FERNEL
Tout l'art médical repose sur ce fait-principe : La nature seule guérit les maladies. — Sola natura medicatrix.
Tout l'art médical consiste à imiter les procédés curatifs de la nature. — Ars curandi qua via curât sua sponte natura. (Hipp.)
La nature guérit les maladies tantôt par le repos,
(1) Pour se rendre un compte exact des principes qui séparent les vitalistes des organiciens, il est à propos de revenir souvent sur cette question, et d'examiner comment les uns et les autres procèdent clans l'institution de leurs théories et dans les applications qu'ils en font au lit des malades. Suivons-les donc encore sur ce terrain, en prenant cette fois pour point de comparaison la fièvre typhoïde, celte hydre à cent tètes de la médecine anatomo-pathologique.
Pour le chef de l'organicisme parisien, homme très-savant, praticien consommé et dialecticien subtil, la fièvre typhoïde est une agglomération passive de lésions organiques qui s'étendent les unes aux autres comme par embrasement, et forment une série d'affections distinctes qui réclament chacune un traitement spécial et radical.
Pour tout vitaliste, au contraire, la lièvre typhoïde est une fonction pathologique qui a pour effet de détruire un levain morbifique semblable à ceux de la variole et de la rougeole, et qui se développe comme eux
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l'abstinence et le sommeil ; tantôt par l'exercice, par un surcroît de nourriture et d'activité; tantôt par une agitation calculée, par des mouvements combinés, par des soulèvements, c'est-à-dire par des réactions.
Dans ce dernier cas, la nature procède de trois manières différentes, savoir : par l'expulsion ou l'élimination de l'agent morbifîque; parla neutralisation ou la décomposition de cet agent ; par la récorporation ou la régénération des solides ou des liquides. Mais, pour réussir, il faut que la nature soit en puissance, c'est-àdire assez forte; en conséquence, le premier devoir du médecin est de soutenir et de relever les forces de l'organisme : il y parvient en réglant le régime du malade et en dirigeant ses fonctions vitales, car respirer, manger à propos et agir, voilà les conditions fondamentales de la santé et celles de la guérison.
Les trois modes d'action de la nature sont réglés par des lois vitales que nous désignons sous le nom de lois
dans l'organisme par la fermentation des humeurs et du sang, à cette différence près que, dans l'affection typhoïde, l'éruption éliminatrice se concentre dans la profondeur des intestins (autour des glandes de Peycr et de Brunner), tandis que, dans la variole et dans les autres fièvres érupthes, elle se porte par irradiation à la surface de la peau.
Cette divergence profonde dans la théorie entraîne une différence radicale dans la pratique. Ainsi, par exemple, autant le médecin organicien s'empresse d'attaquer par des saignées, par la diète ou par des évacuants, les vingt ou trente affections confédérées qui composent à ses yeux l'hydre typhoïde , autant le médecin vitaliste se résigne à diriger patiemment les phases de la réaction dont il suit pas à pas les mouvements; et trèssouvent, en présence des symptômes même les plus graves, il se borne à prescrire des soins hygiéniques, à soutenir le courage du malade et à maintenir ses forces au degré suffisant pour mener à terme une lutte qu pour lui se lie étroitement aux grandes évolutions des âges. (Ed. A.)
SUR LA CONSTITUTION DE LA MÉDECINE. kki
pathologiques : ce sont les lois d'expulsion, de neutralisation et de la récorporation .
Il y a trois choses importantes à considérer dans l'action médicatrice de la nature : 1° les moyens qu'elle possède pour arriver à ses fins ; 2° les instruments ou les organes qu'elle emploie dans ce but; 3° les voies particulières qu'elle choisit en raison des diverses circonstances dans lesquelles elle se trouve.
La loi d'expulsion ou d'élimination préside aux fonctions éliminatrices; elle a sous sa dépendance tous les actes qui se rattachent aux expulsions, aux exhalations et aux évacuations, etc. (expectorations, vomissements, déjections).
La loi de neutralisation ou de destruction de la cause morbifique règle et dirige les mouvements naturels, qui, par une action chimique toute vitale, neutralisent ou détruisent les propriétés délétères des agents toxiques.
La loi de récorporation ou de régénération préside aux fonctions d'assimilation, de nutrition, de résolution, de dérivation et de cicatrisation qui aboutissent à la réparation des solides et à la reconstitution des liquides.
En raison de ces lois, l'office du médecin, en présence des maladies, consiste essentiellement à ramener la thérapeutique k l'application expérimentale et raisonnéede trois méthodes artificielles ou artistiques qui correspondent aux trois méthodes naturelles que nous venons d'indiquer, et qui consistent comme elles dans l'expulsion, la neutralisation et la récorporation.
Trois médications spéciales répondent à ces trois méthodes : ce sont la médication expulsive, la médication neutralisante, et la médication récorporante.
Trois espèces d'agents médicamentaux suffisent à ces médications, ce sont les évacuants, les spécifiques et les altérants.
Les évacuants poussent au dehors les principes morbifiques, les humeurs viciées ou surabondantes. Les spécifiques neutralisent ou détruisent les principes morbifiques qui résistent à l'action des évacuants. Les altérants réparent les pertes de l'économie en modifiant l'organisme, en le faisant autre qu'il n'est, c'est-à-dire en l'altérant favorablement.
Les altérants comprennent les tempérants, les toniques et les antispasmodiques : les tempérants calment la surexcitation de l'organisme ; les toniques relèvent le ton et les forces de l'organisme; les antispasmodiques et les narcotiques régularisent l'action vitale et rétablissent l'harmonie des fonctions.
Le médecin doit en toute circonstance se constituer l'interprète, le ministre de la nature, et employer les moyens qu'elle-même emploie quand rien ne dérange son action.
Quand le médecin n'obtient pas la guérison par ces moyens naturels, il doit avoir recours aux méthodes empiriques, soit en opposantles contrairesaux contraires, contraria conlrariis, soit en opposant les semblables aux semblables, similia similibus; soit enfin en variant, en changeant, ou en continuant l'emploi des médicaments
en raison des bons on des mauvais effets qu'ils produisent; — àjuvantibus et lœdentibus.
En résumé, la médecine consiste :
A mettre le malade dans les conditions favorables à sa guérison.
A relever son moral, à soutenir ou à exciter son courage.
A ménager ses forces, à les augmenter , où à les diminuer, selon les cas, et à les diriger toujours dans le sens indiqué par la nature.
A employer les moyens qui permettent à la nature d'exercer son action.
A expulser, neutraliser ou détruire les agents morbifiques.
A enlever ce qui est superflu;
A donner ce qui manque ;
À corriger ce qui pèche ;
A régler le régime et l'alimentation ;
A rétablir l'équilibre des fonctions ;
A réparer les pertes de l'économie ;
A refaire ce qui a été détruit.
On arrive à ce résultat de la manière suivante :
On met le malade dans les conditions favorables à sa guérison en l'entourant de tous les soins familiers qu'exige son état, et en ayant recours tà la diététique, qui est l'art d'employer méthodiquement les agents de l'hygiène.
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On soutient et l'on relève le courage du malade par des paroles persuasives et sagement rassurantes, par des soins affectueux et soutenus, par des attentions délicates.
Ces principes sont véritablement du domaine public. Ce sont eux qui ont inspiré à M. Renan les rétlexions suivantes que nous aimons à reproduire.
« La présence d'un homme supérieur, traitant le malade avec douceur et lui donnant par quelques signes sensibles l'assurance de son rétablissement, est souvent un remède décisif. Qui oserait dire que dans beaucoup de cas et en dehors de lésions tout à fait caractérisées, le contact d'une personne exquise ne vaut pas les ressources de la pharmacie? Le plaisir de la voir guérit, elle donne ce qu'elle peut, un sourire, une espérance, et cela n'est pas vain. »
On entretient et l'on augmente les forces du malade par une alimentation habilement ménagée, par un régime et des prescriptions conformes aux règles de l'hygiène.
Les moyens qui permettent à la nature d'exercer son action, et qui favorisent ses efforts, appartiennent presque tous aux ressources pharmaceutiques et chirurgicales.
On enlève ce qui est surabondant, nuisible ou superflu, en employant la diète, les bains, les saignées et les évacuants.
On ajoute à ce qui manque en prescrivant un air meilleur, un régime et une nourriture mieux appropriés à l'état du malade.
On corrige ce qui pèche en prescrivant des remèdes qui modifient l'état des humeurs et du sang, ou qui agissent directement comme spécifiques sur la cause morbifique.
On rétablit l'équilibre des fonctions par l'observance des lois de l'hygiène.
On répare et l'on refait l'économie en provoquant, secondant et soutenant les efforts et les instincts de la nature, qui seule sait réparer son ouvrage par les forces mêmes de la vie dont elle dispose.
Les forces mêmes delà vie! voilà, en effet, les sources réelles de toute guérison, quand la cause du mal a été expulsée, neutralisée ou détruite.