‹ Institutions de lʹart chrétienChapitre 108 sur 180 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Notions pratiques et historiques sur les anciens édifices religieux.

Il est utile d'observer que le temple chrétien ne se lie au culte extérieur que dans la position pacifique et normale de lelablisseroent religieux. La discipline de l'Eglise, dans cet état que nous appèlerons légal, exige que Tauguste sacrifice soit exclusivement offert, en ce qui touche le service public, dans des édifices spéciaux que nous nommons églises ou chapelles. Ce n*est point sans dessein que nous venons d'emplojer les termes de service public, car la discipline accorde aux prélats le privilège ou droit dit de chapelle, en vertu duquel ils peuvent célébrer la messe et conférer tous les sacrements dans leur propre demeure. L'autorité ecclésiastique concède même quelquefois ce privilège à de simples prêtres, avec cette différence que les prélats peuvent célébrer partout oii ils se trouvent, tandis que le prêtre autorisé ne le peut que dans le lieu pour lequel il a obtenu cette faculté. Ceci est la simple chapelle dont le privilège est assez souvent accordé aux maisons ou châteaux de seigneurs, aux communautés religieuses « etc. La disposition de ces lieux est assujettie à diverses règles qui ne peuvent être ici exposées, parce qu'elles ne sauraient entrer dans notre plan.

Il ne peut donc s'agir, en ce moment, que des édifices sacrés auxquels on donne le nom d'églises, parce qu'en effet TEglise ou assemblée des fidèles s'y réunit pour rendre à Dieu le culte de latrie. Le terme de temple appartient à 1 ancienne théurgie payenne et le christianisme après avoir repoussé cette appellation pendant les quatre pcemiers siècles, en use aujourd'hui assez fréquemment, sans avoir à redouter la fausse application de l'idolâtrie. Les sectes séparées du catholicisme affectent au contraire de donner exclusivemenl aux' lieux consacres h leurs réunions pieuses la

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dénomination de Temples j avec la prétention de se rattacher ainsi à ce quelles nomment, par excellence, les siècles purs du christianisme. Or, on ne peut mentir plus ouvertement à l'antiquité , comme on vient de le voir.

Les chrétiens des premiers siècles avaient, outre le nom d*église qu'on lit dans S. Paul, plusieurs autres termes pour désigner TédiGce liturgique. C'était, chez les Grecs, le Kyriacorij et chez les Latins le Dominicum, deux mots qui signifient la maison du Seigneur. Cet édifice prenait le nom dé Martyrium ou témoignage , quand il était construit sur le tombeau d'un martyr; les noms d'Apostolium j de Prop/ie((Bum^ selon la qualité des personnages qui y étaient spécialement honorés. Nulle part et jamais, s'il faut le re~ dire, le temple Templum ne fut reconnu comme le lieu 'de Fadoralion chrétienne. Le nom d'église absorbait toutes les autres dénominations et a gardé jusqu'à nos jours toute sa prérogative. Ce n'est, pour ainsi parler, que d'une manière poétique que le sanctuaire du vrai Dieu , dans le sein du christianisme, prend le nom de temple.

L'église est donc l'édifice destiné à l'assemblée du peuple qui 7 est présidé par l'évéque pu par le prêtre. Dans le premier cas, c'est la cathédrale ou église de la chaire épiscopale, du latin Cathedra , chaire. Dans le second, c'est la paroissiale ou la paroisse. Dans les premiers siècles , l'église cathédrale fut la seule où les habitants d'une circonscription spirituelle se réunissaient, pour assister au saint sacrifice , 7 communier, y entendre la parole- de Dieu, y remplir enfin tons les devoirs prescrits. Elle seule possédait les fonts baptismaux, c'est de là qu'elle tirait son nom d'église-mèro parce qu*elle enfantait spirituellement des enfants au christianisme. Ce ne fut qu'au Ye siècle qu'on créa des églises subsidiaires ou secondaires placées sous la direction des chorévéques ou de simples prêtres qui en prirent les titres de plebanij parocht, curati , curés. L'ordre monastique s'établit aussi à peu près vers le même temps et se dilata avec une assez grande rapidité. Alors surgirent les églises conventuelles monasteria que le moyen-âge appela mouliers. Voici donc la dénomination d'église appliquée à la cathé-

dralc, à la paroissiale, à Vabbaliale ou conventuelle. Plus tard, naquirent les appellations de basilique, de collégiale, de primatiale. La première n'est qu'un terme générique qui , dans le principe, ne fut quune indication de la forme ou de Torigine, comme nous aurons occasion de le dire plus loin et qui ne s^appliqne aujourd'hui qu'à certaines églises de Rome ou par extension à quelques grands édiBces religieux.

On conçoit qa*au temps des persécutions , Tédifice sacré ne pouvait se dessiner sur le sol avec une forme nettement prononcée. Mais quand survenaient des temps calmes , au sein de la tempête qui était , pour ainsi dire, Tétat normal il est constant que leglise matérielle se distinguait des habitations particulières. Aiusi, selon le témoignage de Lactance , qui pourtant ne youlait pas qu'on adorât Dieu dans des Temples j mais dans le cœur {De ira Dei , lib. 1} nous savons qu*un édifice religieux s'élevait dans la ville de Nicomédie , que cet édifice était placé sur une hauteur, à la vue du palais et que cette destination bien connue le fit remarquer par Dioctétien qui ordonna d'en briser les portes, le pilla et le rasa , après avoir renoncé à son premier projet de le brûfer, par la crainte d'incendier la ville. [De morte persecutomm , No 12).

Il faudrait maintenant pour décrire ces anciennes églises rencontrer des notions suffisantes dans les auteurs contemporains. Il existe cependant une voie assez sàre , c'est Tindoction. Lorsque la paix fut rendue à l'Eglise par le grand Constantin et que , pour répondre à la noble impulsion qu'il donnait lui-même, on construisit un grand nombre d'églises, dans plusieurs villes, il ne dût pas être assurément question de rompre la chaîne traditionnelle et on peut affirmer qu au lieu d'innover on suivit la forme précédemment inaugurée. Eusèbc se contente de dire qu'on reconstruisit les églises ruinées et qu'on y déploya une somptuosité inusitée. (Hist. lib. 10. Cap. 2). Sozomène nous apprend qu'on répara les églises qui étaient susceptibles d'agrandissement et qu on en édifia de nouvelles , aux frais de Tempereur. Les nouvelles églises devaient donc retracer fidMemont les anciennes. Cori nous semble démontré.

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Entrons maintenant dans les détails dcscripUrs. Nous n'avons qu'à interroger les documents historiques les plus irrécusables.

Une enceinte de murailles enfermait le lieu saint. La porte principale était haute, large, aussi magnifique qu*il était possible et regardait FOrient. Une cour carrée qu'environnaient quatre galeries couvertes, portées par des colonnes, précédait Téglise proprement dite. C'était V Atrium. Là se donnaient les instructions préliminaires aux catéchumènes. Au centre de ce préau étaient des fontaines, du moins il y avait toujours un bassin d'eau. Trois portes donnaient accès dans le temple, mais celle du milieu était plus élevée et plus large que les deux latérales. La grande introduisait dans la nef du milieu, les autres dans les nefs secondaires. Un nombre plus ou moins grand de colonnes très-hautes supportait le lambris fait de bois de cèdre. Le marbre en compartiments formait le pavé. Au fond , visà-vis de la grande porte était le trône épiscopal. Autour, à droite et à gauche, en hémicycle, existaient des sièges pour les prêtres. Un autel unique était placé au centre de cette abside , et le clergé était ainsi séparé des simples fidèles. L'évéque et les prêtres avaient donc la face tournée vers le peuple et Tautcl , c'est-à-dire vers TOrient. Une balustrade ornée de délicates sculptures fermait au peuple le sanctuaire. Aux deux extrémités des collatéraux , en face des petites portes , étaient des édicules servant de vestiaire ou de sacristie et de baptistère. Telle était Téglise antique dans tout l'Orient. Nous devions d'abord envisager ces contrées auxquelles Dieu daigna accorder la priniogénilure évangélique , quoique , dans les conseils- de sa providence , rOccident dut posséder la chaire principale de l'unité. L'ordre chronologique nous imposait cette obligation , puisque le chef visible de l'Eglise universelle daigna privilégier ces contrées du berceau de la foi chrétienne.

Quand l'Occident eut reçu la lumière évangélique , la maison de Dieu dut se formuler sur le type oriental préexistant et importé par les prédicateurs de la croyance révélée. Néanmoins comme l'esthétique chrétienne ne pouvait s'as-

ireiiidre à la rigooreusc aniforroité du dogme et qu elle avait DDO allure beaucoup plus libre , elle put s'émaociper d*une senrile el minuliouse imitation. Le (empic chrétien de rOccident roodîGa un peu ces formes traditionnelles. Ainsi la direction de Taxe vers le couchant ne fut pas conslammenl observée. Le portail d'un assez grand nombre de ces églises , au lieu de faire face à TOrient , fut placé dans le sens contraire. Hâtons-nous pourtant de dire que les églises édifiées à Rome par Tempcreur Constantin reçurent une direction analogue à celle qu on leur donnait dans la GnVe et dans TAsie Mineure. C'est pourquoi les basiliques de Saint-Jean-de-Latran (primitivement du Saint-Sauveur), de Saint-Pîerre-du-Vatican , de Saint-Paul extra muros ont leur portail tourné vers TOrient, c est-à-dire en sens inverse de Notre-Damc-de-Paris et en général de nos principales églises de France. Nous aurons à revenir sur ce point qui a donné lieu k quelques controverses, x

I^ disposition intérieure de ces églises occidentales difTérait aussi de celle qui régnait dans les temples orientant. Cette diCTérence était néanmoins peu notable. On n*a qu'à jeter un coup-d'œil sur les plans, pour se convaincre qu^il y a presque identité. Dans la suite des temps, la différenre est devenue beaucoup plus grande, comme nous aurons à le remarquer.

Nous avons déjà dit un mot de I église de Saint-Cléniciil, à Rome. Dom Mabillon a consigné dans son MusfPum italfcum la description de cette ancienne église qu*a décrile aussi le Père Lebrun. Il nous semble opportun de transcrire ici ce qu'en disent ces deux savants investigateurs. Cet(e église se divise en quatre parties, trois dans Tintérleur et une à lextérieur. La partie supérieure de Tintérieur se compose de Tabside centrale et des deux absides collatérales qui terminent les deux afies. Au centre de la grande abside, s'élève, contre le mur, le trône de levéque. A droite et à gauche sont des bancs de pierre pour les prêtres. C'est ce quon nommait le presbytère , presbyterium. Les deux absides latérales sont deux espèces de sacristies dont l'une était destin^»e à recevoir les vases sacrés el l'autre les livres né-

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ccssaires aa culte. Laulel est isolé au milieu de Tabside et un Ciborium ou baldaquin le couronne. Le célébrant a lo , dos tourné vers le siège épiscopal et regarde le peuple ou la grande porte de Téglise. Au-dessous de Taulel est la confession , c'esl-à-dîrc le tombeau où sont renfermées les saintes reliques. Dans le principe, cet autel fut une table carrée sur laquelle on ne plaçait que ce qui était indispensable pour le sacrifice. Ainsi donc , point de gradins , de tabernacle , de retable » de cbahdeliers. Cet autel est entouré d'une balustrade de marbre qui Tenferme sur les quatre faces et s*élève à la bauteur de la ceinture. Elle est placée sur la plus haute des deux marcbes.

Au dessous de Tautcl, entre celui-ci et la grande nef, est le cbœur destiné aux cbantres. 11 est pareillement enclos d'une balustrade quadrilatère et on y monte par trois marches. A la balustrade droite sont deux ambons ou jubés, Tun tourne vers Fautel sert pour Tépitre, Tautre tourne en sens opposé pour les leçons. A gauche et appuyé aux chanccis est un troisième ambon pour Tévangile. Celui-ci est plus élevé que les deux premiers et Ion y monte par un escalier. Un autre escalier sert pour en descendre. En face de cet ambon évangélique s'élève un candélabre de pierre on mosaïque. Le pavé est à divers compartiments du marbre.

A la suite du chœur des chantres, s'étend la nef où les fidèles doivent se placer. Les nefs collatérales ont la même destination. Celle de droite reçoit les femmes; la gauche, ccst-à-dire celle qui est du côté de Févangile, est. destinée aux hommes. Au bas de la nef est de chaque côté un oratoire avec son autel. Les trois nefs sont séparées par des colonnes de marbre, d'ordre ionique. La voûte est un lambris doré, en bois et recouverte immédiatement de tuiles. L'abside seule est en pierre. Nous avons eu déjà occasion de présenter ces derniers détails, dans le chapitre précédent.

La quatrième partie, c'est-à-dire Y atrium, est formée lo d'un large portique soutenu par quatre colonnes et sous lequel est la porte principale de Téglise ; 2o d'une vaste cour carrée formant une galerie couverte, mais seulement du côté droit, où se trouve une petite porte qui y donne

accès. Les deux autres faces n*ODl point de galerie et sont à ciel ouvert comme toute la cour.

L'axe de IVglisc de Saiot*Clément est dirigé de Porienl & l'occident.

A ce qui vient d'être dit il ne nous semble pas hors de propos d'adjoindre un document relatif aux places qui étaient assignées anciennement à diverses catégories d'assistants. Ceux qu on nommait pénitents se tenaient sous le portique et ne pénétraient point dans Tintérieur. Les écoutants y entraient, mais se tenaient au bas de la grande nef, non loin de la porte. 11 en était de même pour les catéchumènes après révangile et Thomélie. On les renvoyait ensuite et ils ne pouvaient assister au saint sacriGce. Les prosternés pénétraient plus avant dans le temple, jusqu'aux ambons et au chœur des chantres. Là on faisait sur eux des prières et des impositions de mains. Les consistants se plaçaient entre les ambons et le sanctuaire. Ils assistaient au saint sacrifice, mais n'avaient pas le droit dy présenter leurs oiTrandes, ni de participer à la communion. On présume pourtant qu'ils étaient, même en ce lieu, séparés des fidèles auxquels il semblerait que cette place devait être réservée. Les nefs collatérales admettaient les seuls Odèlcs, cost-h-dire ceux qui n'avaient aucune pénitence à subir et qui communiaient. Tel était, dans ces siècles où régnait une discipline sévère , Tordre qui était observé, en ce qui regarde les places occupées dans le saint temple.

Ces détails ne sont pas étrangers au but que fait envisager le titre de ce chapitre, si Ion veut bien observer que la construction d'une église est et doit être nécessairement subordonnée à l'usage qui doit en être fait. C'est justement ce que certains architectes modernes semblent méconnaitre en traçant des plans où la pure esthétique parait vouloir prédominer sur rulililé. Si Ion peut démontrer que des églises , telles que la Madelaine de Paris et quelques autres réunissent toutes les exigences d'une appropriation liturgique , ce qui vionl d'être dit pourra être estimé de nulle valeur. Jusques là nous avons la ferme confiance que notre observation nest pas dénuée -d opportunité.

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