CHAPITRE XI
Autres cIrcoBsUDces ariifttiqaes de le Cracifixion.
Trop généralement il y a diversité, parmi les artistes, au SQJet <|a cA(é de Jésus-Christ qui fut percé d'une laoœ , ^près sa mort. Il ne peut y ayoir néanmoins d'ineerlitude k cet ^ard, si Ton vept bien consulter les monumçnta anciens. Il e^t yrai que TflTaqgile ne nous fournit pour ceci aqcuu f^nseîgnemeut positif^ On y lit seulement qu un soldat quvr^t , aperuit , le c6té du Christ encore attaché à la croix a ^fin de s'assurer s'il avait rendu le dernier soupir. Mais d'abord, ce soldat n'était point à cheval comme on le représente quelquefois. Cela se prouve par Tanne même dont il se servit, car les cavaliers n'usaient jamais de la lai^ce à cette époqqe. Selon le vénérable Bède , c'est le cAté droit qui fut percé. Cela s'accorde avec de très-ancienues peintures, et surtout avec une médaille d'or citée par le docte Gretser, dans §ou livre 1er de Crucp. Celui qui , dai|s cette médaille , ti^t lai Is^nce est placé à la droite de Jésus crucifié. On y voit , à la gauche , celui qui tient l'éponge imbibée de fiel et de vinaigre. Un rit liturgique , expliqué par le pape Innocent III , confirme ce sentiment. A la messe , selon le cérémonial antique , le prêtre plaçait le calice à la droite de l'hostie , comme pour recevoir le sang qui coule du côté droit de la sainte victime. Aujourd'hui même, quand le pape officie pontificalement , comme il communie non point à l'autel mais sur son trône, il reçoit la sainte hostie, qui lui est apportée par le diacre, du côté gauche. Il reçoit le calice, du côté droit, afin de rappeler que c'est du sacré côté de Notre-Seigneor que le sang coula mêlé d'eau. Tous les liturgistes s'accordent à expliquer, de cette sorte, la singularité de ce rite. Ce serait donc mentir à la tradition et à l'esprit de l'Eglise que de peindre ou sculpter un crucifix où le côté gauche du Sauveur serait percé de la lance.
Sera-t-il nécessaire de faire observer que le côté de Notre-
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Seigneor ne doit é(re figuré ooycrt par coite lance qu^après qne la victime a rendu le dernier sonpir ? Il y ayrait contre-sens à représenter Jésas YÎvant encore sur ripstronient de son sopplice et portant simaUanémeqt la pl^ie saignante dn coup de lance. Combien de crucifixions pr^enlent néapipoins cette anomalie I Combien d'artistes coi^fondent le double étal de Jésus-Cbrist sur la croix, c'est-à-dire le supplice lui-même et la mort qui en est la suite I
Nous sera-t-il permis d'ajouter , en passant ^t sans perdre de Yue notre plan , que Ton a donné au soldat qyi perça le côté du Sauveur le nom de Longinus^ et que l'on croit que cooTerti à la foi cbrétieqne il alla dans la Cappadoce prêcher l'Evangile où il obtint la couropne du martyre? Le fer de cette lance, ou du moins sa partie supérieure, est dans le trésor des saintes reliques du Vatican , k I\ome, Ou rapporte que l'empereur Bazaget ou Baja;^et lenvoya comme un présent au pape Innocent VIIL
Il est assez ordinaire de représenter au pied de ]a croix un groupe de saintes femmes op du moips d'y figurer S. Jean l'évangélisle et la sainte Vierge. Mais |a douleur dont cette tendre mère fut transpercée , selon la prophétie du saint vieillard Siméop , autorise-t-ellc l'artiste à la peindre abatluet sar la terre et accablée sous le poids de son amerlume ? On a beapcoi^p disserté sur ce poip.t et il nous sepible qu'une lecture attentive de l'Evangile de S. Jfean peut fournir de sufBsaptes lumières. Que dit « eu effet , cet évangé|iste ? a Cepen4ant la uière de Jésus et la sœur de sa mère , Ma- B rie , fepime de Cléophas sç tenaient auprès de sa croix , » avec Marie-Madelaine. » Stabant juxta crucem. Cette expression ne permet pas de se représenter une de ces pieuses femmes abattue spria terre. Elle nous les montre, au cpqtraire, sQ\itenues. par une fermeté d'âme surhumaine. Varie, ipère de Jésus, connaissait la volonté du Père cé- \t^. Elle n'ignoraît pas qpe la mort de son fils élait le jirix 4e |a rédemption du genre humain. Sa douleur élait uns doigte d'une iptepsité profonde, mais elle ne peut s^assimuler à la douleqr d'une vulgaire maternité. C'est le sentîiBeat qui est consacré par cette belle prose de l'Eglise •*
Stabat mater dolorosa. « La mère de douleurs se tenait » debout auprès de la croix , quoiqu'un torrent de larmes » coulât de ses yeux , lacrymosa, » Et puis S. Ambroise nous dit : Antè cmeem stabat et piis spectabat oculis filii vulnera : « Harie se tenait debout devant la croix et d*un » œil attendri elle contemplait les plaies de son divin fils. » Ne dirait-on pas que ce passage a inspiré Fadmirable prose Stabat P
C'est pourquoi plusieurs écrivains sages et instruits se plaignent de ce que certains peintres représentent au pied de la croix Harie succombant sous le poids de sa douleur et en élat de spasme. Carthagena cité par Benott XIV raconte qu'à Rome , le mattre du Sacré-Palais ordonna qu'on fit disparaître des peintures où Ton voyait Marie évanouie aux pieds de la croix. On se prévaudrait mal à propos de quelques tableaux de grands maîtres qui auraient figuré la Vierge dans cet état de prostration. Un abus n'est pas une règle y nous Tavons déjà dit et nous serons encore , plus d'une fois y obligés de le répéter. Que les autres saintes femmes soient figurées dans cet état d'abattement , cela peut être admis et pourtant encore c'est mal traduire le texte de S. Jean : Stabant. Or, les peintres que nous censurons font souvent le contraire. Marie est évanouie , inanimée, et ses compagnes sont debout... Il serait superflu d'accumuler plusieurs autres témoignages , mais nous devons prévenir que ce qu'on nomme le Spasme de la sainte Vierge et dont on fait une spéciale solennité n'est point du tout ce qui est , en ce moment, l'objet de notre critique. II en sera parlé en son lieu.
Selon le texte évangélique, Jésus fut crucifié entre deux voleurs. L'un de ces suppliciés est connu sous le nom de bon larron, l'autre sous celui de mauvais larron. Lorsquun artiste veut joindre à la crucifixion de Jésus celle des deux larrons , il doit distinguer le bon du mauvais. Le premier témoignait au Sauveur sa confiance, en lui adressant la prière que tout le monde connaît. Quelle est sa place dans un tableau qui reproduit cette triple crucifixion ? S. Augus< lin cl S. Léon disent que ce spectacle d'un Dieu mourant
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cDtre dcax larrons est une image da jugement dernier où le JQge suprême placera les bons à sa droite et les méchants ï sa gauche. La question est résolue. D'autre part S. Cèlestin, pape y S. JérAme, Raban Hanr cités par Jean Holanus s'accordent à dire que le bon larron était à la droite du Sauveur. S. Anselme, après plusieurs autres écrivains» estime que le bon larron est Timage de ceux qui souffrent pour la justice et que par le mauvais larron sont désignés les faux martyrs. Il appelle le premier Dextrum laironem et le second Sinisirum latronem.
S'il est, à peu près, insolite que le mauvais larron soit placé à la droite du Sauveur , il n'est pas aussi rare de voir se commettre des erreurs d'un autre genre sur le même sujet. Pour ne pas confondre, par un respect intempestif, le Sauveur avec les deux larrons , il est des artistes qui ne figurent pas ces derniers attachés à la croix par des dons, mais bien par des cordes. D'autres les représentent avec les mains clouées derrière la pièce transversale de la croix. Or , les auteurs les plus estimables de l'antiquité tels que S. Augustin, S. Jérôme, S. Chrjsostème, S. Grégoire, Âlcimus Avitus et une foule d'autres disent de la manière la plos formelle que les voleurs furent attachés à leur croix par des clous. Le texte de l'Evangile est positif. Tune crucf/Exi suni cum eo dtw latrones. a Avec le Sauveur furent crucifiis deux larrons. » Le lerme crucifixi exprime littéralement lacté par lequel ils furent cloués et non pas seulement atiachis à la croix. Aussi S. Augustin , en parlant de Jésus-Christ , dans son explication du psaume 68 nous dit : Ni$i clavis fixus futsset, crucifixus non essei. « Si > le Christ n'avait été attaché , fixé à la croix , il n'eût point » été crucifié. 9 Molanus, il est vrai , nous dit que les peintres de son temps figuraient les voleurs attachés à la croix par des cordes et que cela semble avoir souri à leurs devanciers, afin quil ne fut pas possible de confondre le Sauear avec les deux larrons. C'est une raison pieuse , mais iullement fondée , car comment pourrait-on confondre le iivin rédempteur avec ces deux coupables , puisqu'il est m milieu , qu'il est couronné d'épines , que le titre apposé Qr la croix le distingue suffisamment ?
A titre d'érudition curienae » nous iosérODs ce qui soit , mais l'art chrétien n*en peut retirer un grand profit. André Fayyn, avocat de Paris, qui a fait imprimer dana cette ville, en 1620, un livre intitulé : Thiàlre d'honneur et de chevalerie, s'exprime ainsi :
« Le plu9 baqt et dernier dea treize ermitages qui soot » sur la montagne de Montserrat, en Catalogne, est celui » du bon larron, appelé 5. Dismas ; Tautre était nooftoaé » Gestas, Les anciens croyaient qqa ces trois vers rimes :
Imparibus gestis^ pendent Mm eorpom ramU : JH$maê et Ge^ta^, me^ sedei ima potestas. Gesku damnatur , Dumas ad astra levaiur,
n escrits sur un morceau de parchemin, raclez et la r«n dure mise ^t détrempée dans le vin ou eaa-de-vie, baillée » en breuvage aux condamne; à la gesne , les rendoil inn sensibles aux tourments et leur servait de charme de n silence. »
Dans le pseudo-évangile de Tenfance, ces larrons sonl nommés Titus et Damachus.
Dans un livre, sous le nom de Flores , attribué au vénérable Bède, les deux larrons sont appelée : Matha et Joca.
Il n'est pas besoin d'ajouter que toutes ces traditions populaires n'appartient point au domaine de Thistoire.
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