‹ Institutions de lʹart chrétienChapitre 37 sur 180 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Description de plusieurs Madones de la ville de Rome.

Il existe un ou?rage fort curieox qai a été imprimé à Rome, en 1792. Il a pour titre : RaccoUa délie immagini délia B. Vergine ornate délia corona d'Oro dal Reverendissimo Capitolo di S. PietrOj con una brev^ed esatta notizia di ciascuna immaginej data in luce da Pietro Romhelli incisote. « Recneil des images de la sainte Vierge V ornées de la couronne d'Or par le Révérend Chapitre de » S. Pierre ayec une notice exacte sar chacune do ces ima- » ges, publié par Pierre Bombelli graveur. » Cet ouvrage en 4 volumes in-12 est une source abondante d'inspirations pour les artistes. Cent-yingt figures bien gravées nous y montrent la Vierge sous les aspects les plus variés. Chacune de ces images, qui sont placées dans diverses églises do la ville de Rome est accompagnée de la légende qui lui est propre et qui fait connaître son origine. On comprend qu il ne peut y avoir lieu , pour nous , do traduire ni même d'analyser cette importante collection. Nous citerons seulement les plus remarquables de ces madones, en notant ce qui peut offrir le plus d'intérêt pour l'art chrétien.

La Madone de l'Eglise souterraine des SS. Sylvestre et Martin dite a monti. Son existence remonte au règne de Constantin-Ie-Grand. La Vierge, dont la tétc est couverte d'un voile , bénit à la manière papale , c'est-à-dire avec le ponce, l'index et le médium. C'est S. Sylvestre 1er qui est à genoux et les mains jointes. Ce pontife est coiffé d'une tiare à une seule couronne. (Au chapitre ix de la première partie , nous entrons dans des détails sur la tiare). Celte Madone ne tient point d'enfant dans ses bras.

La Madone des Grâces, auprès de l'hôpital dit Consolazione.

On rattribue à S. Luc. On croit que cette image peinte sur

bois de cyprès fut donnée à l'impératrice Hélène par le pa-

riarche de Gonstantinople et que cette pieuse princesse la

plaça dans Téglisc érigée à Jérusalem , en Tbonneur de la sainte croix. De là elle aurait été transportée à Constantinople d'où Tempcreur Constantin III, venu à Rome en 658, l'aurait tirée pour en faire présent an pape S. Vitalien. Cette Madone revêtue d'un riche manteau pose la main droite sur la poitrine. La main gaucbe est au-dessous. Sar sa poitrine est une croix grecque qui se reproduit sar chaque épaule. La physionomie est d'une admirable placidité.

La Madone de Téglise de S. Augustin remonte h une trèshaute antiquité. Elle tient sur le bras gaucbe l'Enfant- Jésus qui bénit, à la manière papale. Elle porte un livre dans Tautre main. La tête de TEnfant est ceinte d'un nimbe crucifère.

La Madone dite délia Strada dans Téglisc de Gèsii est d'origine grecque. Son attitude est à peu près celle de la précédente. La tête de Marie porte une riche couronne ducale. Celle de l'Enfant a un nimbe rayonnant , sans croix. On estime que cette image remonte au Ye siècle.

La Madone de sainte Marie in via lata est attribuée à S. Luc. On croit qu elle fut peinte dans une maison habitée par S. Paul qui y était gardé par un soldat conjointetement avec S. Luc. La Vierge est couverte d'un riche manteau orné de perles. Sur sa poitrine est un médaillon. Elle élèye le bras droit à la hauteur de la figure, l'autre est posé sur la poitrine, au-dessous du médaillon. Son manteau est parsemé de croix.

La Madone dite du Portique ^ à S. Apollinaire. Il serait trop long de rapporter la découverte miraculeuse de cctle image peinte à fresque. On croit qu'elle est d'une grande antiquité. Marie assise sur un trône tient TEnfant-Jésos debout sur son genou droit. Un nimbe crucifère orne la tête du Sauveur. A droite est l'apôtre S. Paul debout, à gauche est S. Pierre. Les apôtres se distinguent, le premier par son épée , le second par les clefs. Chacun d'eux porte un livre.

La Madone de sainte Marie in Cosmedin, autrement dilc la Bouche de la Vérité. C'est un ouvrage grec. La Vierge

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GOUTcHc d*un voile qui, du côté gauche, est orné d'une étoile tient TEnfant-Jésus couronné d'un nimbe crucifère. Aa bas sont écrits les roots grecs qui la qualifient de Mère de Dieu , Theotoeos. Elle fut placée dans Féglise qui appartient an séminaire grec , par le pape S. Denys, originaire de cette nation.

La Madone de Sainte-Marie-la-Neuve, in Campo Vaccino. C*est encore une peinture attribuée à S. Luc. Marie cou- Terle d'un Yoile tient de la main droite TEnfant-Jésus ceint d'un nimbe crucifère. Il bénit , à la manière papale , et de la main gauche il tient un volume ou rouleau.

La Madone de Téglise des SS. Dominique et Sixte attribuée , comme la précédente , à S. Luc. Elle ne porte pas TEnfant-Jésus, mais sa main droite est levée à la hauteur de la figure , tandis que la gauche repose sur la poitrine. L'épaule gauche est ornée d'une étoile et la frange de son manteau, du même côté, porte une croix grecque. On la croit venue de Jérusalem^

La Madone dite des Grottes , dans la même église est une fresque très-remarquable de Philippe Yauni de Sienne, peinte en 1358. Marie tient l'Enfant-Jésus couché sur ses deux bras , couronné d'un nimbe crucifère. La robe du Sauveur est parsemée d'étoiles et le côté, gaucho du voile do Marie porte une étoile plus grande. Cette image est pleine de dignité.

La Madone dite de Con^lantinople dans Téglisc de la nation sicilienne. Marie couverte d'un large manteau a les bras ouverts et étendus. Devant elle est TEnfant-Jésus se tenant debout. Il porte un globe de la main gauche et bénit de la droite , avec trois doigts. Le Sauveur a la tête couronnée d'un nimbe crucifère. Cette image est d'une remarquable noblesse. On la fait remonter au Ve siècle.

La Madone Atlla Annunziaia. C'est, comme on voit, une Annonciation. Marie est assise, ayant à ses côtés, un livre. L'archange Gabriel rayonnant d'éclat lui apparaît. Entre les deux figures on voit le Saint-Esprit qui inonde Marie de l'infusion de ses grâces. Cette image qui est du XVe siècle orne l'église des religieuses Oblates.

La Madone di Carminé j dans Téglise de S. GhrjsogoDc est une très-ancienne mosaïque. La Vierge est assise dans une sorte de niche , en forme de trône et tient TËnfant-Jésns de la main gauche. Dans la conque de la niche sont en abrégé les mots qui signifient : Mère de Dieu. A droite est S. Paul , à gauche S. Pierre. Ils sont debout , en dehors du trûne , k la hauteur de la ceinture de Marie. L'Enfant- Jésus a un nimbe crucifère.

La Madone dite du Sauveur aile Capelle* Celle-ci est une fresque dont la composition est peu ordinaire. S. Joachim tient dans ses bras sa fille Marie qui a les mains jointes sur la poitrine. La jeune Vierge parait âgée de trois on quatre ans.

La Madone dite des Catacombes , petite fresque transportée à Téglise du Collège romain. La Vierge cou?erte d*un grand voile ne laisse apparaître que le buste. Elle a me physionomie très-grave et profondément recueillie. Une inscription avertit que cette image provient des Catacombes ou cimetière de S. Hermès. Elle resta , durant de longues années , dans le muséum de Kirkcr et fut exposée à la vénération publique» en 1761.

La Madone de Sainte-Maric-Majeare est réputée un oavrage très-authentique de .S. Luc. Marie debout tient, de ses deux bras croisés, TEnfant-Jésus qui parait âgé de quatre ans et qui bénit de la main droite. Il tient de ia gauche un livre. La tête a un nimbe uni. La Vierge est couverte d'un long voile sur le haut duquel est une croix grecque qui brille sur son front.

La Madone del Transilo e âel Riposo à S. Jean-de-Latran est une fresque qui représente Marie mise au tombeau par les apùtres. La Vierge est vêtue, comme on la peint or-* dinaircmenl. Parmi les apôtres, les uns sont simples spectateurs , les autres tiennent le suaire dans lequel ils vont Tenvelopper et la placent dans la bière. On assigne à celle peinture une haute anliquiré.

La Madone délia Clemenzaj dans la basilique de saifll^^ Marie in Trastevere. Marie assise sur un siège élevé tient le divin Enfant entre ses genoux. Elle a une couronne sur la lé(c

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el porte de la maio droile une haute croix à deux traverses. Un ange est de chaque c6té de la Vierge , aux pieds de laquelle est prosterné le pape S. Galixte avec une tiare sans couronne. On ne connaît pas exactement Torigine de celte image qui est très-ancienne et fut placée dans la première église qui ait été bâtie , à Rome , en l'honneur de la sainte Vierge. Cette église passe, en même temps, pour avoir été la première paroisse établie à Rome.

La Madone del Popolo est considérée comme provenant de Timpératrice sainte Pulchérie qui Tayant reçue de Jérusalem la plaça dans la fameuse église bAtic à Constantinople , après le Concile d'Ephèse où le titre de Mère de Dieu , TheotocoSj fut confirmé k Marie, contre Tbérésie de Nestorins. La Vierge tient de la main gauche TEnfant-Jésus couronné d'un nimbe crucifère et bénissant, à la manière papale. Elle a la main droite posée sur la poitrine.

La Madone d'Araceli bénit de la main droite tandis que la gauche repose sur la ceinture. Sa poitrine est ornée d'une croix. Gest la fameuse image qui fut portée en procession , sous le pape S. Grégoire-le-Grand , pour demander à Dieu la cessation d'une peste.

La Madone délie Grazie ou des Gr&ces est d*orjgine grecque. La Vierge présente le sein gauche à son fils qui le soutient do la main. Au-dessus de la Vierge est une inscription en caractères grecs qui , par abréviation, signifient Mère de Dieu. Sur la tête de Jésus est une autre inscription qui signifie. Christ vainqueur.

La Madone dite in poriieo di Campiielli est gravée sur une pierre fine de couleur d'azur. Limage est en or et représente Marie tenant dans ses bras son divin Fils. Du cou de l'Enfant-Jésos pend une petite croix d'améthisle. Ainsi que dans les précédentes images Jésus lève la main pour bénir et tient de la gauche un livre. Enfin le pourtour est orné de deux rameaux qui entourent cette précieuse image. De chaque côté de la partie supérieure do Tencadremcnt est une tète. Ce sont les effigies do S. Pierre et de S. Paul. L'encadrement lui-même est formé de diverses roses. Cette pierre a une palme de hauteur sur une largeur moins grande,

soil huit pouces et quelques lignes de noire ancien système métrique. L'harmonie des couleurs qui résulte des diverses pierres incrustées dans celle du fond est si belle qu'on a cru cet ouvrage sorti de la main des anges. Du moins sa très-haute antiquité ne saurait être douteuse.

La Madone de S. Alexis, au Mont-Aventin, remonte aa Ve siècle. Marie couverte d'un riche manteau bénit de la main totalement ouverte, tandis que la gauche repose audessous de sa poitrine. On croit que cette image a été vénérée à Edesse , et qu'elle fut portée à Rome par Sergius , évéque de Damas , que les Sarrasins avaient expulsé de son siège.

Nous avons fait choix de ces vingt-trois Madones , sur les cent>vingt de l'ouvrage précité, parce qu'elles expriment à peu près tous les systèmes graphiques de la Mère de Dion. En général , ces images ont un caractère de piété qui se rencontre fort rarement en France. Ne sommes-nous pas forcés de convenir que l'esprit chrétien est trop ordinairement absent de cette image qui devrait en être si parfaitement empreinte? Ces Vierges que l'on produit par milliers sont de jeunes filles plus ou moins candides que l'on pare de tous les charmes physiques, que l'on coiffe de cheveux bien artistemept tressés, que l'on revêt de robes de bal et à qui il manque très-habituellement ce que Ton se plairait à trouver dans le type de la plus parfaite des créatures.

Ce que nous disons s'applique sans doute aux images peintes, gravées,, lithographiées de l'auguste Mère de Dieu. Mais ne serons-nous pas obligés d'en faire l'application aux innombrables statues de toute dimension qui en France, ont sous le nom de Vierges , la prétention de reproduire ce type ineffable de la sainteté, de la pureté! Vit-on s étaler avec plus d'effronterie un dévergondage que l'art véritablement chrétien ne saurait trop énergiquement stigmatiser? Serait-ce exagérer que de voir en cela une indigne profanation ?L industrie matérielle, celle qui, avant tout, envisage l'écoulement et le profit n'a point, il est vrai , à se préoccuper * l'objet en lui-même, mais bien de ses résultats palpables!»- C'est là toute Texcusc qui peut justifier ces déteslabics pas*

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fiches y en tout genre, qui nous inondent, en ce moment I... A aucune époque , disons-le bien haut , Fart chrétien n eut à subir une phase aussi déplorable. 11 en natt pourtant quelque bien. C'est que ses ombres, s'il est permis de parler ainsi , font ressortir d'autant mieux le mérite réel des œuvres écloses sous le souffle de la foi, et que la vérité, comme Ta dit l'Esprit-Saint, est destinée à survivre seule et à traverser intacte , pareille à l'arche de Noë , ce cataclysme d'impuretés. On a vu, pour nous borner à un exemple, dans Féglise de S. Etienne de Caen, un tableau où les figures de la sainte Vierge, de l'Enfant-Jésus et de S. Joseph étaient les portraits de Gabrielle d'Estrées , du duc de Vendôme, son bâtard, et de Henri IV. Une scène de scandaleux adultère était ainsi destinée à retracer ce qu'il y a eu jamais de plus pur sur la terre ! Car les vertus politiques et la popularité du Béarnais ne suffiront pas pour l'absoudre devant Dieu et devant les hommes. Mme de Genlis qui nous a fourni ce document, nous apprend «que ce tableau n existe plus. L'art chrétien n'a point à déplorer cette perte, il doit même s'en applaudir.

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