CHAPITRE IL
Esprit des peintures chrétiennes dans les premiers siècles du christianisme et au moyen-âge
Une simple esquisse nous est permise , en ce qui louche surtout le premier objet qui vient d*é(re énoncé. Pour entrer dans de grands développements, il faudrait transcrire tout ce que nous apprend Tétude des catacombes de Borne. On doit donc consulter les ouvrages spéciaux que nous ont laissés Bosio, Aringhi, Boldetti etc. M. Raoul-Rochette a publié un excellent livre qui, dans sa concision, peut suppléer aux grandes publications dont les auteurs viennent d'être nommés. Il suffira de citer ici les principaux sujets qui sont peints dans les catacombes et que H. Rochelte énumère :
. lo L'aventure de Jonas dans ses quatre phases.
2o Moïse touchant de sa verge le rocher d'Horeb.
3o Le même législateur recevant les tables de la loi.
4o Noë, dans Tarche du déluge.
5o Le sacrifice d'Abraham.
6"* Adam et Eve.
7o Les trois enfants hébreux dans la fournaise.
80 Daniel dans la fosse aux lions.
9o Elle emporté dans le ciel.
lOo David avec sa fronde en main.
llo Job assis à terre.
12o Tobie avec le poisson.
Cet écrivain n'admet pas que Ton ait peint dans ces souterrains Samson emportant les portes de la ville de Gaza; Suzanne entre les deux vieillards etc. Mais il dit qu on peut ajouter aux sujets précédents, la vision d'Ezéchiel , le sacrifice d'Abel et de Caïn et le passage de la mer rouge. Selon le même , un sujet qu on affectionnait beaucoup est celui de Jonas ; c'est là en effet le symbole
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d'un des plus grands mystères du christianisme, la résurrection de Jésus-Christ.
Quand aux faits du nouveau Testament, H. Rochette en indique principalement huit que Ton retrouve le plus fréquemment dans les catacombes. Ce sont :
lo Le Christ au milieu de ses disciples, ou avec les douze apôtres, ou entre S. Pierre et S. Paul.
2o Le Christ sur les genoux de la Vierge , recevant les présents des rois mages.
3o Le Christ assis au milieu des docteurs.
4o Le Christ multipliant les pains.
5o Le Christ guérissant le paralytique.
60 Le Christ rendant la vue aux aveugles.
7o I^ Christ ressuscitant Lazare.
80 Le Christ en bon pasteur.
Le premier sujet que nous avons ainsi placé, contre la série chronologique des faits, est un des plus fréquents, surtout le Christ entre les deux chefs de lapostolat. Le dernier était le plus ordinairement figuré, avant qu'on ne présentât aux fidèles l'image de la crucifixion. Il fallait en effet ménager lextréme susceptibilité des païens nouvellement convertis à l'Evangile. Il n'eût pas été sage de leur offrir , attaché sur une croix et expirant comme un vil criminel, le Dieu qu'on proposait à leur adoration. Il n'en était pas de mémo de Tinsirument du supplice qui , au rapport de Tertulien, était reproduit partout et de mille manières. Ce qui a été dit , en parlant des tapisseries de S. Paulin, nous prouve que vers la fin du quatrième siècle et au commencement du cinquième les sujets peints étaient identiques avec ceux des Catacombes.
Pour ce qui est des peintures , au moyen-âge , le célèbre évéque de Mende, Guillaume Durand, qui écrivait dans le treizième siècle, a consacré un chapitre à la description des peintures de son époque. C'est le troisième de son curieux ouvrage : Rationale divinorum officiorutn. fLe rational des divins offices). On ne saurait consulter un écrivain plus capable de nous donner une idée juste de l'esprit qui présidait à Fart chrélicn qui, il faut bien en
convenir, n'était encore, sous le rapport de la peinture que dans Tenfance. Il ne peut cependant ici s*agir pour nous de Tart lui-même comme science pratique, mais uniquement de Icsprit qui le dirigeait. Ce quon va lire est extrait de cet auteur, sans en être pourtant une traduction littérale et servile , sous Faspect grammatical.
Les peintures ou représentations chrétiennes sont pla* cécs ou au dessus de Téglise telles que le coq et Taigle; ou au dehors , comme le bœuf ou le lion ; ou enfin dans rintérieur de l'église, comme les tableaux, les statues ci les vitraux. Les habits sacrés sont eux-mêmes susceptibles de représentations ou images. Le Sauveur peut se figurer de trois manières, savoir : assis sur un tr6ne, ou attaché sur la croix, ou dans les bras de sa bienheureuse mère. Parce qu'on lit dans TEvangile que S. Jean-Baptiste montra J.-C. aux Juifs, en leur disant: Voilà Tagneau de Dieu, on figure le divin Sauveur sous la forme d'un agneau. Mais, selon ce quen dit le pape Adrien, comme le temps des figures est passé et que le Christ est véritablement homme, on doit le représenter plutôt sous la forme humaine. On ne pourrait donc pas attacher un agneau sur la croix pour figurer le rédempteur. Mais il est loisible de placer au pied de la croix ou dans la partie postérieure, un agneau. On réunit ainsi le type avec la réalité, car J.-C. est bien le véritable agneau qui 6te les péchés du monde.
On dépeint quelquefois Jésus-Christ tel que le virent prophétiquement Moïse et Aaron, Nabab et Abiu, sur le sommet d'une montagne et ajant k ses pieds comme un ouvrage enrichi de saphirs et un ciel d'une parfaite sérénité. Puis encore, comme S. Luc nous annonce qu'on verra le Fils de l'homme venant sur une nuée avec une grande puissance et dne grande majesté , on peint autour de lui des anges qui le servent et lui forment une escorte. Ces esprits bienheureux ont six ailes. Deux de ces ailes leur voilent la face, deux autres couvrent leurs pieds, et les deux dernières leur servent à voler. On donne aux anges une figure juvénile, car ils ne sont pas sujets à vieillir. Michel est figuré terrassant le démon.
Quelquefois aussi on représente autour de J^sus-Ciirist vingt-quatre vieillards vêtus de blanc, couronnés de dia* dèmes dor. On 7 joint quelquefois des lampes ardentes qui désignent les dons du Saint-Esprit, une mer unie comme une glace, et ceci est le symbole du baptême* Assez souvent on figure autour du Fils de Thoromc quatre animaux. A droite, le premier a la figure d*un homme, le second celle d*uu lion; à gauche un animal ayant la forme d'an bœuf, et au dessus un autre' qui ressemble à un aigle. A côté du premier est Mathieu, près du second est Marc, auprès du veau est Luc et avec laigle est figuré Jean. A leurs pieds sont des livres pour désigner les évangiles dont ils sont auteurs.
Si Ion veut représenter les apôtres, on leur donne une longue chevelure, parce qu'ils sont nazaréens, c*est-(Vdire saints (1). On se plait aussi à figurer les apôtres sous la forme de douze brebis , parce qu ils ont été mis à mort. Il arrive pourtant que, dans certaines circonstances, les douze brebis représentent les douze tribus d'Israël. Ou place encore autour du Sauveur un nombre plus ou moins grand de brebis. En ce cas, celles-ci représentent les justes placés à la droite du souverain juge, de même que les boacs ont leur place à gauche.
Quant aux patriarches et aux prophètes, on les peint tenant en leurs mains des rouleaux. Les apôtres sont figu^^rés portant des livres et quelques-uns tenant des rouleaux. Pourquoi les patriarches n* ont-ils en main que des rouleaux? C'est pour indiquer que leur science était encore imparraite, implicite, en un autre terme non développée. Cela est très-bien exprimé par des livres roulés, (IroiulisJ. les apôtres, au contraire, instruits par J.-C. , ayant une connaissance parfaite de la religion chrétienne ont des livres. Il y a ici pourtant une distinction à établir. On
(I) Ce terme a plusieurs sens en hi^brcu. Durand le fait ici dériver de Nezîr qui veut dire couronne, et par eilension, homme constitué en dignité. Les vrais Nazaréens étaient comme des sortes de moines qui coupaient leur chevelure; ce ne peut donc éire en ce sens qu« OuranJ , comme HQ voit, peut donner aux apôlres le nom de Nazaréens.
peint avec beaucoup de raison tenant des livres en main , Pierre, Paul, Jacques, Jude, les quatre évangélistes, parce qu ils sont effectivement auteurs ou écrivains , et qu'ils ont consigné leur doctrine dans des livres que nous possédons. Mais les autres apôtres n'ayant rien écrit, du moins qui soit parvenu à notre connaissance, sont convenablement représentés avec de simples rouleaux. Toutefois on peint assez fréquemment Dieu avec un livre fermé, parce que seul il est digne de louvrir. C'est un droit qui appartient au lion de la tribu de Juda. D autres fois Dieu lient un livre ouvert, afin que chacun puisse y lire et parce qu'il est lui seul la lumière du monde, la voie, la vérité et la vie.
On place habituellement à droite et à gauche du Sauveur les deux apôtres Pierre et Paul. (Cela se voit dans uu grand nombre d'anciennes peintures , comme il a été déjà dit).
Quelquefois on peint S. Jean-Baptiste en ermite, S. Etienne avec des pierres qui rappellent le genre de soa martyr, et souvent avec une palme à la main, en signe du triomphe et de l'immortalité, car la palme est toujours vcrie. On représente les Confesseurs avec leurs insignes, comme, par exemple, les évêques avec la mitre, les abbés avec une capuce, ou tenant en main des lys, emblème de la virginité. Les docteurs ont en main des livres ; les vierges, selon ce que nous en dit l'Evangile, portent des lampes ardentes. Paul lient un livre et une épée, un livre parce qu'il est docteur, ou bien h cause de sa conversion, une épée parce qu'il fut soldat. De là ce vers Mucro furor Sauli , liber est conversio Pauli Le gïalvo élincelanl est la fureur de Saul Le livre aux pages d'or le changement de Paul
Se l'autl n'^^^^ tantôt sur le tableau qui s'élève ou n dl'ttt^^ "P''"°^^ '''' '-- '^«»>its sacrés
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DE l'art GHRÉTIEX. 33
Jésus es( loujoars figuré ayant la té(c ceinte d*unc couronne, comme s'il proférait ces paroles : « Sortez, filles » de Jérusalem et voyez le roi Salomon orné du diadème
> dont il fut paré par sa mère. » Jésus, en effet, reçut une triple couronne; une couronne de miséricorde, au jour de sa conception et c'est sa mère qui l'en décora: une couronne de souffrance et de misère dont sa marâtre coavrit son front au jour de la passion, une couronne de gloire que le Père plaça sur le chef de son divin Fils an jour de la résurrection. Une quatrième couronne lui est réservée., c'est celle de la puissance. Il la recevra au jour delà dernière révélation , quand il viendra juger les vivants et les morts.
On peint les saints- avec des couronnes. Lon croit entendre alors sortir de leurs bouches ces belles paroles : » Filles de Jérusalem, accourez pour voir les martyrs dont
> les fronts brillent d'un diadème d'or que le Seigneur » leur a décerné. » Cette couronne est en forme d'écu /^ScutumJ on de bouclier rond, parce que les saints sont placés sous la puissante protection du Dieu fort. Mais la couronne de J.-C. se distingue par une croix , parce que c'est par la croix qu'il a été glorifié dans sa chair, en nous affranchissant nous-mêmes de la captivité et en nous ouvrant les portes de l'éternelle vie. Lorsqu'on veut peindre un prélat ou un personnage d'une éminente sainteté, mais qui est encore en vie, on lui met une couronne carrée, pour montrer qu'il possède les quatre vertus cardinales, ainsi qu'on le voit dans la légende de S. Grégoire-le-grand.
On représente quelquefois, dans les églises, le paradis afin que cette vue inspire de l'attrait pour les biens éternels. On y figure aussi l'enfer, pour détourner, par la frayeur, de la fatale séduction des vices. Souvent on y dépeint des arbres chargés de fruits , pour symboliser les froits délicieux des bonnes œuvres. La variété des peintures exprime la variété des vertus. Celles-ci sont pré- ^ntées sons l'aspect de J)elles femmes, parce quelles attirent par leurs charmes et sont nos nourrices.
Quant aux histoires de l'ancien et du nouveau testament.
on en laisse Tharmonie et la disposition artistique aux peintres. Il nous sera permis d'ajouter que pour user de cette liberté , concédée si largement aux artistes par Guillaume Durand, ceux-ci doivent être complètement pénétrés de leiir sujet et ne pas se donner cette liberté de tout oser qui leur est commune avec les poètes. Disons eo6n qu'à Tépoque où notre auteur écrivait, TEcriture sainte était beaucoup plus familière aux artistes et même à tout le monde qu'elle n'est dans notre siècle. D'ailleurs on n'ignore pas qu'au treizième siècle l'art chrétien était, pour ainsi parler, le domaine exclusif des clercs. Notre auteur dit en parlant des sculptures qu'elles semblent sortir de la muraille, parce que les vertus deviennent si communes aux bons chrétiens, qu'elles semblent leur être naturellement incrustées, flnsiiœj. Cette raison mystique n'est pas merveilleuse, à notre avis.
Ici se terminent nos emprunts au chapitre m de riliusr tre évoque de Mcnde. Cela suffit, en ce moment, pour donner une idée de l'esprit qui animait cet art, dans le treizième siècle, et môme antérieurement; car, à cette époque , il ne faisait que recueillir la tradition des siècles précédents.
L'ouvrage rédigé sur l'ordre du comité des arts et monuments, sous le titre d'Iconographie chrétienne et histoire de Dieu, par M. Didron, qui est le secrétaire général de ce comité , offre un très-grand nombre de documents sur cette intéressante matière. On conçoit qu'il ne peut sagir ici de les transcrire intégralement. Ces documents sont d'ailleurs une histoire de l'art confirmée par des exemples, et ceux-ci ne sont pas toujours une règle sure pour l*artiste chrétien , surtout dans nos temps modernes. Nous devons donc nous borner à une analyse telle que la comporte notre plan , afin de compléter ce qui nous est appris par Guillaume Durand.
La sainte Trinité est figurée d'une infinité de manières. Tantôt ce sont trois personnes exactement semblables et dont chacune a la tête ornée d'un nimbe crucifôrc. Ceci, dirons-nous, ncst pas conforme au dogme catholique et
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semble formalcr Thérésie des Tbéopaschilcs qui prétendaient que le Père , le Fils et le Saiot-Esprit avaient également souffert. C'est ce qui fit condamner le Trisagion » oà après avoir dit : « Dieu saint. Dieu fort, Dieu im- » mortel; » on ajoutait: • Qui pussus e$ pro nobis, n qui avez souffert pour nous. Tantôt les tètes des trois per* sonnes sont ornées d'un seul nimbe crucifère, ce qui accuse encore la même erreur. L'imagination des peintres, des miniaturistes des manuscrits, s'est prodigieusement exercée h représenter ce mystère, ainsi qu'il vient d'être dit. Ainsi ce. sont trois visages sur une seule tète et un seul corps. — Trois visages à deux yeux et un seul corps. --Trois personnes, dont deux le Père et le Fils en papes et le Saint-Esprit en colombe. — Trois cercles entrelacés. — Un triangle équilatéral entouré d'une gloire, ou bien trois groupes de rayons jaillissant des angles. De nos jours, ce dernier type est assez commun. — Le père en vieillard tenant un globe en main, le Fils k sa droite en homme d'âge mûr, portant en main la croix, le Saint- Esprit en colombe , à ailes étendues , entre les deux premières personnes. — Le Père en vieillard, couronné d'une tiare papale, tenant des deux mains le Christ attaché à la croix, et le Saint-Esprit figuré en colombe, au dessus de ia croix et au dessous de la tète du Père. — Trois tètes divines, inégales d'Age, dans un triangle.
La représentation de la sainte Trinité en trois hommes exactement pareils a été combattue par quelques théologiens comme inconvenante. On s appuie surtout, en ce qui regarde la fiigure du Père , sur un décret du pape Alexandre VIII, en 1690, dans lequel il dit qu'il est criminel à uu chrétien de placer dans une église un simulacre de Dieu le Père: Dei JPatris simulacrum. Paquot, dans une de ses notes sur Molanus, pense que ce pontife a voulu parler d'une statue de Dieu le Père , sous ce nom de simulaerum , mais qu'il n'a pas eu l'intention de condamner une peinture qui figurerait Dieu le Père en vieillard. On ne voit pas en effet que le plus simple fidèle, à une époque aussi éloignée des temps idolatriqucs , puisse atta-
cher à une peinture ou à un relief de ce genre une superstitieuse adoration. Pour ce qui est de la Trinité figurée en trois hommes de forme parfaitement identique , Thomas de Wclden ou Netter , théologien anglais du XVc siècle , n'y trouve rien de blâmable. Il dit que le Dieu de la Trinité, Deus Trinitatis, est considéré comme ayant apparu à Abraham, sous la forme de trois hommes. Or, selon S. Augustin, on envisage Tapparition de ces trois personnages de très-parfaite égalité pour Tâge, la taille, comme une sorte de révélation du grand mystère des trok personnes en Dieu. Abraham vit ces trois personnes et se prosterna devant elles, comme si elles n'en faisaient qu'une seule. On voit, dit Paquot, des tableaux représentant la Trinité sous la%rmc de trois personnes égales, en quelques lieux tels que Nanci , au couvent des Annonciades etc. On la trouve ainsi figurée, dans la partie d'été du Bréviaire romain de Paris, imprimé en cette ville en 1589. Nous avons vu, nous-méme, récemment, dans la petite église de Chalenay, près de Paris, la Trinité représentée par trois têtes identiques. Elles sont accompagnées du triangle du Père, de Tagneau du Fils, et de la colombe, symbole du Saint-Esprit. Nous lisons dans le voyage littéraire de D. Martenne (Ire partie, page 85), lorsqu'il parle du monastère du Paraclet, au diocèse de Troyes, le passage suivant: a Quelques personnes d'esprit » ayant vu cet autel (celui de la Trinité) et remarqué » que la figure de la Trinité était d'une seule pierre; » qu'on y voyait les trois personnes représentées sous la » forme de trois hommes de môme grandeur et de même n parure, avec cette distinction, que celui du milieu avait n sur la tête une couronne d'or avec cet écriteau eu » main: Filius meus es tu; celui de la droite une cou- » ronne d'épines sur la tête, et en main une croix avec » cette inscription : Pàter meus es tu; et celui de la n gauche une couronne de fleurs avec ces mots : Unius- » que spiraculum ego sum^ au lieu qu'aujourd'hui les » peintres nous représentent la Trinité sous la figure d'un » vénérable vieillard qui a devant les pieds un crucifix,
» et de la bouche duquel il sort une colombe. Ces per- » sonnes^ dis-je, ayant remarqué cela, conseillèrent à B Tabbesse d'ôler celte pierre de fendroit où elle était, et » de la mettre dans un lieu d*où elle pût élre vue de tous » les étrangers... Ce quelle a exéculé depuis peu d années » etc. » Nous devons dire pourtant que s'il n^est pas rare de voirie Père et le Fils représentés en hommes, avec les allribats qui leur sont propres , il Test beaucoup de voir le Saint-Esprit ainsi figuré. Il est sage de se conformer à Topinion de Benoit XIV qui veut que Ion peigne la troisième personne en forme de colombe ou de langues de feu. Cest de cette manière qu'était peinte la Trinité , dans un tableau que possédait Téglise de Noie, bâtie par S. Paulin, en Thonncur de S. Félix. Le Christ était dans le fleuve du Jourdain, la voix du Père se faisait entendre dans la nue et TEsprit- Saint descendait en forme de colombe. Voici comment s'exprime S. Paulin : Pleno coruscat Trinitas mysterio Stat Christus amne, vox Patris cœlo ionat Et per eolumbam Spiritus sanctus fluit.
Il en est toutefois qui lisent: Slat Christus agno, le Christ est figuré en agneau. Traduisons ces vers: « La B Trinité brille dans toute la plénitude du mystère. Le » Christ est debou^ dans le fleuve , la voix du Père tonne » dans la nue, l'Esprit-Saint descend en forme de co- » lombe. » Ce ne serait donc pas ici le baptême de Notre- Seigneur par le précurseur, mais une Trinité. Les vers de S- Paulin ne disent pas non plus que le Père soit représenté en homme, mais d'autre part, ils n'articulent rien de contraire. On a prétendu que, dans ce tableau, le Père était personnifié par une main qui sortait d'un nuage. Il ne peut y avoir à cet égard que des présomptions.
On a TU quelquefois les trois personnes divines figurées dans le ventre de Marie. Gerson raconte qu'il a vu une représentation de ce genre dans une église de Carmélites et il manifesta son improbation. En effet, d'une si bizarre idée semblerait résulter que la Trinité tout entière s'incarna dans le sein de la sainte Vierge. La Trinité peinte
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en UD seul homme à trois létes est une monstruosité qui n'en deviendra pas légilime, parce quon la rencontrera dans un monument ancien. Il est bien certain que» dans le moyen-Age y ou même dans les premiers siècles, il existait des imaginations capricieuses et déréglées, aassi bien que dans nos temps modernes. Leurs excentricités ne peuvent être pour nous des modèles, sous prétexte da respect qui est dû aux vieilles traditions. L'archéologie ne saurait être en aucun temps un engouement aveugle.
Les Egyptiens figuraient la divinité par un œil sur an sceptre. C'était donc pour eux une providence souveraine, et cette pensée n'est pas à dédaigner. L'Eglise ne fait aucune défense d'user de ce symbolisme et Ton yoit quelquefois un œil dans un triangle comme emblème .de la proridence divine de la très-sainte Trinité. On inscrit néanmoins plus fréquemment, au centre du triangle le nom de Jehova ou AdonaV, en caractères hébraïques.
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