‹ Institutions d'Hippocrate, ou, Exposé philosophique des principes traditionnels de la médecineChapitre 48 sur 84 · PREMIERS TABLEAUX DES MALADIES · texte numérisé non relu

PREMIERS TABLEAUX DES MALADIES

Do la pleurésie sèche.

Il y a des pleurésies sèches, sans crachats ; elles sont très-fàcheuses ; les crises s'y passent comme clans les pleurésies humides. Il y faut plus de boisson. Les bilieuses et les sanguines se jugent au neuvième et au onzième jour. On en guérit plus facilement quand, dès le commencement, les douleurs sont médiocres et qu'elles deviennent aiguës le cinquième ou le sixième ; le mal se prolonge alors jusqu'au douzième ; si on le passe, on guérit. Lorsque le mal a été modéré dans le commencement, violent depuis le septième et le huitième, il ne se purge que le quatorzième, après quoi le danger est passé.

I<n pleurésie du dos.

La pleurésie du dos diffère des précédentes, en ce qu'on sent au dos uue douleur comme celle d'une blessure; on pousse des plaintes, la respiration est fréquente ; bientôt on crache en petite quantité ; on se sent accablé de tout le corps. Le troisième ou le quatrième jour, on rend des urines sanguinolentes. On court un grand danger le cinquième et le septième jour ; quand on passe ce terme, on guérit. Il faut cependant se tenir sur ses gardes jusqu'au quatorzième ; passé ce temps, le malade est sauvé.

Dans toutes les pleurésies, les douleurs sont ordinairement moins cruelles le jour que dans la nuit.

On soigne les pleurésies comme il suit. Le traitement est le môme que celui des péripneumonies et des frénésies, à la réserve qu'on y prescrit des bains chauds et l'usage d'un peu de vin doux. S'il n'y a pas eu de déjections naturelles, vous prescrirez un lavement avec le turbith. Lorsque le malade est d'un tempérament bilieux et que la maladie l'a pris sans qu'il fût purgé, il faudra purger la bile convenablement, avant qu'il rende des crachats bilieux; mais s'il en rend déjà, ne donnez pas de purgatif : si vous le donniez, le crachat ne pourrait point sortir par le haut ; le malade en serait suffoqué le septième, ou le neuvième jour surtout, s'il éprouvait des douleurs aux hypocho'ndres.

Quand, outre les douleurs à la plèvre, il y en a aux hypochondres, il faut s'en tenir aux lavements et faire prendre à jeun une boisson d'hydromel avec de l'aristoloche, de l'hysope et du pavot blanc : tels sont les remèdes à prescrire dans les premiers jours.

Dans le temps de la crise, on humecte les parties douloureuses avec des fomentations et des onctions d'huile.

Règle générale et fondamentale : toutes les fois que la maladie est dans un état violent, le malade et le médecin doivent se tenir tranquilles, de peur de faire quelque chose cle travers.

La tisane crémée qu'on donnera pour nourriture sera bien cuite et un peu épaissie avec du miel. Au sortir du bain, on fera prendre un peu de vin doux, froid, coupé avec de l'eau. On en donnera dans les attaques de toux,

en recommandant de boire lentement. Il faut faire beaucoup boire pour faciliter les crachats et pour humecter le poumon, qui, au moyen de la boisson, se délivre plus facilement du crachat, et la toux en devient moins fatigante ; on donne aussi du suc de grenade mêlé avec un peu de lait de chèvre et de miel, dont le malade prend le jour et la nuit, peu à la fois.

Après la crise, et pendant la convalescence , on use d'aliments légers et calmants. Le malade doit éviter le soleil et le vent, ainsi que tout excès dans le boire et dans le manger ; il évitera aussi les acides, les graisses, les choses salées', tout ce qui donne des vents et de la fatigue, et, à ce titre, l'acte de la génération.

Dans le temps de la toux et des douleurs', lorsque le malade ne peut cracher et ne peut rendre le crachat, qui s'arrête dans le poumon, où il fait du bruit, il faut lui faire avaler une cuillerée de poudre de racine de grande serpentaire, avec de l'huile et du miel, et lui faire boire de l'oxycrat par-dessus.

Quand il ne se fait pas de bruit dans la poitrine et que le malade ne peut pas cracher, on donne une bonne pincée de fruits et de semence de câprier, de poivre, de nitre, le tout mêlé avec de l'oxymel et de l'eau tiède.

Au moyen de ces remèdes, on guérit les malades dont il s'agit, à moins qu'il ne reste dans les poumons quelque partie de crachats, qui, durant qu'ils se convertissent en pus, y excitent une toux sèche d'où il résultera de la fièvre avec des frissons, une respiration laborieuse précipitée, la voix rauque, des feux et des rougeurs au

visage. Le mal se déclare encore plus manifestement dans la suite. Si vous avez à le soigner avant le dixième jour, vous commencerez par réchauffer au moyen du régime et du bain chaud; puis vous ferez arriver au poumon ce qui est le plus propre à lui faire expulser le pus. Vous emploierez tout ce qui sert à le purger; vous prescrirez le régime des suppurations internes, et vous dessécherez la tète pour qu'elle n'envoie pas d'humeur à la poitrine.

Si, malgré le remède employé à purger le poumon, le pus ne sort pas par haut, le dépôt crève enfin dans la poitrine. Après qu'il a crevé, le malade se trouve d'abord soulagé, parce que le pus passe d'un lieu plus serré dans un lieu plus large, et le souffle que nous respirons s'établit dans le poumon : mais avec le temps, le cavité du thorax se remplit de pus; la toux, la fièvre, et tous les autres accidents, reviennent avec plus de force.

Il faut, clans cet état, laisser le malade pendant quinze jours après la rupture du dépôt, pour que le pus subisse sa nouvelle coction. Si donc, à cette époque, le malade commence de cracher de lui-même, cela va bien ; sinon on doit exciter les crachats dans les derniers quinze jours au moyen des remèdes et des boissons. Il faut se hâter de soulager le corps avant qu'il dépérisse davantage, et tenir la tète purgée, afin que les humeurs ne tombent pas sur la poitrine. Si le crachat ne s'établit pas, et si vous observez quelque signe aux côtes, il faut y faire l'incision ou y appliquer le feu.

DKS MALADIFS.

DEUXIÈME TABLEAU. De lu pneumonie ou uérliincunionlc.

La péripneurnonie présente les caractères suivants : Fièvre forte, respiration fréquente, expiration chaude; anxiété, faiblesse et affaissement, avec douleur aux omoplates, à la clavicule, sous les mamelles; poids dans la poitrine, quelquefois délire. Le malade ne sait comment se tenir et se laisse aller ça et là. Douleur gravative dans la poitrine. Il y a des péripneumonies où la douleur ne se fait sentir que lorsque le malade commence à tousser; mais en général ces pneumonies sont plus longues et plus dangereuses.

Dans le commencement, le crachat est une salive blanche et écumeuse. La langue est jaune, dans la suite elle noircit. Si elle est noire au commencement, les changements sont prompts; ils sont lents quand elle ne noircit qu'avec le temps; à la fin, elle se gerce, et si vous y appliquez le bout du doigt, il y adhère.

Les changements sont annoncés dans la péripneumonie par l'état de la langue, comme dans la pleurésie. La péripneumonie dure quatorze jours au moins, vingt et un au plus, et pendant ce temps la toux est fréquente. —Le poumon se purge avec la toux, le sang se purge par les crachats; on les rend d'abord en quantité, ils sont écumeux, mêlés de sang. Le septième et le huitième jour, lorsque la fièvre est dans toute sa vigueur, il faut que la péripneumonie s'humecte, que le crachat s'épais-

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sisse, que du moins au neuvième et dixième jour il blanchisse et soit mêlé d'un peu de sang, — etque, depuis le douzième jusqu'au quatorzième, il soit abondant, épais, semblable à du pus. — Dans ceux dont la constitution est humide, le mal est violent ; il est modéré dans ceux qui l'ont sèche.

Lors donc qu'au quatorzième jour la toux n'amène plus de crachats purulents, et que le poumon se trouve dans un état sec, le malade est guéri. Dans le cas contraire, faites attention au dix-huitième et au vingtième jour, pour voir si le crachat tarira. S'il ne tarit pas, demandez au malade s'il le trouve douceâtre. S'il répond oui, sachez que le poumon est en suppuration ; l'état est décidé, il pourra durer un an, à moins que tout le pus ne soit expectoré dans quarante jours. Quand le malade répondra que le crachat est de fort mauvais goût, son état est encore plus fâcheux et quelquefois mortel.

On peut donc savoir à quoi s'en tenir dans les premiers jours : car, lorsque le malade rend tout le pus pourri dans vingt-deux jours, et qu'il ne se fait point de nouvelles déchirures au poumon, il en réchappe; — dans le cas contraire, il en mourra.

Dans les péripneumonies, si toute la langue est blanche et rude, les deux lobes du poumon sont affectés; si c'est la moitié de la langue qui devient blanche, le poumon est affecté du côté où le signe paraît. Si la douleur ne se fait sentir qu'à une clavicule, le poumon n'est affecté que d'un côté dans la partie supérieure. Lorsque la douleur se fait sentir aux deux clavicules, les deux

lobes sont affectés dans leur partie supérieure. Si la douleur répond au milieu des côtes, le mal est au-dessous; de même lorsque la douleur est plus bas. Ceux qui ont tout un lobe affecté ressentent de la douleur dans toutes les parties voisines. Le mal a son siège au côté sur lequel le malade reste toujours couché.

Dans les suppurations, surtout celles des péripneumoniques et des pleurétiques , il survient des chaleurs petites le jour, plus fortes la nuit; on ne crache rien de remarquable ; il y a des sueurs au cou et aux clavicules ; les yeux s'enfoncent, les joues deviennent rouges; les mains sont chaudes jusqu'au bout des doigts, la peau en est âpre ; les ongles se font crochus ; les pieds sont froids et s'enflent. Il se fait des taches sur le reste du corps, et le dégoût est grand. Ce sont les signes de la suppuration.

La plupart des abcès percent le vingtième jour, certains le quarantième; il y en a qui vont au soixantième. Les malades qui doivent suppurer crachent d'abord salé et ensuite doux.

La péripneumonie existe quelquefois sans crachats; c'est la péripneumonie sèche. On la nomme ainsi quand le poumon se trouve dans un excès de sécheresse et que la bile et la pituite n'y peuvent subir une coction douce. Quand il ne se forme point de crachats et que tout ce qui arrive au poumon, soit des parties voisines, soit par reflet des buissons, est vite consumé par le feu et par la sécheresse extrême, c'est un signe qu'il faut user d'une grande quantité de boisson propre à humecter le

poumon et à faciliter le crachement; car si l'on ne parvient pas à vider le poumon, il se durcit, se dessèche et le malade succombe.

Dans les péripneumonies on doit examiner d'abord si la fièvre est forte; si la douleur est d'un côté seulement ou de tous les deux; si la respiration est élevée, trèslaborieuse ; si la toux est fréquente ; si les crachats sont jaunes ou livides; s'ils sont petits, écumeux, teints de petits filets de sang : la conduite à tenir tient à ces diverses circonstances.

Quand la douleur est aux parties supérieures et qu'elle s'étend aux clavicules, aux mamelles, aux épaules, il faut saigner au bras du même côté que celui où se trouve la douleur ; il faut laisser couler le sang en quantité avec confiance, suivant la saison de l'année, le tempérament, l'âge, la couleur du malade; si la douleur est violente, on saigne jusqu'à la défaillance; on donne ensuite des lavements.

Quand la douleur est au-dessous du diaphragme et qu'elle est forte, purgez, et entre les purgations ne donnez pas de remèdes. Faites prendre de l'oxycrat après lapurgation. On ne purge que le quatrième jour; dans les premiers jours il faut donner une nourriture douce et liquide pour détremper et mettre en mouvement les matières épaisses qui font des congestions. On donne aussi des lavements. On se tient sur ses gardes jusqu'au septième jour, jusqu'à ce que la fièvre ait cessé.

Relativement au purgatif, on doit donner un purgatif qui évacue par bas, un peu plus fort qu'un simple laxatif,

afin de diminuer la fièvre et d'apaiser les douleurs. Après que le corps est évacué et que les forces sont un peu abattues, on soutient l'évacuation par bas, de trois jours en trois jours, pour délivrer des humeurs les qualités supérieures et pour empêcher le corps d'en être affaibli.

Si après le cinquième jour on établissait un grand écoulement d'humeurs par les purgatifs, le malade serait très-exposé; le flux par bas dessécherait les parties supérieures et le crachement serait supprimé. Il faut donc savoir tenir le ventre pas trop serré, afin de calmer et de modérer la fièvre ; pas trop lâche, afin de ne pas supprimer les crachats ni épuiser les forces. Lorsque le crachat ne vient pas facilement, que la respiration est précipitée et l'évacuation insuffisante, annoncez qu'il n'y a point d'espoir de guérison, à moins qu'il ne se fasse une évacuation abondante.

Lorsque le malade sera hors de danger, on se conduira comme il suit. On donnera d'abord de la tisane crémée en petite quantité, mêlée avec du miel ; on la donnera plus épaisse, en plus grande quantité, et plus souvent, à mesure que le malade ira mieux, que la respiration sera plus aisée, que la douleur se dissipera entièrement. On examinera aussi les urines; on ne doit point, dans cette maladie, donner la purée à ceux qui guérissent jusqu'à ce que les urines et les crachats montrent des signes de coction ; si les purgations ont produit d'abondantes évacuations, il faut la donner claire et en moindre quantité.

D'autre part, le malade ne pourrait, si les vaisseaux

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étaient tenus dans une entière vacuité, ni dormir, ni suffire à la coction, ni supporter tout le travail de la crise : il pourra plus facilement, s'il est nourri, surmonter ce qui s'y opposait et qui résistait à l'élaboration des matières crues.

Les crachats sont cuitslorsqu'ils ressemblent k du pus. Les urines sont bonnes lorsqu'elles donnent un dépôt tirant sur le rouge de la couleur des orobes.

Rien n'empêche, pour soulager les douleurs, d'ajouter des fomentations chaudes sur le côté, ou des onctions avec le cérat; d'oindre même les jambes avec des huiles chaudes ou avec de la graisse; de fomenter avec la décoction de graine de lin depuis les mamelles jusqu'aux hypochondres.

Mais une péripneumonie violente ne se guérit point sans évacuation ; la force et là violence du mal étouffent le malade quand il y a de grandes douleurs, de l'oppression, avec peu d'urines, qui sont cuisantes, et des sueurs fâcheuses tant au cou qu'à la tête, h moins qu'il ne vienne une abondance d'urines épaisses ou de crachats cuits. L'une ou l'autre de ces évacuations, si elles sont abondantes et persistantes, délivrent du mal; on peut faciliter la coction et V expectoration au moyen de remèdes propres à humecter le poumon , tels que le miel avec le sel.

TROISIÈME TABLEAU, llydropisie Oc poitrine.

L'hydropisie de poitrine a lieu lorsqu'il se fait un

anias d'eau au poumon, qu'on a de la fièvre avec toux, la respiration fréquente et les jambes enflées. Cette hydropisie vient souvent dans l'été, lorsqu'on boit une trèsgrande quantité d'eau. Elle se forme aussi lorsqu'il y a des tubercules au poumon.

Que les tubercules engendrent l'bydropisie, on en a la preuve chez les bœufs, les chiens, les brebis. Ces animaux sont très-sujets à des tubercules qui contiennent de l'eau. Vous pouvez vous en convaincre en les ouvrant. Je pense que cette maladie arrive plus souvent chez l'homme qui fait beaucoup de fautes dans son régime et chez lequel on voit tant de tubercules qui dégénèrent en suppuration.

Voici les symptômes de cette atfection : Il y a dans le commencement une toux sèche; on entend comme un sifflement dans le gosier; le malade a la fièvre avec des frissons; il ne respire plus qu'avec peine; son corps s'enfle, surtout les pieds; les ongles deviennent crochus.

On est dans un grand travail tant que les eaux sont dans la cavité de la poitrine; à mesure qu'elles se portent vers le bas-ventre, on se sent soulagé; mais par la suite du temps, on revient à souffrir comme auparavant, à proportion que les eaux remplissent de nouveau la poitrine. Quelquefois on remarque au côté uue tumeur qui marque l'endroit où il faut ouvrir. S'il n'en paraît point, on fait prendre un grand bain d'eau chaude; on secoue ensuite le malade par les épaules, et l'on écoute pour juger de quel côté sont les eaux.

-û- PREMIERS TABLEAUX

Après s'en être assuré, on fait l'incision au-dessus de la troisième fausse côte à compter de la dernière. On achève de percer avec un trocart; on laisse couler une petite partie des eaux, et l'on met ensuite un bourdonne! de lin cru avec une éponge au-dossus. On attache le bourdonnet afin qu'il ne puisse tomber dans la cavité de la poitrine.

Si le cinquième jour le tampon se trouve enduit de pus, le malade en réchappe ordinairement; s'il n'y a point de pus après que les eaux sont écoulées, la toux et la soif arrivent, et le malade périt.

On emploie douze jours à tirer les eaux en les laissant écouler un peu tous les jours une fois. Au treizième jour, on les écoule entièrement, ainsi que lés jours suivants, s'il y en vient de nouvelles.

Après l'incision, on donne ce qui suit : Ayez une drachme de suc de silphium, de raclure d'aristoloche pesant comme l'os astragale d'un cerf, de la poudre de lentilles et d'orobes torréfiées, une livre quatre onces; mêlez le tout avec du vinaigre et du miel, et faites-en soixante tablettes. Tous les jours on dissoudra une de ces tablettes dans cinq onces du meilleur vin rouge, âpre, pour faire prendre le matin à jeun ; on suivra d'ailleurs son régime habituel.

Il y a des œdèmes aux parties naturelles ou aux cuisses, n'hésitez pas d'y faire des mouchetures; en suivant ce traitement, on obtient une prompte guérison.

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