‹ Institutions de lʹart chrétienChapitre 6 sur 180 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Coniinuation du chapitre précédent, en ce qui concerne principalement la seconde et la troisième personnes de la sainte Trinité.

On conçoit que rimagination la plus riche, la plus féconde , est impuissante à personniGer par Tart le mystère de la Trinité. Aussi aucune des manières diverses qui vienneot d*étre exposées n offre une peinture satisfaisante. Kous crojons bien que jamais Tart ne pourra, sons ce rapport, produire quelque chose de parfait. Il ne peut cependant être aussi difficile de peindre la seconde personne incarnée et le Saint-Esprit. On a vu la description de diverses peintures du Fils de rbommc, dans ce que Guillaume Durand nous eu a appris. Nous ne pouvons borner à ces notions tout ce qui regarde l'art chrétien, relativement k cette personne divine et au Saint-Esprit*

Dans Fonvrage déjà cité (Hconographie chrétienne) nous rencontrons beaucoup de curieux documents qui méritent ici une place distinguée. Nous faisons un choix parmi les anciens monuments où le divin Sauveur est diversement figuré.

Jésus*Christ est souvent représenté en agneau , dans les vieux monuments de Fart. Sa tétc est couronnée d'un nimbe dans lequel est inscrite une croix. Il est porté sur trois pieds, et celui de droite, au devant, semble soutenir une croix montée sur une hampe , comme nos croix procession» nclles. Cette figure symbolise assez bien TAgneau de Dieu qoi 6te les péchés du monde par le bois sacré. Quelquefois aussi cet agneau mystique est représenté triomphant de la mort et du péché. En ce cas la longue croix est ornée d une banderoUe emblème de la victoire. C'est le Vexillum du triomphe.

Jésus est figuré en très-petite créature dans le sein de la Vierge Marie. On le voit ainsi sur un vitrail de Jouy, du XVlc siècle. — Jésus, en souverain juge et en tiare, en-

fermé dans une auréole elliptique. C'est une des fresques du Campo-Santo, à Pise, au XlVe siècle. — Jésus en archevêque, à longue barbe el à longs cheveux, couronné d'un diadème impérial, à nimbe ou auréole crucifère, portant les lettres grecques Owv, (rEtre). Ceci est le genre grec. C'est une fresque d'Athènes, au XVIe siècle. — Jésus à cheval, à nimbe crucifère, tenant une verge de fer à la main. C'est une fresque du XIIc siècle, dans la cathédrale d'Auxerre. — Jésus avec une grande barbe et nu, montrant ses plaies saignantes à son Père qui le bénit. C'est une miniature italienne du XlVe siècle. — Le Christ à longue barbe , revenant de son pèlerinage parmi les hommes qu'il a rachetés de son sang- et béni par le Père et le Saint-Esprit. Un grand nombre d'autres représentations analogues sont signalées dans l'ouvrage indiqué. Elles nous semblent plus propres à une histoire de l'art qu'à servir de direction comme modèles, surtout au temps présent. Ce n'est pas encore ici le lieu de parler d'une infinité d'autres manières de retracer le Sauveur, dans diverses positions ou différents actes de sa vie mortelle. Il en sera traité quand le cycle festival se déroulera.

Molanus rapporte plusieurs exemples de représentations de Jésus-Christ, dans les temps anciens. Nous citerons d'abord un portrait de THommc-Dieu qui appartenait à un chrétien de Beryte. Celui-ci prétendait le tenir de Nicodème par lequel le Sauveur aurait été peint. L'auteur cite pour garant S. Athanasc, dans un de ses sermons. Or Paquoi soutient que ce sermon n'existe pas et indique , pour cela , l'édition de ce père de l'Eglise parue à Paris en 1698. Ce portrait nous parait mériter peu d'attention, car son existence n'est appuyée que sur une tradition incertaine, quoique pieuse.

Il est utile ou du moins curieux de rappeler une peinture de Jésus-Christ fort extraordinaire. Elle existe dans les catacombes de S. Zéphirin, à Rome. Le Christ est figuré en Orphée, au milieu d'animaux sauvages. On a émis des doutes sur cette attribution h la personne sacrée du Sauveur. Mais Clément d'Alexandrie n'hésite pas à

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croire que sou» cette Ggare d'Orphée oo ait voula peindre Jésus-Christ civilisant les peuples, de même que le demidiea de la mythologie apprivoisait les animaux. Très-certainement on ne saurait être aujourd'hui autorisé à reproduire nne allusion aussi hardie. Ceci nous amène à quelques considérations importantes sur la nature humaine du Fils de Dieu. Nous nosons employer le terme aujourd'hui usité de physiologie.

Les écrivains des trois premiers siècles de l'Eglise ont pris à la lettre plusieurs textes des livres saints qui attribuent au Sauveur une forme laide. Voici en eflet ce que dit le prophète Isalé en annonçant le Messie, le désiré des Bâtions: « Il n'aura ni grftce ni beauté dans son extérieur, • parmi les hommes. » finglorius erit inier viras aspedus ejus; cap 52, v. 14). D'après ce texte, S. Clément d'Alexandrie, S. Cyrille, Origène, Tertuilieu s'accordent à reconnaître , daiv THomme-Dieu , des traits vils , un extérieur abject. Puis ils s'attachent à faire contraster cette forme disgracieuse avec la beauté de son &me. Tertullien va jusqu'à dire que si le Sauveur eût été d'un extérieur imposant par de belles proportions corporelles, les juifs n'eussent point osé lui faire subir les ignominies de la pasrion. Selon le témoignage d'Origène, cette laideur corporelle du Sauveur fournissait aux incrédules de son temps un argument contre la divinité de Jésus-Christ. S. Augustin lui-même est explicite sur ce point: a comme homme, dit-il, il n'avait point de beauté... Tépoux est beau, non point dans sa chair, mais dans sa vertu. » (Homélie sur le ps. 44). D'antre part , S. Jean Ghrysostome fait un éloquent éloge de la beauté corporelle du Fils de Dieu incarné. S. Jérôme dit que la splendeur du visage de l'Homme-Dieu, que les attraits divins de sa personne sacrée étaient incomparables et ravissaient, au premier aspect, les yeux assez heureux pour le contempler.

Entre des sentiments aussi opposés que fera l'artiste? Puisqu'il parait certain , d'après le témoignage de S. Augustin, dans son traité de la Trinité (Lib. 4.) que de son temps, on ne possédait aucun portrait du Sauveur, il sera

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préférable d'adopler lo type consacré par la tradition qui donne à Thomme-Dieu une physionomie noble, et celte tradition a pour elle les plus graves autorités dont quelques-unes viennent d*ètre citées. Une coutume qui a pour elle la sanction de plus de douze siècles mérite assurément d'être respectée. Gela s'accorde d*ailleurs admirablement avec ridée qu'on se fait de la sainte humanité du Fils de Dieu. D'ailleurs ne peut-on pas appliquer les paroles précitées du prophète Isaïe à Jésu$ souffrant et humilié jusqu'à la mort de la croix? Tel est incontestablement le sens de ce passage du même prophète, dans le chapitre 63: « Nous » l'avons vu exposé au mépris, comme le dernier|des hom- » mes, comme un homme de douleurs, (virum dolorum) » sujet aux inGrmités... nous lavons considéré comme un » lépreux frappé de Dieu et humilié. »

Mous passons maintenant à une très-importante citation de Nicéphore que le cardinal Frédéric Borromée a jugée digne de figurer dans son excellent traité de la peinture sacrée (àe ficiurà sacràj. Les artistes nous sauront gré de leur en présenter la traduction aussi littérale qu'il nous est possible. Micéphore trace ainsi qu il suit la physionomie du Sauveur :

« Le divin rédempteur des hommes avait une physio- » nomie animée et pleine de beauté. Sa taille était de sept » palmes, ni plus, ni moins (c'est-à-dire cinq pieds, quatre » pouces, huit lignes, de notre ancien système métrique). » Sa chevelure tirait sur le blond et n'était pas épaisse. » Elle se terminait en légères frisures. Ses sourcils étaient » noirs et un peu relevés. De ses yeux un peu blonds » s'épanouissait une merveilleuse grâce. Ils étaient bien » fendus. Son nez était long. Le poil de sa barbe médio- » crement longue était blond ou châtain. Ses cheveux » étaient proportionnellement plus longs que c«lle-ci. Le » rasoir n'avait point touché sa tête, si ce n'est quand il » était dans un âge tendre, et que sa mère le soignait. » Son cou était un peu penché , en sorte que son attitude » n'avait aucune raideur. Son coloris était celui du fro- » ment. Sa figure n'était ni ronde ni allongée, et avait un

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• grand air de ressemblance avec celle de «a mère. Elltf

• était iégèremeQi rubiconde et tenant comme de la rose » sar son déclin. On y voyait la gravité unie à la prudence

• et à la douceur, une sérénité que ne pouvait altérer la « colère. Enfin, il fut aussi semblable qu'il est possible à » sa divine mère. » (1)

Le savant cardinal finit en recommandant aux peintres de se conformer à l'opinion de toute l'antiquité qui nous représente Jésns^Christ comme ayant une très-grande ressemblance avec Marie sa mère. Un admirable peintre en poésie. Le Dante, dans le chant xxxiie de son Paradis a consacré cette pensée do ressemblance de Jésus-Christ avec Marie. D après ce qui vient d'être dit, l'artiste qui veut figurer THomme-Dieu ne saurait être dans Fidécision. Il nous semble que la difficulté est dirimée. Ajoutons-y un dernier fait qui nous est attesté par les explorateurs des catacombes de Rome. La plus ancienne image qui soit sortie d'un pinceau chrétien est celle du Christ qui se voit dans le cimetière de S. Calixte. Jésus y a le visage de forme ovale, légèrement allongé, la physionomie douce, grave et

(i) L'histoire ecclésiastiqae parle d*un roi d'Edesse nommé Abgare qui , ayant entendu raconter des merveilles de Jésus-Christ, pendant que le Messie évangélisait la Jadée lui envoya nn ^député nommé Ananic chargé de remettre une lettre au Sauveur. Une réponse fut faite au roi et comme , dans sa missîYe, Abgare demandait à Jésus d'étjre délivré d'une maladie, le SauTenr lui octroya cette insigne faveur. On ajoute qu'Abgare voulut avoir le portrait de son divin bienfaiteur et qu'il envoya pour le peindre un artiste qui y travailla vainement. La raison en est que la figure du Sauveur était environnée d'un éclat éblouissant. Plein d'une indulgente bonté pour le peintre, lésus prit la toile, la trempa dans l'eau et l'ayant appliquée sur sa figure , les traits s'y filèrent miraculeusement* Ce merveilleux portrait conservé à Edesse, jusqu'à l'an 94i, en aurait été transporté à Cons tan tinople en la même année... Ces faits ne paraissent pas d'une incontestable authenticité. Dans le cas contraire, ce serait bien , sans nul doute, le portrait le plus précieux qui Jamais ait existé au monde.

Nous parlons ailleurs de la Véronique , c'est-à-dire de la vraie image. Mais nous ne devons pas omettre qu'on vénère à Rome une trcs-anriennc Potage du Sauveur, qui, selon la tradition, fut commencée par S. Luc et Mbevée par les anges. C'est pourquoi on lui a imposé le nom de Achiro- MBta, c'est-à-dire non faite par les maint. On dit que , ayant été jetée dans a mer afin de la soustraire à l'impiété de Léon l'Isauricn , elle arriva d'elle mène, par miracle, à Rome.

mélancolique» les cheveux séparés sur te milieu du front et retombant en deux longues masses sur les épaules. Ceci s'harmonise asseï exactement avec le passage précité do Nicéphore.

Pour ceux qui désireraient avoir des notions plus étendues sur rhisloire de lart proprement dit , et qu'on pour* rait peut-être nommer la philosophie de la forme chrétienne» nous les renvoyons au livre excellent de M. Rio qui a pour litre : De la poésie chrétienne dans son prtneipe, dans sa matière et dans sa forme. ("Peinture) Noos rentrons dans notre pian.

S'il est assez rare de voir la personne du Père et celle du Fils peintes isolément (excepté pour le Fils» dans les divers mystères ou actes de son humanité) il est encore moins ordinaire de voir le Saint-Esprit représenté en particulier. La troisième personne de la Trinité est très-habi* tucllement figurée sous la forme d'une colombe, parce que le Saint-Esprit s est ainsi manifesté sur le Jourdain, pendant le baptême du Messie. C'est pourquoi lorsqu'on veut figurer une inspiration céleste» comme» par exemple» pour le pape S. Grégoire» pour S. Jérôme» pour les autres docteurs» et surtout pour les saints évangélistes » on peint une colombe à l'oreille du personnage» ou bien» mais plus rarement on figure la colombe planant au dessus de lai. Pour caractériser la colombe emblématique» on entoure sa tête d'un nimbe » mais cela n'est pas de rigueur absolue. Ce n*est pas» du reste, pour figurer autant qu'il est possible, ainsi quon Ta dit faussement, l'agilité, l'immatérialité que l'art dessine une colombe. On veut» par dessus tout, se conformer à la tradition érangélique. Noos lisons, en effet» dans le chapitre m» v. 16» de l'évangile selon S. Mathieu» que Jésus vit» après son baptême» l'Esprit de Dieu descendant comme une colombe et venant se repo* ser sur lut. S. Jean répète les mêmes paroles. Il n*élait donc point loisible à l'artiste de représenter » par exemple» l'Esprit-Saint sous la forme d'un aigle , quoique cet oiseau ail ailleurs» dans l'Ecriture inspirée» une place comme symbole. Puis encore , c'est parce que la colombe est l'em-

Même de la doooeur el de U pmeté que le Seûil-Eipril a choisi cet oiseeo pour -se maDifesler aax nortels. On conprend la louchante harmonie de ce symbole arec celoî de l'agneau sous lequel le Fils de Dieu est fréquemment représenté et fut même indiqué au peuple par le samt précurseur du Messie.

La colombe figurant le Saint-Esprit est ordinairement Uanche* Ses pattes et son bec sont de couleur ronge. La tète est ceinte d'un nimbe d*or dans lequel est inicrite une croix assez souvent rouge. Telle on la yoit dans un yitrail du XlVe siècle , de la cathédrale de Fribourg ou Frejbonrg en Brisgaw. La croix du nimbe est une exception à la règle qui ceint excIusÎTement la tète du Christ d'an nimbe crucifère, et frise, pour ainsi parler, Thérésie des Théo^ paachites dont il a été déjà parlé. Pour ce qui est de la . couleur blanche de la colombe, elle est comme natarelle* ment dictée par la pensée d'innocence et de pureté qu^on attache à la blancheur. Il n'est pas nécessaire d'y allier, comme on Ta fait, un sourenir de l'antiquité persane qui reconnaissait deux principes, Ormodz ou Ormozd le bcû, et Ahrimane le mauvais. Or ce dernier est désigné par un géttie ailé tout noir.

On a déjà vu que dans la représentation du mystère de

la Trinité, la troisième personne fut maintes fois peinte

isolénient, sous la figure d'un homme, d'an beau jeune

homeae paré de toutes les grâces de Tadolescence. L'Eglise

a improuvé, par l'organe de son chef visible, ce type

complètement étranger à la symbolique du catholicisme. Il

n'est donc point possible de souscrire au vœu formé par

l'auteur de Yhonograpkiê chritieniMf selon lequel, le

symbole de la cokâahe, relativement au Saint-Esprit, doit

céder à la forme humaine. Si quelquefois le père est peint

sous la forme d'un vieillard, ce n'est pas une raison pour

figurer le Sainl-E^rit sous la forme humaine et de le dis*

ingaer du Père par un air de juvénilité. Me serait-ce pas

Aentir à la croyance de l'Eglise qui proclame la coétemité

les trois personnes divines? Nous objectera-t-on que la

Forme humaine est plus noble que celle d'un oiseau? En

soi-même la chose est certaine , mais non pas respectivement, puisque la forme du Saint-Esprit en colombe est directement autorisée, pour ne pas dire imposée par le. récit évangélique, par la tradition universelle, par la coutamc enfin qui est passée en loi. On nous citerait vainement des miniatures où le Saint-Esprit est figuré en enfant tantôt porté sur les eaux, pour traduire ces mots de la Genèse. Spiritus Dei ferebalur super aquas, tantôt en adolescent comme choyé dans les bras du Père etc., nous répondrioas, selon notre usage, que les idées capricieuses d'un artiste ne peuvent s'ériger en règles, de quelque réputation que son nom soit illustré. Les bévues de Raphaël ne seront jamais justifiées par Téclatant renom de celui qui les a commises. Il n'est donc pas possible, nous le répétons, d'adopter l'avis de Fauteur de VIconographie chrélienne, ainsi formulé, page 462: » Quoique ce portrait du Saint- » Esprit en homme ait été abandonné à la renaissance, » c'est à nous de le reprendre et de le perfectionner. » On ne pourrait s'autoriser de ce qu'on lit dans les voyages littéraires de D. Martène où il raconte qu'il a vu dans l'abbaye de Pralon l'instrument de paix sur lequel les trois personnes divines sont représentées par trois hommes égaux. A l'époque où D. Martène vit cet instrument de paix , on ne s'en servait plus et il était gardé comme un monument ancien. Mais de ce que jadis on a pu figurer' ainsi, sans inconvénient, les trois personnes divines, on ne peut inférer que cela se puisse de nos jours, après les improbations formelles de l'Eglise.

Tout en critiquant ce qui, dans l'ouvrage mentionné, est inharmonique avec Tesprit de l'Eglise, nous disons que ce livre présente les notions les plus précieuses et nous lut empruntons avec un empressement reconnaissant tout ce

de Guillaume VrandH^^^^ ^.?^"' enuèrement extrait

«gure quelconque de:îi;u' h etteît t' T'^" ''""^

retracer la première personne

DE l'art chrétien. 47

de la sainte Trinité. Ainsi, selon cet écrivain, la présence de Dieu le Père ne se révèle , dans les tableaux antérieurs k celte époqne, que par une main qai bénit. Parfois cette main lance des rajons de chaque doigt. Parfois aussi le petit doigt et celui qui lui est contigu restent fermés et cette main bénit avec les trois autres doigts ouverts. C'est de cette manière que le Pape donne sa bénédiction, tandis que les évèques ouvrent cnlièrement la main. On voit, dans quelques anciens monuments , la main bénissante du Père qui sort d'un nuage et entourée d'un cercle rayonnant dans lequel est inscrite une croix. Cette main est dirigée du haut en bas, dans la miniature d*un livre de prières du IXe siècle où S. Etienne est représenté au moment où il Toit les cieux ouverts. La main bénissante se dirige de bas en haut dans une sculpture du Xlle siècle, qui existe sur la façade du portail de la cathédrale de Ferrare. Au portail occidental de la cathédrale de Sens, une main divinejnscrite sur un nimbe crucifère semble descendre également du ciel , pour bénir , à la manière papale , un cordon de martyrs qui montent à droite et à gauche, le long des flancs de l'ogive. Ajoutons à ceci que ces trois doigts allongés sont Fexpression emblématique des trois personnes divines. Aucun geste solennel ne se fait dans l'Eglise, sans une intention mystique, et toujours dans un but d'instruction ou d'édiGcation. Cette main bénissante est souvent reproduite dans un assez grand nombre de dessins peints, sculptés ou gravés dans la pierre, les métaux, le bois. Elle est aussi un accessoire dans plusieurs sujets bibliques.

Terminons en rappelant une fresque grecque du siècle dernier où Ton voit une main sortant d'un nuage et recueillant, dans ses doigts fermés, do petits êtres humains qui prient, les mains jointes. Ce sont les justes que l'Ecriture sainte nous représente dans les mains de Dieu , selon les paroles du livre de la Sagesse, chap. m : « Les âmes » des justes sont dans les mains de Dieu. Justorum animœ » in manibus Dei sunî, » La reproduction d'un symbolisme de cette nature est digne d'une place honnorable ,

dans nos églises du rit occidental. II eât iofinimeni préférable à une multitude d'autres emblèmes qui sont le prodoit d'une imagination assurément féconde, mais, puisqu'il faut le dire, trop rarement heureuse. L'étude des livres saints est éminemment digne ^ comme on le voit par cet exemple et par mille autres qui pourraient être cités, d'iuspirer le génie de Fart religieux. Nulle part ailleurs ne peut se rencontrer une source aussi féconde, une mine aussi riche à exploiter.

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