‹ Institutions de lʹart chrétienChapitre 84 sur 180 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

SS. Philippe et Jacques, apôtres; L'invention de la Sainle-Croii.

Le 1er mai ramène la fêle des saints apôtres Philippe el Jacques. On n'a rien de bien certain sur le genre de mort du premier. On sait seulement quil porta le flambeau de l'Evangile dans les deux Pbrygies. Sa fête est associée à celle de S. Jacques , surnommé le Mineur, qui fut premier évéque de Jérusalem. S. Epiphane rapporte que cet apôtre, pour insigne de sa dignité épiscopale, avait le front orné de la lame d'or, de même que S. Marc. Les Juifs auxquels il prêchait le dernier avènement du Fils de THomme le précipitèrent du lieu élevé où cet apôtre s'était placé pour évangéliser et le peuple Taccabla d'une grêle ^e pierres. Comme il respirait encore, un foulon l'acheva, en lui déchargeant sur la tête un coup de levier dont il se servait pour fouler les draps. Durand pense que ces deux apôtres ont une fête commune parce qu'ils ont eu une commune mort. Cela ferait présumer qu'ils ont subi le même martyre. On a de- Philippe de Champagne un tableau qui représente son patron. Cet apôtre, dans l'absence de tout document positif sur le genre de son martyre , est ordinairement figuré tenant en main une grande croix, parce qu'on a présunié qu'il était mort comme son divin maître. Quelques écrivains voient dans cet attribut la croix dont cet apôtre prêcha la sainte vertu dans TAsie mineure. Mais alors il faudrait, pour une même raison, attribuer cet emblême à tous les apôtres, puisque tous ont prêché, selon le langage de S. Paul , le scandale et la folie de la croix. Le premier motif est certainement préférable , quoique aucun monument bien authentique n'appuie le fait de la crucifixion de S. Philippe.

Le 3 mai est consacré à honorer la mémoire de l'Invention du bois sacré de la croix. Ce serait ici le lien d'entrer dans d'importants développements sur la forme de la croix et sur tout ce qui s'y réfère ; mais le chapitre xii de la deuxième partie offre tout ce que les artistes peuvent désirer sur cette question. L'instant où la vraie croix fut solennellement reconnue, est le fait que Fart chrétien peut reproduire et il faut, pour cela, que le peintre soit instruit des circonstances de cette découverte.

Sainte Hélène, la pieuse mère du grand Constantin, désirait depuis longtemps découvrir cette précieuse relique du salut du monde. Les Juifs étaient dans Tusage d enfouir, après Fexécution, Tinstrument du supplice, en sorte qu'il ne pàt jamais servir à un second crucifiement. L'impératrice arriva à Jérusalem , en 326 , et s'empressa de prendre des informations sur le lieu précis où Notre-Seignenr avait été crucifié. Les Romains idolâtres, après la prise de cette malheureuse ville, s'étaient appliqués à faire disparaître toutes les traces de la Passion du Sauveur et avaient érigé sur le sommet du Calvaire un temple à la déesse Vénus. L'impur édifice fut abattu par ordre de Timpératricê. L'idole fut détruite, le pavé enlevé. On creusa le sol profondément et on parvint à découvrir le saint tombeau. A une faible distance, on déterra trois croix de la même grandeur et d'une forme à peu près pareille. Quelle était la croix du Sauveur? On ne pouvait la distinguer des deux autres. La princesse réclama les avis de l'évéque S. Macaire. Ce pontife n'hésita point h demander au ciel un miracle. Une femme de qualité était affectée d'un mal incurable. On appliqua successivement sttr elle deux de ces croix, pendant que tous les assistants étaient en prière. Aucun prodige ne se manifesta. A peine la troisième croix eut-elle été appliquée que la malade recouvra la santé. Il ne fut plus possible d'élever le moindre doute sur l'identité de cello qui avait été arrosée du sang du Sauveur. Hélène fit éclater une sainte joie. L'évéque de Jérusalem entonna un cantique d'action de grâces. Selon quelques auteurs chacune des croix fut appliquée sur un mort et celle qui opéra une merveil*

leuse résurrection fut reconnue pour le bois sacré de la Rédemption. Théodoret et Sozomène racontent la guérison de la femme; S. Paulin , dans une letlre à Sévère » relate une résurrection. De l'un et Tautre récit un miracle ressort et cela nous suffit.

Tel est donc le sujet que Tart chrétien ' peut retracer , sous le titre d'Invention de la sainte Croix. Plusieurs peintres s'y sont exercés avec plus ou moins de succès. Le célèbre Bernardino dit Pinturicchio a représenté cette scène sur la voùle de Tabside de Téglise de Sainte-€roix, h Rome. Paëlinck, peintre flamand, exécuta à Rome, en 1810» on tableau remarquable dont le Musée de Réveil a reproduit Vcsquisse an trait. Celle toile orne Téglise de Saint-Michel h Gand. Sainte Hélène, couronnée du diadème, fléchit le genou devant la croix. Son attitude est parfaitement sentie. A sa droite est S. Macaire coiffé de la mitre patriarcale <l'Orient. Au pied du El de la malade guérie est le mari et Tenfant. Tous les personnages secondaires sont groupés avec art et leurs sentiments de surprise mêlée de re'^pect sont dignement exprimés.

Guillaume Durand raconte, sur la foi d'autres écrivains, que celui qui , dans les fouilles ordonnées par l'impératrice Hélène , découvrit la croix , était un juif nommé Judas et que s'étant converti il devint par la suite évéque de Jérusalem , sous le nom de Quiriaeus ou Cyriacus. l\ dit que le diable fit sur ce Juif la prophétie suivante : a Judas H- «* vra le Christ à la mort , mais cet autre Judas a exalté » le Christ après sa mort et a découvert les artifices magi- » ques. Cependant mon ami Julien sera bientôt roi et me » vengera. » En effet, Julien qui après avoir été lecteur dans TËglisc devint empereur fit mettre à mort Tévéque de Jérusalem Quiriaeus. On lit aussi-, continue Durand , que ce fut un soldat nommé Quiriaeus qui tua ce prince apostat. Mais ce récit légendaire ne saurait fournir à l'artiste de nouvelles lumières stfr le fait principal.

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