‹ Institutions d'Hippocrate, ou, Exposé philosophique des principes traditionnels de la médecineChapitre 46 sur 84 · DE LA DIÉTÉTIQUE · texte numérisé non relu

DE LA DIÉTÉTIQUE

On emploie pour la nourriture du malade les mêmes choses que celles dont on use dans la santé, en les rendant chaudes ou froides, ou humides ou sèches, convertissant les aliments chauds en des rafraîchissants, et rendant chauds ceux qui de leur nature ne le sont pus Il en est de môme des autres propriétés.

Il ne faut pas manquer de ressources ; il est honteux de ne pas savoir se servir de ce qu'on a ; il est fort inutile de réclamer pour les malades les choses qu'ils n'ont point ; vous trouverez toujours qu'on peut facilement se procurer le peu dont ils ont besoin.

Dans toutes les maladies on donne pour nourriture liquide les crèmes ou les purées , soit de millet , soit d'orge, soit de froment. Quand on veut tenir le ventre libre, on donne une nourriture douce, légère, plutôt que salée ou échauffante ; veut-on la rendre analeptique, on la fait épaisse, plus grasse, médiocrement cuite.

Quand on veut pousser par les selles ou par les urines, on donne du vin doux ou de l'hydromel ; s'il faut resserrer, on prend du vin blanc léger et aqueux, mais âpre ; si l'on se propose de fortifier, on le boit rouge, un peu âpre.

Les jours de médecine, on donne après la purgation, s'il y a de la fièvre, des crèmes de lentilles, de millet ou d'orge. On fait une préparation de lentilles parfumée, on en donne un peu à la seconde prise de nourriture : c'est un aliment léger, très-agréable à l'estomac; on y met du sel, du miel, du cumin, de l'huile, du pouliotet un peu de vinaigre. Quand il n'y a pas de fièvre, on

mange de la mie de pain blanc trempée dans du bouillon, ou du gâteau, ou du poisson bouilli, ou delà viande rôtie d'agneau, de volaille, de petits chiens. On donne encore pendant la fièvre, de la courge, des blettes, faisant boire du vin blanc par-dessus, qui soit vieux et

trempé d'eau.

Lorsque l'estomac ne peut digérer faute d'humidité, on donne du gâteau bouilli, du hachis, du poisson bouilli, de la viande d'agneau, de chevreau, de petits chiens, de volaille. — S'il y a de la fièvre, on humecte avec des blettes, de l'oseille, de la courge ; on donne aussi des légumes avec delà menthe, de Tache, du basilic ; on prescrit du vin blanc vieux mêlé et trempé d'eau.

Qu'une nourrice mange de l'élatérium ou du concombre sauvage, et le nourrisson sera purgé ; on voit la même chose chez les chèvres.

Quand on veut dessécher, on use de pain, de rôts, de choses qui toutes soient sèches et chaudes, de viandes dont la chair est dense, de poissons qui vivent dans les rochers. On fait usage"aussi, clans le même cas, de la rue, du thym et de l'origan ; on boit du vin rouge âpre. Le rôti doit être assaisonné de sel et de cumin ; on n'use pas d'autres épices.

Les aliments et les vins sont plus ou moins forts à raison du lieu d'où ils proviennent : suivant qu'il est sec ou humide, bien exposé au soleil ou ombragé ; suivant encore que la terre est bonne ou mauvaise , tout cela concourt à augmenter ou à diminuer leurs qualités.

iyo r»E LA DIÉTÉTIQUE

Dans les maladies où il faut dessécher, on ne lait qu'un repas chaque vingt-quatre heures, et l'un ne prend ni nourriture ni boisson jusqu'à se remplir. Ou fait de l'exercice et des promenades ; ou dort moins longtemps. Quand au contraire on a besoin de prendre de l'embonpoint, on ne reste pas longtemps sans manger, on prévient la faim et la soif; on fait peu d'exercice, on dort autant qu'on peut.

On doit accorder aux malades les aliments, les mets, les boissons qu'ils désirent, à moins qu'ils ne doivent manifestement augmenter le mal. Toutes les fois qu'on supprime de la nourriture ou qu'on l'augmente, cela doit se faire peu à peu.

Il ne faut pas tenir à la nourriture liquide ceux qui peuvent soutenir les aliments solides ; elle ferait qu'on ne pourrait ensuite les digérer. On doit se réserver pour les cas où l'estomac ne supporte pas les solides. Quand on veut fortifier, on fait prendre les purées de froment: ce sont les plus fortifiantes ; on les fait prendre au souper.

Il faut connaître les effets des remèdes, même les plus simples, qui se donnent en boisson, et de divers vulnéraires qu'on fait prendre dans les cas de plaie. Cette connaissance est très-importante. Elle ne s'acquiert point ar la force du génie, mais elle est le fait de l'expérience ; es gens de l'art ne sont pas plus propres à y faire des découvertes que les particuliers.

Les meilleurs aliments et les plus favorables sont ceux qui, pris en petite quantité, apaisent suffisamment la

faim et la soif, qui restent assez clans le corps et dont les excréments sont rendus comme il faut, alors même qu'ils séjournent plus longtemps dans le corps.

On ne doit jamais faire d'abstinence outrée qui vide entièrement les vaisseaux ; il ne faut pas non plus donner de forte nourriture au fort de la maladie ou de l'inflammation, ne faire enfin un grand changement subit quelconque en quoi que ce soit.

En général, on digère facilement les aliments auxquels on est habitué, lors même qu'ils sont peu sains de leur nature; il en est de même des boissons. On s'accommode difficilement des choses très-saines qu'on mange ou qu'on boit pour la première fois.

Avant de nourrir les corps impurs, il faut les nettoyer, les purger; car plus on les nourrit sans avoir pris cette précaution, plus on les dérange. Impur a corpora quô plus nutriveris, eo magis lœseris.

Une diète tenue et sévère est toujours dangereuse dans les maladies chroniques; elle l'est souvent aussi dans certains cas de maladies aiguës. Comment l'inanition ne serait-elle pas nuisible? la réplétion l'est.

H faut savoir juger le malade : pourra-t-il avec une diète tenue suffire contre la force du mal, ou sera-t-il forcé de céder le premier, et ne suffira-t-il pas faute de la nourriture nécessaire?

Il faut, dans tous les cas, examiner quelle pourra être, selon les apparences, la durée de la maladie? Quand la maladie est très-aiguë ou quelle est dans son invasion aussi forte qu'elle peut l'être, il suffit d'une nourriture

légère; mais si elle est simplement aiguë, c'est assez (1 en venir à ce régime au momenl de la crise ; jusque-là soutenez les forces.

Quand la maladie est violente, avec des symptômes terribles dès les premiers jours, on doit user du régime le plus sévère; si le mal est moindre, on se relâche sur le régime.

Si la maladie ne débute pas d'une manière violente, on nourrit davantage au commencement, afin que le malade suffise à la maladie; quand le mal est dans sa vigueur, il faut une diète tenue : en conséquence, on donnera la nourriture un peu avant la violence du mal et pendant sa durée. Dans les rehaussements et les redoublements, on retranche de la nourriture, car dans ce cas, comme je l'ai déjà dit, ce serait un mal d'ajouter; lorsque le mal est parvenu à son plus haut degré, on prescrit une diète absolue.

Préceptes généraux relatifs à l'art do soigner les malades et de traiter les affections.

On doit observer attentivement les maladies dès le commencement pour voir en quoi la santé manque. Si, au début de la maladie, il y a quelque chose à faire, agissez immédiatement (principiis obsta) , mais dans la vigueur de la maladie il vaut toujours mieux s'abstenir.

Un médecin doit savoir ordonner à chaque malade ce qui lui convient suivant ses forces, afin de dissoudre le mal et de l'emporter entièrement après l'avoir mené à maturité. Il faut savoir quelquefois arracher un ma-

lade à son lit, donner du courage à ceux qui en manquent, et les déterminer à prendre ce qu'ils refusent.

Il faut des complaisances pour les malades. Ainsi, par exemple, il faut mettre la propreté qu'ils souhaitent à ce qu'ils doivent boire ou avaler ; avoir soin que tout ce qui les touche soit doux et mollet. Il faut leur permettre tout ce qui ne peut pas nuire, ou dont le mal serait facile à réparer : ainsi, de l'eau fraîche quand ils la demandent ; ou bien la liberté de passer clans une autre chambre quand ils le désirent. Il faut leur tenir des discours qui les intéressent et qui les raniment ; il faut les mettre dans la situation qu'ils souhaitent ; les laisser s'habiller à leur gré, se ranger les cheveux, se faire les ongles, leur permettre de respirer des odeurs douces et salutaires.

Faut-il réparer les forces , les liquides en fournissent un moyen prompt ; s'il faut aller plus vite encore, recourez aux odeurs, aux sels, aux parfums ; il y en a qui plaisent, d'autres qui révoltent, certains qui remplissent. S'il y a péril, employez la nourriture solide et le vin vieux.

Il ne faut pas se fier aux choses qui soulagent sans raison, ni trop appréhender les symptômes fâcheux qui viennent sans motif, car la plupart des choses ne sont pas stables, et n'ont pas coutume de durer longtemps.

Si un traitement bien ordonné ne produit pas l'effet qu'on pourrait en attendre, il ne faut pas passer à un autre tant que la même indication subsiste,

Tout changement contre nature est suivi de mal, et le mal se dissipe par les contraires. Quand il règne une maladie épidémique, la cause certainement n'en est pas dans le régime, mais dans ce que nous respirons; nous en tirons quelque chose de funeste. Il est inutile alors de conseiller de changer de régime, puisque ce n'est pas de là que provient le mal.

Cherchez plutôt par quel moyen vous diminuerez l'embonpoint et l'excès de vigueur. Faites peu à peu des retranchements dans la quantité ordinaire des aliments et des boissons ; car si l'on faisait des changements subits, il serait dangereux de faire cette innovation dans le corps.

Il faut d'autre part s'exposer à l'air le moins qu'on peut, en changer s'il est possible ; abandonner les lieux où est la maladie quand on en a la liberté, et diminuer la masse du corps. Tels sont les moyens de recevoir le moindre mal de l'air nuisible ou pestilentiel.

Les personnes robustes supportent difficilement l'action des médicaments. Qui bene habitu sunt corpore ad medicationes maie se habent.

Il y a quatre voies par lesquelles l'homme se débarrasse naturellement de chacune de ses humeurs, savoir, la bouche, le nez, l'anus etl'urèthre. Lors môme qu'il s'est formé trop de quelque humeur, il ne se faitpoint de maladie, si l'on est purgé par une de ces voies naturelles.

Y a-t-il des matières à évacuer, videz-les par où tend la nature, par où le mal se porte spontanément. Quo na-

tura vergit eo ducendum. Mais avant de purger, commencez toujours par humecter le corps quelques jours d'avance. Corpora fluœilia reddere oportet.

Vider abondamment et tout de suite, ou remplir, échauffer ou refroidir; en un mot, exciter inopinément tout à coup et sur-le-champ, de grands mouvements et de grands changements dans le corps, c'est agir contrairement au voeu exprès de la nature et d'une manière désastreuse au malade.

Toute forte impression est nuisible ; si elle est subite elle peut être mortelle ; mais on peut faire des changements sans crainte, si l'on procède insensiblement et par des degrés successifs.

Les humeurs qu'il faut évacuer doivent être conduites où elles se portent d'elles-mêmes et par des voies convenables.

Quœ educere oportet quo maxime vergunt ducenda per loca convenientia. Conduisez donc les humeurs où elles se portent, à moins que la coction ne demande du temps ; examinez alors où tend la coction, vers l'intérieur ou vers l'extérieur.

Prenez en sus toute autre précaution convenable. Ayez égard, par exemple, à la nouveauté des symptômes, à la difficulté qu'ils présentent, à la plénitude des parties inférieures, ou au bon état des supérieures, en examinant ce qui s'y porte de soi-même ; en pensant à ce qui y naît ou à ce qui y est bon, à ce qui cadre avec la coutume, avec le lieu, avec l'âge, avec la saison régnante, avec la nature de la maladie ; à ce qui est enfin

2Ua PRÉCEPTES GÉNÉRAUX.

un excès ou un défaut ; à ce qui persiste ou ne persiste

Mais consultez toujours les tendances de la nature; car lorsque la nature est merle ou qu'elle répugne, l'art est impuissant.

Dans l'usage des remèdes purgatifs, il faut tirer du corps les humeurs telles qu'elles sortiraient utilement d'elles-mêmes, mais il faut arrêter celles qui sortent d'une manière contraire.

Mouvez et évacuez les humeurs cuites, jamais les crues, même au commencement des maladies, à moins qu'il n'y ait orgasme ; mais il n'y en a pas communément.

Ne jugez pas des évacuations par leur quantité ; le malade en est-il soulagé, et sont-elles comme elles doivent l'être, voilà la question. Dussent-elles amener le défaillance, il faut les laisser aller, pourvu que les forces du malade y suffisent. Du reste, quand on purge à propos, cela se connaît, parce que le malade se trouve mieux, et qu'il n'en est pas trop fatigué ; il en est tout autrement dans le cas contraire.

Dans les flux de ventre et les vomissements qui surviennent spontanément, si l'évacuation se fait des humeurs qui doivent être évacuées, elle est utile et facile à supporter. Il en est de même de l'évacuation des vaisseaux : si elle est telle qu'elle doit être, elle est salutaire et facile à supporter ; sinon, il arrive le contraire. C'est pourquoi il faut considérer le régime, 1 âge, le temps et la nature des malades où cette évacuation convient ou

point.

ue convient pas. Une femme qui n'a pas eu ses règles, se trouve bien d'un saignement de nez ; les hémorrhoïdes qui surviennent chez les aliénés les délivrent de leur folie.

11 faut, dans les maladies, vicier par bas les matières cuites, le cinquième jour, lorsqu'elles sont fixées ; on le reconnaît à ce qu'il n'y a ni de grandes agitations, ni pesanteur de tête ; que la chaleur est modérée et qu'elle tombe après le redoublement. On vide par haut dans les redoublements mêmes : dans ce temps , les matières s'élèvent par l'effet de l'agitation ; elles tendent vers le haut, malgré leur pesanteur.

|Orf ne doit pas purger dans le commencement, parce que si une évacuation est alors nécessaire, la nature y suffira d'elle-même ; à moins de quoi il serait dangereux de tarder à purger.

Quant aux vomitifs, voici comment on doit en user. On prend les vomitifs dans les six mois d'hiver : cette saison est plus pituiteuse que l'été ; c'est celle des maladies catarrhales à la tête et des organes placés au-dessus du diaphragme. On prend les vomitifs ainsi qu'il suit :

Les gens gras qui sont fournis de chairs vomiront à jeun, se promenant et marchant vite jusqu'à l'heure du midi. Leur vomitif sera environ quatre onces cl'hysope pilée avec de l'eau versée peu cà peu, à laquelle on ajoutera un peu de vinaigre et de sel pour en rendre la boisson plus agréable ; on l'avale d'abord lentement, puis avec précipitation.

Quant aux gens maigres, ils se feront vomir de la ma-

mère suivante, Après avoir pris un bain chaud, ils boiront environ huit onces de vin pur ; ils mangeronl abondamment par-dessus de toute espèce d'aliments, s'abstenant de boire pendant le repas, et après pendant autant de temps qu'il en faut pour une promenade de dix stades (dix fois vingt-cinq pas). Ensuite ils boiront d'un mélange de trois sortes de vins, du vin âpre, du doux et de l'acide, commençant par boire pur peu à peu et lentement, puis fort trempé, précipitamment et abondamment.

Lorsque le temps est devenu chaud, on use des lavements : alors le ventre est bilieux, tout le corps s'en ressent ; on éprouve aux lombes des pesanteurs et des chaleurs qui s'étendent jusqu'aux genoux , on a des tranchées; il faut donc rafraîchir le corps et mettre dehors l'humeur qui se porte vers le bas.

Les personnes qui ont de l'embonpoint, qui sont sur chargées d'humide, useront de lavements salés, poi mucilagineux ; les gens maigres, ceux qui sont d'u tempérament sec et peu vigoureux, prendront des lave ments gras et épais. On entend par lavements gras épais ceux de lait, d'une décoction de pois chiches e autres pareils; on entend par lavements salés ceux fai avec de la saumure, avec de l'eau de mer et autr semblables.

Les femmes doivent user d'un régime très-sec , c'es celui qui convient à la mollesse de leur chair ; la bois son de vin pur est bonne pour la matrice ; le vin convien à la vie sédentaire des femmes»

La pléthore humorale se reconnaît à sept signes. Elle donne une petite toux, on ne crache pas; le ventre est dur, se trouvant rempli d'excréments; on a des maux de tête; il y a des vomissements ; on sent des chaleurs; on a enfin quelque peine à uriner. Tels sont les signes par lesquels se manifeste cet état qui provient de la surabondance de toutes les humeurs. Lorsque c'est une seule humeur qui domine, on n'est guère empêché de vaquer à ses affaires ; mais lorsque ce sont toutes les humeurs à la fois qui occasionnent la fièvre, alors la maladie, si l'on n'y apporte remède, s'emparera de tout le corps.

Dans les parties affectées, quand la douleur est aux parties supérieures, c'est-à-dire au-dessus du diaphragme et qu'il y a lieu d'évacuer les humeurs, il faut faire vomir; quand au contraire la douleur est au-dessous du diaphragme, et que l'évacuation est utile, il faut purger par en bas.

Dans les affections périodiques, il ne faut, lors de l'accès, ni présenter de la nourriture au malade, ni le forcer d'en prendre, mais au contraire la supprimer,

Lors des crises et après, il ne faut rien mouvoir, ni innover avec des remèdes ou tout autre irritant. Laissez faire la nature ; médicamentez après la coction et poussez ; mais jamais ne poussez les matières crues, même dans les commencements.

Quand il y a des périodes réglées, et un ordre marqué dans les redoublements aux jours impairs, on donne les vomitifs les jours impairs, mais qu'on évacue par bas aux jours pairs ; car on sait que les évacuations que la nature

procure ainsi sont utiles, à moins que les redoublements ne soient aux jours pairs ; dans ce dernier cas, évacuez par haut aux jours pairs et par bas aux jours impairs,

Toutes les fois que dans une fièvre continue on prend quelque purgatif aux jours pairs, on n'y voit point de superpurgation ; mais bien des gens sont morts pour avoir été purgés aux jours impairs avec un purgatif actif qui leur donnait une superpurgation. Lesanciens médecins ont commis des erreurs, surtout à cet égard : ils purgeaient aux jours impairs, et les malades mouraient. On ignorait alors ce que l'observation a constaté depuis. Il est certain que les humeurs se troublent principalement aux jours impairs ; ce sont aussi ceux auxquels le corps envoie les humeurs au ventre. Si donc il y a déjà du trouble, on en ajoute un nouveau en faisant prendre un purgatif ; il n'est pas étonnant que le malade y succombe.... Qu'on examine avec soin la marche d'une plaie, on verra que les inflammations s'y forment aux jours impairs ; s'il s'y fait un grand trouble, les humeurs se portent clans toutes les veines ; elles s'en remplissent et se gonflent. Si l'on soigne la plaie et que le pus qui s'y montre ait une issue, elle s'en débarrasse, ainsi que de l'humeur que le trouble y pousse ; mais si on la néglige et que le pus n'ait pas d'issue, il y séjournera avec l'humeur apportée durant le trouble, qui y occasionne des douleurs et qui soulève les chairs tout autour.

Dans les maux aigus usez rarement des remèdes, même au commencement, et regardez-y bien avant de prescrire quelque chose. Ne faites aucun bruit autour

du malade: le grand bruit incommode surtout dans les maux violents.

Dans les cancers occultes, il est bon de ne faire aucun remède ; si on les traite avec des médicaments, on meurt plus tôt; on peut vivre longtemps, au contraire, en n'y appliquant point de remède. (Gardeil, t. II, p. 165.)

Qui bus occulte canceri fiwit cos non curare melius est; curati enim citb pereunt, non curati verà longius tempus perdu ran t . (Àphorismes . )

Quand il se forme quelque carcinome à raison de douleurs d'entrailles ou de toux obstinées, il faut donner 1 elatérium en boisson deux ou trois fois par jour, appliquer sur le carcinome de l'alun calciné jusqu'à ce que les chairs jaunissent, et ensuite nettoyer la place avec des éponges. (Gardeil, t. IV, p. 399.)

Quand il y a des douleurs au ventre, on doit le vider et en ôter du sang. Il faut savoir ce que peuvent les cautères, les incisions, les fomentations, les rafraîchissements, les sternutatoires, les divers sucs des plantes, rail, le lait, le vin fermenté, le vinaigre. Les sels sont des contre-poisons.

Il faut prendre de grandes précautions quand il s'agit du lieu d'élection d'une saignée. Il faut la faire aussi loin que possible de l'endroit où la douleur est ordinairement placée et où le sang s'accumule ; par ce moyen il ne sera pas fait de grand changement subit, et, en détournant le sang de son cours ordinaire, on se garantira de ses amas dans le lieu vers lequel il se porte trop.

Ceux qui se trouvent bien de la saignée et de la pur-

-*1U MUÊOEPTBS GÉNÉRAUX.

gation doivent employer ces remèdes au printemps; mais prenez garde à la saignée à l'égard des femmes surtout.

Millier in ulero gerens, secta vena, abortit, et magis si major fuerit.

Rien dans le corps ne contribue autant que le sang aux opérations de la raison. Elle se conserve en son entier tant que le sang est bien constitué ; s'il se corrompt, la raison s'altère.

Que cela soit ainsi, nous en avons plusieurs preuves; entre autres, le sommeil, qui est commun à tous les animaux, m'en fournirait la certitude. En effet, quand le sommeil s'empare du corps, le sang se refroidit ; en se refroidissant, il engorge ses voies, et son mouvement se ralentit. Les membres deviennent pesants ; ils se laissent aller : c'est une propriété de tous les corps, que, par leur poids, ils se portent naturellement vers le bas toutes les fois qu'un mouvement contraire ne les pousse pas vers le haut. Les paupières s'affaissent dans le sommeil et la raison se trouble : les idées se confondent les unes avec les autres, et elles amènent des rêves.

Pareillement dans l'ivresse : le sang, par une pure augmentation de volume, étouffe la raison, et les idées changent entièrement. Les gens ivres oublient les maux présents pour se livrer à l'espérance des biens à venir.

Je pourrais raconter encore un grand nombre de cas propres à faire voir que les changements dans l'état du sang en produisent dans celui de la raison ; si tout le sang est troublé, la raison l'est aussi entièrement. Toutes

les affections de Rime, môme le jugement, peuvent être regardées comme des habitudes ; si les habitudes changent, la raison n'est plus la même. Or, je dis que l'épi— lepsie vient de ce qu'une grande quantité de souffle se trouve mêlée avec tout le sang clans tout le corps, et de ce qu'il produit dans les veines des embarras sans nombre. (Gardeil, t. II, p. 522.)

Les hémorrbagïes sont arrêtées par lés défaillances, par des changements de situation, par des compressions, par des tampons de charpie , par des bandages et par des ligatures. Il faut aussi user du froid dans le cas jd hémorrhagie, ou quand on la craint ; il faut l'appliiquer non sur les parties elles-mêmes, mais aux environs îdu lieu d'où le sang coule.

Pour arrêter les règles trop abondantes, on applique une grande ventouse à la mamelle droite. Mulieri menstruel si velis cohibere , cucurbitam quam maximum ad mammam dexteram appone.

Dans la pleurésie et dans la péripneumonieon observera d'abord si la fièvre est forte ; si la douleur est d'un côté seulement, ou des deux côtés ; si la respiration est élevée et très-laborieuse ; si la toux est fréquente; si les crachats sont jaunes ou livides, s'ils sont petits, écumeux, teints de petits filets de sang, et s'il y a quelque autre symptôme important : la conduite à tenir tient à ces diverses circonstances.

Quand la douleur est aux parties supérieures (audessus du diaphragme), s'étendant jusqu'aux clavicules, aux mamelles, aux épaules, il faut saigner au bras

(la basilique), du môme côté que celui où se prouve (j douleur. Ou laisse couler le sang en quantité avei confiance, suivant la saison de l'année, le tempérament, lage, la couleur du malade ; si la douleur est violente, on saigne jusqu'à la défaillance ; on donne ensuite des lavements.

Quand la douleur est au-dessous du diaphragme et qu'elle est forte, purgez, et entre les purgations ne donnez pas de remèdes. Faites prendre de l'oxymel aprèi la purgation. On ne purge que le quatrième jour ; pendant les trois premiers on donne des lavements ; on se tient sur ses gardes jusqu'au septième, jusqu'à ce que la fièvre ait cessé.

Lorsque le malade sera hors de danger, on se conduira comme il suit : on donnera d'abord de la tisane crémée en petite quantité, mêlée avec du miel ; on la donne ensuite plus épaisse et en plus grande quantité, et même deux fois le jour, à mesure que le malade va mieux, que la respiration est plus aisée, que la douleur ; se dissipe entièrement. Dans les cas contraires, on donne moins, plus clair, et uue seule fois par jour, choisissant toujours le temps où le malade est le mieux.

On examine les urines. On ne doit point, dans cette maladie, donner la purée à ceux qui guérissent, jusqu'à ce que les urines et les crachats montrent des signes de coction ; si les purgations ont produit d'abondantes évacuations, il faut la donner claire et en moindre quantité. Mais si les vaisseaux étaient tenus dans une entière vacuité, le malade ne pourrait ni dormir, ni suffire à la

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coetion, ni supporter tout le travail de la crise ; si , au contraire, il est nourri, il pourra plus facilement supporter ce qui s'y opposait et qui résistait à l'élaboration des matières crues.

Les crachats sont cuits lorsqu'ils ressemblent à du pus; les] urines sont bonnes lorsqu elles donnent un dépôt tirant sur le rouge, de la couleur des orobes.

Rien n'empêche, pour soulager les douleurs, d'appliquer des fomentations chaudes sur le côté , ou d'employer des onctions avec des cérats, d'oindre môme les lombes et les jambes avec des huiles chaudes ou avec de la graisse, de fomenter, avec la décoction de graine de lin, depuis les mamelles jusqu'aux hypochondres ; mais une pneumonie violente ne se guérit pas sans évacuation.

La force et la violence du mal étouffent le malade quand il y a de grandes douleurs, de l'oppression avec peu d'urines, qui sont cuisantes, et des sueurs fâcheuses tant au cou qu'à la tête , à moins qu'il ne vienne une abondance d'urines épaisses et de crachats cuits. L'une ou l'autre de ces évacuations délivrent du mal.

On fait une potion pour les péripneumoniques avec le miel attique, les pignons et le galbanum ; on fait aussi bouillir dans de l'oxymel de l'aurone, du poivre, de l'ellébore noir, pour en donner aux pleurétiques. On prescrit souvent et utilement, quand la douleur se fait sentir au foie et dans les parties au-dessous du diaphragme, une décoction de panais, qu'on fait bouillir avec de l'oxymel, et qu'on coule. — Toutes les fois qu'on veut

pousser par les selles et par les urines, on donne du miel avec du vin. — Quand on veut pousser décidément par les selles, on fait boire beaucoup d'hydromel coupé avec de l'eau.

On remédie aux anxiétés, aux malaises, aux bâille* ments, en faisant boire du lait et du vin à parties égales.

Dans les menaces de gangrène, faites des scarifications aux veines, et vous obtiendrez lit guéiïson.

On remédie aux douleurs d'oreilles périodiques m appliquant des ventouses à la nuque.

Dans les douleurs des intestins grêles, il faut donner beaucoup de vin pur, jusqu'à ce qu'il survienne de Y assoupissement ou des pesanteurs aux jambes ; on est délivré aussi par le cours de ventre et par la fièvre.

Contre le panaris, on emploie utilement la poudre de noix de galle délayée dans l'eau avec du miel ; on fait boire cinq litres de lait.

Quand il y a des vomissements et qu'on ne peut aval cr de remède en boisson , on met sur l'estomac un épW thème d'ail et d'oignons pilés ensemble.

On fait passer les pesanteurs de tète qui proviennent d'avoir trot» mangé et trop bu en avalant un bon verre de vin pur ; si le mal de tête provient d'ailleurs, on fait manger du pain chaud trempé dans du vin pur.

L'embonpoint athlétique poussé au plus haut degré esc glissant ; il ne peut se soutenir dans cet état : il faut qu'il diminue. Il est expressément utile de descendre de soi-même de cet état, pour obliger le corps à recommencer de monter, et le mettre ainsi à l'abri de grande?

chutes, sans pousser jamais les choses h l'extrême ; on pourra aussi user de l'acte vénérien quand on en sentira le besoin. Enfin, on travaillera beaucoup et l'on fera de longues promenades.

Dans le cas de défaillance subite, employez tout ce qui est propre à réchauffer, faites coucher horizontalement, donnez du vin et ensuite des aliments.

Les fumigations et les purgations sont les remèdes de la stérilité ; quand on perd la parole subitement sans avoir la fièvre, il faut saigner.

Contre les douleurs d'oreille , faites usage du lait en injection.

Vous remédierez au vomissement en faisant boire de l'eau chaude et en prenant des vomitifs. (Gardeil, t. XIV, p. 395.)

Contre les taches de la peau et les dartres, usez de l'eau de chaux, de manière toutefois à ne pas ulcérer la partie.

Dans les maux de gorge, usez de lotions d'eau chaude cà la tête, appliquez au gosier un mélange de farine et de vin bien chaud.

Il arrive quelquefois qu'on a des frissons à la suite de certains exercices ou même de simples promenades, et qu'on sent des pesanteurs de tète : ce sont des signes

de fatigue. Avec le temps il surviendrait des fièvres qui débutent par une vive sensation de froid ; il faut les prévenir.

Donc, lorsque ces signes commencent, on fera d'abord des onctions ou quelques frictions ; on dînera un peu

plus que de coutume ; on boira suffisamment d'un vin doux, et l'on fera après le dîner un assez long somme. Le soir, on fera des exercices légers ; ou prendra un bain chaud; on soupera comme à l'ordinaire ; mais on no se promènera pas après le souper; on se bornera à s'amuer. Le lendemain, on se fera frotter dans l'eau et l'on se livrera au sommeil.

On voit des athlètes qui ont des frissons en sortant des exercices du gymnase; après les frissons, ils ont môme des tremblements avec des claquements de dents ; ils ont de la propension au sommeil; à leur réveil, ils ont des bâillements. Après le souper, ils sentent leurs paupières pesantes; ils tomberaient dans des fièvres fâcheuses si l'on n'y portait promptement remède.

Ils doivent commencer par retrancher la moitié de leurs exercices ; ils useront de toute espèce d'aliments délayants et rafraîchissants , de boissons douces et aqueuses. Au bout de cinq jours, ils reprendront le tiers des exercices qu'ils auraient supprimés en persistant dans le même genre de nourriture abondante.

Après cinq autres jours, ils feront la moitié de leurs exercices, et cinq jours après ils les reprendront, tout en ayant soin de les faire moins souvent et plus légers, afin de ne pas retomber dans l'excès ; car, chez les gens qui éprouvent les signes dont il est maintenant question, il y a excès des exercices sur la nourriture.

Quelques sujets n'ont pas tous ces signes réunis, ils en ont seulement quelques-uns sans les autres ; tous sont la preuve de la prépondérance du travail et du mouvc-

ment sur les aliments. — Or, le traitement est le môme : les bains chauds, la couche molle, sont ici d'un bon effet ; il sera même utile de faire une ou deux fois quelque pelit excès de vin.

Dans les affections nerveuses, il faut fortifier le malade en lui donnant des analeptiques ; en effet, les analeptiques forment le sang, le sang donne des forces et dompte les nerfs. Sanguis frenat nervos ; sanguis est moderator nervorum.

Quand c'est le sang qui fait la maladie, il y a des douleurs ; quand c'est la bile, il y a des picotements, c'est du moins l'ordinaire. — On arrête par le vomissement les évacuations excessives par bas. Il est facile ensuite de calmer le vomissement; si le malade est faible', on donne un narcotique après avoir fait vomir.

Dans le cas où la tristesse va jusqu'à pousser le malade à abandonner la vie, faites-lui prendre le matin de la racine de mandragore en boisson, à une dose qui ne puisse pas le jeter clans la fureur.

Savoir conduire et soigner la convalescence est un grand art assez peu connu, et cependant fort important. . . Il faut savoir d'abord que, pendant la durée de la convalescence, comme pendant le cours des longues maladies, il se présente souvent beaucoup de symptômes fâcheux sans qu'on y ait contribué, tandis que d'autres symptômes proviennent de choses dont on a usé témérairement et sans connaissance!... J'ai vu des médecins qui, tout aussi bien que des gens du peuple les plus ignorants, ne manquaient jamais d'attribuer ces acci-

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dents à ce qu'on avait fait ce jour-là d'extraordinaire!

Si l'on s'était baigné, si l'on s'était promené, si l'on avait mangé de quelque chose qu'on n'eût pas coutume démanger, ils s'en prenaient uniquement à cela, quoique souvent il était mieux de l'avoir fait que de ne l'avoir pas fait.

Tout cela vient d'ignorance. En effet, quand on ignore la cause du mal, on condamne au hasard, et l'on défend quelquefois ce qu'il y a de meilleur et de plus utile.

Pour éviter cet inconvénient, qui est très-grand, le médecin doit savoir quels sont les effets des choses extérieures, d'un refroidissement, d'un bain pris à contretemps, d'une mauvaise nouvelle, d'une grande fatigue ; car il ne résulte pas les mômes inconvénients de ces diverses choses, ni de toute autre, ni même de la réplétion de telle ou telle viande. Or, tout médecin qui ne connaîtra pas ce que chaque chose est par rapport à l'homme ne pourra, ni en connaître les effets, ni s'en servir à propos.

Lorsqu'il s'agit de rétablir les forces d'un convalescent, on lui donne les mêmes choses que dans le cas où il faut humecter le ventre ; mais les viandes doivent être plus fortes que celles des animaux qui tettent : au lieu de petits chiens, ce sera de la volaille et du lièvre ; au lieu du bouilli, on mangera du rôti et du poisson grillé, le tout assaisonné de la manière la plus saine. On aura recours particulièrement à l'alimentation analeptique. La courge, les bettes et l'oseille sont analeptiques; le fromage et les raisins secs le sont également ; le vin doux

et le miel sont analeptiques et diurétiques. Les vins âpres ont la propriété de sécher et de fortifier. L'huile et tous les huileux sont analeptiques ; le miel mêlé avec les autres aliments nourrit et donne une bonne couleur; pris seul, il amaigrit plus qu'il ne nourrit. Le chevreuil, le lièvre, les perdreaux et le filet de bœuf, rôtis trèslégèrement, sont essentiellement analeptiques ; il faut les arroser de vin vieux.

En résumé, il faut peu de chose pour guérir: le régime, la diète et le repos, sont trois moyens héroïques dans les maladies aiguës. Il faut prendre de la nourriture et du mouvement dans les malaises, clans les indispositions vagues et indéterminées.

Lorsqu'on ne connaît pas la maladie à laquelle on a affaire, il faut, si l'on donne des remèdes, les employer avec précaution et légers. Si le malade se trouve mieux, le chemin est ouvert ; dans le cas contraire, il faut chercher encore.

Aux grands maux seulement les grands remèdes.

En tout et toujours, le premier art, la loi suprême est de ne rien faire qui puisse nuire au malade. Primo non nocere.

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