CHAPITRE VIII
m%Êm dl'A¥HI.
Saisie Marie, Egyplienne; Saint Georges, martyr ; Saint Marc » évangélittc.
Le 9 ayril , TEglise honore la mémoire de l'illustre pëni- (ente d'Egypte, sainte Harie. Elle est célèbre dans les deuii: églises d'Orient et d'Occcident. C'est la Hadelaine du Ve siècle. D'abord grande pécheresse d'Aleiandrie , touchée enfin par la grâce elle se retira dans le fond d'un désert pour s'y lifrer aune longue et rude macération. Le saint abbéZozime Ty découvrit, et c'est lui qui lui administra la sainte Eu* ckaristie, le jeudi*saint, sur le bord du Jourdain que cette pénitente traversa miraculeusement à pied sec. L'année d'après, Zozime étant revenu la trouva morte et lui rendit les honneurs de la sépulture. Il la plaça dans une fosse creusée providentiellement par un lion. La vie de sainte Marie n'est connue que par le récit de S. Zozime. L'art chrétien peut traiter les deux sujets de la communion et des fonérailles de notre sainte solitaire. Une église s'élevait autrefois, en son honneur, dans la ville de Paris. Elle exislait dans la rue de la Jussienne qui en a pris le nom , par une de ces corruptions si fréquentes du langage en changeant Egyptienne en Jussienne. L'Espagnolet a représenté admirablement cette sainte priant dans sa cellule. Il est utile pour l'art qui voudrait reproduire les deux scènes de la communion et des funérailles, de faire observer que, dans ces deux circonstances , le saint abbé Zozime était accompagné de quelques-uns de ses frères anachorètes.
Au 23 avril , dans l'Eglise universelle est célébrée la fête de S. Georges martyr. Comme ce généreux confesseur de la foi subit la mort vers l'an 305 , il existe de très-anciennes images qui le représentent. Son culte, dès cette époque , était fort répandu dans tout l'Orient. Au Vie siècle, selon le témoignage de S. Grégoire de Tours, la mé-
moire de S. Georges était en graud honneur dans TEglise Occidentale. Sa légende rapporte que lempereur Dioclétien lavait élevé aux premiers grades de Tarmée, mais que Georges, indigné des persécutions de ce tyran contre les chrétiens ayant eu le courage de le lui reprocher, Dioclétien résolut de faire mourir cet importun censeur. Ni menaces, ni promesses ne purent ébranler la constance de ce fervent et courageux athlète de la vérité chrétienne et il eut la tète tranchée. Depuis ces temps reculés , les hommes de guerre ont pris S. Georges pour patron et la République de Gènes s'était placée sous sa protection. Il n'est donc pas étonnant que Part chrétien ait constamment représenté S. Georges en costume militaire , monté sur un cheval de bataille , armé d'une lance. On le figure terrassant un .dragon. Ceci est une allégorie.
Le dragon vaincu est le symbole de Tidolàtrie dont S. Georges fut victorieux par son ferme attachement à la foi pour laquelle il sacrifia sa vie. Sa légende rapporte aussi que par un simple signe de croix il chassa le diable d'une statue d'Apollon et que ce miracle convertit au christianisme l'impératrice Alexandra. Ce dernier trait est figuré par une reine qui est peinte auprès du saint martyr. Certains artistes font de cette princesse une jeune fille que le chevalier chrétien prend sous sa protection. Raphaël a-t-il eu cette pensée quand il a représenté S. Georges à cheval, venant de tuer le dragon et semblant se dévouer à la défense de la jeune Cléodolinde, princesse de Lydie, qui est devant lui à genoux et les mains jointes , comme pour implorer le secours du guerrier? On n*a pas assurément voulu faire de S. Georges un de ces chevaliers du moyen-âge qui se consacraient à la défense des dames. Cette poétique chevalerie ne saurait placer son berceau dans le IVe siècle. La princesse que l'on représente auprès de S. Georges n est , selon Molanus , qu'une allégorie. Ce serait pour avertir les chevaliers chrétiens dont S. Georges est le patron qu'il est de leur devoir de défendre l'Eglise, épouse de Jésus-Christ , contre les incessantes attaques du dragon infernal. Ce qui , au siècle où vivait notre auteur, pouvait avoir quelque ap-
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pareoce de justesse, ne saurait, do dos jours, recevoir une applicalioD tant soit peu vraisemblable. Ce n est point par des armes matérielles que la foi catholique pourrait être utilement protégée.
Paquot entre, à son tour, dans une discussion sur une opinion qui a été émise, au sujet du dragon. Il a été prétendu que ce dragon , terrassé par S. Georges , était une imitation erronnée d*un tableau commandé par fempereur G>nstantin on ce prince était figuré précipitant un dragon dans la mer. Selon Jean Gérard Kherkherder, historiographe impérial à Lonvain, en 1738, les croisés, ajant vu dans Téglise de S. Georges en Palestine le tableau commandé par Constantin, prirent celui-ci pour le saint martyr luimême. Ce tableau leur inspira Tidéc de la décoration de rOrdre militaire de S. Georges laquelle consiste, en effet , en une image de cavalier qui terrasse un dragon. Cette assertion n'est pas corroborée de preuves assez solides. Mais quand même cela serait, il ne saurait en résulter rien dattentatoire à l'héroïsme chrétien de S. Georges, et l'allégorie du dragon » c'est-à-dire du paganisme dont il triompha , lui serait toujours applicable.
Le cardinal Frédéric Borromée ne considère pas comme bien authentique la légende de S. Georges relativement au dragon terrassé. Il n'en est pas moins certain que cette manière de peindre S. Georges en cavalier armé , foulant aux pieds un dragon , remonte aux temps anciens et qu'il y a ici une sorte de prescription qui d'ailleurs ne peut point nuire à la piété. Nous n'avons pas besoin de dire qu'il a existé plusieurs ordres de S. Georges, en diverses contrées et qu'aujourd'hui encore , en Angleterre , cette institution est en pleine vigueur. On a vu même des Confréries et des Chapitres se placer sous ce patronage.
S. Marc évangéliste, solennisé le 25 avril, est aussi célèbre à Venise que S. Georges à Gènes. Mais ce n'est point comme patron de Venise que S. Marc doit être ici envisagé. Nous le considérons sous un plus noble aspect, celui d'cvangéliste. Un lion est habituellement figuré auprès de S. Marc. Il n'y a jamais eu pourtant en ceci une constante
uniformité. Le lion a clé aussi l'attribut de S. Matthieu et même de S. Jean, tandis que la figure humaine et Taigle ont été , tour à tour, des emblèmes de S. Marc. (Nous avons effleuré seulement cette question, au commencement da chapitre ix de la première partie). On trouve la preuve de ce qui vient d'être dit dans les écrits de S. Irénée , et de S. Augustin. Voici donc, pour S. Marc, trois sjmbolismes : le lîon , la figure humaine ou angélique et laiglc. Il est certain qu'il règne une assez grande incertitude sur ces at« tributions iconographiques. L'Eglise n'a jamais défini à quel évangéliste devait être attribué chacun de ces emblèmes. Bien mieux , rien n'oblige de croire que ces quatre figures de la Tision d'Ezéchiel ont un rapport quelconque aux quatre écrivains inspirés des saints Evangiles. Bossuet dit nettement : «c Par ces quatre animaux mystérieux on peut en- » tendre les quatre évangélistes. » Ce serait donc mal à propos que des auteurs peu éclairés considéreraient comme dogmes catholiques les attributions des figures de l'homme ou ange , du lion, du veau , de laigle aux quatre historiens sacrés. Néanmoins il est reçu depuis plusieurs siècles, comme on peut s'en convaincre dans Guillaume Durand, que la figure de l'homme atlé doit être l'attribut de S. Matthieu; celle du lion l'attribut do S. Marc; le veau et laigle sont attribués à S. Luc et à S. Jean.
Il est opportun de citer ici en entier un texte qui mérite « de la part des artistes, une grande confiance. C'est S. Jérôme qui parle ainsi dans son commentaire sur S. Matthieu : « La face d'homme (vision d'Ezéchiel) désigne Matthieu » qui a comme débuté par écrire sur l'homme , car son li* » vre commence par ces mots : Livre de la génération de n Jésus-Christj fils de David. La deuxième figure dénote » Marc dans l'Evangile duquel on entend comme la voix da » lion dans le désert lorsqu'il pousse ses rugissements : » Voix de celui qui crie dans la solitude ; préparez la voie » du Seigneur. La troisième figure est celle du veau qui » est le symbole de S. Luc l'évangéiiste, lequel débute par » le prêtre Zacharie. Par la quatrième figure on représente » S. Jean, l'évangéiiste, qui comme pourvu d'allés d'aigle et
■» prenant un ?ol éleré, traite du Verbe de Dieu. » Ce passage ne laisse rien à désirer. L'arliste chrétien n'a plus à se préoccuper des incertitudes plus haut mentionnées.
Sous le rapport de la physionomie de S. Marc , Durand nous la dépeint ainsi : « Sachez que S. Marc eut le nez » long, les sourcils relevés, les yeux beaux, le front 0 cbauTe, une barbe longue, un maintien noble, les che- B Teux blancs et que son âge était celui de la maturité. • Paqnot avertit les peintres et les sculpteurs qu ils no doivent pas mettre dans les mains de S. Marc ni des autres évangélistes, ni même des écrivains, 4ant de TAncien que du Nouveau Testament, des livres faits comme les nôtres, mais des rouleaux. Nous en avons déjà parlé. L'erreur contre laquelle Paquot veut prémunir les artistes est à peu près générale. On a vu dans des tableaux peints par des artistes du premier ordre des livres reliés avec le plus grand luxe et parfaitement semblables à ceux de nos temps modernes. A répoquc où vivaient lesévangélistes, le livre ne futquun rouleau, Volumen,
On orne aussi quelquefois la tète de S. Marc d'une lame d'or qai était Tinsigne de Tépiscopat, dans les premiers siècles. Il n est pas néanmoins h croire que cet insigne fût en usage dans ces siècles d ardente persécution. On ne saurait pourtant blâmer cet insigne par lequel on veut indiquer que S. Marc fut évéquc d'Alexai\4rie où il souffrit \€ martyre, en Tan 66.