CHAPITRE III
Formes diverses des églises à toutes les époques.
La discipline est une chose variabie. Elle se modiGe selon les temps et les lieux. C'est pourquoi Ton a vu depuis les premiers siècles jusqu'à nos jours s'élever des églises qui affectaient les formes les plus disparates. On en a vu de rondes, en carré long, en carré parfait, à sept ou huit pans, et même sans régularité de plan. Les auteurs mystiques ont vu dans ces divers édiGces une symbolique, tout comme dans ceux qui avaient la forme de vaisseau indiquée par les constitutions apostoliques, ainsi que dans ceux qui ont la forme de croix. S'agit-il d'une église ronde comme VAnastasis bâtie à Jérusalem par l'impératrice sainte Hélène? Ils y voient Tévangile prêché sur tout le globe dont ce temple a la forme sphériquc. Est-elle carrée? Ils y voient les quatre vertus cardinales, la justice, la force, la prudence, la tempérance. Us voient dans Tirrégularité du plan l'imperfection humaine et une invitation à chercher sans relâche le bonheur parfait. Ainsi toute forme a sa symbolique et Ton n'a qu'à lire, pour s'en convaincre, le Rational de Guillaume Durand, écrit dans le treizième siècle.
Mais nous avons à présenter sur cette question plusieurs développements. Il a été dit que la discipline ecclésiastique est susceptible de modifications et que ceci doit influer sur l'architectonique religieuse. Au moyen-âge avait déjà disparu la pénitence publique. Néanmoins encore le respect pour l'antiquité influait assez puissamment sur la construction et la disposition externes et internes de l'édifice sacré. Il est facile de constater cette vérité en considérant les églises qui nous ont été léguées par les XIIc, Xllle et XlVe siècles. L'abside, le chœur des chantres, les ambons changés en jubés, la nef principale, les nefs collatérales s'y rc-
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trouvent. Seulement la multiplicité des autels inconnue dans les premiers siècles amène celle des chapelles qui rayonnent surtout autour de Tabsidc. A cette addition doit s'attribuer le prolongement des latéraux qui entourent le sanctuaire. Pourtant, nous voyons encore plusieurs grandes églises de Tcpoque susdite, borner leurs collatéraux aux limites des temples primitifs que nous avons décrits dans le chapitre qui précède. Telles sont celles de Saint- Jean et de Sainl-Nizier, à Lyon, de Saint-Bénigne et de Notre-Dame, à Dijon, et plusieurs autres.
Deux principes relatifs à la forme des églises se sont disputé la prééminence. Les constitutions apostoliques voulaient, comme nous lavous déjà énoncé, que l'église fut bâtie en forme de vaisseau. Cette prescription est évidemment un symbole. L^Eglise, dans le sens moral, est bien la barque de Pierre agitée par les flots, mais qui ne sombre jamais parce que Jésus-Christ a promis d'en être le pilote. Le terme usuel de nef, navis s'est conservé comme un témoignage de cet antique symbolisme. On a cru cependant que cette forme pourrait être aussi bien une imitation de ces édifices royaux ou prétoires de justice qu'on appelait pour cela basiliques. Selon celte opinion , l'église qui offre trois nefs se prolongeant parallèlement et sans intersection depuis l'entrée jusqu'au chevet ou abside est de forme basilicaire. Il peut y avoir du vrai dans ces deux sentiments.
Il est un autre symbolisme pour le moins aussi honorable que le premier. C'est celui qui a imposé à l'église la forme d'une croix. Ici, la grande nef et ses latérales sont coupées par une traverse , selon le système de la croix latine dont la base est plus longue que le sommet. C'est ce qu'on nomme le transsept ou mieux encore la croisée. Ce sont principalement les églises du style dit gothique qui présentent celte configuration. H n'est pas néanmoins bien rare de voir de grandes cathédrales dont la construction remonte au treizième siècle et qui ont la forme basilicaire ou do vaisseau. Telle est la métropole de Bourges. On a quelqurfois pratiqué deux transsepts pour figurer la croix dite do Jérusalem ou de Lorraine. Telle fut la magnifique al>-
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batiale de Cluny que le s(upide vandalisme des premières aoDées de notre siècle a démolie.
L'église en vaisseau, Téglise en croix latine, tels sont les deux t^pes les plus communs dans ToccidcnL Les orientaux se sont montrés plus constants dans la forme primitive. Trois nefs parallèles courent sans interruption pour so terminer par trois conques dont celle du centre est Taulel et les deux latérales sont ce qu on nomme la prothèse et le diaconicon. On y voit cependant quelques églises en croix grecque dont chacune des quatre branches a la même longueur. C'est ainsi qu'à Rome même avait é(é conçu le plan de Saint-Pierre du Vatican qui, à force de changements successifs, finit par être exécuté en croix latine. Qu'il nous soit permis de dira en passant que nous ne comprenons pas comment on a pu si souvent être indécis sur Fadoplion lie ce dernier plan, pour une basilique du suprême patriarcat de rtlglise latine. Le système de la croix grecque a été adopté pour la nouvelle église de Sainte-Geneviève à Paris.
Maintenant, h laquelle de ces formes convient par excellence le tjpe du génie chrétien? On a cru pouvoir résoudre la question dans quelques ouvrages modernes où l'assurance sur beaucoup de points est tranchante et hardie. Quand on a sérieusement étudié la tradition ecclésiastique, on est forcé de prendre un ton plus modeste. La difficulté n y est nulle part dirimée. Amiens avec son transsept de soixante mètres de longueur n'est pas moins un chef-d'œuvre de style chrétien que Bourges avec sa forme de basilique ou de vaisseau. Il faudrait croire pourtant qu'à Amiens on a ' méconnu « le vrai type de l'église chrétienne et que moins » celle-ci s'en écarte, mieux elle conserve son caractère. »
L'auteur de ce passage a-t-il bien compris la portée de son assertion, dans un livre publié en 1845? Il y a lieu d'en douter. La première basilique du monde chrétien Saint- Jean-de-Latran et celle de Saînt-Pierrc-du-Valîcan ne sont point du tout conformes à la prescription des constitutions apostoliques. Elles ont des transsepts qui excluent toute idée de vaisseau. Ceci tout justement déciderait un esprit
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droit à se prononcer conirc la forme voulue par ces constilulions, car à Roinc on doit savoir jusqu'à quel poiiil elles sonl obligatoires.
L'église en forme de rotonde, malgré le symbolisme chrétien que nous avons fait connaître ne nous semble pas un modèle à suivre et Ion ne saurait s'autoriser du magni* fiquc exemple que nous offre le Panthéon romain changé en Notre-Dame-de-la-Rotonde. La manière dont nous bous exprimons prouve que cet édifice fut primilivemeut un temple paycn. CcUe' forme pourrait cependant convenir à une chapelle d'hôpital, de couvent, mais ne saurait présenter une grande commodité au service tparoissial ou aux solennités d'une cathédrale. Aussi est-il extrêmement rare que des églises destinées h un service public soient édifiées sur ce plan.
Le carré long ou parallélogramn»e , sans collatéraux, se rencontre encore assez souvent parmi les monuments d'au âge reculé. Ordinairement, toutefois, la paroi qui. fait face a la porte principale s'arrondit ou bien se brise en plusieurs pans , pour former le sanctuaire. Quelques cathédrales , en France, ont été construites sur ce plan fort simple et ne sont pas dépourvues de majesté. La métropole d'AIbi, les cathédrales d'Angers, de Viviers, etc., en fournissent des exemples. Nous n'aurons garde de citer, en ce genre, la moderne église de la Madelaine, à Paris. Cette grande et unique nef n'a rien de commun avec les églises qui viennent d'être citées. On a voulu, avant tout, reproduire le Parthenon d'Athènes. Y-a-t-on réussi? C'est ce qu'il ne nous importe aucunement d'examiner. Il suffit de dire que la tradition de Tancien art chrétien est absolument étrangère; h celle édification d'ailleurs très-splendide et très-correcte dans son genre.
Pour ce qui est de Tirrégularité préméditée on croira difficilement qu'elle a pu être un calcul. Rien de plus vrai cependant et il est certain que les capucins avaient toujours soin (le ne donner à leurs églises couvcnluelles qu'un seul l)as-c6to, placé ordinaîremoni à gauche de la grande nef. Deux aiuienncs églises de cet ordre, à Paris, aujourd'hui
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Saint-Jean-Saint-François et Saînt-Louis-d'Antin), offrent cette singularité. On dit que chez ces bons religieux c*ctait un sentiment d'humilité. Le plus habituellement , Tirrégularité provient des retranchomcnls ou des additions que l'édifice à dû subir. Elle provient quelquefois d'une nécessité du sol sur lequel il a été construit.
Le dôme n'est point proprement un système d'architecture. Trèsr-souvont il n'exerce aucune influence sur le plan de l'édiGce. Il couronne d'une voûte exhaussée , de forme ronde ou quadrangulaire , le point d'intersection de Taxe et du transsept. Ce terme qui, en grec et en latin, est synonyme de maison , a été spécialement employé pour désigner cette voûte en calotte, inaugurée, à ce qu'on croit, par l'architecture byzantine. En France , on use plus communément du nom de coupole. Le célèbre Panthéon de Rome prouve que les anciens en avaient connaissance/ mais il appartenait au culte chrétien de lancer dans les airs cette voûte. Témoin ce mot que l'on prête à Michel-Ange , en parlant du dôme du Panthéon lourdement posé sur le sol : « Je veux le lancer dans les nues. » Le plus ancien dôme élevé par le christianisme est celui de Sainte-Sophie, dans la ville de Gonstantinople. La dédicace de cette église eut lieu en 537. On croit pourtant avec quelque fondement que l'église des Saints-Apôtres, édiGée dans la même ville par l'empereur Constantin, était surmontée d'un dôme. Cela nous suffit pour être convaincus que le dôme est de style ecclésiastique , quoique ce qu'on nomme particulièrement l'art chrétien en France , en Angleterre , en Allemagne , nous voulons dire le style ogival , ne présente aucune construction de celte nature, si ce n'est l'église cathédrale de Coutances. Après la renaissance, et surtout après que Sixte y ent terminé l'immense coupole de Saint-Pierre, plusieurs dômes s'élevèrent en France, notamment ceux de la Sorbonne, du Val-dc-Gràce, des Invalides, de Sainte-Geneviève , h Paris. L'Anglicanisme voulut aussi posséder un dôme pour rivaliser avec celui de Rome. La fastueuse église de Saint-Paul en fut couronnée , mais la palme est incontestablement restée à la coupole romaine.
Un autre caractère spécial de Tédifice Htargique est la tour cajnpanaire. Les cloches n*ayanl été employées au service du culte chrétien que vers le VIU siècle, le beffroi destiné à les recevoir doit nécessairement être postérieur à cette époque. Puis encore, dans les premiers temps de son introduction , la cloche étant d^une dimension médiocre , il dût suffire pour la placer sur le fatte de ré.iifice d*une assez faible charpente. Plus tard, le nombre des cloches et leur ampleur, ont exigé des tours que Ion isola d'abord, et cela se voit encore assez fréquemment en Italie. C^est ce qu'on nomme le Campanile. A partir de ce moment, les églises reçurent ce complément de leur construclion et cela donna lieu à ces majeslueuses façades que le mojen-âgc nous a léguées. Tels sont les portails de Reims, de Parts, de Chartres, de Bourges, de Rouen, d'Orléans et d'autres monuments sacres du premier ordr^.
Dans les églises abbatiales , et même dans les collégiales et cathédrales , le service du chœur e?iigeait que des cloches fussent placées sur le faite correspondant à l'entrée du chœur afin que les clercs pussent les sonner sans sortir do l'enceinte qui leur était réservée, pour marquer les diverses Heures de l'Office divin. De là ces clochers , la plupart en flèche , qui s'élevaient sur laréte de la toiture du chœur. Tel était le campanile de Notre-Dame de Paris qui s'est écroulé sous les coups de l'ouragan révolutionnaire. Tels sont les élégants campaniles de Rouen, d'Amiens, d'Orléans , de Dijon. L'emploi des cloches a imprimé un immense progrès à rarchitecture religieuse. Cet accessoire est devenu tellement important qu'une église sans clocher peut n peine se concevoir. Le simple clocher rustique embellit tout un paysage, son aspect réveille les sentiments les plus doux et les plus consolants. Les flèches surfout ont été comparées h des doigts aériens qui semblent indiquer à Tâme exilée sa véritable patrie.
On convient généralement que les (ours campanaires, soit en terrasse comme colle de NoIre-Darae-de-Paris, soit en flèches comme a Chartres et à Strasbourg, s'harmonisent jnfinimonl mieux ayre rarchitecture ogivale qu'avec le stvle
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grec ou romain. Aussi , dans la capitale du monde chrétien où tout est étranger au système ogival on ne remarque pas un seul clocher digne de fixer Taltention. Les deux petits campaniles que Ton a dressés sur le fronton de lantique Panthéon , aujourd'hui Notre-Dame-de-la-Rotondc , sont trèséloignés d'^ produire un bel effet. On sait que Saint-Pierredn-Vatican» après un malheureux essai, a dû se voir à jamais condamné à rester sans campanile. S'il peut y avoir une exception, elle est en faveur de Téglise do Saint-Sulpice, à Paris, quoiqu'on ait prétendu le contraire. Si la tour du midi était pareille à celle du nord, ce portail , malgré son caractère gréco-romain , supporterait sans trop de désavantage , un parallèle avec un portail ogival. Aussi heureux n'est pas, à beaucoup près, le portail très-moderne de Saint- Yincent-de-Paul , dans la même ville. Les clochers de Saint-Louis-en-rile, de Sainte-Elisabeth, de Saint-Denjsdu-Saint-Sacremcnt, de Notre-Dame-de-Lorette sont absurdes. Très-heureusement , Téglisc de la Madelainc repousse absoment toute idée de clocher, à moins que conformément à ce quon voit quelquefois en Italie, on n'élève à côté de cet édifice pagano-cfarélien, et à une certaine distance, une tour campanaire , dans tel st}'le qu on voudra , puisque cette construction ne sera point partie intégrante de ce parthenon christianisé. La nouvelle église Sainte-Clotilde , à Paris, offre un beau portail décoré de deux flèches en harmonie avec le style ogival de tout Tédifice.
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