CHAPITRE XV
La Tradition des ders; l'ÂscensioD de J.-C.
Un des faits les ptas remarquables de la TÎe du Sauveur est bien, sans contredit, celui par lequel s'ouvre le présent chapitre. Jésus-€brist, après raccomplissement des prophéties devait remonter au ciel , mais son œuvre n'était point passagère. Elle devait se perpétuer jusqu'à la fin des siècles. H désigne celui des apôtres qui devait continuer son ministère évangélique et régir TEglise visible. C'est ce qu'on a coutume d'appeler la Tradition des Clefs. Ce fait mérite un développement précis.
L'Evangéliste S. Matthieu raconte que le Sauveur interrogea , un jour, ses apôtres sur ce qu'on pensait de lui. Us répondirent qu'on le prenait pour S. Jean-Baptiste , ou pour Elie , ou pour Jérémie , ou enfin pour quelqu'un des prophètes. Alors Jésus dit à ses apôtres : a Et vous , quel est » » à cet égard , votre sentiment ? » Simon Pierre se hâta de répondre : « Vous êtes le Christ Fils du Dieu vivant. « Le Sauveur lui dit alors : « Simon Barjona, tu es heureux. La » chair et le sang ne t'ont point fait cette révélation ; tu n l'as reçue de mon Père qui est aux cieux. Et moi , je te » dis, que tu es Pierre et que sur cette pierre je bâtirai » mon Eglise contre laquelle ne pourront prévaloir les por- » tes (les puissances) de l'enfer. Et je te donnerai les clefs i> du rojaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la *» terre sera lié dans le ciel et tout ce que délieras sur la » terre sera délié dans le ciel. » Ces paroles du Sauveur sont une promesse solennelle faite à Simon Barjona. Elle s'accomplira, car Dieu ne promet pas en vain.
Après sa résurrection et avant de monter au ciel , Jésus dit à Simon , selon le récit de S. Jean : a Fils de Jean » (Barjona) m'aimes-lu plus que ceux-ci ? » Simon lui répondit : Oui , Seigneur , vous savez que je vous aime.
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Jésos lai dii : « Pais mes agneaux. » li dit ensuite à Simon : • M*ainies-ta ? • Et Simon répond encore : Oui» Seigneur, TOUS savez que je vous aime. Jésus lui dit : « Pais mes agneaux. » Jésus, pour la troisième fois» dit à Simon : « M aimes-tu ? » Simon Pierre fut attristé de ce que Jésus loi avait dit une troisième fois : M'aimes-tu ? Et il lui répondit : Seigneur, tout vous est connu, vous savez bien que je tous aime. Jésus lui dit : a Pais mes brebis. »
En rapprochant ces deux circonstances. Tune avant la résurrection, Fautre après son accomplissement, c*est-à-dire la promesse et la concession , et en traduisant sur la toile Tallégoric des clefs du ciel et celle des agneaux et des brebis, Tart chrétien a conçu une belle et sublime scène, connue soos le nom de tradition des clefs. Les deux allégories pouvaient être séparément traitées , comme on Ta fait quelquefois , mais Raphaël les a unies avec le plus rare bonheur. Le Sauveur ressuscité est environné de ses ap6tres. Il livre à Pierre les clefs mystiques et lui montre en même temps les brebis et les agneaux dont il l'établit pasteur suprême. Oq sait que symboliquement les brebis sont les évéques et que les fidèles sont figurés par les agneaux. En ce moment donc Pierre est choisi pour gouverner TEglise, en qualité de chef visible, puisque Jésus-Christ se dispose à monter au del où il sera toujours le chef invisible de la société chrétienne. Pierre ne succède donc pas à Jésus^hrist, mais il devient son vicaire. Les papes successeurs de Pierre jouiront de la même prérogative d'honneur et de juridiction , exerceront la même autorité.
Très-anciennement , on a représenté Jésus-Christ remettant à S. Pierre deux clefs dont Tune est dor, l'autre d'argent. Holanus prétend que la première est l'emblème du droit d'absolution , et la seconde du droit d excommunication. D'autres écrivains ont voulu voir, dans la clef d or le symbole de la puissance et dans celle d'argent, celui de la science. On a aussi fréquemment représenté S. Pierre recevant trois clefs. Nicolas Alemanni, dans sa description des fresques de S. Jean de Latran , rapporte , d'après un manuscrit du Valican, qu'on y voyait S. Pierre avec trois
clefs. Ici on a voulu voir la science , le pouvoir et la juridiction. Il importe assez peu que Ton figure le prince des apôtres, avec plus ou moins de clefs, pourvu qu'on traduise le nombre pluriel du texte évangélique : Tibi dabo claves. La nature du métal est, en elle-même, sans importance pour Part. On pourrait sans encourir aucun blâme figurer Tune de ces clefs en or et Tautre en argent ou bien trois clefs , puisqu'on aurait pour soi l'autorité traditionnelle , comme il a été dit. Mais il serait imprudent de substituer à l'allégorie biblique des clefs ou des brebis et des agneaux , toute autre pensée emblématique.
Dans la quatrième partie, nous aurons occasion de revenir à S. Pierre et d'entrer dans d'autres détails artistiques sur ce chef do l'apostolat.
Quarante jours se sont écoulés depuis la glorieuse résur. rcction du Sauveur. Il va remonter au ciel. L'Eglise célèbre ce grand mystère par la solennité de TAscension. Au moment où Jésus s'éleva dans les cieux par sa propre vertu , il bénit ses disciples. Laissons parler S. Luc : «Jésus cono duisit ses disciples dans un lieu ouvert, foras, cnBétha- » nie , et ayant élevé les mains il les bénit , et il arriva » que pendant qu'il les bénissait, il s'éloigna d'eux et il était » porté vers le ciel. » On a souvent blâmé, dit Benoit XIV, les peintres qui figurent Jésus^Christ bénissant, en ce moment , les disciples par un geste qui exprime le signe de la croix. Ayala, non-seulement les disculpe, mais les loue et il soutient que le peintre doit représenter le Sauveur donnent cette bénédiction comme la donnent les évoques. Jésus- Christ doit donc lever les deux mains pour bénir. Suarcz soutient qu'il est beaucoup mieux de figurer Jésus croisant les mains, pour exprimer le signe du salut. Le grand pape que nous venons de citer donne la préférence à l'extension des mains. Selon lui, ce geste a beaucoiip plus d^analogie avec les bénédictions patriarcales. Aaron bénissait ainsi les Israélites.
Dans le moyen-âge, on a peint le Sauveur faisant sou ascension avec l'aide d'une échelle. Molanus trouve une grande rudesse dans celte métaphore. Les admirateurs exclu-
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sifs de l'art chrétien de cette époque s'extasieront-ils devant cette échelle?... II nous semble qu'elle contraste un peu trop avec Tidée que le christianisme se forme de l'impas^* sibilité des corps glorifiés et surtout avec l'Evangile luimême qui ne laisse présumer rien qui ressemble à un moyen matériel. La doctrine chrétienne nous apprend que le Sauveur s'éleva dans les cieux par sa propre vertu. Sans dépriser le moyen-âge, ne professons pas pour lui un amour aveugle et irréfléchi. Nous pourrons ainsi d'autant mieux accueillir les excellentes traditions qu'il nous a léguées.
Il est sans doule permis à Tardsle de peindre autour de Jésus-Christ moulant aux 'cieux une cohorte d'anges qui forment son cortège, mais il serait beaucoup mieux de figurer autour de lui les anciens justes qui, dans les limbes, soupiraient après sa venue. C'est ce que la liturgie parisienne exprime parfaitement dans une des hymnes de la fêle.
Jam nuhe veetus fuîgida Terras jacentet despicis Edueta longo earcere Regem sequuntur agmina.
« Porté sur une éclatante nuée , 6 Jésus ! vous laissez la « terre sous vos pieds. Une multitude de captifs délivrés « d'une longue détention escortent leur monarque triom- » phant. »
La montagne qui fut témoin de cette merveilleuse ascension est celle d'Olivet , à peu de distance de Jérusalem. Elle est séparée de cette ville par le torrent de Cédron si célèbre dans l'histoire de la passion du Sauveur. Notre plan nous interdit de plus longs détails sur cette montagne.
Lorenzo Costa et Benvenuto Garofolo qui ont cultivé l'art chrétien, avec succès, à l'aurore de la renaissance , ont saisi avec bonheur ce sujet capilal. On ne peut citer, pour les temps postérieurs, aucun véritable chef-d'œuvre dans ce genre.
Nous n'avons point à entamer ici une discussion sur les vestiges dont le sommet de la montagne aurait conservé l'empreinte. Les pieds du Sauveur , au moment où il s'éleva dans les cieux, y seraient encore tracés. On a pareillement
dispute sur le point cardinal vers lequel était tourné le visage du Sauveur pendant son ascension. Tout cela ne peat être que d'un intérêt secondaire pour Tart. Il n'en saurait être de même sur les témoins de ce grand mystère. Selon Topinion la plus commune , les onze apôtres fidèles ne furent pas les seuls témoins de Tascension. Un grand nombre de disciples étaient joints aux premiers. Le peintre^ au lieu de se borner aux seuls apêtres, doit figurer une nombreuse agglomération de spectateurs , et se conformer ainsi aux paroles de S. Paul qui mentionnent plus de cinq cents frères auxquels le Sauveur se rendit visible pendant quarante jours après sa résurreclion.
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