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CHAPITRE XVII

Sefond avènement d« Jétus-Chri^i , ou le Jugement dernier.

Dorant le cours de ses prédicalions, le Sauveur du moade annoDça à ses disciples le grand, le (crrible jour qui doil éclairer Tagonie de Tunivers. Pour reproduire celte lamentable scène , il est besoin de bien se pénétrer des prédictions énogéliques qui en révèlent Tannonce, la réalisation et le dénouement. Nous n avons rien de mieux à faire qu*à dérouler les pages sacrées où ce grand événement est prophétisé.

Ecoutons d*abord Févangéliste S. Luc :

« 11 7 aura des prodiges, dans le soleil, la lune et les » étoiles. Sur la terre, les peuples seront dans la constcr-

> nation , par le trouble que causera le bruit de la mer » et des flots. Les hommes sécheront de frayeur dans lat- » tente des maux dont tout le monde sera menacé, car les » vertus des cieux seront ébranlées ; et alors ils verront " le Fila de l'homme qui viendra sur une nuée, avec une » grande puissance et une grande majesté. »

L'évangéliste S. Marc nous révèle quelques autres circonstances: « Le soleil s'obscurcira, la lune ne répandra » pins sa lumière. Les étoiles tomberont du ciel et les » vertus célestes seront ébranlées, et on verra le Fils de » rhorame venant sur les nuées , avec une grande puis- " sance et une majestueuse gloire. Alors Dieu enverra ses « anges, et il rassemblera ses élus, des quatre vents, dune • extrémité du ciel à l'autre. »

Consultons maintenant S. Matthieu qui ajoute de nouveaux traits aux peintures qui précèdent : a Alors appa- •> raitra dans les cieux le signe du Fils de l'homme, et les

tribus de la terre pousseront des gémissements Il

' enverra ses anges qui sonneront de la trompette

> Quand le Fils de Thommc sera venu, dans toute sa^ma-

» jcslé accompagné de ses anges, il siégera sur le trône de » sa majesté , et toules les nations seront réunies devant » lui, et il séparera les hommes les uns des antres, de • même que le berger' sépare les boucs des brebis, et il » placera les brebis à sa droite et les boucs à sa gauche -, m et. il dira à ceux qui seront à sa droite : Venez les bénis ■ de mon Père, possédez le royaume qui vous a été pré- » paré depuis Torigine du monde.. .. Il dira à ceux qui se- » ront à sa gauche : Eloîgnez-vous de moi , maudits , allez » an feu éternel qui a été préparé au démon et à ses an- » ges. »

L'évangclistc S. Jean parle de la résurrection des morts qui aura lieu, en ce jour suprême: « I/hcure survient à » laquelle tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront » la voix du Fils de Dieu, et ceux qui ont bien agi en » sortiront pour la résurrection glorieuse, mais ceux qui » auront fait le mal, pour la résurrection du jugement. «

Le même apôtre nous fournit encore, dans TApocalypse, un passage très-remarquable : « J*ai vu un grand trône res- » plendissant de blancheur, et un personnage qui y était » assis. A son aspect, le ciel et la terre s'enfuient , et Ton » n'en voit plus aucune trace. Je vis des morts grands et » petits, debout devant le trône, et les livres furent ou- » verts, et Ton en ouvrit un qui est le livre de vie, et les *> morts furent jugés, selon ce qui est écrit dans ces livres, » daprès leurs œuvres. La mer restitua les morts qui » étaient dans son sein , la mort et l'enfer rendirent les i> morts qui étaient en leur pouvoir. »

Le (extc suivant du même livre ne saurait être passé

sous silence : « Et quand le sixième sceau eut été

» rompu , voici un grand tremblement de terre qui survint. » Le soleil devint tout noir comme uu sac de crin , et la » lune tout entière parut comme du sang. Les étoiles du » ciel tombèrent sur la terre , comme les feuilles encore » vertes tombent d'un figuier agité par un grand vent. Le » ciel se relira comme un livre que l'on roule et toutes les » montagnes et les fies furent transportées hors de leur » place. Et les rois de la terre, les grands du monde, les offi-

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* eîers de guerre, les riches, les paissants, et tous les esclaves » ecHiinie les hommes libres se cachèrent dans les cavernes

• et les rochers des montagnes. Et ils dirent aux montagnes » et aux rochers : Tombez sar nous et cachez-nous de de- » Tant la face de celui qui est assis sur le trône , et do la > colère de TAgneau , parce que le grand jour de leur co- » 1ère est venu , et qui pourra la soutenir? »

Voilà une grande carrière ouverte à lart chrétien. Un tableau du jugement dernier doit être pour ceux qui le contemplent une prédication pathétique qui réveille au fond des âmes an souvenir puissamment moral. 11 ne peut donc ici entrer dans l'esprit de Tartiste la pensée trop étroite de travailler exclusivement pour sa propre gloire , de chercher à illustrer son nom par quelque conception neuve, hardie, en un mot d'imiter l'orateur qui par de périodes harmonieuses, des artifices de rhétorique, un geste étudié, se constitue le principal héros de son œuvre. De même qu'il importe , avant tout , à celui-ci de mettre dans sa parole et dans son action tout ce qui peut émouvoir les esprits , de même aussi le premier mérite du peintre consistera , dit le cardinal Frédéric Borromée , à pénétrer les cœurs des sentiments et des affections qui naissent essenlieiiement de son sujet.

11 n'est point nécessaire. de décrire ici la célèbre fresque de Hichel-Ange, au Vatican. Cette immense page que Ion' admire sous le rapport de l'art du dessin et du coloris a-telle jamais laissé dans l'âme une émotion salutaire ? Il nous est permis d'en douter. On peut , du reste , sans quitter les rives de la Seine , voir une excellente copie de ce fameux jugement de Bnonarotti, par le peintre français Sigalon.

Qu'on veuille bien ne pas trouver inopportune la transcription d'un fait raconté, d'après le cardinal Baronius, par Paquot. Il s'agit de la conversion de Bogoris roi des Bulgares. Ce prince idolâtre avait une grande passion pour la chasse. Lors même que , dans son palais, il se livrait à d autres soins, il trouvait dans les peintures qui l'ornaient, son plaisir favori; car toutes lui retraçaient les scènes

qu'il affeclionnait. Ayant fait construire une nouvelle habitation , il ordonna à un moine nommé Metbodius de décorer celle maison des productions de Fart dans lequel ce moine excellait. Il n'indiqua pas néanmoins les sujets que le peintre devait représenter et lui laissa une entière liberté. Seulement il voulut des scènes d'un genre terrible, capables de porter Tépouvantc dans Tâmc de ceux qui les contempleraient. Metbodius ne trouva rien de plus propre à satisfaire le goût du prince qu une peinture du jugement dernier. Quand le travail fut terminé, Bogoris fut invité à venir visiter Tœuvre. A laspect du souverain arbitre assis sur son trône, couronnant les justes qui étaient à sa droite et lançant des foudres contre les impies placés à sa gauche le roi fut saisi d'une profonde émotion. Metbodius lui expliqua le sujet de son tableau. Aussitôt le prince abjura le culte des dieux, se fit instruire des mystères de la foi chrétienne et reçut enfin le bapléme. Le moine Metbodius avait été envoyé à ce prince par l'empereur de Constantinople comme un des plus habiles artistes de son époque, (IXe siècle). La Bulgarie dont les colonies peuplèrent les contrées nommées aujourd'hui la Valachie, la Moldavie, et une partie de la Hongrie reçut donc le bienfait de la foi et le partagea avec les vastes régions qui viennent d'être énumérées, grâces à celle prédication artistique d'un moine grec. Il devint lui-roémo le premier métropolitain de ces pays conquis à la foi. Dieu voulut ainsi faire sortir uu triomphe de Tapostolat de l'art.

L'arc lumineux sur lequel certains peintres placent le Fils de l'homme est mentionné dans le prophète Ezéchiel. Les deux glaives sortant de sa bouche, la faulx qu'il tient à la main sont des emblèmes caractéristiques puisés dans l'Apocalypse. Ils ont été fréquemment employés dans le moyen-âge. Quelquefois même les anges sont armésde faulx; afin de traduire ces paroles de S. Matthieu : « Le Fils de » l'homme enverra ses anges qui moissonneront de son » royaume les scandales et ceux qui opèrent l'iniquité. » Ceci coïncide d'ailleurs très-bien avec ce que le Sauveur dit, dans une parabole, au sujet de l'ivraie qu'il faut lais-

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ser crotlre mêlée avec le froment, jusqu'au dernier jour où le père de famille enverra ses moissonneurs.

Paquol a inséré dans ses notes sur Molanus un assez graod nombre de citations des auteurs païens qui parlent de la conflagration générale de Tunivers, du jugement dernier et même de la résurrection des corps. C'est ainsi que Sénèque dans sa 136e épttre parle de la résurrection : a La

• mort interrompt la vie, mais ne la détruit pas. Arrivera

• le jour qui doit nous restituer Icxislence. » Paquot fait observer que Fénélon n'a pas pourtant puisé la belle description de la félicité des héros des Champs-Elysées dans les autears profanes, mais dans la théologie chrétienne. Il permet aux peintres de puiser à leur tour dans cet admirable passage pour représenter le jugement dernier. Ce morceau délicieux qu'une plume païenne n'aurait jamais pu tracer forme le commencement du livre dix-neuvième. La glorification des corps des justes telle que la chante le cygne de Cambrai est un épisode inspiré par la foi de l'Evangile. Cest bien ici quelque chose de plus divin que le mens ditinior de Tidolàtrie. Nous croyons aussi que le peintre chrétien ne pourra jamais s'inspirer à des sources plus fécondes que les livres saints, que les homélies des saints pères , que les orateurs de la chaire chrétienne. Le grand sujet da jugement dernier est peut-être celui qui exige de l'artiste le plus de foi. Elle seule est capable de vivifier, d'animer une composition de cette nature. Pourquoi le jugement dernier peint par Angelico de Fiesole qui y travailla avec tant d'amour passe-t-il, non seulement pour le plus beau qui existe , mais encore pour le chef-d'œuvre de la peinture chrétienne? Parce que ce moine qui porte si justement le nom de Beato joignait à un rare talent d'artiste une piété consommée. C'était l'àme croyante du peintre qui guidait son pinceau. Ainsi se vérifie la parole de l'apôtre: « La piété est utile k tout. »

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