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CHAPITRE IL

La Naiivilé de Marie el sa Présentalion au Temple.

L'Eglise a placé la première de ces solennités au Luilièmc jour de septembre. La Nativité de la Vierge présente presque autant de dilBcultés à Tart chrétien que la Conception immaculée. Là, pas plus quïci^ les livres saints ne four* nissent aucune lumière. Ils ne disent pas un seul mot sur les parents de Harie ni sur le lieu qui vit naître leur auguste fille. Une tradition adoptée par TEglise et qui , sous ce rapport^ est infiniment respectable donne à cette bienheureuse Vierge pour parents S. Joachim et sainte Anne. Cette tradition s'appuie sur ce qu en dit S. Jean Damascène, dans le Ville siècle. Jacques, évéque d'Edesse et contemporain du premier, s'énonce ainsi : « Selon l'histoire » écrite par des hommes consciencieux, la sainte Vierge » Harie, mère de Jésus-Christ, était fille d'Anne et du juste • Joachim. » Le livre pontifical écrit par ordre de S. (^éon III qui occupait le siège de S. Pierre dans le Ville siècle rapporte que ce pape fit représenter , dans la basilique de S. Paul, rhistoire des S. S. Joachim et Anne. Cela ne veut pas dire, observe Benoit XIV qui nous fournit ces détails, qu'à cette époque on fit la fête des parents de Marie. Celle même de sa Nativité ne remonte pas aux premiers siècles ; on ii.en trouve des traces que vers le huitième. Mais ce n'est point pour nous la question principale. Comment lart chrétien dcvra-t-il reproduire cet événement de la Nativité de Marie qui depuis onze siècles , au moins , fait partie du cycle festival de la mère de Dieu? C'est ce que nous allons examiner.

Mole dit que les peintres supposent d'abord que cette naissance eut lieu pendant le jour. Certes, on ne saurait leur en faire un blâme, car ils sont parfaitement libres sur ce point. Ils figurent une chambre garnie d'un lit sur lequel

une femme est couchée , ils y placent d autres femmes qui s'empressent de servir la mère et puis encore d'autres femmes qui préparent un bain ou qui y plongent Tenfant nouveau-né. Tout cela ne sort pas de Tappareil des couches vulgaires , et rien n'y fait distinguer la naissance de Marie. Il n'est pas démontré que les Juifs fissent prendre un bain aux nouveaux-nés, ni que cette pratique leur fut particulière. Il faudra donc recourir à quelque allégorie et appeler les anges avec les attributs qui leur sont propres, ou bien figurer sainte Anne montrant avec une admiration pieuse à son époux Joachim la petite Vierge privilégiée qui vient de naître.

Voilà des difficultés , et ce sujet est très-ingrat. Aussi Molanus a pris le parti de n'en pas dire un mot. Marillo n'a pas cru cependant que la Nativité de Marie fut on sujet inabordable. Dans son œuvre si estimable , sainte Anne est sur un lit de parade. Plusieurs femmes lui prodiguent leurs soins. D'autres se disposent à plonger l'enfant dans le bain. Pourtant une seule circonstance y fait juger qu'il ne s'agit point d'une naissance ordinaire. Ce sont des anges qui contemplent avec un respectueux ravissement l'enfant que soutient une femme, au-dessus du bain. Mais la chambre, les costumes, les meubles, tout y est espagnol. Rien n'y re. produit la Judée qui fut le berceau de Marie.

Coradi, plus connu sous le nom de Ghirlandajo, a rois l'enfant sur les genoux de sa mère assise auprès du lit. Une femme verse Icau dans le bain , tandis que plusieurs femmes s'avancent respectueusement pour rendre hommage à la jeune Vierge. L'appartement et les costumes sont d'un très-grand luxe qui ne peut guère convenir à la position des parents de Marie. Ici rien d'allégorique, point d'anges et presque rien qui annonce un sujet religieux. Sur uu escalier en perspective, le peintre a figuré S. Joachim et sainte Anne qui s'embrassent. C'est pour caractériser , autant qu'il est possible, ce qu'il y a de surhumain dans celte Nativité.

En général, les peintres donnent, très-mal à propos, une physionomie de vieille femme à la mère de Marie. Ils n'auraient pour justifier cela qu'une histoire très-apocryphe à

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alléguer. On y dit que Anne n'était plus en âge de concevoir, ce qui fait de cette naissance un prodige. L'Eglise n a jamais adopté ce sentiment et elle ne veut pas que Ton prodigue ainsi les miracles. C est encore cette tradition fabuleuse qui porte les artistes à peindre Anne sous les traits d'one vieille femme» dans un sujet secondaire connu sous le nom d'Education de la Vierge.

Le sujet qui vient d'être nommé n'est au fond qu'une pieuse fantaisie, car ni l'Ecriture, ni la tradition ne nous fournissent absolument rien à cet égard. Rubens ne s'est pas préservé de l'erreur qui vient d*étre signalée. La jeune Marie apprend à lire dans un livre posé sur les genoux d'une vieille femme que l'on pourrait prendre au moins pour l'aïeule de l'élève. S. Joachim qui est derrière son épouse est aussi peint en vieillard. Ici les anges voltigeant au dessus du groupe sont un accesso^e obligé pour la connaissance du fait retracé.

Quelques peintres ont représenté sainte Anne enseignant la couture à sa fille, ou bien lui ont mis à la main une quenouille avec laquelle sa mère lui apprend à filer. Ce genre d'éducation est certainement mieux en harmonie avec les mœurs de ces temps anciens. On a blâmé le fauteuil sur lequel Anne est assise, h la manière européenne. Ceci ne mérite pas un reproche sérieux. Ceux-là sont bien dignes, h coup^sùr, d'un blâme énergique qui, pour mieux tracer la prétendue décrépitude de suinte Anne, lui ont prêté des lunettes. C'est très-évidemment faire d'une sainte image une^ caricature. Il n'est pas besoin de dire que celte éducation de Harie n'est l'objet d'aucune fcstivité.

La Présentation de la sainte Vierge au temple de Jérusalem est l'objet d'une fête qui est solefinisée le vingtunième jour de novembre. L'Evangile ne fait point mention de cet acte de la Vie de Marie, mais les Pères en parlent. Benoit XIV cite Evodius, évéque d'Antioche, dans les premiers siècles, d'après Nicéphorequi lui attribue le texte qui suit : « Quand Marie eut trois ans elle fut présentée au » Temple, et là, dans le Saint des Saints, elle passa les " onze premières années de sa vie. Puis les prêtres la ton-

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» fièrent à la garde de Joseph et quand elle eut resté quatre » mois auprès de lui, elle reçut de Tange Theureux mes- » sage. Elle enfanta la lumière du monde, étant Âgée de » quinze ans, le vingt*cinq décembre. » S. Grégoire de Njsse, S. Jean Daraascène et quelques autres ont adopté le sentiment d'Evodius. Néanmoins le sayant pape ajoute qu'il ne faudrait pas s'exagérer Fautorité du passage précité d'Evodiiis , parce que d autres écrivains l'ont considéré comme apocryphe. L'ancienne Collecte de la messe de cette fête concordait avec ce que dit Evodius, en ce qui regarde la Présentation de Marie, âgée de trois ans. Le pape Sixte lY fit supprimer cette indication chronologique , et depuis ce temps l'oraison exprime seulement que Marie fut présentée au Temple, en ce jour, c est-à-dire le 21 novembre, jour de la fête.

On objecterait vainement que la loi de Moïse exigeait uniquement la présentation des enfants mâles. Benoit XIV tépond que Marie n'y fut point présentée pour accomplir les prescriptions de cette loi, mais qu'il n'était pas rare que de semblables présentation» de jeunes Vierges eussent lieu. Les parents étaient libres de les offrir ainsi , afin qu'elles reçussent une éducation pieuse. Les peintres pisuvent donc se fonder sur l'autorité de cet illustre écrivain. Toutefois , il ne saurait jaillir de ce qui a été dit beaucoup de lumières pour se guider. Mais ce que vient de nous dire le docte auteur du Traité des fêtes nous fait comprendre qu'une présentation déjeunes vierges n'étant pas du tout une cérémonie mosaïque devait se faire sans aucun appareil religieux. C'est pourtant le contraire que Mole reproche à Philippe de Champagne, à Restent , à François Marot, élève du premier, et mémo au Tintoret. Le Grand-Prétre , en habits pontificaux, des lévites, des cierges, des encensoirs, un autel , une jeune vierge voilée conduite par deux vieillards Joachim et Anne , tout cela ressemble beaucoup mieux à une prise d'habit sous la loi chrétienne qu'à une cérémonie de l'ancienne loi. Or, comme il a été dit, cette présentation de jeune vierge n'avait absolument rien de commun avec le rituel judaïque. Il est juste d'ajouter que si un tableau tel

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que Tont conçu les arlistes qai viennent d'être nommés blesse la vérité historique , il n'oDensc pas du moins la piété et c^est toujours beaucoup.

Il nous semble que d'après ce qui vient d'être exposé un tableau vrai de cette présentation n'est pas inexécutable. Une très-jeune vierge est conduite au Temple par ses parents dont Tége décrépit ne fasse pas présumer le miracle de fécondité que nous avons déjà repoussé. Quelques pré- Ires juifs accueillent la jeune vierge, sans aucun appareil de cérémonie y devant le portique du Temple. Quelque heureuse allégorie peut venir en aide à Tintelligence du sujet, telle , par exemple, qu'un groupe d anges tenant en main des lis, des roses blanches ou d'autres fleurs emblématiques. Une Présentation de Marie ainsi conçue et exécutée serait digne de l'art chrétien.

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