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CHAPITRE XI

La Chaire; le Banc d 'œuvre.

La chaire cs( Tobjet principal qui frappe les yeux dans la nef d'une église. Le seul nom qu'elle porle rappelle une des plus importantes fonctions de l'épiscopat. G est en effet , du haut de sa chaire , que l'évoque instruisait son peuple. La chaire , du latin Cathedra , a donné à TEglise-Mère d'un diocèse, sa qualification de cathédrale. Il résulterait de ceci que rigoureusement la chaire ne devrait exister que dans Téglise épiscopale. Mais quand la religion chrétienne eut étendu ses conquêtes, etqull ne fut plus possible d'assigner à chaque agglomération de fidèles , un pasteur qui eut le caractère épiscopal, les simples prêtres, sous les noms de plebanij curait furent préposés à diverses fractions de l'Eglise-Mère ou épiscopale. Chacune de ses fractions eut son temple pour y assister à l'office divin présidé par le prêtre. Celui-ci fut chargé de distribuer h ce peuple le pain de la parole , aussi bien que celui des sacrements. Yil-on, pour cela, s'élever en chacune de ces églises subalternes une chaire, Cathedra^ pour celui qui y présidait? Nullement. La chaire, dans Tacccption radicale du terme , appartenait aux seuls successeurs des apôtres. Mais le prêtre plebanus ou curé , à l'exemple des évêques qui , an lieu de parler du haut de leur chaire ou trône, montaient assez souvent sur l'ambon placé à l'entrée du chœur, le prêtre, disons-nous, y monta et en fit sa tribune oratoire. Par une extension que légitimait l'usage qui en était fait , l'ambon devint comme la chaire du délégué de l'évêquc. Elle en prit le nom. Quand , par la suite des temps , le ministère de la prédication prit un grand développement et que, dans les cathédrales elles-mêmes, les prêtres furent appelés à prêcher devant les pontifes ministres ordinaires de la prédication, l'évêquc ne dut point, pour cela, céder

sa chaire. La (ribunc de la parole sacrée fut d'abord Taniibon, pais le jubé, cl enGn plus tard, surtout dans les grandes églises, on érigea un ambon exclusivement réserré h ce genre de ministère et la chaire entendue selon le sens aujourd'hui consacré par l*usage fut créée. Ce n'est pas à tort que ce lieu élevé a conservé , comme on voit, ce nom caractéristique de chaire. G^est bien toujours , en eRet , révoque qui, par Torgane desprélres par lui délégués pour cette haute fonction , instruit , ordonne , exhorte , reprend.

Dans quelques polémiques suscitées au sujet de Fantiqnité des chaires , les origines liturgiques n'ont pas été consultées par des explorateurs compétents qui ont dû ainsi se fourvojer. Il ne s'agit pas de discuter sur le ministère de la parole , mais sur le lieu précis où ce ministère a été exercé. Le Irône épiscopal, Tambon, le jubé, ont élé de véritables chaires quand ce ministère y a été rempli. I^ question n'est pas là. Y-a-t-il toujours eu dans les églises cathédrales ou autres une tribune de pierre ou de bois, fixée sur un des cotés de la grande nef, surmontée d'an ciel ou abal-voix, comme on en voit actuellement, en an mot, une chaire h prêcher? Non, mille fois non. L'étude des monuments traditionnels antérieurs au XlVe et XVe siècles prouve qu'on n'y connaissait point cette tribune spéciale. Si Ton parle d'un suggestus, d'un analogiumj d'une exhedra , c'est toujours l'ambon évangélique dont il est question. On ne peut s'obstiner contre l'évidence.

On a prétendu aussi que le nom de tribune n'était point dn vocabulaire ecclésiastique. La tribune , a-t-on dit , était à l'orateur du sénat ou du forum, la chaire à l'orateur chrétien. Ce sont là des opinions complètement excentriques. Le poète Prudence, ne craint pas de donner, au lieu élevé d*oii descend la parole sainte le nom de tribunal.

Tronic «uft adversa gradibus sublime tribunal Tolliiur^ Antiêêcs frœdicat nndè Dewin,

S. Grégoire de Tours nomme irihunal l'ambon destiné au chant, à la lecture, et tout auteur français a toujours traduit par tribune, ce irUmnal latin. La tribune est aussi, dans une égKse , une galerie de pierre ou de bois élevée

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pour divers usages. II est trop tard pour chasser du langage ecclésiastique un terme qui lui a été légué par lantiquilé*

Personne n'ignore que surtout depuis le XVIe siècle la prédication a pris un essor inconnu aux époques antérieures. L'ambon ou le jubé ne présentait plus une tribune convenablement placée pour que les auditeurs qui occupaient toute rétendue de la nef fussent en état d'entendre la parole sainte. Alors un nouvel ambon devenu indispensable fut disposé sur un des côtés de la grande nef. C'est ce que nous nommons la chaire et n'oublions pas que chaque siège clérical du chœur était, il y a à peine un siècle, nommé aussi chaire. On pourrait encore trouver ici une origine du nom donné à lambon exceptionnel dont nous parlons en ce moment.

De quel côté de la nef la chaire doit-elle être placée ? Si l'on veut bien se rappeler que, selon les rubriques, le diacre doit tourner la figure vers le nord , quand il chante rEvajBgile , la réponse sera aisée. Dans ifne église dont Taxe court de l'occident h l'orient, la chaire devra donc être fixée au flanc méridional de la nef, c'est-à*dire du côté de l'épitre. Les cathédrales qui doivent naturellement être prisas pour modèles ne sont point cependant unanimes en fait sur ce point. Nous pouvons néanmoins citer Notre- Dame de Paris où la chaire occupe cette place normale. Saint-Sulpice , Saint-Euatache , Saint-Nicolas-des-champs , Saint-Laurent , Saint-Etienne-du-Mont , dans la même ville suivent cette règle. Quelques autres grandes églises de cette capitale la méconnaissent. Si une église a son orientation opposée à celle des précitées , la chaire devra être placée du côté de l'Evangile , c'est-à-dire toujours sur le flanc mé* ridional de l'édifice. Disons, en passant, pourquoi l'Evangile, selon la rubrique, doit être chanté ou prêché, en ayant la face tournée au nord. C'est un symbolisme que inentionnent tous les liturgistes. On chante l'Evangile en stf tournant vers la partie septentrionale : lo Parce que c'était , dans l'église , le côté occupé par les hommes et que c>st à eux qu'on doit préférabïcment annoncer la bonne

nouvelle , parce qu*il leur appartient d'être, dans la famille, les hérauts de la foi , en ly prêchant par la bouche et par Tcxemple ; 2o parce que TEvangile est destiné h réchauffer les cœurs lièdes et froids qui sont représentés par Taquilon dont le souffle cause les frimats. Cette dernière explication est de Rémi , d'Auxerre.

Nous ne connaissons cependant aucune prescription de discipline qui détermine d'une manière précise le lieu on elle doit être placée. Quelquefois même on a cru que le côté de révangile était préférable, sans tenir aucun compte de lorien talion. Nous sommes persuadés que ce dernier motif est moins déterminant que celui plus haut exposé. Une église dont Taxe court de Torient à Toccident, si la chaire y est placée du côté de Tévangile réunit, sous ce rapport, les deux symbolismes. C'est ce qui a lieu dans celle de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, à Paris.

Pour ce qui regarde la forme de la chaire, on conçoit qu'il ne saurait exister de prescription positive. En Italie, c'est une véritable tribune longue et étroite à laquelle on monte des deux côtés. En France, c'est ordinairement un ambon de forme ronde, très-souvent hexagone, cplagone, et même octogone. La forme carrée est moins gracieuse. Dans son livre intitulé : Du Vandalisme et du Catholicisme dans Vartj H. de Hontalembert a stigmatisé certaines chaires en ces termes : « Est-ce de cette cage suspendue entre » deux piliers, ou de ce tonneau à demi-crensé dans le n mur que l'on prêche la parole du Dieu vivant dans la » même langue que S. Bernard et Bossuet ? » L'auteur, s'il avait voulu, n'aurait pas manqué de formuler en termes aussi incisifs un bon nombre d'autres chaires devant lesquelles le vulgaire s'extasie et qui, en réalité, ne sont que des tours de force d'où le génie chrétien est tont-à-fait absent. Sans doule l'art du menuisier, du sculpteur, peut s'exercer sur un objet aussi apparent dans une église, mais à condition qu'il n'oubliera pas qu'il travaille en effet pour une église. Ainsi un énorme Samson portant la chaire sur ses épaules et tenant en main une mâchoire d'Ane ne saurait être un symbolisme bien noble, en supposant qu'il s^oit

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iogénîeux. I^a lualignîié y verra, di's le premier coup dœil, une allusion peu honorable pour Toraleur, quoique Tarliste ait voulu, peut-être avant tout , Vy figurer terrassant les vices dont les Philistins seraient Icnihlénic. Comme œuvre d'art , cette chaire qu*on admire à Paris , est digne de la plus grande estime, mais ceci ne saurait être notre point de vue capital. La sculpture peut, sur une chaire de forme pentagone, représenter fort à propos Notre-Seigneur, évangélisant , escorté sur les deux panneaux de droite et de gauche, des quatre évangélisles, ou bien des quatre vertus la Foi, TEspérancc, la Charité, la Religion. Pourquoi encore n*y figurerait-on pas avec leurs attributs les docteurs de TEglise.

Les premières chaires de prédication furent , dans lorigine , privées d*un couronnement ou abat-voix. Cela devait être puisque ces chaires n'étaient en réalité que les anciens ambons reconstruits sur une des parois de la grande nef. Vers le dix-septième siècle, on sentit le besoin, dans les églises vastes, de placer au-dessus de la chaire Tabat-voix dont le nom seul explique le but. L'art s'est emparé de cet accessoire et Ta varié à l'infini, mais encore ici le bon goût ne Ta pas toujours inspiré. Le style de la chaire doit, ce nous semble, chercher à se marier avec le style de Téditice. Il est vrai que de nos jours on semble enfin comprendre que Tunilé est une chose louable et précieuse. Cela nous fait croire qu'on cessera d'élever dans une église d'architecture gréco-romaine des chaires qui ne peuvent convenir qu'à un édifice ogival.

Si la chaire n'a point d'antécédents d'antiquité que l'art chrétien puisse invoquer, le banc-d*œuvre en a beaucoup moins encore et on ne peut point, pour ceci, remonter audelà de deux siècles, à peine. Les membres du conseil ou du bureau de Yœuvre ou fabrique, quand ils n'appartenaient point à la cléricalure, suivaient modestement la condition des autres laïques. Le premier règlement à peu près complet qui ait paru sur cette matière, nous voulons dire l'œuvre ou fabrique de marguilliers, est celui de Saint- Jean-en-Grève, à Paris. Il est de l'an 1737. L'article 73

fait meoUoD de Vœuvre oa banc sur lequel les marguilliers avaient le droit exclasif de prendre place. Il était natarel qne des églises riches comme celles de la capitale se missent en frais pour faire de ce banc un objet d'art. La chaire semblait exiger vis-à-vis d'elle quelque chose de symétrique. Alors apparurent ces bancs-d'œuvre dont quelques-uns se font remarquer par la richesse de la boiserie. Il suffit de citer celui de Saint-Germain-rAuxerrois. Hais il arrive trop souvent que ces hantes et larges menuiseries obstruent Tarcade oik elles sont placées et éclipsent même quelquefois la chaire dont elles ne devraient être que le modesie accessoire.

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