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CHAPITRE XXVIII

Deuxième eonllmuiUoii du mois de MoTcaAre.

Les Quatre-Couronnés ; Stint Martin , évéque; Sainte Elisabeth de Hongrie.

Le 8 novembre , TEglise fait mémoire des Qtiaire-Couronnés. Les noms de -ces martyrs sont Sévère, Sévérien , Carpophore , et Yiclorin. Ils souffrirent la mort en 304. Molanus fait un biâmc aux sculpteurs et aux mouleurs en plâtre de prendre ces saints pour patrons, parce quils ne savent pas les distinguer des cinq martyrs Claude, Nicostrate» Symphorien , Castorius et Simplicien ou Simplice. On devrait, en ce cas, dire les Cinq-Couronnés ou bien les Couronnés. La confusion dont parle notre auteur, est trèsfacile, pour ne pas dire légitime, car il n'en fait pas mention. Les cinq derniers furent enterrés avec les quatre premiers, dans le cimetière de la voie Lavicane, à .Rome, et le pape Léon lY fit porter les reliques des uns et des autres dans réglise dite des Quatre- Couronnés qui était anciennement un titre de cardinal prêtre. Les cinq derniers martyrs étaient sculpteurs de profession et ils furent mis à mort pour avoir refusé de sculpter des idoles. Ceux-ci sont donc les seuls et vrais patrons des artistes voués à la statuaire et la glyptique. Rien n'indique dans les quatre premiers qu'ils aient professé ce bel art. A cause d'une certaine analogie , les maçons et les plâtriers ont revendiqué le même patronage que les sculpteurs. Us ont élevé leur métier à la dignité d'art. Qui voudrait leur en faire un reproche , surtout en un siècle où le maçon le plus vulgaire se qualifie d architecte, et où la dénomination de métier s'est absorbée

dans celle d'état ? Les Quatre-Couronnés proprement

dits furent battus descourgées de plomb jusqu'à extinction.

Le 11 novembre est consacré h la solennité d'un des saints les plus célèbres de l'Eglise universelle. L'art chré-

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tien a épuisé toatcs ses ressources d'imitation graphique à retracer S. Martin , évéque de Tours. Il n'est aucune partie du monde catholique où il ne soit honoré. Un nombre immense de paroisses sont placées sous son invocation.

Suipice Sévère raconte, ainsi qu'il suit, un trait de sa YÎe : « Un jour que Martin n'avait sur lui autre chose » que ses armes et son costume militaire, dans un des hio vers les plus rigoureux, où le froid avait fait périr pin-* » sieurs personnes, il rencontra, à la porte de la ville » d'Amiens, un pauvre tout nu. Vainement ce malheureux » avait sollicité la compassion de tous ceux qu il avait vus

> entrer dans la ville. Tous l'avaient dédaigné. Martin, » rempli de l'esprit de Dieu , comprit qu'à lui était réservé n le mérite d'assister cet infortuné. Il n'avait que la chiamyde » dont il était couvert, le reste de ses vêtements avait » été employé en bonnes œuvres. Il saisit le glaive dont il n était ceint, partagea la chiamjde par le milieu et so » couvrit de l'autre moitié. Quelques-uns de ceux qui l'en- » touraient se mirent à rire de cette sorte de mutilation de » son vêtement militaire. Plusieurs autres, dont le cœur » était plus compatissant, gémirent tout haut de n'avoir » jamais rien fait de semblable , quand ils le pouvaient fa- » cilement, sans être obligés de se réduire à un état de o nudité. La nuit suivante, pendant que Martin se H- » vrait au sommeil, il vit en songe Jésus-Christ revêtu n d'une partie de la chiamyde dont , la veille , il avait » couvert l'infortuné. Il lui fut ordonné de contempler at- D tenlivement le Seigneur et de reconnaître exactement que n c'était bien la moitié de la chiamyde. Martin entendit B ensuite Jésus qui, se tournant vers les anges de son cor- » tége, leur disait : Martin qui n'est encore que catéchumène

> m'a couvert de cet habit. Le Seigneur rappelait , en ce n moment , les paroles qu'il avait dites déjà et qui se li- » sent dans l'Evangile de S. Mathieu : Quand vous avez n fait du bien à l'un de ces humbles du siècle, c'est à moi- » même que vous avez accordé un soulagement. »

Quelle était la couleur de celte chiamyde? Le peintre a-

t-il ia liberté du choix sur ce point? Il parati, d'après Venance Fortanat qui a écrit une vie de S. Martio , en beaux Yers latins , que cette liberté n est pas laissée aux artistes.

Hac se veste tatnen tectum obîulit ipse ereator, Martinique Chlamys texit velamine Christum Nulla Àugustansm meruU hune vesiiê honarem MUitis aima Chlamys plus est quam purpura regum.

« Le créateur lui-même s'offrit à Martin sous le vêtement » dont la générosité de celui-ci Tayait couvert. Jésos-Cbrisi » était vêtu de la cUamyde du compatissant guerrier « faon- » neur que ne regut point Thabit impérial des Césars. La » BLANCHE chlamjde du soldat jouit de plus belles préro- » gatives que la pourpre des rois. » Cette dernière antithèse surtout ne laisse aucun doute sur la couleur blanche de la chlamjde de S. Martin. Ammien Marcellin, nomme ear^didati (vêtus de blanc) les soldats composant Télite des troupes qui, dans les combats, entouraient Tempereur. 11 est utile d'observer que le terme grec chlamys ne signiGe manteau que par extension. Le sens véritable est celui d'habit BÛUtaire, de surtout, de casaque. D'après le récit de Sulpice Sévère, on est induit à penser que déjà Martio avait donné son manteau, lorsqu'il partagea sa cblamjde et cet acte de générosité en est d'autant plus méritoire. Il semble pourtant que le partage du manteau soit considéré comme un fait tellement exclusif qu'aucun artiste n'oserait prendre sur lui de figurer S. Martin divisant par le milieu sa cblamj^de blanche.

Ce saint est souvent représenté en évêqoe et c'est là, sans contredit , son plus noble attribut , car c'est comme pontife que Martin fit éclater les plus éminentes vertus. Son élection épiscopale eut lieu vers l'an 376 , et il fallut lui /aire violence pour le faire sortir du monastère qu'il avait fondé et que l'on regarde comme le premier qui ait été institué dans les Gaules.

La vie de de grand évêque de Tours présente une foule de traits que l'art chrétien peut reproduire. L'église paroissiale de S. NicoIas-des-Champs , à Paris, possède un tableau assez remarquable où ce saint est représenté gué-

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rissant un iépreax, au moment où il entre dans la ville de Paris qui se bornait alors à la Cité. On a aussi reproduit le célèbre trait où S. Martin recevant la coupe de l'empereur Maxime qui la lui présentait comme au plus digne du festin, le saint, au lieu de la remettre au prince afin qu'il j bot le premier, la présenta , à son tour, au prêtre dont il était accompagné. Loin de voir cela de mauvais œil , Maxime j applaudit ainsi que toute sa cour. Ce saint , né à Sabarie, en Pannonie, vers l'an 316, mourut à Candes, dans son diocèse de Tours, vers Tan 400. Molanus ne parle que du trait de la chlamjde partagée avec le pauvre d'Amiens.

On figure aussi S. Martin célébrant le saint sacrifice de la Messe, tandis quun globe de lumière plane sur sa télé. Ce fait est rappelé dans une des oraisons de sa fétc.

Sainte Elisabeth, fille du roi de Hongrie, est honorée le 19 novembre. Selon Molanus, cette pieuse et charitable princesse est figurée avec trois couronnes. Elles sont l'emblème de la sainteté de sa vie dans les trois états de virgioité , de mariage et de veuvage. On a reproduit un grand nombre de traits de cette vie si courte en années et si pleine d'admirables vertus. On doit lire l'histoire de sainte Elisabeth écrite par M. de Montalembert. Jamais, jusqu'à ce moment, sainte Elisabeth n'avait eu un aussi habile et si judicieux agiographe. Une église paroissiale de Paris est sons le vocable de cette sainte. Née en 1207, elle mourut en 1231.

Le miracle des roses a été souvent reproduit par l'art. Sainte Elisabeth portait dans le pan de sa robe des provisions aux pauvres. Henri son époux veut absolument connaître ce que la sainte voulait par humilité dérober à ses regards. Le pan déployé laisse tomber des roses. Henri voit en même temps rayonner sur la tète d*Elisabeth une croix.

La conque absidale de Téglise de Sainte-Elisabeth , à Paris, représente Tapothéosede la sainte patrone par M. Alaux qui la termina en 1846. Le célèbre Murillo a peint cette sainte avec un merveilleux talent.

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