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CHAPITRE XIV

La Pentec^Me ou Descente du SainUEsprit sur les apôlres.

ÀTant d entrer dans les développements annoncés par ce Ulre, nous devons tradnire une annotation de Paquot : « Tout chrétien est persuadé que THoninEie-Dieu Jésus rem- >» plit, dans le ciel, auprès de son Père, l'office de mé- » dialeur. Mais il s est quelquefois introduit une manière » répréhensibic de traiter ce sujet en peinture. L'an 1487 , » le 2 mars, la Faculté de Théologie de Cologne fut cou-

• sultée par Torgane de son doyen relativement à un abus

• des peintres on sculpteurs qui représentaient le Seigiieur » Jésus , après son Ascension , dans Tattitude d*un sup- » pliant qni fléchit les genoux devant son Père. La Faculté

• jugea que cela était abusif et qu on devait s'y opposer, o Holanns blâme une peinture de ce genre dans son livre ii*. » Je Fai encore vue néanmoins , après cette décision , expo- » sée dans les églises. » On ne peut que s'associer k Topiuion des théologiens de Cologne. Une peinture de ce genre sembla reproduire Thérésie qui niait la divinité de Jésus- Christ ou la duplicité des natures. On ne saurait excuser un pareil tableau en disant que c'est ici exclusivement la nature humaine qui est prosternée devant le Père. H n'est point permis de scinder ainsi la personne du Sauveur ressuscité. Le dogme catholique admet deux natures mais une seule personne dans Jésus-Christ , Qui licei Deuê su ei homOj non tamen duo sed umis est Christus.... Unus omnino, non confuêione subHantiœ, sed uni taie personœ. (Symbole de S. Athanase.)

Jésus , avant son ascension , avait promis à ses apôtres de leur envoyer le Paraclet , c'est-à-dire TEsprit consolateur. Les apôtres se préparaient à cette venue mystérieuse, depuis dix jours , dans le Cénacle, et y vaquaient à la prière. Qu'était le Cénacle chez les Juifs? Benoit XÏV nous répond que c'était

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la partie supérieure de la maison, la partie la plus calme et par conséquent la plus propre au recueillement et à la méditation. On sait qu'en- Orient les habitations n'ont point une toiture inclinée, comme dans nos climats. Habituellement c est une terrasse. Le peintre a besoin de connaître cette particularité pour ne pas figurer, comme cela n'arrive que trop communément, une vaste salle, d'un ordre architectural, plus ou moins grec ou romain... Une salle couverte d'un lambris à travers duquel les langues de feu se frayent un passage. Le Cénacle n'avait d'autre lambris ou voûte que le ciel.

Ici maintenant se présente une difficulté. S. Luc , après nous avoir raconté l'ascension du Sauveur , nous dit que les apôtres « vaquaient, dans le temple , in iemplo , aux » exercices de la prière, louant et bénissant Dieu. « Ceci parait contredire ce que le même évangéliste nous apprend, dans les actes des apôtres, où il rapporte que ceux-ci étaient dans le Cénacle et u persévéraient unanimement dans la » prière, avec les saintes femmes, Marie mère de Jésus et » ses frères, » lorsque le Saint-Esprit descendit sur cette pieuse assemblée. Benoit XIV cite deux moyens de concilier ces textes si opposés en apparence. L'un de ces moyens est présenté par Haldonat et l'autre par Eslius. Le premier croit que, dans le premier texte, il faut voir les apôtres vaquant sans interruption à la prière, ce qui est exprimé par leur séjour métaphorique dans le temple de Jérusalem. Estius soutient que les apôtres, avant la descente du Saint- Esprit, restèrent en retraite continuelle dans leur maison» c'est-à-dire dans le cénacle de leur demeure, et qu'après l'infusion du Saint-Esprit ils furent assidus au Temple pour y louer et bénir Dieu. Selon lui, le premier passage de S. Luc parle de cette seconde période de prières. Dom Calmet partage le sentiment d'Estius qui, en effet, parait beaucoup plus simple et plus naturel. Le peintre ne saurait donc être dans une pénible incertitude entre le Temple et le Cénacle. S'il plaçait la scène de la Pentecôte dans le Temple serait-il répréhensible? Non , car il s'excuserait sur le texte de l'Evangile selon S. Luc.

L*ar(îs(e chrétien doit-il se borner à représenter les apôtres , dans le Cénacle^ au moment où le Saint-Esprit j descend? On peat affirmer sans crainte qae la mère du Sauyeur et les saintes femmes se tronvaient» dans le Cénacle, avec les apôtres. Cela résalte fort clairement du texte précité, et il est vraisemblable que cent*vingt personnes étaient, en cet instant , rassemblées dans le même lieu. Tel est le sentiment de Benott XIV. Le collège apostolique réduit à onze membres par la coupable défection do Judas s'était complété par l'admission de Mathias, quelques jours avant la Pentecôte. S. Jean Chrysostôme , dans son homélie quatrième sur le deuxième chapitre des Actes des Apôtres, s'exprime ainsi : « Est-ce que le Saint-Esprit descendit seu- » lément sur les apôtres et non point sur les antres? Nul- » Icment» 11 descendit encore sur les cent-vingt qui étaient » avec eux. »

La question nous parait décidée. Se borner à représenter les douze apôtres illuminés des feux de l'Esprit-Saint , ce serait adhérer à Topinion de l'hérétique Théodore de Bèze qni l'a soutenue.

Une autre question délicate se présente au sujet des langues de feu. Faut-il prendre cette expression à la lettre? Le P. Serrj émet une opinion curieuse sur ce point. II dit qu'après la descente du Saint-Esprit , les langues des apôtres parurent semblables à des flammes s'élançant de leur bouche ouverte. Notre grand pape si souvent consulté par nous déclare que cette interprélation lui fait horreur : a Nous ne croyons pas, dit-il ensuite, qu'il faille blâmer B les peintres qui, pour représenter le mystère de la Pen- 9 tecôte , figurent des feux , tgniculos , semblables à des n langues tombant sur la tête des apôtres réunis dans un > même lieu. » Pour achever de rendre aussi intelligible qu'on le peut la descente du Saint-Esprit, les artistes font planer sur le Cénacle une colombe de laquelle semblent partir les langues de feu.

Un dernier trait mérite attention. C'est Molanus qui le fournit. Après avoir longuement prouvé, ainsi que son docte mnotateur Paquot, que la mère do Jésus reçut le Saint-

Esprit, il ajoule : « Les peintres, tant ailleurs que dans « l'histoire de la Peniccôle, placent Marie, an rang le plus » honorable y parce qu'ils ne doutent pas que les apôtres n ont eu pour elle la plus parfaite déférence. Qu'y a4-il , n en effet y de plus noble que la Hère de Dieu? Y a-t-il » quelque chose de plus splendide que celle qui fut choisie » par la splendeur éternelle ? »

Le cycle des fêtes de Kotre^eigneur est parcouru. Le dimanche qui suit la solennité de la Pentecôte est plus spécialement que tout le reste de Tannée consacré à honorer Tauguste mystère de la Trinité. Dans notre première partie y ce grand sujet a été traité avec tous les développements qu'il exige , sous le rapport de Part.

Cependant on ne sera pas fâché de rencontrer ici un tsait que Molanus a tiré d'une histoire d'Italie dont l'auteur est Sigonius. Il s'agit d'une ignoble parodie du mystère de Dieu en trois personnes :

« Les Perses, sous le commandement de leur roi Chosn roës , après avoir pris Jérusalem et avoir massacré quan tre-vingt-dix mille chrétiens, emmenèrent le patriarche » Zacharie en captivité et emportèrent le bois sacré de la » vraie crmx. On ajoute que Chosroës, pour insulter les » chrétiens fit bfttir , en Perse, un édifice qui figurait le » ciel , et qu'il y fit placer h droite une croix , à gauche » «n coq et se fit représenter lui-même au milieu, disant » qu'il était le Père, puisqu'il siégeait entre le Fils et le n Saint-Esprit. » Cette grossière impiété prouve que pendant son séjour à Jérusalem , Chosroës avait vu un tableau ou image de la sainte Trinité qu'il s'amusait à travestir d'une manière si sacrilège. Chosroës finit par être cruellement assassiné par son propre fils.

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