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CHAPITRE XXII

■»reiMlère Coatlaïuitleii û» Moto «•

Saint Michel, archange; Les Saints Anges.

Le 29 septembre est consacré à honorer Farchange S. Michel et en général toute la milice céleste. Le chapitre lY de notre première partie présente diverses notions iconographiques sur les anges. Nous derons entrer ici dans de plus grands détails.

S. Michel est habituellement figuré avec une balance. C'est, dit Eckius, afin que les simples puissent comprendre que cet archange a le droit de recevoir les âmes et de peser leurs mérites. Il est certain que VEglise attribue à S. Michel la fonction de recevoir les âmes. Cela résulte des paroles de TOffertoirc pour la messe des morts. On y demande à Dieu « que le Porte-Enseigne, Signifer^ S. Min chcl nous introduise dans la sainte lumière que Dieo » promit à Abraham et à toute sa postérité. » Ce nest pas néanmoins que cet archange soit chargé de peser, c esth dire d'apprécier les mérites et les méfaits des âmes , car c'est Dieu seul qui est le juge des vivants et des morts. Mais Tallégorie de la balance est autorisée par des passages analogues de nos livres saints. Ainsi Job a dit : « Que Dieu » me pèse dans sa juste balance et connaisse ma simplicité. • Les Pères emploient quelquefois la même expression. On a vu ailleurs que certains artistes figurent en même temps le diable s'efibrçant de faire pencher le bassin dans lequel se trouve Tàme pesée. Ceci , loin d'offrir une image édifiante et grave , tombe dans le burlesque.

A ce propos, nous sollicitons la permission de citer nne ét^mologie du mot Dtabolus. Paquot Ta tirée, dit-il, d'une glose sur le chapitre ler de TEpitrc à Tito , dans le livre 1er des Décrétâtes. Le susdit mot viendrait de Dia qui signifie

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deux et de Bolus qui veat dire morceau , parce que le diable cberche à faire de notre corps et de notre âme deux niorceaux.... Cette explication est tout aussi grotesque que ridée du diable pesant sur le bassin.

Il est rare aujourd'hui que S. Michel soit peint avec sa balance. On le représente au moment où il combat contre les anges rebelles* Le chapitre xii do TÂpocaljpse raconte ce combat : «Il se donna une grande bataille dans le ciel.

• Michel et ses anges combattirent contre le dragon et le

• dragon avec ses anges combattait contre lui. Mais ceux-ci

• forent les plus faibles et depuis ils ne parurent plus dans

• le ciel. Et cet ancien serpent qui est appelé le Diable et o Satan, qui séduit tout Tunivers, fut précipité du ciel en n terre et ses anges avec lui. J^entendis alors dans le. ciel n une Toix forte qui disait : Voici le temps du salut, de la B force et du règne de notre Dieu, et de la puissance de » son Christ, parce que Taccusateur de nos frères qui les » accusait, jour et nuit , devant notre Dieu a été précipité. » Boasuet et quelques autres avec lui , observe Paquet , prétendent que ces paroles sont la prophétie qui annonce la victoire de TEglise, sous le grand Constantin. Celui-ci, en effet, après avoir vaincu les païens de l'empire romain soumit au joug de la croix toutes les nations* La foi persécutée pendant trois siècles triompha de ses ennemis.

Quand même ce passage serait prophétique, il n'en serait pas Bsioins vrai que Lucifer et les anges révoltés furent précipités du cieL Cela résulte d'autres textes des livres saints. Depuis les temps apostoliques, on a constamment envisagé S. Michel comme le protecteur de TEglise chrétienne. On ne peut lui déférer cet honneur insigne qu'en le considérant comme vainqueur des puissances infernales , des esprits de mensonge et d'erreur qui livrent un combat perpétuel à la vérité.

Raphaël peignit , sur la demande de François fer, roi de France, la victoire de S. Michel su» Taotique serpent. On croit que c'est une allusion h Tbérésie de Luther qui com. mençait alors à se répandre dans toute l'Europe , ei on ajoute que l'éminent artiste voulut faire comprendre au roi

trè&-chréticn qu'en ceUe qualité et encore comme chef su prême de TOrdrc de Sainl-Michel , que tous ses elTorts devaient tendre à arrêter le progrès de cette funeste hérésie. L'archange terrasse de sa redoutable lance le démon qu'il foule du pied droit. La figure du vainqueur est noble , calme. On voit qu il est assuré de son triomphe et qu'il osl digne de porter le nom de Michel {quis ut Deus, qui peut s'égaler à Dieu?) Le musée français possède encore aujourd'hui ce beau tableau. Le peintre Giordano a réussi dans le même sujet. S. Michel, armé d'une épée flamboyante, précipite du ciel le chef des mauvais anges que sa chute entraîne avec lui dans labtme. L'archange aux forlesïiles déployées plane avec une admirable légèreté. Ses formes sveltes ctgracien* ses contrastent avec les traits durs des démons. L'expression douce de sa physionomie offre un contraste bien prononcé avec les figures horribles et le désespoir des vaincus.

Les livres saints nous révèlent les noms de deux autres messagers célestes Gabriel et Raphaël. On donne au premier un sceptre royal pour désigner sa qualité d'ambassadeur du Très-TIaut. Raphaël tient en main le pois5on dont il est parlé dans le livre de Tobie La foi nous apprend que chaque homme a son ange tutélaire ou gardien. Dans le moyen-âge , on le figurait conduisant au ciel un adolescent ou bien couvrant de son bouclier son protégé. Erasme Quillinus a représenté un jeune homme tenté par la luxure, l'avarice, l'envie, l'orgueil et l'ambition personnifiés. L'ange gardien tient , de la main gauche , son bouclier sur le jeune homme à genoux devant lui, tandis que, de la main droite, il lance des foudres contre les monstres qui l'obsèdent. L'église de Saint André , h Anvers, possède cette charmante toile.

A quelques développements sur les esprits célestes présentés dans notre chapitre iv de la première partie , ainsi qu'il a été dit en commençant le présent chapitre , en sus des notions que nous venons d'exposer sur les trois anges dont les noms sont connus et sur l'ange gardien, nous devons joindre plusieurs autres documents iconographiques

qui nous soot fournis par Molanus sur les anges en général. En effet, TEglise comme il a été déjà observé, ne se borne pas à honorer le prince de la céleste milice, le 29 septembre. Tous les chœurs des esprits immortels y reçoivent une part de cet hommage solennel.

S. Grégoire-le^Grand énumère les neuf chœurs de la milice céleste, en cet ordre: Les Anges , les Archanges, les Vertus, les Poissances , les Principautés, les Dominations, les Trônes, les Chérubins, les Séraphins. On les trouve ainsi désignés dans les divers livres de T Ancien et du Nouveau Testament. Le saint docteur les y a recueillis et puis les a classés hiérarchiquement, comme on vient de le voir. Les anges proprement dits forment le chœur le moins éminent, et la hiérarchie s'élève ainsi graduellement jusqu'au chœur des séraphins. Dans le langage usuel, ces neuf chœurs sont compris sous la désignation générale d'Anges.

L'auteur que nous suivons, trop souvent concis ou même silencieux sur d'autres points, est ici d'une proxilité fatigante. Il nous sufRt de reproduire par l'analyse ce qu'il nous offre de plus intéressant.

On dépeint les anges de deux manières, ou avec un corps entier, ou seulement avec la lé(e, mais toujours avec des ailes. Quelquefois ils sont nus, quelqnefo's vôtus. Tantôt c*est ui costume guerrier propre au combat, tantôt un^ costume pacifique, c'est-à-dire une robe blanche avec des ceintures flottantes. Leur vêtement est enrichi de pierreries, mais ils ont toujours les pieds nus. On leur fait porter un glaive flamboyant, ou une croix et des instruments de la Passion, on une harpe et d'antres instruments de musique, ou bien des sceptres ou verges, ou bien encore des encensoirs. C'est l'Ecriture sainte on la tradition qui ont inspiré ces divers modes graphiques. Les livres sacrés nous les montrent en effet constamment sous la forme humaine, dans tontes leurs apparitions. La figure des anges qui se borne à une tête ailée nous est dictée par la raison qui nous montre dans ces esprits, avant tout, une haute intelligence dont la tétc est le foyer. Les ailes désignent la rapidité de

ces messagers que la matière ne peal appesantir, puisqu'ils sont de purs esprits. On les figure toujours parés des grâces de la jeunesse, ce qui convient à la nature des fonctions qui leur sont assignées. Enfants ou vieillards, la qualité de messagers ne leur conviendrait pas.

L'élal de nudité est considéré par Tauteur que cite Molanus comme très-bien séant aux anges , car étant saints et innocents ils n'ont aucune raison de rougir de cet état. Telle n'est pas Topinion du cardinal Frédéric Borromée qui répond à ces spécieuses raisons que si nos premiers parents et les anges, dans Tétat d'innocence et de sainteté, ne peuvent avoir bonté de leur nudité , il n'en est pas de même de ceux qui considèrent des peintures exécutées d'après ce système, et que cette nudité peut devenir pour eux un sujet de scandale.

Nous avons prouvé dans le chapitre iv de la première partie que les anges devaient èlre représentés avec des ailes. L'épithète à'Aligeri (porteurs d'ailes) a été constamment donnée aux^messagers célestes , et cela est surabondamment justifié par plusieurs textes des livres saints.

Les pieds sans chaussure sont un autre caractère iconographique des anges. C'est ainsi que nous sont représentés les envoyés du Seigneur dans la personne d'IsaVe, de MoKse, des apôtres. Cette nudité des pieds marque le détachement de toute affection terrestre et mondaine.

L'art figure les anges portés sur des nuées pour exprimer leur descente des 'régions supérieures. Il met dans les mains de ces Esprits les divers objets déjà mentionnés, pour marquer leurs attributions en diverses circonstances. Ainsi , par exemple, la trompette convient aux anges du grand jour du jugement. L'Ecriture sainte la leur assigne d'une manière allégorique. Les encensoirs fumants indique»! le ministère des anges chargés de porter aux pieds du trône de Dieu le parfum de nos prières. Les autels sont entourés d'anges, afin de marquer que ces esprits assistent à l'auguste sacrifice pour j adorer, en tremblant, les redoutables mystères, ainsi que le déclarent S. Ambroîse, S. Jean Chrysostomc, le pape Innocent III. C'est donc une

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coutume fort approuvée par TEglise de placer de chaque côté de Tautel un ou plusieurs anges adorateurs. L'art chrétien doit scrupuleusement se conformer au type adopté et ne peut se livrer à des écarts tels que do donner à ces figures la forme des génies créés par l'imagination des artistes ou poètes païens. Un ange ne saurait ressembler à un Cupidon.

Le cardinal Borromée observe que les anges n ont pas toujours apparu sous la forme humaine, mais bien quelquefois sous celle d'animaux. Nos livres saints désignent quelquefois les anges sous le nom de roues j de pierres précieuses j de nuées ^ de vent, de flammes. A ce sujet, le cardinal nous raconte qu'un jour pendant qu'il admirait , chez uo amateur, sept tètes d anges dont il faisait Téloge, un des spectateurs demanda sérieusement si ces délicieuses figures étaient de véritables portraits de ces esprits célestes... Ceci prouve que la peinture n est pas toujours pour les Ignorants un livre dans lequel ils puissent s'instruire.

Paquot cite un fragment d'apologie adressée à l'archevêque de Malines qui, en 1674, voulut défendre de porter l'image d^ S. Alichel dans une procession qui avait lieu le jour de sa fête , mais dans laquelle on portait aussi le Saint-Sacrement

« Au reste , Monseigneur, outre toutes ces raisons

(celles qu'alléguait le prélat pour motiver sa défense) qui sont générales pour exclure les images « des processions » où est le Vénérable (le Saint-Sacrement), il y a encore des » raisons particulières pour S. Michel qui, n'étant qu'un » esprit et n'ayant jamais eu de corps , ne peut être re- » présenté. Aussi la sainte Eglise parlant des images dit : n Imagines Christi , B. Mariœ Virginis et Sanctorum. » (Images du Christ, de la sainte Vierge et des Saints) et » et ne dit jamais Angelorum moins encore Dei (jamais les » ioiages des Anges et moins encore de Dieu. » Voilà, certes, un digue et érudit apologiste que l'archevêque de Malines avait eu la bonne fortune de couqgérir I II peut marcher .de pair avec le naïf questionneur du cardinal Frédéric Borromée ! !

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