‹ Institutions de lʹart chrétienChapitre 111 sur 180 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

OricDtalion des églises.

Pour terminer ces notions générales sur le temple chrétien , nous pensons qu'il est opportun d'entrer dans quelques développements sur une question qui , en ces derniers temps , a été diversement envisagée et qui semblerail ne pouvoir encore recevoir une solution. Rien de plus aisé cependant si Ton veut se donner la peine de remonter aux sources et de consulter la discipline et Tusage de l'Eglise, juge compétent en cette matière, il s'agit de l'orientation du temple catholique. Dans notre ouvrage qui a pour titre : Origines et Raison de la liturgie catholique, au ive paragraphe de rarticlc Eglise , nous avons assez amplement traité cette question , mais au lieu de retracer ici ce que nous avons déjà publié, ce qui serait bien dans notre droit, nous avons cru devoir ofiFrir sous une nouvelle forme nos explorations sur cet objet et leur donner une plus grande extension.

Il est certain que les païens ont toujours affecté de diriger leurs temples vers l'orient. C'est une des règles positives rappelées par Vitruve pour ce qui regarde les monuments de la théurgie idolâtrique. Ce culte en effet tirait son origine des anciens Chaldéens et Perses qui adoraient l'astre du jour comme une de leurs principales divinités. Il se transmit aux Egyptiens qui , sous les noms de Serapis et d'Osiris, rendaient un culte de latrie au soleil. Les grecs d'abord et puis les Romains virent dans le soleil Apollon et Phœbus. Chez les Phéniciens ce fut Adonis , chez les Assyriens Baal et Belus. L'instant où cet astre se montrait à l'horizon , après les ténèbres de la nuit, était celui où la divinité favorite semblait plus spécialement digne d'adoration. Dans les premiers temps du christianisme , pour ne pas heurter trop brusquement lés habitudes des païens con-

DE LABT CilRETlEN. 1 i,i>

verlis à révangiie, on crul devoir s'accommoder jusqa^à an certain point à quelques-uns de leurs anciens usages. En se tournant vers l'Orient , pour honorer le vérilable Dieu , le Yrai soleil de jusiico qui venait dissiper les ténèbres morales dans lesquelles le monde était plongé, et substituer au culte de la créature celui du créateur , on faisait très* heureusement prendre le change à ces nouveaux prosélytes de la croix. Les constitutions apostoliques , pour se plier à ces antécédents , Toulurcnt que le prêtre de la loi nouvelle offrit le sacrifice non sanglant , la face fournée vers Vorient. On avait d'ailleurs soiu d'instruire ces nouveaux disciples du Christ de l'idée mystique que le christianisme attachait à cette direction privilégiée. D'ailleurs c'était de l'orient que In lumière évangélîque avait jailli pour illuminer l'occident. C'était là qu'élait né , mort et ressuscité le véritable Orient, prédit par les prophètes, la Splendeur de la lumière ilernelle. Ecoutons. S. Germain, patriarche, de Constantinoplo : a C'est une tradition reçue des apôtres » qui nous fait tourner vers l'orient pour prier , parce » que le soleil spirituel de justice, Notrc-Seigneur J.*C. , » se manifesta dans ces contrées sensibles du soleil levant. n Parce que encore nous attendons de nouveau notre pan radis reconquis , dans Eden , et que nous l'envisageons D dans cette partie du ciel ; enfin , parce que nous fixons » ainsi nos regards vers le levant de celte lumière qui api> paraîtra au second avènement du Christ par lequel nous » serons régénérés. » Il nous serait aisé d'accumuler un grand nombre de citations de ce genre, qui s'accordent admirablement avec ce que nous lisons dans l'ancien et le nouveau testament, où le Messie promis est représenté sous l'emblème de l'Orient. C'est ainsi que le prophète royal nous dit : « A vous qui craignez, mon nom brillera, à son lever, 1» le soleil de justice. » Et dans le môme nous lisons : « La » lumière s'est levée pour les justes , la joie pour ceux qui » ont le cœur droit. »

Au commencement du quatrième siècle, lorsque Constantin édifia k Rome les deux basiliques du Sauveur et de Saint-Piorre," ainsi que celle do Saint-Paul ecctrà muros^W

voulal quo Taie de ces églises courut d'orient en occident, ccsi-à-dire en sens inrerse du plus grand nombre de nos églises. Celle disposition s'y est maintenue. Mais le célébrant a^ait alors comme aujourd'hui la Ggnre tournée vers la principale porte, ccst-à-dire vers l'orient. Le motif de condescendance aux anciennes babiiudcs et surtout le symbolisme chrétien que nous venons de faire connaître étaient fidèlement observés de la part du célébrant. Mais puisque rassemblée avait au contraire la figure tournée vers le sacrificateur, il est bien constant qu'elle regardait Toccidcnt et que, -sous ce rapport, c'était une dérogation complète à la vieille coutume des payens. Cet usage s est maintenu k Rome jusqu'au temps présent et certainement on est fort éloigné d'y renoncer. On voit d'autre part que la règle do Vitruve fut totalement méconnue par Constantin, en ce qui regarde la direction de l'édifice vers l'orient. Nous ne voyons point ici un argument en faveur de certains archéologues qui ont présenté cette orientation comme une règle invariable et absolue. Nous redisons qu*à Rome, dans ces basiliques Constantiniennes, le pontife, en célébrant sur l'autel dit papal qui lui est exclusivement réservé, a constamment la face tournée vers ce mystérieux orient , mais il n'en est pas moins certain que le peuple qui occupe la nef prie en se tournant vers le point cardinal diamétralement opposé.

En France, en Allemagne, en Angleterre, la très-majeure partie des grands monuments religieux affecte une direction tout-à-fait opposée à celle des basiliques dont nous venons de parler. Là le célébrant et les fidèles ont la face tournée vers l'orient. Mais parce que la prescription antique se trouve plus régulièrement observée dans ces églises , faut-il conclure qu'une église tournée vers tout autre point de l'horizon est, par ce seul fait, passible des censures ecclésiastiques ? Pour répondre affirmativement il faudrait qu'il restât démontré que la discipline ecclésiastique consignée dans les canons des conciles en a fait une loi obligatoire. Or, cela n'est pas. Vainement on objecterait que Guillaume Durand, évéque de Mende, au treizième siècle, a formulé dans son Bationale cette règle: EecU-

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sia débet quoque sic fundari ut caput recle inspiciat ver* 9ÙS Orieniem. a L'église doit élrc bàlie de lelle manière o qu'elle ait son chevet tourné vers TOrient n Ce texte ne saurait être regardé comme une ordonnance épiscopale, mais simplement comme un de ces symbolismes auxquels Fauteur attachait avec tant d'amour des significations dont toutes ne sont pas également acceptables et plausibles. Nous ne prétendons pas ranger celle-ci au nombre des dernières , il est vrai, mais nous remarquerons que déjà dans le quatrième siècle on n'attachait pas k cette direction des églises vers rOrieut une importance excessive. L'église bitie par S. Paulin, à Noie, en Thonneur de S. Félix, n'était point du tout orientée, selon ce principe. Au huitième siècle, Walafride Strabon, après avoir parlé du symbolisme des 4'glises tournées vers rOrient, et de l'usage de prier en face de ce point de l'horizon, ne fait pas difficulté de dire: n Maintenant nous prions en nous tournant vers toutes les ])arlies. du monde , parce que Dieu est partout , quia Deus tibiquè est.

Nous devons à présent reconnaître que s'il n'est point possible d'articuler une prescription formelle et strictement obligatoire, en ce qui touche la direction du chevet d'une église vers l'Orient, il est certain qu'en général telle fut la coutume observée dans tous les siècles , principalement pour les églises cathédrales et paroissiales. Quant à ce qui est des églises conventuelles, nous pouvons citer les jésuites qui avaient pris, au contraire , pour règle de diriger l'axe de leurs oratoires vers le midi. Les autres corps religieux déviaient aussi presque toujours de la règle de l'orientation équinoctiale. Pour pou qu'on étudie les monuments sacrés élevés par les congrégations religieuses à Paris et ailleurs , on se convaincra que la très-immense majorité de ces édifices s'écarte comme à dessein de la coutume observée ailleurs. Rome, parmi ses innombrables églises, compte autant de directions diverses qu'il y a, pour ainsi parler, de points à l'horizon.

Restera toujours néanmoins digne de respect Tusage de tourner le chevet ou abside dos églises destinées au service

public, comme les cathédrales et les paroissiales, ters rorient équiDOctial. Nous n'hésitons pas même à dire que si l'architecte a la liberté du choix, c'est presque un de* voir pour lui de se conformer à celte direction. Si pourtant la disposition du sol était telle qu'en orientant exactement l'église , la porte principale dût se trouver du côté directement opposé au chemin qui y conduit, une anomalie de cette nature justifierait l'abandon de ce que nous avons nommé une véritable coutume , mais qu'il ne nous est pas possible de présenter comme une règle canonique et liturgique. Nous croyons avoir clairement démontré ceci.

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