DE L'HYGIÈNE
Dans les anxiétés et les malaises qui viennent du chaud on est soulagé par le froid. On aime à boire de l'eau fraîche, à manger des aliments frais. L'impression vive produite par le froid de l'eau jetée sur les extrémités dans les défaillances rappelle la connaissance et le mouvement.
5° Les eaux que nous avons sans le secours de l'art, celles qui nous viennent par les pluies avec le tonnerre, sont saines. Celles qui viennent des ouragans sont mauvaises ; la boisson d'eau et les veilles font qu'on mange davantage. Quand on fait bouillir de l'eau, il faut que l'air puisse s'y renouveler.
Les eaux de pluie sont très-légères, très-douces, ténues et limpides. Les eaux de neige et de glace fondues sont toujours mauvaises. Quand l'eau a été gelée, elle ne reprend pas sa première nature.
3° Relativement aux bains, ceux qu'on prend dans l'eau bonne à boire humectent et rafraîchissent ; ils mettent cle l'humide dans le corps ; si l'eau est salée, ils échauffent et ils dessèchent. L'eau salée est chaude de sa nature : or, la chaleur attire l'humidité du corps.
Les bains chauds amaigrissent et refroidissent parce qu'ils font répandre sur une plus grande étendue les humeurs qui sont dans le corps.
Le bain froid produit un effet tout contraire. Si l'on esta jeun, il donne une sorte de chaleur froide; si, au contraire, on a mangé, le bain resserre et il augmente la sécheresse.
Si l'on ne se baigne pas, le corps se dessèche par îa
de l'hygiène. 163 consommation qu'il fait de l'humide; il en est de même si l'on ne se oint pas d'huile. Les frictions avec l'huile échauffent, humectent et assouplissent.
H faut faire baigner longuement les jeunes enfants dans de l'eau chaude, leur donner à boire du vin tempéré, ne leur faire prendre que des choses qui ne donnent point de vents; on les préservera ainsi des convulsions ; ils deviendront plus grands et ils auront meilleur teint.
L'eau de mer est bonne prise en bains dans le cas de démangeaison et d'ardeur à la peau; elle est bonne aussi en fumigations, mais ceux qui n'y sont pas habitués en éprouvent quelque incommodité. Elle est contraire quand il y a des excoriations, des brûlures, des érosions ou autres espèces de solution de continuité. Son utilité est pour le cas où il n'y a point de plaie.
Néanmoins l'eau de mer est bonne pour les vieux ulcères des pêcheurs, qui ne suppurent point si on ne les reverdit point. On s'en sert aussi quand on applique des bandages. Elle arrête les ulcères rongeants de même que le sel, la saumure et le nitre. Ces stimulants sont d'un bon usage pourvu qu'on sache en user avec précaution, sinon ils ne font qu'irriter. Le mieux, en général, est de les employer chauds.
L'eau froide est bonne contre les rougeurs étendues qui viennent çà et là, comme on en voit chez les gens 1U1 ont la rate grosse. Ces taches sont fort rouges chez ceux qui ont de l'embonpoint et la peau claire. Les personnes qui ont la peau noire les ont comme des échau-
DE l/HYGIENfc,
boulures semblables à celles des gens qui sortent d'un bain chaud.
Les femmes en ont de semblables quand leurs règles se suppriment par des accidents. — On peut aussi contracter ces taches en portant du linge rude auquel on n'est pas habitué , ou après de fortes sueurs, ou lorsque ayant un grand froid, on s'approche promptement du feu , ou qu'on se met tout de suite à un bain chaud ; taudis qu'en faisant le lendemain les mêmes choses, on n'en contracterait point.
Lorsque le froid fait venir à la peau des durillons comme des grains de millet qui finissent par s'ulcérer, l'eau froide y est mauvaise; la chaude, au contraire, y est bonne. L'une et l'autre sont bonnes dans les tumeurs des articulations, dans celles de la goutte qui sont sans plaies, et dans presque toutes les convulsions.
Les spasmes, les paralysies, les foulures, les crampes, les enrouements , la constipation , se guérissent par le moyen de l'eau. On doit y regarder de plus près quand on l'emploie froide que lorsqu'on en use chaude. Quand il y a des duretés aux articulations ou de l'inflammation , quand il s'y forme des ankyloses, on doit commencer le traitement en y appliquant une vessie remplie d'eau chaude.
L'eau chaude , versée abondamment sur quelqu'un qui sue, arrête les sueurs; elle calme les douleurs en engourdissant la partie. L'engourdissement médiocre est un calmant.
L'eau froide est bonne pour les yeux, lorsqu'il y ;i de
de l'hygiène. 165
la rougeur sans douleur, lorsqu'il y a en outre quelque fétu qui en a fait gonfler les veines.
L'eau froide n'est pas bonne pour le rectum, ni pour la matrice, ni pour la vessie, ni quand on pisse du sang ayant des frissons. Elle est mordante appliquée aux ulcères; elle rend la peau rude, elle cause des douleurs, elle arrête la suppuration, elle rend livides les chairs des plaies; elle cause des frissons, la fièvre, des convulsions, le tétanos. Cependant, dans le tétanos sans plaie, des lotions de beaucoup d"eau froide, faites au fort de l'été, peuvent rappeler la chaleur quand le sujet est jeune et bien constitué.
L'eau chaude atténue et ramollit. On fait prendre des bains chauds et l'on ordonne des lotions chaudes dans le cas de goutte, de paralysie, de tétanos et de convulsion. L'eau chaude modère le larmoiement en y baignant les yeux. Elle est bonne contre le staphylôme, en ce qu'elle peut contribuer à vider le sac. Et aussi, quand on sent des ardeurs aux yeux, quand il y a des ulcères avec écoulement de larmes brûlantes, ou avec de la sécheresse.
On traite communément le tétanos avec l'eau chaude; elle ramollit, elle atténue, elle calme les douleurs; elle arrête les frissons et les convulsions : on peut généralement la regarder comme un anodin. Elle est très-bonne dansles fractures,surtout lorsque les os sont à découvert, et si ce sont des os de la tête. Elle convient aussi dans le cas où le froid occasionne des ulcères ; dans les plaies spontanées ou accidentelles , dans les excoriations, dans
10t> DE LHYGIÈNE.
les dartres vives, quand les bords des plaies sont violets; dans tous ces cas, elle est bonne et hâte laguérison. Elle soulage les pesanteurs de tète ; enfin, elle facilite la suppuration en général, quoiqu'elle ne produise pas cet effet sur tous les ulcères; mais quand elle se fait, c'est un signe assuré de guérison.
On doit s'attacher à connaître la position et la nature de chaque lieu. Il est certain qu'en général l'exposition au midi est plus chaude et plus sèche que celle au nord, parce qu'elle reçoit plus directement les rayons du soleil. Les nations qui habitent le Midi, et les productions qui viennent du Midi, sont plus sèches, plus chaudes, plus fortes que celles du Nord. Comparez les habitants de la' Libye à ceux] du Pont et leurs voisins. Il y a aussi des différences dans un même pays, à raison des diverses expositions.
Les lieux secs et élevés tournés vers le midi sont plus secs que la plaine exposée elle-même au midi, parce que les eaux y séjournent moins ; les premiers ne gardent point l'eau de la pluie ; la plaine, au contraire, l'arrête et la conserve. Les pays marécageux où il y a des lacs humectent et donnent de la chaleur. On y sent du chaud parce qu'ils se terminent dans un enfoncement, et que les élévations d'alentour interceptent les vents. L'homme y contracte de l'humidité en ce que les productions dont il s'y nourrit sont aqueuses.
Les lieux enfoncés où il n'y a pas d'eau dessèchent et échauffent. Ils échauffent parce qu'ils sont enfoncés et entourés de tous côtés. Ils dessèchent parce que les ali-
de l'hygiène. 167
ments dont on y use sont secs, et quel'air qu'on y respire, étant sec, attire l'humidité du corps pour s'en nourrir, ne trouvant point ailleurs ce dont il a besoin.
Sur les montagnes qui sont tournées vers le midi, les vents du midi sont suffocants et malsains; si elles sont tournées vers le nord, les vents du nord font de vives impressions sur le corps , et ils donnent des maladies.
Les villes qui se trouvent situées de manière qu'elles ont à leur nord des lieux enfoncés, éprouvent dans l'été des vents chauds et pernicieux à la santé, parce que les vents du nord, quand ils soufflent, ne purifient point l'air, et que ceux qui viennent du midi ne sauraient le rafraîchir.
Les îles qui sont proches du continent ont l'hiver plus rigoureux que celles qui sont avant dans la mer. Les neiges et les glaces répandues sur le continent envoient des vents froids aux îles voisines, mais celles qui en sont éloignées ne les reçoivent point.
Il faut de la modération dans le sommeil, dans le boire et le manger, dans le travail, dans l'usage de sa femme. (Gardeil, t. IV, p. A80.)
Le sommeil, avec l'estomac vide, refroidit et amaigrit, quand il n'est pas fort long ; s'il est long, il échauffe et fait fondre les chairs ; le corps s'affaisse parce qu'il se fond et s'affaiblit. — Mais quand on dort après le repas, le sommeil échauffe et humecte; il fait que la nature se retient dans le corps. Les veilles h la suite du manger incommodent, en ce qu'elles empêchent le travail des
™° DE L'HYGrÈNE.
viscères d'effectuer la digestion. Quand un n'a pas l'estomac plein, elles amaigrissent, mais elles incommodenl moins.
La nourriture et le travail exercent chacun des forces opposées qui doivent agir à leur tour, et qui concourent également à faire la bonne santé. Le travail est destiné à consommer le superflu; les aliments et la boisson, k remplacer les pertes continuelles. Il faut donc connaître encore les effets des travaux naturels et ceux des travaux excessifs ou forcés.
Il faut savoir quels sont les travaux qui font l'augmentation des chairs, et quels sont ceux qui en occasionnent le dépérissement. —Non-seulement cela, mais encore quelle est l'action d'un travail modéré, proportionné à la quantité des aliments, à la nature des hommes, à leurs différents âges, aux diverses saisons de l'année, aux changements des vents, à la situation du pays où l'on vit, à la constitution de l'année. Il faut savoir observer aussi les changements et les effets provenant des excès dans le manger, dans le boire, et des variations clans l'état cle l'air et dans celui de tout l'univers, d'où proviennent autant de causes de maladie.
Quand on sait toutes ces choses, cela ne suffît pas encore. Il reste à déterminer quel est pour chaque particulier, suivant sa nature, la juste proportion dans la quantité et la qualité, tant des aliments que de la boisson, afin qu'il n'y ait aucun excès dans le trop, ni d'erreur clans l'espèce : c'est l'harmonie du tout qui constitue la parfaite santé.
de l'hygiène. 169
L'oisiveté et le repos humectent, on en est affaibli ; la force vitale ne s'exerçant que faiblement maintient l'humidité du corps. Le travail dessèche et fortifie.
Il y a des exercices qui se font naturellement, d'autres sont forcés; les naturels sont ceux de la vue, de l'ouïe, de la parole, de la pensée.
La promenade est un exercice naturel, elle a cependant quelque chose qui la rapproche des exercices violents. Voici, quant à ses effets, ce qui en est :
La promenade après le repas, séchant le ventre et le. corps, ne laisse point la bile amère se former. Le mouvement échauffe autant les aliments que le corps. Les chairs en attirent donc les humeurs, en sorte qu'il ne peut pas s'engendrer d'amertume dans le ventre; le corps grossit, le ventre diminue, il se sèche.
L'agitation et la chaleur du corps consument les par-' ties de la nourriture les plus atténuées ; une portion est absorbée par la chaleur naturelle , une autre portion se dissipe dans l'air avec le souffle , une autre sort par les urines; il ne reste clone que la partie la plus sèche des aliments : les chairs du ventre doivent nécessairement devenir sèches.
On doit dans l'hiver marcher vite; dans l'été il faut marcher lentement. La promenade du matin amaigrit; elle fait qu'on se sent la tête plus légère, qu'on a les sensations plus vives, le ventre plus libre. Elle amaigrit à raison de la chaleur que le mouvement développe dans le corps, d'où résultent incessamment l'atténuation et la dissipation des liquides; une partie des humeurs s'éva-
170 dis l'hygiène.
pore avec le souffle, une autre est mouchée, une autre s'emploie à l'entretien de la chaleur vitale. Cette promenade rend le ventre plus lâche parce que la chaleur du ventre est surmontée par l'air frais que l'on prend dans l'atmosphère, d'où résulte la précipitation des matières dans le bas ; elle rend la tête plus légère et les sens plus vifs.
Les promenades que l'on fait après les exercices du gymnase tiennent le corps pur et l'empêchent de grossir. Voici maintenant l'effet des courses.
Quand elles sont longues, qu'on va droit, que l'on commence lentement pour aller plus vite ensuite, elles peuvent, en échauffant les chairs, y incorporer la nourriture et la répandre par tout le corps. Elles le rendent plus pesant et le grossissent davantage que celles qu'on fait en tournoyant. Celles-ci conviennent aux grands mangeurs et l'hiver plutôt que l'été.
Les secousses dessèchent promptemeut, mais elles ne sont ni inconvenables, ni utiles; elles donnent des convulsions; elles fortifient moins que la course en rond et elles font perdre au corps son humidité. Les sauts et les bonds n'échauffent pas les chairs; ils rendent le corps et l'esprit plus lestes, et ils vident le souffle.
Au sujet des lassitudes du corps, on observe que les hommes qui ne font aucun exercice sont fatigués du moindre travail ; leur corps n'est habitué à aucune peine. Ceux qui font des exercices se lassent quand ils en font auxquels ils ne sont pas habitués. On se lasse aussi dans les exercices ordinaires quand on les pousse trop loin.