CHAPITRE X
Stalles ; Lutrin ; Orgues.
A fcpoque où le cbœur fut totalement clôturé par la haute enceinte plus souvent en pierre qu'en bois, une double rangée de stalles qu on nommait naguère encore chaires, subsellia, fut établie sur chaque côté iutérieur de cette enceinte. Avant ce temps , les membres du clergé se plaçaient le long des balustrcs , quand Tautel était adossé au rondpoint de Tabside , ou bien au pourtour intérieur de celle-ci. Nous avons déjà parlé de Tanlique presbyterium. Dans Tun et Taulre cas, ils avaient pour sièges des bancs. Mais comme le plus habituellement le clergé se tenait debont on s'appuyait sur des bétons ou potence que Ton appelait reclinatoria. L'enceinte continue du chœur favorisa singulièrement Tédification de ces sièges fixes qui sont connus sous le nom de stalles. L'art en fil son domaine et dans quelques cathédrales ces sièges cléricaux devinrent des chefs-d'œuvre de menuiserie sculptée. Il suffit de citer les stalles d'Amiens. A la place du bâton ou reclinatorium on adapta au siège qui se levait et s'abaissait à volonté , une sorte de petite banquette sur laquelle on pouvait s'asseoir, sans cesser de paraître debout. Cette posture la plus habituelle, pendant l'assistance du clergé aux offices , explique le nom de stalle qui est donné à ces chaires, du verbe latin stare, se tenir debout. La banquette d'appui prit naturellement le nom si pittoresque et si expressif de Miséricorde. Or, comme le siège proprement dit est le plus ordinairement levé, l'art se plut à l'orner de sculptures variées et fantastiques. Souvent c'est le diable sous plusieurs formes hideuses qui y est représenté. N'est-ce point là le prince des ténèbres qui , vaincu par l'Evangile, est forcé de servir comme d'escabeau aux prêtres qui célèbrent la gloire et la puissance du triomphateur de l'enfer?
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Depuis que la plupart de ces clôtures du chœur ont disparu pour rederenir des balustrades en fer ou en bois , les stalles se sont maintenues en s*y adossant. Dans un chœur où Tautel est placé au centre , et s'interpose entre le peuple et le clergé, les stalles forment un hémicycle, en s'épauouissant autour de Tabside. Les cathédrales de Lyon , de Bordeaux, etc., en offrent Texemple. Quand , au contraire, Tautel est adossé au rond-point, les stalles se prolongent, de chaque côté , jusqu'à lentrée du chœur. Telle est la disposition de Notre-Dame-de-Paris et du plus grand nombre des églises de cette ville. Dans le premier cas, la stalle placée au centre de Thémicycle se distingue, dans une cathédrale, par une plus grande élévation , car c*est le siège ordinaire de Tévéque. Dans toute autre église , la stalle du curé ne doit en rien différer des autres sièges , en quelque lH)sition que cette stalle soit fixée. Une décision émanée de la Congrégation des Rites , à Rome, en date du 10 mai 1707, s'exprime très-clairement sur ce point : « Le curé ne doit » pas avoir dans le chœur un siège plus élevé et plus orné » que les autres prêtres. » Parochus in choro, etc. Cette règle mérite assurément d'être respectée et nous regardons comme un devoir de la transcrire ici, afin qu'elle serve de règle à l'architecte jaloux de se conformer aux prescriptions de la discipline ecclésiastique.
Dans un chœur disposé à la romaine , le lutrin cantoral est derrière Tautel. Il est entre l'autel et les fidèles , lorsque l'autel est à l'extrémité de l'abside. Le lutrin, dont Tétymologie est le verbe latin légère j lectum, et se nomme, pour cette raison, lecirinumj est à peu près constamment fixé à demeure , c'est pourquoi nous ne le faisons pas figurer parmi les meubles liturgiques. Les premiers lutrins étaient principalement destinés à la lecture de TEvangile. On les façonnait, à cause de cela, en forme d'aigle, par allusion à l'animal symbolique de S. Jean. De là l'expression si commune dans la langue liturgique : Ad aquilam chori; à l'aigle du chœur. Le pied du lutrin reposait souvent sur les quatre animaux de la vision d'Ezéchiel. Pourquoi Farlislc ne forait-il pas revivre ces œuvres erobléma-
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tiques qui ont pour elles la sanction de lantiquité chré* tienne? Trop souvent, il faut bien le dire, il met son génie h la torture , pour trouver quelque chose de neuf et ce qu il caresse comme une heureuse invention n'est, pour la plupart du temps, qu'un objet totalement étranger à la mystique du culte divin. Nous ne prétendons pas que TEglise ait fixé la forme qui doit être donnée au lutrin , mais il existera à jamais ce quon nous permettra d appeler un sens chrétien qui devra toujours inspirer, pour rameublcraent du temple catholique, des formes distinctes de celles dont on revêt les objets profanes et usuels. Le lutrin reçoit aussi Tappellation de pupitre, mais ce dernier terme implique aussi ridée d'un lieu élevé pulpitunij tandis que le lutrin est in piano. Rien n'cmpéchc de l'établir sur une estrade qui justifierait alors le nom de pupitre. C'est à cause de <%lte position élevée que le lutrin était anciennement nommé analogium^ graduale, ambo, etc. En certaines églises , le lutrin est placé dans une tribune du fond ou latérale. Certaines localités exigent ces exceptions.
Du lutrin à l'orgue la transition est naturelle. Ce roi des instruments , car il les réunit tous , contribue très-puissamment à la pompe du culte sacré. Le cardinal Bona place l'introduction de l'orgue , dans nos temples, au Vile siècle, sous le pontificat de Vitalien. On ne peut cependant le considérer comme partie obligée d'un édifice religieux , car si le Ylle siècle fut témoin do Tintroduction de l'orgue dans l'église, il n'en est pas moins vrai que jusqu'au XYe et même XVIe siècle l'orgue fut rare même daus les cathédrales , du moins en France. Il est toujours certain que l'architecte des églises en style ogival ne subordonna point ses plans à ce genre d'ameublement religieux. Rien ne l'annonce dans nos cathédrales des XlIIe et XlVe siècles. Nulle part on ne voit un emplacement qui aurait été ménage pour un buffet d'orgues. Certes les belles et grandes rosaces des portails et des transsepts ne furent point élaborées avec un art si merveilleux, ni animées par de si spicndides vitraux, pour être ensuite éclipsées par d'immenses buffets. Le célèbre Guillaume Durand , au XlIIe siècle , ne parle d'orgues
que dans un seul endroit de sou Rationale et resle encore h savoir s*il y est réellement question de cet assemblage de tuyaux. II dit qu'au Sc^ctus de la Hesse, les orgues, Organa, résonnent quelquefois. Cette expression peut aussi bien signifier que Ton y fait entendre des instruments de musique. Il fait remonter Tcmploi de ces instruments, Organaj à Salomon et à David. Or, à coup sûr, les Organa du culte juif n'étaient pas des orgues. Il nous semble même évident que le fameux orgue envoyé par l'empereur Constantin Copronyme, au roi Pépin, qui en gratifia Téglise de Saint-Corneille, à Compiègne, n'avait pas une bien grande analogie avec nos orgues du XYIe ou XVIIe siècles.
En aucun temps, l'orgue ne jouit d*une faveur aussi grande qu'en ce moment. Depuis quelques années, l'Orgue dit accompagnateur est venu s'adjoindre à celui qui c§t ordinairement placé au fond de la grande nef. Mais ce luxe musical se borne, jusqu'à ce moment, aux églises de Paris et de quelques autres grandes villes. Comme objet d'art, sous le rapport de son buiïet , l'orgue peut occuper un rang distingué dans l'ornementation d'une église. Mais il n'est pas possible d'offrir une règle quelconque , soit sur sa forme , soit sur la place qu'il doit occuper. Néanmoins , il nous semble que la place naturellement assignée au buffet de l'orgue est au fond de l'église, vis-à-vis de l'autel. Toutefois , les cathédrales de Tours et de Chartres , pour nous borner à celles-là, ont leur buffet à l'extrémité d'une des branches de leur transsept ou croisée. Ceci n'est qu'une exception. Nous ne donnerons pas ce nom à ce qu'on voit dans l'église de Notre-Dame-dcs-Blancs -Manteaux, à Paris, ou l'orgue est placé au-dessus du maitre-autel dont il semble être partie intégrante. Cette idée est neuve j comme on l'a dit , mais cela ne suffit pas pour la rendre merveilleuse et digne d'imitation. Nous n'avons pas ici à considérer Forgué sous son aspect musical et à tracer les règles que la discipline liturgique a posées pour prévenir et corriger les abus.
DE l'art cnnÉTiËN. 20.>