CHAPITRE XII
De la forme de là croit.
Ua étrivaib Irès-émdit, déjà cité par nous, le jésuite Grelser â publié, eh trois Toluknes iki-4o, un oUvrdge trèsétebdtt sttir la quesliou que nous lioud proposons de traiter. Oo pense bien qu'il ne peut entrer dans noire plan de soirre cet écrivain dans ses immenses explorations. Benott XIV qui cite Gretser arec éloge nous suffira. Disons d'abord avec ce grand pape qu'il ne peut s'agir ici de discuter sur la natturd du bois dont celto crois: était faite. L'art n'a qu'un très-minime intérêt dans cette question.
Pour ce qui est de la forme, Gretser l'envisage isoUs un double âBpect. La première n'est autre chose qu'une pièce de bois de grandeur suffisante pour y attacher un patient avec d^ clous ou des corder. La croix n*est> en ce cas, qu'un simple poteau droit et uni. L'habitude où Ton eitt de se figurer dans une croit deut lignes , l'une perpenticalaire , l'autre transversale , s'oppose à ce qu'on donne ce nêm an simple poteau. Hais au fond^ le mot latin Crux qai dérive du mot ci*uciatij torturer, supplicier, n'impliqile poiilt pour l'instrument de la torture Une forme ptui6t qu'une antre. La croix peut donc être, d'après son étymologie» aussi bien une isimple pièce de bois Unie, posée per* pendieulairement , ou de tout autre manière, que deux poteaux ajustés plus ou moins en équerre. Telle ne fut point la croix de la rédemption.
La Seconde forme de croix est celle que notre auteur
iiomme composée. Elle est faite, ou de deux pièces qui se
coupent en angles aigus, comme la lettre X. C'est celle
atii porte le nom de cfot^ de S. André ; ou de deux pièces
ont la transversale surmonte la perpendiculaire, comme
ans la lettre grecque et latine T ; ou enfin de deux pièces
uni eelld qui est horizontale traverse la perpendiculaire,
m peu au dessous du sommet de celle-ci. Telle est la croix
rdinaire -j-.
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Le Sauveur ne fat point attaché à la croix simple I. Aucun monument ancien n'en fait foi. Ne négligeons pas cependant de rappeler que cette croix simple n'était pas inconnue > parmi les Juifs. Nous lisons en eflet» dans le livre d'Esther» que Aman fut attaché à une haute poutre , excêlsam trabem.
La croix en deux pièces placées Tune sur Tautre , à angles aigus, nommée decussala, la croix dite de S. André n*a jamais été indiquée comme instrument de la crucifixion du Sauveur. On ne pourrait en citer aucun exemple.
La discussion peut donc exclusivement s'établir sur deux autres croix dont une est nommée commissa , celle qui retrace le Tau ; Tautre portant le nom de immissa , celle où la ligne perpendiculaire dépasse un peu la traverse, \. Les Evangélistcs ne nous apprennent rien , à cet égard ; mais Tertullien dit formellement : a La croix est la lettre grec- » que Tau et la romaine T. » C'est pour celle raison , selon plusieurs auteurs lilurgistes, que le canon de la messe commence par les mots Te igitur. Ces écrivains disent que la croix avait cette forme avant que Pilate ne Teût, en quelque sorte altérée» en plaçant au sommet le titre ou inscription. Il résulte de ce qui vient d'être dit que toute l'antiquité a donné à la croix la forme de la lettre T. Benoit XIV adopte ce sentiment qui est celui de Ayala, celui de Gretser, celui de Casalis , de Baronius , de D. Calmet , de Serry , etc. Devra-t-on se montrer sévère envers l'artiste qui ne donne pas à la croix cette forme rigoureuse? Nous ne pouvons répondre affirmativement. Il y aurait pourtant lieu de blâmer une forme de croix où la sommité qui dépasse la pièce transversale aurait la même longueur que chacune des sections de celle-ci. C'est là néanmoins ce qui se pratique tous les jours , sinon dans les tableaux et les gravures , du moins dans les croix de bois ou de métal. Les fabricants font consister la beauté d'une croix dans b régularité de ses proportions géométriques. Toutefois , nous ne voulons pas outrer nos exigences et nous dirons quil n'est pas rare de voir dans des monuments , qui remontent à la plus belle époque du moyen^ige^ et même auIXe siè-
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cie, la croix configurée, selon ces proportions géométri* qaes dont il vient d'élre parlé. Il n'en sera pas moins yrai, pour cela , que la véritable croix de la Rédemption est celle qui se rapproche le plus de la forme du Tau.
Adjoignons à ce qui vient d*étre exposé un passage do Lipse qui entre parfaitement dans notre sujet : « La forme B de la croix est assez connue , mais la pièce transversale » portait proprement le nom de Palibulum. Le coupable » était obligé de porter lui-même cette pièce jusqu'à Ten- » droit du supplice où se trouvait déjà, planté en terre, le
• poteau perpendiculaire nommé crux , croix. Les peintres » donc, ignorant cet usage de lantiquité, font porter à
• iésus-Christ la pièce transversale unie è la pièce perpen- » diculaire. »
D'après cet auteur, ce que nous nommons un portement de croix , dans Tart , devrait se borner à placer sur les épaules du Sauveur la pièce transversale qui est à proprement parler le patibulum. Il est fort douteux qu'on se conforme à cette prescription contre laquelle proteste l'usage universel de tons les siècles.
Que faut-il entendre par ce qu'on nomme la croix de Jérusalem qui présente deux pièces transversales ou croisillons? La traverse qui se rapproche le plus du sommet de cette croix et qui est un peu moins longue que la seconde, n'est autre qu'un souvenir de Tinscription placée par Pilate sur la croix du Sauveur. Ce titre, au lieu d'être plus long que large est figuré dans le sens contraire , et la régularisation qu'on s'y est proposée a produit la croix à double traverse. Nous n'avons point à revenir à ce qui a été dit sur la croix triple que la fantaisie des artistes a prêtée si gratuitement au pape. (Voir le Cbap. ix de la première partie).
Pour ne rien négliger sur ce point, sous le rapport de l'art , nous devons entrer dans quelques détails sur la lenteur de la croix. Il est constant que certains artistes ont exagéré la hauteur de cet instrument de salut. Ont-ils voulu sympathiser avec quelques orateurs chrétiens qui donnent iiyperboliquemenl h la croix trente ou quarante pieds de
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baoteot'? Certes, ane croix de cette dimeosion ne pourrait être portée par un patient , même avec Kaide d^un cjrénéen , qaelque figaenr qu'on suppose à ceini-ci. L'Evangile nous apprend qoe Jésus-Christ la porta seul , du moins pendant quelque temps, sur la Toie douloureuse du calvaire, alors que THomme-Dieu devait être dans un état d'extrême ëpui-*> sèment , à la suite des tortures d'une longue et cruelle passion. Ce serait doDC une exagération impardonnable et même absurde que de donner à cette croix une dimension que repoussent le texte évangélique et le simple raisonnement. Autre considération non moins puissante; c'est que selon le texte sacré, Jésus-Christ, au moment d'exhaler le dernier soupir, adressa quelques paroles à S. Jean l'évangéliste et à sa mère qui se tenaient aux pieds de la croix. La voix mourante du Sauveur aûrait-elle pu parvenir aux oreilles de ces deux augustes témoins de son supplice , s'il avait parlé du haut d'une croix à laquelle on supposerait une élévation démesurée. Puis encore , il parait que la hauteur de la croix variait, selon la qualité du supplicié. L'empereur Galba, selon Juste Lipse qui le rapporte d'après Suétone, i^épondit h un condamné qui invoquait les lois en se qualifiant de citoyen romain : a On te clouera sur une » croix plus haute que celle des vulgaires criminels , et n cette cl*oix sera peinte de blanc. » Or les Juifs ne considérant dans rHomnte-Dieu que le fils d'un simple artisan , ne pouvaietit songer à l'allacher sur une croix , pour ainsi dire privilégiée, et en ce moment surtout Jésus-Christ voulait épuiser jusqu'à la lie la coupe des humiliations, comme celle déft tortures.
Terminons par Une pâi^ticularité relative à la position de la croix ou , si l'on veut , de la personne sacrée du Rédempteur sur la montagne du Calvaire. Jésas-Christ, selon plusieurs auteurs anciens , avait le dos tourné vers Jérusalem et rOrient, la Tace regardait donc la partie Occidentale, à sa droite était le nord, à sa gauche le midi. !1 portait donc ses regards vers cette ville de Rome que devaient bientôt visiter et convertir les deux princes de l'apostolat Pierre et Paul , et dans laquelle devait se fonder la chaire
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prioeipale du catholicisme , cenlre de runité. Ceci , du reste ne saurait être qu'une opiuion libre et qui n'a du mérite que dans la pensée mystique de Sedulius, du vénérable Bède et de S. Jean Damascène. Si» dans un tableau de cracifixioDj le peintre veut figurer en perspective la ville de Jérusalem, cette observation pourrait mériter de sa part an respect dont la piété lui serait reconnaissante.