CHAPITRE XXVII
Sthit Hubert » confesseur; Saint MarceV, éTêque; Saint Charies-Borromée.
Paquot supplée Molanus relativement à S. Hubert , dont la féCe est placée au 3 novembre. Hubert, originaire de r Aquitaine, proviiice méridionale des Gaules, employa ses jeunes ans au service du roi Tbierri ou Tbéodoric 10 et passa à celui de Pépin d'Héristal , maire du palais d'Austrasie, en 681. On dit qu'il était passionné pour la chasse et les vanités mondaines, mais qu'enfin, touché par la grAce, il résolut de se vouer à la pratique des vertus chrétiennes. Devenu disciple de S. Lambert, il fut plus tard appelé à succéder à celui-ci sur le siège de Maëstricht qui fut tranféré , après la mort fatale de S. Lambert, dans le lieu où , plus tard , a été bâtie la ville de Liège. Hubert mourut , en 727, après avoir évangélisé , avec un grand zèle , les contrées barbares et payennes de Timmense forêt des Ardennes. Il n'y a jusqu'ici presque rien qui fasse présumer le fait miraculeux dont les peintres se sont emparés pour caractériser S. Hubert.
On a vu qu'avant sa conversion Hubert était un infatigable chasseur. Quelques écrivains postérieurs au Ville siècle ont raconté le fait que nous allons transcrire , mais ils ont pris soin d'user d'une restriction qui laisse des doutes sur son authenticité. Feriur, disentnls... on rapporte. Nous traduisons la légende : « On rapporte qu'en un certain « jour de fête, pendant que les autres chrétiens ses voisins n se rendaient à l'église , Hubert , adonné aux vanités du » monde partait pour lâchasse, tout-à-coup, un cerf luiap- » parut. L'animal portait entre ses cornes un signe de croix o signwm cructs. En même temps , Hubert entendit une » voix qui lui disait : Si tu ne te convertis au Seigneur par » un ferme propos de mener une vie meilleure, tu tombe-
120 INSTlTUTlOîiS
» ras bicntàt en cufer. A ces paroles , Hubert descendit de » cheval , adora le Seigneur qui lai était apparu et se oion- » tra parfaitement disposé à suivre Tavis qui lui était » donné. » Ce miracle aurait eu lieu dans les pays auxquels la Seine a donné son nom in Francia Sequanorum et l'histoire authentique de la vie de S. Hubert nous le montre dans TAustrasie, contrée beaucoup plus rapprochée des bords de la Meuse. Celte difficulté ne serait point cependant très-sérieuse si la narration s'appuyait sur un foodc^ment plus solide. Quoiqu'il en soit, l'art s'est mis en possession de représenter S. Hubert avec le miraculeux cerf entre les bois duquel on peint un crucifix , et pourtant la légende ne parle que d'un signe ou marque de croix. Si le miracle n'est pas environné de tontes les conditions qu'un fait prodigieux doit réunir pour mériter confiance, il nest point impossible et ne saurait faire injure à la foi catholique. De temps immémorial , les chasseurs des Ardcnnes apportaient à sa chapelle les prémices de Jeur chasse. Oa disait même, de très-grand malin, la messe de sa fête» pour que les chasseurs eussent la facilité d'y assister, avant d'aller se livrer à leurs courses favorites. La vie de ce saint, dans Alban Bullcr, traduit par Godescard, ne fait pas la plus légère mention du cerf miraculeux.
Un trait parfaitement semblable est raconté dans la \\e de S. Ëustacbe, connu aussi sous le nom de Placide. Le célèbre graveur, Albert Durer, a représenté S. Eustache descendu de cheval, entouré de chiens de chasse et agenouillé devant un cerf qui porte un crucifix entre ses bois. C'est à tort qu'on a reproché à cet artiste d'avoir commis une erreur en confondant S. Hubert et S. Eustache ou Placide. Le trait absolument identique est appliqué aux deux saints, dans leurs légendes respectives. Cette identité achève de nous rendre suspecte la narration précitée. Nous préférerions à la reproduction artistique de la légende du cerf crucigèrc , la représentation de S. Hubert en cvéquc , évangélisant les peuples dos Ardcnnes riverains de la >feusc.
Le marljTologc romain nuirque, pour le premier novcm-
DR l'art CHEÉTIEX. 121
bre, la féic de S. Marcel, év6quc de Paris , dont la soleouîlé a lieu , en ceite dernière ^ille , le 3 de ce mois. Nous suivons donc y en cette occurrence , le cycle festival de Paris , préférablement à celui de Ron^e. Ce saint , né dans la cité dont il fut le pontife, j est en grande vénération , depuis le Ve siècle , époque de sa mort. On le figure ordinairement traînant avec son étole un serpent qui en est comme enchaîné. Le saint évéque avait délivré le pays de ce monstre qui y causait des ravages. Ce fait est diversement raconté et ne s'appuie guère , il faut en convenir, que sur une tradition populaire. Les auteurs de la Gallia Christtana ne veulent voir dans cette victoire de S. Marcel sur le dragon que le triomphe de la croix sur le paganisme. Ce ne serait donc qu'un symbole du zèle ardent de S. Marcel h combattre le démon et à ruiner son empire dans la contrée qu il était chargé d'évangéliser. II semble , en effet , quil fallait beaucoup moins qu'un miracle pour détruire un serpent. 11 n'a d'ailleurs jamais existé sur les rives de la Seine des serpents ou dragons assez redoutables pour que leur existence fût un fléau public. Quelques auteurs ont pensé qu'il s'agit ici d'une grande inondation , allégorisée par une hydre monstrueuse, et dont S. Marcel aurait , par ses prières, obtenu la cessation. Il n'est guère possible de porter un arrêt décisif dans un débat de ce genre. Il est toujours certain qu'il n'y a rien de mal édifiant à représenter ce saint évéque vainqueur, par sa foi et ses prières , d'un serpent réel. La leçon du Bréviaire de Paris dit que ce monstre avait pour repaire le tombeau d'une femme adultère. Cette circonstance seule pouvait effrayer le peuple qui voyait dans ce reptile l'instrument de la vengeance divine. La manière dont ce trait est raconté dans la dite leçon , n'est point d'ailleurs parfaitement explicite.
Le 4 novembre, fête de S. Charles Borromée, cardinal et archevêque de Milan. Il naquit le 2 odobre 1528 , au château d'Arone , sur le lac Majeur, à quatorze milles de Milan , dont la Providence le destinait à devenir un jour la gloire. Depuis peu de temps il avait été décoré de la pourpre , lorsqu'il fut appelé à monter sur le trône épisco-
pal que S. Ambroise ayait illustré. Ceci eut lieu eu 1559. Le zèle et la charité de Borromée éclatèrent, surtout , dans la peste qui ravagea cruellement son diocèse. Ce dé?onement que le christianisme seul est capable d'inspirer, a fait éclore plusieurs œuvres d*art chrétien. Le peintre flamand , Van-Oost , a représenté S. Charles administrant la communion aux pestiférés. Ce trait a été fort souvent re* produit avec plus ou moins de bonheur. On pou?ait , d'antant mieux , varier la scène que le courageux pontife la renouvella lui-môme très-fréquemment, tant que le fléau* continua de sévir.
Notre célèbre sculpteur Puget représenta, en 1694, aor un grand bas-relief, le saint archevêque de Milan implorant la miséricorde divine sur son peuple désolé. Antonr du saint, gisent des pestiférés mourants qui s'unissent k sa prière. On voit, dans le ciel, apparaître une croix soutenue par des anges. Elle est pour ces infortunés un gage de salut.
L'église de Saint-Merri, à Paris, possède un très-beaa tableau de Carie Vanloo , représentant seulement le saint. La paroisse de Saint-Nicolas-des-Champs, dans la même ville, a une de ses chapelles ornée d'une communion de pestiférés, sujet analc^ue à celui de Van-Oost. Le peintre français Godefroy en est l'auteur.
Le cardinal Frédéric Borromée , cousin de notre saint , révèle un fait qui est peu connu : « On a , dit-il , dépensé » beaucoup d'argent k peindre S. Charles Borromée , ans- «> sitôt après sa mort ; et pendant qu'il vivait , personne , » peut-être, na songé à retracer la physionomie de ce » très-saint pasteur. Cette négligence des artistes pent ce- » pendant s'excuser, parce que les hommes d'une éminente » sainteté sont peu soucieux des honneurs d'ici-bas, et, en ^ cela , ils imitent le saint évêque Paulin. L'évêquc Sévère » demandait à t^lui-ci de lui faire don de son portrait , » mais le saint ne voulut pas condescendre à un pareil *> vœu. » Il résulte de ce passage que la figure de S. Cbar- " les, telle qu'on* la dessine sur un type assez constant est simplement approximative , si elle n'est pas totalement ar-
DE l'art chrétien. 123
bitraire. On lui donne communément un nez aquilin et des traits fortement prononcés, mais tempérés par une céleste mansuétude.
S. Charles mourut en 1584 et fut canonisé neuf ans ans après sa mort par le pape Paul V. On éleva sur le lac Majeur, près du chéteau d'Arone , en 1650, une statue colossale, en cuivre battu, représentant ce saint. Elle a 33 mètres de hauteur, c'est-à-dire 21 mètres pour la statue et plus de 15 mètres pour le piédestal. Le saint donne la bénédiction d'une main et tient un livre de Tautre. On monte dans la tête par une longue échelle et Ton regarde en bas par les ouvertures des narines.
i 24 INSTITUTIONS