CHAPITRE VI
Priocipaui sujets de l'histoire du Sauveur jusqu'à la transfiguration exclasifement.
Un oayrage spécial serait nécessaire pour entrer dans le déTeloppement iconologiqae de tons les traits de la Vie de Jésus-Christ. Il nous est donc impossible de les décrire , tons notre point de Tue. Nous ne pouvons que faire un choix parmi ceux qui sont les pins populaires, s'il est permis d'user de ce terme.
Nous tirons d'une excellente Vie de Jésus-Christ, écrite par Ludolpbe, le saxon , dit aussi le Chartreux, dans la première moitié du XlVe siècle , une nomenclature de ces actes du Sauyeur, dressée selon la concordance des quatre éfangiles. Nous croyons utile de la placer dans ce chapitre, en fayeur des artistes qui ne pourraient facilement exécuter ce trayaîi avec le tex te seul du Nouveau Testament. Il n'est pas nécessaire peut-être de faire observer que cette nomenclature renferme uniquement ce qui est en dehors da cycle festival. Les traits mentionnés jusqu'à ce moment sont l'objet d'une festivité particulière plus ou moins solennelle, ou commémorative. •
Nous plaçons donc dans la catégorie annoncée : — Les Tendeurs chassés du Temple. — L'entretien de Jésus avec Itieodème. -— * La Prédication du Sauveur et le témoignage que rend de lui S. Jean-Baptiste. — Jésus et la Samaritaine. -^La guérison d*utf fils d'un seigneur juif. — La délivrance d'un possédé. — La guérison de la belle-mère de S. Pierre. — La Tempête apaisée. — La pèche miraculeuse. — La guérison d'un paralytique. — La guérison d'une femme malade depuis douze ans. — La résurrection de la illc de Zaïre. — La guérison de deux aveugles et d'un déiioniaque. — La guérison d*un homme paralysé depui trentehuit ans. — Promenade du Sauveur, au milieu des blés. — U main desséchée guérie le jour du sabbat. — Le sermon
sur la montagne. — La guérison d'un lépreux. — La santé rendue au fils du centenier. — La résurrection du fils de la veuve de Naïm. — La guérison d'un possédé , aveugle et muet. — La prédication de Jésus à Nazareth. — La mission des douze apôtres. — La multiplication des cinq pains et des deux poissons. — Jésus marchant sur les eaux. — Guérison de la fille de la cananéenne. — Le sonrd-muet guéri.
— La guérison de l'aveugle de Bethsaïde. — Les enfants accueillis par le Sauveur. — Le denier de César. — La guérison des dix lépreux. — La femme adultère. — L'aveuglené recouvrant la vue. — Jésus le bon pasteur. — Marthe et Marie recevant Jésus. — Pleurs du Sauveur sur Jérusa* lem. — L-hydropîque guéri. — L'enfant prodigue. — Le mauvais riche et Lazare. — Le Pharisien et le Publicain.
— La résurrection de Lazare. — Demande de la mère des Zébédées. — Un aveugle guéri. — Zachée converti. — La guérison de deux aveugles. — Les vierges folles et les vier ges sages. — La tradition des clés.
Certains de ces traits n'offrent à Tartiste qu'une exécution identique » surtout pour ce qui concerne les guérisons miraculeuses. Plusieurs paraboles qui ne sont pas ici mentionnées peuvent être traduites par Fart. Enfin la mine si riche , si féconde du champ de l'Evangile peut encore offrir à l'investigateur une foule d'autres trésors d'instruction ou d'idification.
Parcourons donc, selon le plan de notre sommaire , quelques-uns de ces traits.
Les vendeurs chassés du temple de Jérusalem ont fourni h notre peintre français Jouvenet le sujet d'un tableau fort estimé* Jésus armé d'un fouet de cordes , les marchands se sauvant pleins de confusion , les tables des changeurs renversées f tout , dans cette toile , répond à la narration évangélique. La forme architecturale du Temple appartient foi^ cément à l'arbitraire de l'artiste , puisqu'il est impossible de la déterminer d'une manière précise.
Jésus s'entretenant avec la Samaritaine a fourni an car* dinal Borromée des réflexions auxquelles nous renvoyons. (Chapitre vi, de la première partie.)
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La tempête apaisée est qd des plus grands miracles opérés par le Saaveur* La mer est courroucée* La barque va sombrer et Jésus dort... Les ap6tres effrayés se bâtent de réveiller: « Gens de peu de foi, pourquoi tremblci-vous. » U étend la main sur les ondes furieuses» il leur ordonne do se calm^, aux yents de retenir leur baleine , et un grand calme se fait, et faeta est tranquillitas ma^tui* Image saisissante des tempêtes soulevées par les passions humaines contre la mystérieuse barqi^e de TEglise catholique, mais que ces flots irrités ne pourront jamais engloutir. Rembrandt a parfaitement peint cette scène. Avouons pourtant que le mincie de la puissance divine est tout justement ce qu'il no fait point ressortir. C'est une magnifique tempête comme effet de marine et rien ou peu de chose au»delà.
La pêcbe miraculeuse ne peut, sur une toile, être autre chose que ce qu'elle est dans les œuvres de Raphaël et de JoQvenet. Le premier a peint l'apôtre S. Pierre à genoux devant le Sauveur pour lut témoigner son ravissement. Le second a 6guré Jésus levant les mains au ciel pour remercier son Père des conversions que ce prodige vient de faire éclater parmi ceux qui en sont témoins. Dans lun et l'autre de ces admirables tableaux, la pensée chrétienne se produit et domine.
Le sermon sur la montagne est, k son tour , un des plus beaox sujets qui puissent stimuler le génie d'un artiste. Jésus avait complété le collège apostolique. II avait déjà opéré plnsieors guérisons miraculeuses. Un grand nombre d'habitants de la Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de la indée et des régions sises au-delà du Jourdain marchaient, en foule, à sa suite. Jésus voyant ce peuple innombrable , iurbas , monta sur une montagne , s'y assit et ses disciples Tenvironnèrent. Puis ouvrant la bouche, apertens os suum, il proclama les huit béatitudes, morale diamétralement op* posée à celle d'un monde frivole et mensonger.
Malheur à l'artiste qui ne se pénétrant pas de cette scène toute divine saisira le pinceau. Sa toile n'offrira, dans le Sauveur préchant, qu'un éoergumène, une sorte de fanatique à poses théâtrales. Qu'on nous dise si, depuis que le
naturalisme a enyahi l'art chrétien , une multitude d'œuvrcs peintes y grarées, lithographiées n'ont pas présenté des contre-sens tels que celui qui vient d'être signalé ! La plupart représentent l'orateur divin debout , parce que Tattilude indiquée par le texte sacré ne répond pas à Tidée excentrique qu'ils se forment de ce qu'ils nomment le zèle dont ils ne comprennent pas le premier mot.. Il ne s'agit ici ni d'ardeur , ni de véhémence , ni d'enthousiasme , ni de ce zèle faux et apprêté qu'ils se Bgurent. Tout doit être ici placide. La posture du Sauveur , non point debout et gesticulant avec feu, mais assis sur la montagne, personnifie, en quelque sorte, lautorité et la gravité modérées par une sereine mansuétude.
Pierre marchant sur les eaux est un sujet que Ion confond avec Jésus marchant aussi sur les ondes. Ils peuvent être unis ou séparés. Il suffit de consalter la narration évangélique. a A la quatrième veille de la nnit (un peu avant le • jour) Jésus vint vers ses disciples , marchant sur la mer. » Ils furent troublés et ils disaient : C'est un fantôme, et » de la frayeur qu ils en eurent ils poussèrent un grand » cri. Aussitôt Jésus leur parla : Rassurez-vous, c'est moi, » ne craignez rien. Pierre lui répondit: Si c'est vous, corn- » mandez que j'aille à vous sur les eaux. Jésus lui dit : » Venez. Pierre étant descendu de la barque, marchait sur o l'eau pour aller à Jésus. Mais voyant que le vent était » grand il ent peur, et comme il commençait à enfoncer, » il s'écria et dit : Seigneur , sauvez-moi. A l'instant, Jésus » étendant la main, le prit et lui dit : Homme de peu de » foi , pourquoi as-tu douté ! » Ce récit se. trouve , avec quelque variante de termes , dans S. Matthieu , chap. xnr , dans S. Marc, chap. vi , et dans S. Jean, chap. vi. Le premier de ces évangélistes raconte seul ce qui est relatif à S. Pierre. Son récit vient d'être textuellement reproduit.
Si l'on veut retracer simultanément la marche du Sauveur et de Pierre sur les ondes agitées, l'instant à saisir est, ce nous semble, celui où Pierre sur le point d'être englouti s'écrie : Seigneur sauvez-moi. Le Sauveur le prend aussitôt par la main. Le reproche et la compassion doi-
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Teot d abord s unir dans la physionomie de Jésus ; La frayeur» la honte et la confianee, dans celle de l'apôtre. Mais, D*estca pas trop exiger d'une palette humaine? La fresque de Giotto peiote, eu 1340, à S. Pierre de Rome, traduit scru* paiensement le récit de S. Matthieu. C'est ce qu on nomme la Nameella.
La Cananéenne aux pieds du Sauveur qu'elle implore en £ivenr de sa fille possédée du démon, exige do l'artiste ane grande intelligence. Un peintre français, Germain Drouais mort jeune, en 1784, a traité ce grand sujet avec beaucoup de succès. Tout est harmonieux et empreint d'un caractère religieux, dans cette belle composition.
Le récit de l'Evangile est, i lui seul une épopée d'une simplicité sublime. Le Sauveur repousse d'abord la prière de cette femme née d'un sang maudit. Il semble que rien ne pourra le fléchir, et pourtant il ne restera pas inéxorable , car il est venu pour sauver sans distinction tous les honunes. La suppliante puise dans son humilité profonde la prière de la foi, celle qui n'éprouve point de résistance. 11 ne s agit de rien moins que d'animer sur la toile le dialogue suivant. — La Cananéenne : « Ayez pitié de moi,
> Seigneur, fils de David , ma fille est tourmentée par le
> démon. Le Sauveur ne lui répond pas un mot , nullum vtrhum. — Lb$ Afdires : « Seigneur, renvoyez-la parce
• qu elle crie après nous. » — Le Sauveur : « Je suis venu
> seulement pour sauver les brebis perdues de la maison » d'Israël. » La cananéenne s'approche de Jésus , l'adore et dit : « Seigneur, aidez-moi ! » — £e Sauveur : a II n'est
> pas bon de prendre le pain des enfants et de le jeter aux
• chiens. » — La Cananéenne : « Sans doute , Seigneur, » mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent
> de la table de leurs maîtres. » Le Sauveur .* « O femme
> ta foi est grande, va , le démon est sorti du corps de ta
> fille. »
La guérison de l'aveugle do BethsaYde, racontée par i'évangéliste S. Marc, chap. vm, s'opéra par deux actes la Sanveur que l'art chrétien peut retracer. Nous devons remarquer que cette possibilité graphique ne se rencontre
pas absolament dans toutes les guérisous miraculeuses de rhistoire sacrée. Quelquefois le Sauveur ne dit qu'un mot» et la santé est rendue. Ici nous n'avons qu'à citer la narration de S. Marc : « Jésus alla avec ses disciples à BetbsaYde. » Ou lui mena un aveugle qu'on le pria de toucher. Il prit » Taveugle par la main, le mena hors du bourg et lui mit » de la salive sur les yeux ; puis lui imposant les mains , » il lui demanda s'il voyait quelque chose. • La suite du récit n'est plus du domaine de l'art. Le peintre peut donc rendre parfaitement sensible ce prodige. Le Sauveur d'une main humecte de salive les yeux de l'aveugle; il impose Vautre sur lui. Les apôtres sont témoins de cette merveilleuse guérison. On aperçoit i quelque distance le bourg de Bethsaïde. La scène est disposée. Nicolas Poussin a peint avec un grand bonheur un sujet presque identique» celui de la guérison de deux aveugles hors de la ville de Jéricho.
Hais est-il possible de représenter d'une manière ausà explicite et» s'il est permis de le dire» aussi palpable» par exemple» la multiplication des pains? Sans doute on peut figurer le Sauveur bénissant les cinq pains d'orge et les deux poissons. On ne pourra jamais» si ce n'est par une heureuse allégorie» en admettant que le génie humain la découvre » traduire sur une toile , la multiplication instantanée de ces quelques pains en un nombre tel qu'il suffise à rassasier cinq mille hommes et à remplir douze corbeilles des restes de ces pains et des deux poissons aussi merveilleusement multipliés.
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