‹ Institutions de lʹart chrétienChapitre 18 sur 180 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

U Transfiguration de Notre-Seigneur, et plusieurs autres faits éyangéliques.

Nous rentrons ici d&ns le cycle festival da Sauveur. La Trans&guration est solcnnisée» le 6 août, dans les deux grandes fractions de TEglise universelle, les Latins et les Grecs. Croira-t-on qae Molanus ni Paquot n'en font pas même mention? Ce fait éclatant de la vie du Sauveur a pourtant mérité d*exercer le savant pinceau d'un Raphaël. On s'accorde h voir dans cette page sublime le nec plus uhrà de Tart. Elle le fut, dans un autre sens, pour l'artiste, car ce fut pour lui comme le dernier chant du cygne. Raphaël la termina au moment même où la mort vint le rafir. Le musée du Vatican possède ce chef-d'œuvre.

Le tableau de Raphaël est complexe. La partie supérieure est la transfiguration. La partie inférieure reproduit une scène accessoire, mais simultanée. Pendant que le Sauveur était sur la montagne , un père conduisit son fils possédé du démon aux disciples que Jésus-Christ n'avait point voulu rendre témoins de sa transfiguration. S. Marc nous apprend que lorsque le Sauveur fut descendu de la montagne, le père infortuné lui exposa le sujet de sa demande, ainsi que l'impuissance des disciples qu^il avait conjurés vainement de délivrer son fils. Raphaël a uni dans son immortelle page ce fait à celui de la Transfiguration. Un des disciples lève la main vers la montagne et semble dire au père : « Celui dont tu invoques le pouvoir souve- > rain est, en ce moment sur le sommet. » L'alliance de ces deux scènes, leur harmonie sur une même toile sont dignes du génie de Raphaël Sanzio.

Trois évangélistes, S. Matthieu, S. Marc et S. Luc racontent la Transfiguration presque dans les mêmes termes. Six personnages y figurent. Jésus s'entretient avec Moïse et Elie. Pierre, Jacques et Jean son frère sont témoins de

ce ravissant spectacle. La figure du Sauveur s'illumina de la splendeur du soleil , ses vêlements prirent Téclatanle blancheur de la neige. Les trois apôtres auparavant accablés de sommeil s'éveillèrent et la gloire de Jésus leur apparut. Ils virent en même temps Elie et Hoïse à côté de lear maître ^ et comme ceux-ci quittaient le Sauveur, Pierre dit à Jésus: Maître > faisons ici trois tentes » une pour vous» une pour Moïse , une pour Elie. Pierre ne savait cequ*il disait, car lui et les deux apôtres étaient remplis de frayeur. Tel est le récit des évangélistes. S* Marc et S. Luc ajoutent à la narration de S. Matthieu une circonstance. C'est une voix sortant de la nuée : « C'est ici » mon Fils bien^imé en qui j'ai placé toutes mes complai- » sances, écoutez-le. »

Louis Carrache s'est borné, dans sa Transfiguration trèsestimée, au récit de S. Marc, et pourtant son œuvre, il faut bien le dire, est plus complète que celle de Raphaël, quoique moins chargée. Ce peintre a saisi l'instant où Pierre dit au Sauveur : o 11 est bon d'être ici, faisons-y trois ten- 9 tes » et le reste. Le Sauveur tout resplendissant de lumière semble se pencher vers Pierre qui d'une main cherche à intercepter ou tempérer cet éclat éblouissant. Jésus levant sa droite ordonne à Pierre d'écouler la voix qui sortant de la nuée lumineuse proclame sa divinité. Il est donc permis de dire que la scène peinte par Carrache est plus complète que celle de Raphaël.

Aucun évangéliste ne nomme la montagne qui fut témoio de ce glorieux mystère. Benoit XIV expose divers sentiments sur ce point. Les uns placent ce prodige sur le moDt des Olives. Mais c'est une espèce d'altération du texte qui parle d'une montagne très-élevée , tnontem excelsum valdi. L'Olivet n'était qu'une sonmiité de hauteur moyenne. Les autres désignent un mont voisin du lac de Génésareth. Le grand pape se rallie au sentiment des saints Jérôme, Cyrille d'Alexandrie , Jean le Damascène qui placent la Transfiguration sur le mont Thabor. C'est là, selon Nicéphore, que l'impératrice sainte Hélène fit édifier une église en l'honneur des trois apôtres témoins de celte merveille. Ceci ne

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peut ioflaer en rien sur la composition d'un tabican, à moins qae l'artiste méconnaissant l'opinion la plus universdlement reçue ne s'expos&t à placer le champ de la Transfigaration sur le mont des Olives qu'il caractériserait par les arbres dont il tire son nom. On ne pourrait cependant lui fairu an grand crime de son choix, puisque l'Evangile, s'il faut le répéter, ne désigne pas plus le Thabor que toute autre montagne de la Palestine.

A la suite de cette mystérieuse glorification que l'Eglise universelle, ainsi qu'il a été dit, célèbre par une spéciale festivité, nous continuons nos observations sur quelques antres faits indiqués dans le chapitre précédent.

Il en est un des plus gracieux que l'art s'est complu à reproduire. C'est l'accueil si tendre fait par Jésus aux enfants. « Laissez venir à moi ces petits. » C'est ainsi qu'il répondit aux apôtres s'opposant à ce qu'on lui présentât des enfants, afin qu'il les touchât. Puis il les embrassa, et les bénit en leur imposant les mains. S. Marc nous a transmis ce trait si touchant, dans son chapitre x. S. Matthieu, chap. XIX, et S. Luc, chap. xyiii le racontent, presque dans les mêmes termes. Dans ce sujet, les fautes contre le texte sont impossibles. Une chapelle de l'église de S. Ni* colas des Champs, à Paris, possède un excellent tableau sor lequel Halle a retracé avec charme ce trait si plein de raavité.

Le denier de César, sujet dont les circonstances sont trop connues pour qu'il soit nécessaire de les décrire, a inspiré an peintre français Valentin un tableau très-simple oh figurent uniquement deux Pharisiens et le Sauveur. Il est remarquable par le naturel et l'expression des traits des premiers. Mais un de ces pharisiens porte , par un singulier anachronisme, des lunettes. Un censeur de cette incroyable bizarrerie a imprimé que le porteur de lunettes était le Christ... Ce qui aggraverait le tort de l'artiste.

La femme adultère sur le point d'être lapidée obtint du Sauveur un pardon généreux. Le texte est encore ici trèsfacile à traduire par le pinceau, sous le point de vue de IVxécution matérielle. Mais de quelle intelligence ne faut-

il pas que l'artiste soit doué pour empreindre chacune des deux principales figures du sentiment qui leur convient 1 Ce ne saurait être dans le Sauveur une tolérante indulgence pour ce que le monde nomme une faiblesse. Honte et anathème à Tartiste dont le pinceau blasphémerait ainsi la miséricorde divine ! Or nous avons été témoin de ce sacrilège artistique , dans une gravure. Si Jésus sauve d'un supplice ignominieux la femme adultère, c'est qu'il a lu dans le fond de ce cœur ou Finnocence injustement condamnée ou le salutaire remords. Mais c'est plutôt ce dernier que Jésus accepte et absout. Le repentir et la miséricorde... c'est ce que le pinceau doit vivement exprimer et traduire.

L'enfant prodigue ne saurait être classé parmi les faits historiques, puisque c'est une parabole. Mais celle-ci est, en quelque sorte, une personnification de cette loi d'amour et de réconciliation que Jésus apportait sur la terre. Il n'est pas nécessaire de transcrire ce récit qu on peut lire dans le xve chapitre de S. Luc. Tout y porte l'inimitable cachet de l'inspiration divine. L'artiste pourrait en tirer une série de tableaux pleins de charmes et d'onction , si la foi dirigeait son pinceau. Le Teniers, Salvator Rosa, Spada ont peint, le premier un festin donné par le dissipateur, le second l'enfant prodigue réduit à garder les pourceaux, le troisième le prodigne repentant accueilli par son père heureux de son retour. Ce dernier sujet entre naturellement dans la catégorie des images sacrées. C est le symbole de la miséricorde divine accueillant le pécheur repentant. La tête du vieillard est admirable de joie paternelle et de bonté. L'art profane s'est approprié trop souvent certains épisodes de ce sujet tout chrétien. C'est la main téméraire qui ose toucher l'arche sainte.

Si l'enfant prodigue est une parabole , de mémo que le Pharisien et le publicain, les Vierges sages et les Vierges folles, il n'en est pas ainsi de la résurrection de Lazare. Celle-ci est un des faits les plus éclatants de l'histoire de THomme-Dieu. L'artiste qui veut peindre ce grand prodige doit se pénétrer profondément de la narration de S. Jean ,

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chapitre xie. Notre célèbre Jouvcnet semble avoir coDscien* . cieosement étadié ce sujet capital, dans le grand tableau quil nous a laissé, les nombreuses 6gures de cette belle œuvre offrent le caractère qui leur sied , et Ton doit avouer qu'il faut être doué d'un grand génie d observation pour exprimer les passions diverses et très-opposées que reflète uae scène de ce genre. La douleur calme de Jésus unie au sentiment intime de sa puissance , l'œil jaloux des Pharisiens, la frayeur et puis Tétonnement des spectateurs indifférents ou mieux intentionnés, le défunt revenu à la vie tournant ses yeux encore languissants vers Jésus-Christ, Tamour et la reconnaissance qui s'y peignent, Marthe et Marie passant du deuil au ravissement de la joie. Jouvenet a compris tontes ces affections et n^a rien eiagéré. Ceci était peat-étre la chose la plus difficile* Le bon goût, ce nous semble, repousse la malheureuse idée de certains artistes qui figurent des spectateurs se bouchant le nëz devant la tombe réouverte. Il est bien parlé de la mauvaise odeur d'an cadavre enseveli depuis quatre jours , mais c'est Marthe qui en fait l'observation à Jésus, avant que la pierre qni fermait la grotte funèbre ne fut enlevée.

Holanas et Paquot gardent sur ce grand sujet de l'art chrétien un silence absolu. L'auteur des Erreurs des peintres ne pouvait entrer dans aucun détail sur ce point , puisqu'il se borne à l'enfance du Sauveur.

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