'il y a insomnie, ou des frayeurs, ou des pleurs violents ; s'ils changent de couleur, s'ils deviennent rouges, pâles ou verts.
Quelquefois les convulsions arrivent pour de légers sujets dans l'enfance jusqu'à sept ans; au delà de cet âge, les convulsions dans les fièvres ne se voient qu'avec le concours des signes les plus fâcheux. — Dans la frénésie, les convulsions se montrent quelquefois.
On doit tirer le pronostic de guérison ou de mort de tous les signes que j'ai rapportés. Je parle ici des maladies aiguës et de celles qui en sont la suite. Or, celui qui veut juger d'avance s'il y aura mort ou guérison, si la maladie durera peu ou longtemps, celui-là doit apprendre à bien connaître la valeur et l'importance des signes de toute espèce, notamment de ceux qui se tirent des urines et des crachats. Il fera attention surtout à ce que
j'ai dit touchant les crachats qui sont mêlés de pus ou de bile.
Il faut encore pénétrer promptement dans la connaissance de la nature des épidémies régnantes et de la constitution des saisons. Il ne faut point oublier, au sujet des symptômes et des signes, que dans toute année e( dans toute saison, les mauvais signes sont des précurseurs du mal, comme les bons signes sont les précurseurs du bien.
Ceux que j'ai décrits sont vrais en Libye, à Délos, en Scythie. On ne sera pas surpris d'en voir réaliser la plupart dans ces régions, quand on aura appris à porter son jugement avec précaution, et qu'on aura comparé exactement tous ces signes entre eux. On pourrait désirer connaître le nom des maladies que j'ai omis d'indiquer; mais il suffit de savoir que toutes celles qui se terminent aux mêmes époques se connaissent par les mêmes signes et se jugent par les mêmes crises.
Avant de porter un jugement, il ne faut pas manquer de faire attention à l'état dans lequel est le corps au retour des saisons. Les vents du midi troublent l'ouïe et la vue ; ils donnent des maux de tête et des lassitudes quand ils sont violents. Les plaies et les ulcères coulent davantage, surtout ceux delà bouche, ceux des parties honteuses et les autres.
Si c'est le vent du nord qui souffle, la toux et les maux de gorge s'exaspèrent, le ventre se sèche, les difficultés d'uriner augmentent. Il survient des frissons, des douleurs de côté et de poitrine. — Si le vent est violent, ces
maladies sont plus fréquentes; s'il persiste, les fièvres succèdent à la sécheresse ; elles viennent aussi après les pluies et après toutes les constitutions exagérées de l'atmosphère, — elles sont plus ou moins intenses selon l'état où se trouve le corps dans la succession des diverses constitutions, et suivant l'humeur qui y prédomine.
Il y a des sécheresses avec le vent du nord et avec celui du midi ; elles diffèrent à bien des égards et beaucoup quant à l'espèce de sécheresse ; elles diffèrent relativement au pays et à la saison de l'année.
Comme l'été engendre la bile, le printemps engendre le sang, et ainsi des autres. Les changements de temps produisent les maladies. Il en est de même des grands changements dans les saisons et dans les autres choses; les passages d'une saison à une autre se font quelquefois insensiblement; les saisons sont alors les plus saines. Le froid et le chaud surtout doivent se succéder lentement comme les âges de la vie.
Ainsi que les tempéraments sont bien ou mal affectés relativement aux saisons, ainsi ils le sont relativement à l'habitation et relativement à l'âge, au régime et à tout ce qui constitue les maladies. Certains tempéraments en sont moins affectés que d'autres.
Il y a des âges qui s'accommodent aux saisons, aux lieux, même aux constitutions des maladies. Il y a pour les saisons des régimes propres, des aliments et des boissons à préférer. Par exemple, l'hiver, saison du repos, veut des aliments légers et de facile digestion, ceci est important. L'automne, saison du travail et de fatigue au
JOZ nu PRONOSTIC
soleil, demande une boisson abondante, des aliments variés, du vin et des fruits.
Comme les saisons servent à faire connaître les maladies, les maladies font aussi connaître d'avance l'humidité, la sécheresse, les vents, et, parmi ceux-ci, s'ils soufflent du nord au midi. Celui qui y fera bien attention pourra se fortifier dans cette doctrine.
Il y a des pluies qui viennent tous les trois jours, ou chaque jour, ou qui ont d'autres périodes. Certains vents régnent pendant plusieurs jours; il y en a qui soufflent les uns contre les autres, certains qui durent peu; d'autres ont leurs périodes fixes. On y remarque des ressemblances avec les constitutions des saisons, mais qui sont de moindre durée. Méditez longtemps sur toutes ces choses et sur leur action sur la santé.
Si une grande période de l'année persiste dans l'état qui produit une constitution des maladies, les maladies persistent aussi ; or, plus elles seront fortes et grandes, plus elles seront intenses et plus elles dureront.
L'humidité survenant après une extrême sécheresse, on peut s'attendre à des hydropisies dès que les premières pluies viendront, et même lorsque de petits signes s'en montrent dans les changements de vents. Il faut donc combiner quelles maladies s'annoncent d'après l'état des eaux ou des vents, et il faut s'informer si quelqu'un a observé qu a tel hiver succédait teljprin temps ou tel été.
La couleur de la peau n'est constante ni dans les saisons, ni dans les constitutions qui amènent les vents du
nord ou du midi, ni dans les âges de la vie, ni dans les individus comparés avec eux-mêmes ou avec les autres. Il faut donc, à cet égard, se reporter aux causes que nous savons y produire constamment des changements, et observer que l'âge même prend quelque chose des saisons quant à la couleur et à la manière d'être.
On doit tirer des inductions des enflures que les maladies laissent à la paupière supérieure, car cette circonstance, alors que les autres parties diminuent de volume, annonce une rechute. On doit porter le même jugement des paupières rouges, gonflées et dures sur le bord, qui contiennent diverses matières, et aussi des paupières livides et gonflées avec de la chassie et des ulcères.
tplioi-lNincg relatifs nu pronostic.
Quand, dans une maladie, le sommeil est laborieux et pénible, mauvais signe; quand il soulage, bon signe; le sommeil qui calme le délire est bon.
Sommeil, insomnie, l'un et l'autre trop forts, sont mauvais. Ni la réplétion, ni la faim, ni toute autre chose qui excèdent les bornes de la nature, ne peuvent être bonnes.
Les lassitudes spontanées annoncent des maladies. Quand les malades ne sentent point leurs maux, c'est signe que la connaissance s'aliène.
En relevant de maladie, si l'on mange sans recouvrer des forces, c'est signe que le corps prend trop de nour-
LOt* DU PRONOSTIC
nture; si, au contraire, on dépérit sans manger, c'est signe qu'il faut vider.
Quand on a mal au gosier ou des éruptions à la peau, examinez les déjections : si elles sont bilieuses, c'est signe que tout le corps participe au mal; sont-elles comme d'une personne en santé, on prendra de la nourriture sans crainte.
Dans les maladies aiguës, les prédictions de vie ou de mort ne sont jamais bien assurées.
Il vaut mieux que la fièvre vienne sur la convulsion, que la convulsion sur la fièvre.
Quand le malade se trouve soulagé sans cause apparente, ne vous y fiez pas. Ne craignez pas non plus une augmentation de mal qui vient sans cause apparente. Ces changements n'ont rien de solide ; ils ne persistent point et communément ne durent point.
Être bien nourri dans les convalescences sans que le corps en profite, cela est mauvais. Pour l'ordinaire, les malades qui, dans les convalescences, ont grand appétit les premiers jours, et qui ne vont pas mieux, finissent enfin par tomber dans le dégoût; ceux au contraire qui sont dégoûtés dans le commencement, même beaucoup, et qui acquièrent ensuite de l'appétit, recouvrent mieux la santé.
En toute maladie, avoir pleine connaissance et recevoir convenablement tout ce qui est administré, c'est un bon signe; le contraire est mauvais.
En toute maladie, ceux dont le mal est analogue à leur tempérament, à leur constitution, à leur âge et à la
constitution de la saison , risquent moins que ceux dont le mal est opposé à quelques-unes de ces circonstances.
Avoir de fréquentes et de fortes défaillances sans cause manifeste, c'est signe de mort prochaine.
Les gens d'une constitution extrêmement grasse meurent plus de mort subite que les maigres.
De deux maux établis en même temps dans des lieux différents, le plus fort suspend le plus faible.
N'avoir point de fièvre et être dégoûté avec des maux d'estomac, des vertiges et la bouche amère, est un signe de besoin de purgation par haut. Donnez un vomitif.
Les douleurs dans les parties au-dessus du diaphragme désignent, s'il y a lieu à la purgation, qu'il faut évacuer par le haut; celles d'au-dessous du diaphragme par le bas.
Lorsqu'on relève de maladie, là où l'on sent des douleurs, là se font les abcès. Les sueurs, dans les fièvres, sont bonnes quand elles commencent le troisième jour, le cinquième, le septième, le neuvième, le onzième, le quinzième, le dix-septième, le vingt et unième, le vingt-septième, le trente et unième, le trente-quatrième ; les sueurs jugent les maladies. Quand elles viennent autrement, elles désignent l'embarras, la longueur de la maladie et les rechutes.
Les sueurs froides, dans une fièvre violente, sont mortelles; avec une fièvre modérée, elles indiquent la longueur du mal.
Là où se montre la sueur, là est le mal ; là où est la chaleur ou le froid, là aussi est le mal.