CHAPITRE PREMIER
L'Immaculée Conception de Marie.
La méthode qae nous nous sommes tracée pour la par* lie qui précède doit nous guider dans celle-ci. Ce nest donc pas rigoureusement le cycle festival de la Sainte Vierge, selon Tordre liturgique, qui est suivi, mais bien plutôt le cycle chronologique de la Hère de Dieu. Toutefois, en ce qui regarde la Conception Immaculée qui est Tobjet de ce premier chapitre , Tun et l'autre des deux cycles est régulièrement observé, puisque, dans la distribution de l'année ecclésiastique , TA vent est placé en tète et que cette solennité est célébrée dans les premiers jours de ce saint temps , c est-à-dire le huit décembre.
Dans la fête de la Conception , l'Eglise honore le privilège dont Marie fut gratifiée dès le sein de sa mère et en ?ertu duquel elle fut préservée de la souillure originelle. Ce n'est pas ici le lieu de tracer Thistoire de rétablissement de cette fête.
Une peinture qui voudrait reproduire intimement le sujet de la Conception Immaculée , est impossible. Il n est pas besoin d*en dire la raison. L'art est donc forcé de recourir à nne allégorie qui ne soit pas pourtant une énigme. Mole observe avec un très-grand sens qu'il ne s'agit nullement
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de peindre la ConcepUon mais bieo Vimmaeulation. Pour j parvenir, il est des peintres qui ont figuré la Vierge dans une anréoic de splendeur céleste. Une légion d*anges armés de boucliers l'entoure. Plusieurs démons lancent des flèches contre liane , mais ses dards yont s*émousser contre les boucliers des satellites aifés. Cette idée n^est pas médiocrement ingénieuse, mais la poésie p ut beaucoup mieux s'en accommoder que la peinture sa sœur. Sur une toile , ce combat d^anges et de démons détournerait du siyet principal et serait trop peu éloigné du grotesque.
Marie, dans une gloire rayonnante et environnée d^angcs qui portent des emblèmes de pureté , tels que des lis , des roses, une étoile, une porte fermée, un miroir de justice etc. , serait mieux allégorisée dans son Immaculée Conception. Mole improure le miiroir, parce que , dit-il , « Tnsage
» des glaces n'est pas fort ancien » C'est une raison trop
puérile^ L'église ne fait pas difficulté d appeler Marie , un miroir de justice, spéculum justitiœ.
Le peintre Lafossc a placé, à cùté de la Vierge, un ange 9Jrmé d'une épée flamboyante, et précipitant dans Tablme le dragon infernal. Cette pensée est digne d'éloge, mais cela ressemble trop au combat de S. Michel contre Lucifer. 11 serait .préférable de peindre un dragon abattu aux pieds de Marie qui le foulerait dédaigneusement. Ce serait , autant qu'il est possible , traduire les paroles de la Genèse : Ipsa conieret caput tuum. « La femme , 6 serpent séducteur, t'écrasera la tétc. » L'église entend ce texte de Marie de laquelle devait naître le Rédempteur par qui la puissance du démon devait être terrassée. Mais ceci n'est-il point encore une énigme trop peu transparente pour le commun des fidèles.
L'art chrétien qui aspire à des œuvres sérieuses et en. tièrement irréprochables doit se garder d'emprunter des documents à certains évangiles apocryphes et surtout à celui qu'on attribue à lapôtre S. Jacques. On lit dans ce dernier ce qui suit : « Anne se tenait à la porte , quand elle vit » Joachim arrivant avec ses troupeaux. Elle accourut vers » son mari, et Tembrassant elle lui dit : Je connais mainte-
n Dani que le Seigneur ma comblée d'une abondante béné-
• diction , car étant précédemment stérile , je sens remuer > dans mon sein un enfant. » Se fondant sur cette historiette , quelques peintres anciens représentaient Anne et Joacbim qui, au milieu du tableau, s embrassaient. Une inscription placée au dessous portait cette indication : « C'est D ainsi qu'a été conçue la bienheureuse Marie. » Dans Tinscriptiou , quelle idée cette accolade conjugale pouvait-elle suggérer d'une Conception Immaculée? Avec Tinscription n'était-ce pas encore une énigme?
Le cardinal Frédéric Borromée nous fournit une précieuse indication sur la manière de peindre ce sujet : « Nous pen- « sons qu'on peut peindre une jeune fille couverte de son » voile y assise dans un lieu resplendissant de clarté et en- » vironnée danges qui volent autour d'elle. Nous ferions
• la figure de la Vierge et celle des anges légèrement dessi- B nés dans une ombre qui s'illuminerait par une clarté B descendue du ciel , et nous peindrions, au milieu de celte m clarté > mais avec des traits peu marqués et presque aériens, » les trois personnes divines. »
Paquot approuve une Conception d'Antoine Cojpel que le burin a souvent reproduite. Une Vierge occupe le centre du tableau. A ses pieds est un énorme dragon qui cherche vainement à la mordre et à la dévorer. Du haut du ciel , le Père éternel porté sur un éclatant nuage étend sa main protectrice sur la tête de Marie. Celle-ci , les bras croisés sur la poitrine et la tète baissée, semble recueillir Tinfusion de la grâce céleste.
Mole reproche avec raison à Lebrun d'avoir représenté la Vierge couverte d'une gaze légère et transparente qui laisse apercevoir son corps. Cette licence est impardonnable dans un tableau de Conception immaculée. Le même auteur préférerait, d'autre part, aux riches habits dont on couvre Marie, une simple robe blanche qui est l'emblème de la pureté virginale.
Une manière plus biblique de peindre ce mystère consiste h figurer la Vierge dans une auréole, à la couronner d'un diadème de douze étoiles, à placer ses pieds dans un crois-
sant, autour duquel est entortillé un serpent. L^Apocaljpsc fournit une p&rtie de ces indications : « Il parut un grand )• prodige dans le ciel. Une femme qui était re?6toc du » soleil, qui avait la lune sous ses pieds, et sur sa télé une i> couronne de douze étoiles. » Il faut pourtant avouer que la traduction artistique de ce passage de TApocalypse n'exprime pas d*une manière entièrement satisfaisante la Conception on plutôt Yimmactdation de la Conception de Marie. On pourrait y voir , ce nous semble , aussi bien , une Assomption ou un Couronnement.
De ce qui vient d'être exposé concluons que le mystère de la Conception immaculée de Marie ne peut facilement s'inféoder dans le domaine de l'art chrétien. Notre sympathie , si Ton veut faire un essai , est acquise à la pensée du cardinal Frédéric Borromée. Nous ne connaissons , pour une œuvre de ce genre , aucun tableau des premiers mat* très de Fart en Italie. Murillo a fait de ce sujet son chefd'œuvre, sous le rapport de l'art.
Nous réservons pour la quatrième partie, où se déroule le cycle festival des Saints, ce qui concerne les parents de la sainte Vierge Joachim et Anne , dont l'Eglise a fixé la fètc au 26 juillet, pour sainte Anne, dans le Romain, et au même jour, pour les deux, dans le Parisien.
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