CHAPITRE VI
Dispositions intérieure des églises. — L'Autel.
Après avoir parlé de lextérieur des temples chrétiens, nous avons à • nous occuper de tout ce qui concerne leur intérieur et c'est ici la plus noble partie de notre lâche. On conviendra en effet que tout ce qui se réfère au dehors est susceptible, en réalité, de variations presque infinies et que la discipline ecclésiastique n*a établi que peu de règles sur ce point. Encore même il n'y en a jamais eu de bien déterminées et qui fussent strictement obligatoires.
Le premier et le plus auguste objet de Tintérieur d'un temple catholique est Tautel. Il en est Tâme, parce que sans le sacrifice il n'y a point de véritable liturgie , c està-dire d^action publique de la prière. Un édifice dans lequel on se réunira pour chanter des psaumes e( des cantiques en rhonneur de TEternel sera une salle d'assemblée pieuse, mais loin de mériter le nom d'église, ce lieu ne sera pas même digne du nom de temple , car les temples du paganisme aussi bien que le temple de Salomon furent des lieux de sacrifice. Sous ce rapport comme sous l'aspect historique, ainsi qu'on l'a vu plus haut, le local destiné aux assemblées protestantes ne saurait être un temple.
L'autel est tellement l'objet capital que l'édifice lui-même n'a été construit et façonné que pour lui servir d'abri. La liturgie sacrée peut s'exercer, nous l'avons déjà dit, sans temple , mais elle est impossible sans autel. Au temps des persécutions^ il est vrai, les mains et quelquefois la poitrine des martyrs tinrent lieu d'autel dans les prisons, mais ce n*est qu'une de ces exceptions dont Thistoire de l'antagonisme des ces premiers siècles nous offre des exemples.
S'il fallait prendre au pied de la lettre ce que nous lisons dans quelques écrivains de cette époque , on serait amené
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à conclure que la religion chrétienne n'admet point d*autcl, car Origène a dit que chacun a pour autel son ftme. II faut prendre ces passages dans le même sens que ceux où il est dit que les chrétiens n ont point de temples. Le catholicisme naissant ne roulait point emprunter à l'idolâtrie son Yocabulaire théurgique. Très-réellement aussi les premiers chrétiens n'avaient ni autels , ni temples pareils à ceux des païens. Le sang des victimes n'y était point versé. Et pourtant S. Paul ne craignait pas de dire : Habemus altare. Et S. Jean , dans TApocalypse , emploie un terme semblable.
Le premier autel eucharistique du christianisme fut, sans nul doute » la table sur laquelle le divin Sauveur institua le sacrement de son amour. Cet autel primitif fut, disons-nous, la table de la dernière cène. Aussitôt que les apôtres, après la descente du Saint-Esprit, célébrèrent le Saint Sacrifice, selon Tordre qu'ils en avaient reçu de leur divin maître, ils durent faire ce qu'ils avaient tu et cet autel dut être une table de bois comme celle de l'institution. La basilique de SaintJean-de-Latran , à Rome, conserve, avec un soin respectueux , l'autel de bois sur lequel S. Pierre célébra les saints mystères. La tradition des premiers siècles nous apprend que les métaux les plus précieux concoururent avec le simple bois pour devenir la matière des autels. Ainsi nous lisons que l'empereur Constantin fit présent à l'église d'Antioche, bâtie par ses ordres, de sept an« tels d'argent pur, pesant ensemble deux-cent-soixante livres. Or, à celte époque, la religion de Jésus-Christ pouvait enfin s'asseoir triomphante et paisible sur les débris de l'idolâtrie, line règle devait fixer uniforroénient ce point important. L'Eglise jngea, d'après ce que dit l'Ecriture qui appelle Jésus-Christ la pierre angulaire, que l'autel devait traduire littéralement cette expression figurée. L'autel de bois qui, jusqu'à ce moment avait été le plus commun , parce quosa légèreté permettait de le transporter à volonté , dans les temps des persécutions , fut remplacé par l'autel de pierre. Le moment était enfin venu où l'on pouvait le fonder d'une manière fixe. Déjà , dès le commencement du Vie siècle , le
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concile d'Epaone ou Yêne avait défendu de consacrer par le saint chrême tout autel qui ne serait pas fait de pierre. Toute nature de pierre est donc disponible pour ce saint usage. La règle se contente de généraliser la matière de lautel.
Pour les personnes peu versées dans ce qui regarde la discipline ecclésiastique, et c'est surtout pour elles que nous écrivons, il est indispensable de fournir ici les notions les plus précises et les plus claires. Dans le langage habituel , on nomme autel la table plus' ou moins longue et large sur laquelle, outre le calice, se placent le livre, les cartons, le tabernacle, les chandeliers, les reliques, les vases de fleurs , etc. Une variété indéfinie règne dans la forme et la décoration des autels considérés dans cette large acception. Mais tout cela n'est pas lautel, selon sa véritable significa* tion. Dans la plupart de nos églises, Tautel liturgique, celui-là qui seul en mérite le nom est tout justement celui que personne ne voit. Pour ces églises, Tautel , dans son acception intime, est une pierre carrée dont la surface doit être assez grande pour recevoir le calice et la patène. C'est ce qu'on nomme la pierre sacrée ou lautel mobile. Cet autel est incrusté dans la table de bois , de métal , de pierre , sur laquelle se posent le livre et les autres objets. Il faut donc bien se garder de confondre l'autel proprement dit avec ce qui en est le support et cette confusion est trop ordinaire parmi les écrivains laïques qui traitent de l'art chrétien. Ce genre d'autel peut changer de place, sans inconvénient.
Il n'en est pas de même de l'autel fijce. Celui-ci est la table même tout entière qui , comme nous l'avons dit , doit être intégralement en pierre. Sa dimension n'est point soumise à une règle déterminée. Il faut seulement qu'il puisse recevoir, outre le calice et la patène, le livre avec son support et les cartons. La dimension la moins grande qu'il soit possible de donner à cet autel fixe est celle de ua mè-? tre et demi de longueur sur près d'un mètre de largeur. Il est de ces autels qui ont jusqu'à cinq mèlres de longueur. (Tel est celui de la cathédrale d'Orléans , formé d'un seul
bloc de marbre). Lautcl fixe dont noas parlons es( donc simallanément pierre sacrée et table, ara et mensa. Il est posé sur une maçonnerie qui forme on tout avec lui. La consécration de cet autel se perd s'il y survient une modi* fication grave, telle que la ruine de la maçonnerie ou sa translation sur un autre point. Lorsque par suite de changements qu'une nécessité locale a provoqués on procède à la translation d'un autel qui , par exemple , au lieu d'occuper le fond de Tabside sera placé au milieu du sanctuaire, il est facile de s'assurer si cet autel était fixe ou portatif. Quand malgré sa masse en pierre la fable supérieure porte h son centre, dans une eavité, la médiocre pierre carrée cî-dessus décrite, il suffit d'enlever respectueusement celle-ci qui ordinairement est enveloppée d'un linge à demeure et de la porter provisoirement à la sacristie ou dans un autre lieu décent. La véritable translation est alors opérée. On peut maintenant démolir sans crainte tout ce qui reste, car ici il n'j a plus d'autel , mais seulemet ce qui \m a servi de support. Lorsqu'on voudra célébrer sur la nouvelle table en pierre, en métal, en bois ou tout autre matière, il suffira de replacer la pierre sacrée qui a conservé toute sa consécration. *
Si au contraire, Tautel à démolir est du nombre de ceux qu'on appelle fixes, aussitôt que la table supérieure, qui est elle-même cet autel , aura été déplacée et séparée de son support, elle aura perdu sa consécration. Dès que cette table aura été replacée sur le point déterminé, on ne pourra y célébrer qu'après une nouvelle consécration faite par l'évéque. Enfin , si le bloc de pierre qui sert d'autel fixe est assez élevé pour qu'il puisse se passer d'un support, ou bien si le support a pu être transféré sans que Tautel s'en soit détaché , cette translation n'oblige point à réitérer la consécration.
Telles sont les règles imposées par la discipline de l'Eglise et , pour plusieurs motifs , nous avons estimé que Tarchîteclc devait en avoir connaissance.
L'autel portatif ou pierre sacrée est devenu depuis plusieurs siècles l)oauconp plus commun que l'autel fixe, parce
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qu^il est sujet à moins d'inconvénients. Il est utile d'ajouter que tout autel , soit fixe, soit mobile, doit être intérieurement enrichi de reliques. Elles y sont placées par l'évéque consécrateur dans une cavité nommée tombeau ou sépulcre, laquelle est ensuite scellée avec de la cire. La face supérieure ou horizontale de lautel est ornée de cinq croix dont une est au centre et les autres sont gravées aux angles. Il est aisé de connaître à ces signes si une pierre d'autel fixe ou mobile est consacrée. La dimension peut beaucoup varier selon l'une ou lautrc de ces deux qualités , mais les signes sont constamment identiques.
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