‹ Institutions de lʹart chrétienChapitre 25 sur 180 · CH.\PITRE XIV · texte numérisé non relu

CH.\PITRE XIV

Li RésarrecUon da Sauveur et diverses apparitions aui apôtres.

Aux scènes de doolear succèdent des mystères de triomphe. L'art chrétien devait surtout afleclionncr ces beaux et consolants sujets. Trop souvent néanmoins le peintre se livrant aux charmes de son imagination et n'interrogeani pas avec assez de calme l'histoire évangélique , n'a pu se garantir de quelques inexactitudes. C'est ainsi qu'il a représenté le Sauveur s'élançant victorieux de son tombeau eDtr'onvert, tandis que les gardes sont plongés dans le sommeil. Le texte dit bien que l'ange écarta la pierre qui fermait l'entrée du sépulcre , mais cela n'eût lieu qu'après la résurrection du Sauveur. Il en sortit quoique la pierre fat roulée sur le tombeau, de même que, plus tard, il pénétra dans la salle où les apôtres se tenaient enfermés^ quoique les portes en fussent très-exactement closes. C'est donc y pour ainsi dire, ravir à Jésus-Christ la plénitude de son pouvoir divin que de figurer sa résurrection d'une tombe préalablement ouverte. C'est intervertir l'ordre des circonstances qui accompagnent cette miraculeuse résurrection. Nous ne saurions trop le redire, la pierre qui fermait le sépulcre ne fut écartée par l'ange , qu'après l'accomplislement de ce glorieux mystère. Toute œuvre peinte, grar vée, sculptée qui iait sortir Jésus d'un sépulcre ouvert est une prédication artistique , en dissonnance avec le texte sa*cré. Nous appuyons ce qui vient d'être dit sur une autorité grave, celle du cardinal Frédéric Borromée : « Les > peintres sont réprébensibles quand ils figurent un sépul- • cre ouvert, hiantem^ afin de présenter ainsi au Sauveur » une facile issue. Les corps glorifiés n'ont pas besoin » d'une route aussi aisée. D'ailleurs l'Evangile rapporte » que la pierre fut écartée par l'ange. »

D'antre part , si l'on représente les gardes ensevelis dans

le sommeil, comment S. Matthieu a-t-ii pu dire ce qui suit: « Quelques-uns des gardes vinrent à la ville et ra- » contèrent aux princes des prêtres tout ce qui s'était » passé. » Des hommes qui donnent ne peuvent rendre compte des fails qui ont eu lieu pendant leur sommeil.... Or ces hommes racontaient ce qu'ils avaient vu ; ce serait donc une bien étrange anomalie de les figurer endormis. La longue habitude d*nn abus se revêt cependant d'une telle autorité, exerce un si puissant prestige sur les hommes peu réfléchis, qu*il nous semble les voir censurer sans pitié un tableau où tout serait conforme à Thisloire de TEvangile. Que présentera ce tableau irréprochable sous cet aspect? On y verra le Sauveur s'élançant triomphalement d'un tombeau très-évidemment fermé et soigneusement gardé par des soldats dans un état de veille parfaitement caractérisé. A qui devra déplaire une scène de résurrection ainsi comprise? La réponse n'a nul besoin d'être formulée. Si, dans un serm6n, Torateur chrétien représentait la tombe ouverte par les mains de Tange, les gardes savourant les douceurs d'un sommeil profond et puis enfin le Sauveur sortant de son sépulcre, celle prédication ne pour^ rait échapper aux censures de TEglise. Elle y verrait une atteinte au moins indirecte à la pureté du dogme chrétien , une altération de l'histoire inspirée. Nous rappelons en ce moment 9 ce qui a été dit sur le ministère de Fart chrétien. II est une prédication sans doute muette, mais une véritable prédication. Elle doit donc être assujélie aux règles de la prédication orale.

Essayerait-on de nous objecter que dans des milliers de gravures, même adhérentes h des livres liturgiques par excellence, tels que les Missels, les Bréviaires, et puis encore dans une multitude d'objets peints ou sculptés , la scène de. la résurrection retrace des gardes endormis et un sépulcre ouvert d'où le Sauveur s'élance tenant en main le labarum de son triomphe sur la mort ? Nous n'aurions qu'un mot à répondre. C'est que l'abus ne connaît pas le privilège de la prescription et que toujours il sera ce qu'il fut et ce qu'il est, un abus. — Voici ce que l'Eglise romaine chante, au saint jour de la Résurrection :

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Angélus Ihmini descendit de eœlo et accedens revolvit ïapidem et super eum sedit et dixit mulieribus : nolile (tmere, scio enim quia erucifixum quaritis, jam surrexit. (Répons de la Ire leçon de Toffice).

» Lange du Seigneur descendit du ciel et s'approcbant il

> écarta la pierre (qui fermait le sépulcre) et s assit dessus ; » pois il dit aux femmes : N'ayez aucune crainte, car je » sais que ^ous cherchez Jésus-Ghrist ressuscité ; il est déjà • sorti du tombeau. » De nouvelles preuves seraient superflaes.

La Sainte Vierge a été placée par quelques artistes au nombre de celles qui allèrent au tombeau. On ne trouve aucune trace de ce fait dans TEvangile. Cependant S. Gré* goire de Njsse Ta cru , ainsi que le poète Sedulius :

Hoc luminis ortu

Vif go parens aliœque simul eum munere maires Meuis aromaticœ^ noctu vénère gementes Ad tumulum

« An point de ce jour (de Pâques) la Vierge mère et les B aatres femmes chargées d'une abondante provision d'aro-

> mates yînrent, fondant en larmes, au saint tombeau. » Paquot cite encore, comme partisans de cette opinion, Kicéphore Calixte et Tbéophilacte, mais il observe qnîlsse sont illusionnés , hallucinari videntur, en ne distinguant pas Marie, dont parle S. Matthieu, de Marie mère de Jésus. Lautre Marie était mère de Jacques. Une troisième Marie était Madelaine.

Le texte évangélique ne dit pas non plus que le Sauveur ressuscité se soit montré à Marie sa mère en même temps qu'aux saintes femmes. C'est à Marie Madelaine que fot réservée cette première faveur. Les paroles sont précises : Apparuit primo Mariœ Magdalenœ. Pourrait-on faire néanmoins un grand crime à un peintre de flatter ainsi la pieuse opinion des chrétiens qui se complaisent à voir le Fils de Dieu glorifié s'oflrant aux regards de sa Sainte Hère , comme pour se hâter de loi procurer une aussi délicieuse consolation? Nous ne le pensons pas, et quoique TEvang^le garde le silence le fait n'est pas, pour cela, inadmissible.

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Autour (lu sujet principal viennent se grouper divers incidents tributaires de Tart chrétien. Les deux plus importants sont t apparition de Jésus ressuscité k Tapôtre Thomas et le Sauveur se manifestant aux deux disciples d'Emmatis. Eludions le premier.

S. Jean nous apprend que Vun des douze, Thomas surnommé Didyme n'était point avec les autres apôtres quand Jésus leur apparut après sa résurrection. Le récit que lui firent ses collègues ne put le convaincre de la réalité de ce prodige. Il déclara que son incrédulité ne serait dissipée qu'après avoir vu de ses jeux et touché de ses mains les plaies de son maître. « Huit jours après, les apôtres se » trouvant réunis dans le même lieu et Thomas s'y trouvant » avec eux, Jésus survint, les portes étant fermées, et se » présenta au milieu d'eux , en disant : Que la paix soit avec » vous. Puis il dit à Thomas : Approche ton doigt et consi- » dère mes mains. Approche ta main et mets-la dans mon » côté, et ne sois pas incrédule, mais fidèle. Thomas ré- » pondit et lui dit : Mon Seigneur et mon Dieu 1 » Le peintre figurera-t-il l'apôtre considérant seulement son maître , ou bien lui fera-t-il toucher les plaies du crucifiement ? Rubens et Van-Dyck ont retracé une simple vue et Ion est bien forcé de convenir que le premier de ces maîtres n'a point réussi dans la physionomie de S. Thomas. Wander- Werf a fait toucher par l'apôtre la plaie du côté droit du Sauveur. Il est des interprètes qui soutiennent que, par respect , Thomas se contenta de considérer son mattre. S. Augustin , S. Ambroise , S. Grégoire ont embrassé l'opinion contraire. Notre oracle Benoit XIV souscrit au sentiment de ces grands docteurs. L'apôtre incroyant devait obéir à Tordre formel du Sauveur : « Approche ta main et D mets-la dans mon côté. » Wander-Werf a donc saisi le sens le plus accrédité, quoiqu'on ne puisse absolument blâmer Rubens et Van-Dyck, parce qu'il est permis de penser qu'ils ont saisi l'instant où Thomas examine les plaies du Sauveur, avant d'y porter la main. On conçoit une troisième manière de peindre cette scène. C'est de la saisir au moment où l'apôtre convaincu par la vue et par le toucher,

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s'écrie , en jetant les yeux snr le Sauveur, avec une confusion mêlée de confiance et d'admiration : « Mon Seigneur, et » mon Dieu! »

Parmi les diverses apparitions du Sauveur ressuscité k ses apôtres celle d'Emmaiis est une des plus célèbres. Le récit en est trop long pour avoir ici sa place. On peut le lire dans le chapitre xxiv de S. Luc, depuis le verset 13 jusqu'au verset 35 inclusivement. Le moment retracé par les peintres est surtout celui où Jésus , à table , rompant le pain avec ses deux disciples qui l'avaient considéré jusqu'à ce moment comme un vulgaire voyageur, fut reconnu par eux comme leur bon mattre. Cette scène est d'une grande simplicité, ainsi elle demande de l'artiste plus de sentiment €[ue de génie pour la retracer. Franck, dit Le Vieux et Jean Bellin ont parfaitement senti leur sujet. Le second a peint cinq personnages au lieu, de trois. Mais l'un de ces personnages est le peintre lui-même qui s'est représenté en état d'adoration, à droite; l'autre est un valet d'hôtellerie qui apporte des mets. L'expression des trois principales figures est naturelle et variée. Claude Lorrain a peint les deux disciples s'entretenant avec Jésus le long du chemin d'Emmaûs. Le sujet, capital ne peut point se caractériser ainsi. La toile de Lorrain est, avant tout, un charmant paysage où l'artiste n'a pas oublié des ruines d'ordre corinthien qui trèscertainement n'existèrent jamais dans le voisinage de ce bourg de la Galilée.

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