CHAPITRE IV
La Visitation de la sainte Vierge et la Commémoration de ses douleurs.
Le deuxième jour de juillet est consacré à honorer, soas le nom de Visitation, la' visite que Harie^ après rannoncc de sa maternité divine, fit à sainte Elisabeth , mère du saint Précurseur. Le premier chapitre de S. Luc en raconte les circonstances. Marîe, après avoir reçu le message de Tange, se mit en chemin pour aller voir sa cousine dont Gabriel lui avait annoncé la grossesse miraculeuse. Laissons parler révangéliste : « Etant entrée dans la maison de Zacbarie » (époux d'Elisabeth) elle salua celle-ci. Dès que Elisabeth n entendit la voix de Varie qui la saluait , son enfant tresn saillit dans son sein et Elisabeth fut remplie du Saint- » Esprit. Et elle éleva la voix en s'écriant : Vous êtes bénie » entre toutes les femmes et le fruit de votre sein est béni. » C'est en ce moment que Marie chanta ce cantique si digne d'admiration, si empreint de Tesprit divin, et dont rien, dans les compositions humaines, ne saurait égaler la sublimité. C'est le Magnificat. Il a quelquefois prêté son nom à des tableaux de Visitation.
La narration sacrée est lucide. Elle indique à l'artiste la marche qu'il doit suivre pour retracer ce mystère. Il faat remarquer avec un grand soin qu'il ne s'agit ici nullement de S. Joseph. L'époux de Marie ne peut absolument figurer, (surtout dans l'entrevue), ne peut être témoin du dialogue entre les deux saintes femmes. On s'en convaincra si Ton réfléchit à ce que nous apprend l'Evangile. Voici ce que nous y lisons. Joseph s'étant aperçu , longtemps après cette visite , que Marie était enceinte voulut la renvoyer secrètement « parce qu'il se scandalisait de la voir en cet état , lui qui avait toujours respecté la virginité de sa compagne. Maintenant, si l'on représente Joseph comme témoin du colloque entre Marie et Elisabeth, Tévangéliste naora
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pas du nous parler de la surprise de Joseph. Aussi Beoott XIV cite-t-il Ayala , avec éloge , car cet auteur ne nianque pas de réprimander fortement les peintres qui font figurer S. Joseph dans un tableau de Visitation. S'il doit y figurer , ce n'est que placé de manière è ce qu'il ne lui soit pas possible d^entendre le colloque, ni même être témoin des saints transports de Marie au moment où elle chante le célèbre cantique.
Les paroles de Tévangéliste expriment un salut. L'artiste a*t*il le droit de figurer un embrassemenl? Mole s'y oppose» parce qu'il y voit une altération du texte. Ceci est peut-être un peu séyère. II semble assez naturel que deux cousines s'embrassent après une longue absence. Très-probablement les usages de la Judée ne s'y opposaient pas. Le texte, en parlant de saints réciproques, n'a pas voulu sans doute en exclure cette affectueuse manière de s'aborder. Rien ne le fait présumer. Si Ton disait que cet accueil réciproque tombe un peu dans le vulgaire, il y aurait au moins un motif spécieux de censure. Nous ne pouvons nous associer au blâme articulé contre l'embrasscmcnt. Nous préférons celui-ci à la génuflexion de Elisabeth devant Marie, quoique le P. Veyra, prédicateur portugais, s'en soit déclaré le partisan exclusif. Cette prostration fort peu orientale s'écarte beaucoup plus que lembrassemcnt du texte de TEvangile.
L'épouse de Zacharie était parvenue à un Age où naturellement la femme n'est plus féconde. Ne serait-on pas tenté de croire que les peintres en figurant sainte Anne sous les traits de la vieillesse ont pris le change en confondant celle-ci avec la mère de S. Jean-Baptiste ? L'Evangile nous représente Elisabeth telle qu'il vient d'être dit. Il est donc indispensable de la peindre sous les traits d'une femme Agée , afin de faire ressortir le miracle de sa grossesse. Cet état doit être visible, car il datait de six mois, selon les paroles de l'ange. Rien dans Marie, au contraire^ ne doit marquer cet état. C'est là une faute dans laquelle tombent trop fréquemment les peintres, contre le texte formel. Voici les paroles de S. Luc : « L'ange quitta Marie. Dans le même o temps ^ elle se mit en chemin et s'en alla diligemment au
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n pays des mootaç:jes, à une ville de Juda, etc. »» La fisite de la Yiei^Q eut donc lieu immédiatement après le message de Gabriel. Marie devait s'empresser d'aller voir sa cousine sur laquelle , selon le récit de l'ange , un miracle s'était opéré. II ne serait pas respectueux de prétendre , comme on l'a fait, que la sainte Vierge dût se bâter de visiter Elisabeth pour s'assurer de la véracité du céleste messager. Mais avant tput , ce passage démontre évidemment qne la grossesse de Marie ne datait que de quelques jours, à l'époque de celte mystérieuse entrevue.
Le lieu est clairement indiqué dans FEvangile. Marie entra dans la maison d'Elisabeth. Il n'est pas conséqùemment libre aux: peintres de placer cette entrevue dans une place publique, un champ, un jardin. La négligence des artistes à lire seulement le texte leur fait trop souvent commettre des erreurs et les expose à une juste censure. Robcns et Jouvenet n'ont pas su ou voulu se garantir de cette atteinte à l'histoire sacrée. On se récriera peut-être contre ce qu'on appellera un méticuleux scrupule. Mais qui oserait affirmer que S. Luc désignant' expressément la maison de Zacharic n'a pas eu une intention bien explicite de l'indiquer, qaoi qu'il ne nous soit pas donné d'en comprendre le motif?
Le Saint-Esprit peut aussi bien figurer dans cette scène que [dans celle de l'Annonciation. L'Eglise n'ayant point improuvé cela dans la dernière , ne peut se montrer plus exigeante dans la Visitation. Des accessoires d'un aatre genre tels que Zacharie,- des parents, des amis, méritent de la part de l'artiste une prudente réserve. On a pu supposer que S. Joseph avait accompagné sa chaste épouse , qu'une monture avait été employée dans ce voyage. Hais, si la Visitation eut lieu dans la maison, comme il est impossible d'en douter , il n'y a plus moyen de représenter la monture quelle qu'elle soit... Il faut conclure que la sim* plicité d'un tel sujet en fait le mérite et que l'artiste agira très-sagement en limitant cette scène aux deux principales figures et au Saint*Esprit. Quelques anges n'y seraient point déplacés pour faire ressortir ce que cette visite à de surhumain.
La PorifioiUon de la mère de Jésus nW pas un sujet différent de la Présentation de Motre-Seignear ao Temple^ Ces deax actes sont simaltanés et , dans la deuxième partie , il a été parlé de ce dernier mystère. Holé pense néanmoins qa*im taUeaa spécial de la Purification de Marie serait digne de l'art chrétien. Gela se conçoit, mais l'Eglise n'a jamais scindé la commémoration festivale de ce double événement. Selon la liturgie romaine , la solennité du 2 février que Ton nomme vulgairement La Chandeleur, porte le seul litre de Purification de la sainte Vierge. A Paris et dans plusieurs autres diocèses , ce titre est précédé de celui de Présentation de Notre-Seigneur, ce qui , comme on voit , ne consUtne qu'une seule fête.
Noos passons d'un mystère joyeux de la sainte Vierge à un mystère douloureux. Nous voulons parler de la fête des sept douleurs de Marie. Ce titre de FiU semblerait ne pas pouvoir convenir à un anniversaire qui porte aussi le nom de Cfnnpassion. Mais la mère et maltresse de toutes les Eglises ne fait point difficulté d'employer la première appellatioo. Cette fête qui cependant n'est pas universellement célébrée dans l'Eglise est fixée au vendredi de la semaine de la Passion qui précède le Vendredi-Saint. Pour représenter l'objet de cette fête, les peintres ont trois moyens : lo Marie évanouie sur le chemin du Calvaire , à la rencontre de Jésus ; âo Marie tenant sur ses genoux le corps inanimé de son divin Fils ; 3o Marie transpercée de sept glaives.
Il a été question du premier de ces sujets dans le cha* pitre IX de la deuxième partie. On conçoit qu'un tableau de ce genre ne peut jamais être qu'un épisode de l'histoire douloureuse des souffrances de THomme-Dicu. On peut cependant l'en détacher, et , en ce cas , le peintre a une grande scène à retracer. C'est la quatrième station du Chemin de la croix. Le livre inspiré ne fournit aucun texte positif sur ce point, mais c'est une pieuse tradition que l'Eglise approuve.
Le second sujet ne peut être puisé non plus dans le récit êvangélique de la Passion du Sauveur, mais il figure encore lans une des stations du Chemin de la croix. C'est la treizième. On peint la sainte Vierge au pied de l'instrument
da salut, recevant sar ses genoux maternels le corps de %ésus. Tel est le sujet du fameux groupe de Ck>ustoa, au mattrc-autel de Notre*-Dame-de-Paris. On pourrait dire qu'on sujet de cette nature s'identifie avec une Déposition de croix, quoique, d'autre part, celle-ci pût fort bien être exécatée, sans cette circonstance particulière, qui, comme il vient d'être dit, est étrangère à la narration évangélique.
Le troisième sujet d'une Compassion est la Sainte Vierge transpercée de sept glaives de douleur. Ceci mérite un développement. Quand le saint vieillard Siméon tenant dans ses bras TEnfant-Jésus dit à Marie : « Cet enfant est né pour » la ruine et la résurrection de plusieurs , » il ajouta : « Un » glaive de douleur transpercera votre Ame. » Il parait que très-anciennement on avait traduit sur des images ces dernières paroles. Les Hussites , ou hérétiques sectateurs de Jean Hus, en Allemagne, détruisaient avec un acharnement fanatique ces sortes d'images. Un concile tenu à Cologne , en 1413 , institua en Thonneur de la Compassion de la sainte Vierge une fête qui devait se célébrer, comme il a été déjà dit. Celait une protestation contre la fureur iconomaque de ces hérétiques. A Tunique glaive de douleur on substitua sept glaives. Pourquoi cette ampliation , et surtout pourquoi ce nombre déterminé ? Saxius que ci(e Benoit XIV croit que c'est en l'honneur des sept fondateurs de l'Ordre des Servites dont les membres vaquaient à la contemplation des douleurs de la sainte Vierge dont ils se disaient serviteurs dévoués. Ces sept fondateurs étaient des marchands de la ville de Florence qui, en 1232, se retirèrent au mont Senere, près de cette ville , pour se dévouer à la vénération de Marie. La fête de la Compassion reçut, pour ce motif, le nom de Fête des Sept^Douleurs.
Un tableau figuratif de celte dévotion particulière représente donc Marie ayant les bras croisés sur la poitrine, assise au pied de la croix. Los pointes de quatre glaires d'un c6té et de trois glaives de l'autre pénètrent dans sa poitrine. La figure de Marie exprime une douleur profonde, mais noble , calme et résignée. Ce doit être là le principal mérite d'un pareil tableau. Molanus, ni Paquot, ni Mole,
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e(c.^ ne fontaacanc raenlion de ce sujet. Nous avouons que la Compassion de lu sainte Vierge peinte de cette manière , ou avec un seul glaive , nous semble préférable aux deux modes qui précèdent. Il y a ici du moins un texte évangéiique à traduire.