‹ Institutions d'Hippocrate, ou, Exposé philosophique des principes traditionnels de la médecineChapitre 67 sur 84 · RÉSUMÉ OU CONCLUSIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ OU CONCLUSIONS GÉNÉRALES

Les propositions que nous avons émises sont toutes déduites de la pensée fondamentale ; elles forment la base de la science de l'homme et constituent sa législation naturelle; nous pouvons donc les résumer sous les formules suivantes , à litre de conclusions générales.

La vie est la cause première et absolue des phénomènes vitaux; c'est elle qui imprime aux organes la puissance et la science nécessaires à l'accomplissement de leurs fonctions ; c'est à la vie par conséquent qu'il faut tout rapporter, pour tout expliquer en physiologie comme en pathologie. Néanmoins, comme chez les êtres organisés la vie ne manifeste ses effets que par

AÛG ESSAI PHILOSOPHIQUE

[action de [' organisme, rien n'empêche, quand on la considère dans ses actes, qu'on no la désigne sous le nom d'organisme, et que, dans le langage médical, on ne substitue ce mot à celui de vie : c'est ce que nous allons faire.

Disons donc :

Les mots nature et vie sont synonymes.

La nature? c'est le principe d'action universelle institué par Dieu.

La nature dans l'univers? — C'est la vie, c'est la force imprimée à la matière et procédant, suivant un système de lois invariables, à la production , à la conservation de toute chose et de tout être, et à leur éternel renouvellement.

La nature dans l'homme? — C'est la vie animant l'organisme ; c'est le principe intrinsèque de l'opération de chaque être et sa propriété; c'est l'activité organique, c'est l'organisme en action.

La nature formatrice? — C'est l'organisme accomplissant les phases de son développement.

La nature conservatrice? — C'est l'organisme travaillant à sa conservation.

La nature médicatrice? — C'est l'organisme luttant contre les agents morbifiques et réparant ses pertes.

L'affection morbide?— C'est lalésion de l'organisme ; c'est l'état de l'organisme altéré dans ses parties constituantes, solides ou liquides.

SUR LA CONSTITUTION DE LA. MEDECINE. Mil

La maladie? — C'est l'état de l'organisme combattant contre un agent morbifique; c'est l'affection morbide et la réaction dans leurs luttes contrastantes ; c'est la nature militant après avoir opposé d'abord la résistance.

La vie dans l'organisme? — C'est l'organisme en puissance et en action présidant aux fonctions physiologiques, nosologiques et pathologiques.

Les fonctions physiologiques? — Ce sont les fonctions qui maintiennent l'organisme dans son activité normale et qui le mènent au terme fixé par le Créateur, qui, en le formant, a voulu sans doute donner un support matériel et des organes à l'être qui vit et qui pense en lui.

Les fonctions nosologiques? — Ce sont les fonctions qui président à l'évolution des affections morbides et des altérations matérielles qu'éprouve l'organisme dans sa constitution et dans sa propre substance.

Les fonctions pathologiques? — Ce sont les fonctions qui ont pour but de détruire les causes morbifiques, de réparer le mal qu'elles ont produit et de rétablir la santé.

Tels sont les vrais principes de la médecine, ou les articles organiques de sa constitution, car ce sont les corollaires ou les déductions logiques du fait-principe contenu dans la pensée médicale et énoncé dans le dogme fondamental. Ils offrent un double avantage : ils lient le fait-principe à tous les faits physiologiques, nosologiques et pathologiques, qui embrassent le vaste

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ensemble de la médecine ; ils consomment l'accord du vitalisme et de l'organicisme si souvent invoqué en philosophie médicale !

Du reste, la science médicale n'a pas été formée d'un seul jet; elle s'est au contraire développée lentement sous forme de systèmes qui, tout en ayant pour but d'élucider la pensée d'Hippocrate, n'ont malheureusement abouti trop souvent qu'à l'altérer. Néanmoins ces systèmes ont leur enseignement : ils représentent les diverses phases de l'évolution philosophique par lesquelles l'esprit médical a été forcé de passer pour dégager le fait-principe des faits secondaires qui l'encombrent, pour lui imprimer toute sa signification, et pour faire sortir de ce fait primordial la science et l'art qu'il contient.

De plus, ce sont les systèmes qui, par les controverses auxquelles ils ont donné lieu, ont amené le vitalisme au terme du progrès qui permet aujourd'hui de créer en médecine une branche nouvelle, la pathologie naturelle, qui est la science des fonctions médicatrices, comme la physiologie est la science des fonctions conservatrices.

C'est donc injustement qu'on a reproché à l'esprit médical d'avoir abusé des systèmes ; car, en allant au fond des choses, on reconnaît aisément que depuis son origine, la médecine n'a jamais varié en ce qu'elle a de radical, et qu'à travers toutes les oscillations qu'elle a subies, l'esprit médical, toujours fidèle au principe hippocratique, a constamment suivi les voies traditionnelles par lesquelles, en s' avançant sans cesse, il est parvenu

SUR LA CONSTITUTION DE LA MÉDECINE. kk^

grâce au génie de Barthez, à couronner scientifiquement l'œuvre collective des siècles.

Du reste, bien des causes expliquent les vicissitudes de la médecine. Voilà ce qu'a dit à ce sujet le professeur Cayol : « Quand une science est une fois posée sur sa base naturelle, il ne lui reste plus, ce semble, qu'agrandir et à se développer par des acquisitions et des découvertes successives? Cependant il n'en est pas toujours ainsi, et cela parce que la préoccupation d'une découverte nouvelle, l'attention trop exclusivement concentrée sur une foule de faits secondaires ou de maigre importance, et enfin les séductions oisives de l'amourpropre et le désir ardent de la renommée, font éclore de temps en temps des systèmes artificiels et plus ou moins arbitraires, que nous comprenons sous le nom de faux systèmes, qui retardent sans doute le développement de la science, mais qui ont néanmoins leur utilité en découvrant de nouveaux points de vue d'observation, en faisant approfondir certains détails, et en ramenant la controverse sur des questions qui avaient été prématurément décidées!

» Et puis, indépendamment de ces causes de déviation qui sont communes à toutes les sciences, il en est aussi quelques-unes de particulières à la médecine.

» Et d'abord, par une fatalité singulière, cette science sublime, qui pouvait s'enorgueillir de conserver une existence propre et indépendante, s'est toujours montrée docile à recevoir la loi des divers systèmes philosophiques qui ont régné successivement dans les écoles, et il en

est résulté que depuis Hippocrate il serait aisé de suivre les variations de la médecino dans les variations de la philosophie.

» D'un autre côté, le problème de l'organisation est si compliqué, qu'il réclame pour sa solution le secours de toutes les sciences. H y a dans le corps vivant, de la chimie, delà physique, une mécanique très-compliquée, des leviers de tous les genres, des axes, des poulies, des voûtes, des phénomènes hydrauliques, etc. — Il y a de plus, dans l'homme, des phénomènes moraux et intellectuels dont l'analyse et l'étude approfondie exigent l'intervention des sciences psychologiques. Il fallait donc que la médecine fit des emprunts à toutes les sciences, et, par une conséquence à peu près inévitable, il fallait qu'elle subît tour à tour l'empire de chacune d'elles.

» C'est ainsi qu'après avoir été dans les différents siècles, tantôt physique, chimique ou mathématique, tantôt métaphysique, cabalistique, alchimique ou astrologique, selon la prédominance de certaines idées, la médecine est devenue de nos jours anatomique. »

C'est vrai ; mais, fort heureusement, il y a un terme à tout, et la révolution dont nous venons de parler s'épuise en ce moment dans ses dernières convulsions. La méthode qu'elle avait proclamée est à jamais abandonnée, et tout fait espérer que très-prochainement, dès que la pensée médicale aura entièrement triomphé de la crise qui l'opprime, on pourra définitivement mettre la science en rapport avec l'art, et proclamer en médecine l'accord absolu de la philosophie et de l'expérience.

Disons-le môme, cet événement serait déjà accompli, si chacun pouvait n'avoir aucune condition fatale à subir, aucun intérêt particulier à ménager, aucun dieu familier à encenser; mais il en est tout autrement! Ainsi, beaucoup d'hommes, parmi ceux qui occupent aujourd'hui les positions actives, ne les ont guère obtenues qu'au prix de conditions inexorables qui pèsent sur eux comme des servitudes, et il en résulte qu'enchaînés à la glèbe du maître, ils sont si fortement rivés à l'immobilité, qu'ils ne peuvent rien faire désormais pour la science ou pour l'art.

Qu'ils reconnaissent, du moins, qu'aux premiers âges de la science, l'esprit humain s'est posé le problème du fait initial en médecine : la vie dans l'homme; et que ce problème a été délié de nos jours par Barthez, à la faveur de la méthode hippocratique, qui, pour donner la solution complète de tous les faits compris dans l'orbite tracée par le père de la médecine, exigeait simplement que l'esprit médical eût atteint son entier développement.

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