‹ Institutions de lʹart chrétienChapitre 96 sur 180 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

neuxlème eontlnoatlon du mois de Septembre.

Saint Jérôme, docteur de TEglise.

Le lendemain de S. Michel , est la fête de S. Jérôme. Ce saint docteur a (racé lui-même son portrait dans une lettre adressée à Ëustochium , vierge romaine : a Combien de fois, » dit*il, depuis que j'habite le désert, me suis-je imaginé » être encore au milieu des délices de Rome! Je massejais n dans ma profonde solitude parce que mon âme était dans » Tamertume. Mes membres enveloppés du sac de la péni- » tence étaient hideux, et difformes. Ma peau amaigrie avait » pris la teinte de celle des Ethiopiens. Chaque jour des n larmes , chaque jour des gémissements , et si quelquefois, » malgré mes efforts , je succombais au sommeil , la terre » nue recevait mes os qui à peine étaient joints ensemble. » Et pourtant moi , cet homme qui par la crainte du feu » éternel s'était condamné à un exil aussi dur, n'avant pour » compagnons que les scorpions et les bêtes fauves , j'étais » présent en esprit, bien des fois, aux danses joyeuses de » la jeunesse romaine. {Chorts puellarum). Le jeûne avait » rendu mon visage pâle et défait et pourtant mon âme » brûlait des ardeurs de la concupiscence dans un corps » sans énergie et sans chaleur. Ma chair était déjà morte , » avant le moment décisif de la séparation des deux subs- » tances, et mes passions étaient encore dans leflervcscence. » Ne sachant donc où troifver de secours, j'allais me jeter » aux pieds de Jésus ; je les arrosais de mes larmes , les » essuyais de mes cheveux et je tâchais de dompter ce corps » rebelle , en le privant de nourriture, pendant des semai- » nés entières. »

Ces paroles bien méditées ne peuvent-elles pas suffire à un peintre pour représenter convenablement l'illustre solitaire? Quelques artistes ont voulu renchérir sur les macé-

rations de S. Jérôme en lui metlant à la main un caillou dont îl se frappe la poitrine. L'invention n'est pas merveilleuse. On place aussi près de lui un flambeau qui indique ces longues veilles employées à Tétudo des divines écritures. L'artiste chrétien ne doit pas ignorer que S. Jérôme a traduit du grec et de Thébreu en latin tous les livres saints et quil est Tauteur d'un grand nombre de commentaires sur plusieurs de ces livres, outre plusieurs autres ouvrages dont le recueil forme cinq volumes in-folio. Mais c'est principalement comme livré aux rudes travaux de la pénitence que S. Jérôme est habituellement considéré par Fart chrétien. Ainsi, très-ordinairement, on le figure méditant devant une image de Jésus crucifié et une tète de mort. On y joint une trompette qui résonne à ses oreilles, image de celle du jugement dernier dont la pensée lui inspirait une si juste terreur.

S. Jérôme a été quelquefois représenté en costume de cardinal^ de l'ordre des prêtres. C'est un moine du Vile ou du Ville siècle, nommé Sébastien qui, de sa propre autorité, a décoré de cette dignité notre saint docteur. Ce moine a écrit une vie de S. Jérôme qu'il a embellie d'une foule do traits de son invention. La légende dorée de Jacques de Voragine en a accueilli plusieurs et notamment le récit du lion apprivoisé qui fait placer auprès de ce saint un lion accroupi. On serait dans Terreur si Ton croyait que c'est un emblème de l'énergie du style de ce docteur. On peut s'en convaincre par le récit du moine Sébastien dont voici la substantielle analyse. Ce moine fait de S. Jérôme un abbé de monastère non loin des bords du Jourdain.

Un jour que, vers le soir, S. Jérôme assistait à la lecture accoutumée, avec ses frères, un lion entra en boitant dans le monastère. Les frères effrayés prirent la fuite. Jérôme, au contraire, alla au devant de l'animal qui lui montra son pied blessé et le saint ayant aussitôt rappelé les moines leur ordonna de laver la blessure du lion. On s'aperçut qu'on marchant sur les épines , l'animal en avait eu la plante du pied endommagée. Plein de gratitude pour les soins des bons religieux , le lion s'apprivoisa ielloment

qu'on en vint jusqu'à lui confier la garde de l'àne du monastère. Berger fidèle, le lion se montrait exaet à conduire, chaque jour, au pâturage son protégé et le défendait de malencontre. Un jour cependant que le lion s'clait endormi, des marchands qui conduisaient une caravane de chameaux dérobèrent Tftne. A son réveil , le pasteur 4}uadrupède saperçnt de Tabsence de son fidèle compagnon , et il se livra à de soigneuses investigations qui n eurent point de résultat. Il revint donc seul au monastère et les moines ne doutèrent pas que le lion n*cut fait son repas de la bête pacifique. L'entrée fut refusée au prétendu coupable. Néanmoins, après des recherches sur les lieux qui avaient du être témoins du meurtre supposé, les moines restèrent coDTaineus de rinnocence du lion. Rentré en grAce, le roi des forêts s'assujélit à remplacer l'âne , h porter au monastère le bois et les autres fardeaux qui lui étaient imposés. Au bout d'un certain temps , le lion aperçut , par un beau jour, à la tête d'une longue file de chameaux , un âne qui , selon la coutume du pays, était préposé à la marche de la caravane. C'était son ancien protégé. Le lion fondit aussitôt sur les marchands et obligea les chameaux à prendre la route du couvent. L'âne fut restitué à ses légitimes possesseurs. Les marchands , après avoir essuyé une sévère réprimande de S. Jérôme, furent admis dans le monastère, et avant de se retirer, ils offrirent aux moines, en compensation, la moitié do leur chargement d'huile. Jérôme accepta l'offre , et les marchands s'engagèrent, à titre de reconnaissance ou de 'réparation surcrogatoire , à lui en fournir, tous les ans, une pareille quantité. Cette fondation bénévole engageait, à perpétuité, les descendants de ces marchands, de môme que les successeurs des moines à titre de donataires. On peut juger si le lion fut bien choyé par les Hiéronimitcs , puisqu'il leur avait valu une si bonne aubaine. Telle est l'histoire du moine Sébastien.

Quelques auteurs ont cru que ce lion couché auprès de S. Jérôme symbolisait la vie cénobitiquc de ce saint docteur. On sait d'ailleurs qu'il est parlé asssez souvent de lions dans les Vies des solitaires du désert et que ces

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animaux y figurent dans des relations de ilivcrs traits miraculeux.

Quant au costume de cardinal dont nous avons déjà dit an mot, on pourrait peut-être en trouver la justification en ce que S. Jérôme fut chargé par le pape S. Damase de veiller à l'observance des règles cléricales, ce qui ferait supposer qu'il avait cette dignité. Toutefois , Thabit de cardinal y tel qu'il existe depuis plusieurs siècles , ne saurait iconographiquement convenir à S. Jérôme. S'il y avait, dans ]e IVe siècle , des cardinaux , ils n'avaient pas très-certainement un costume le moins du monde analogue à Iceui dont se revêtent actuellement ces princes de l'Eglise.

Une statue en marbre blanc placée à gauche de l'autel de la sainte Vierge, dans l'église de S. Roch, à Paris, représente notre saint foulant sous ses pieds un lion. Evidemment l'artiste a considéré ici le lion comme un emblème de la vigueur du style de S. Jérôme ou de son ardeur à combattre l'hérésie. Bien n'y fait donc allusion à la légende de Sébastien.

On sait que Zampiéri , connu sous le nom de Dominiquin , a représenté S. Jérôme recevant le Saint- Viatique. Ce tableau considéré comme un rare chef-d'œuvre est connu sous le nom de Communion de S. Jérôme. Après avoir . orné le musée de Paris pendant quelques années , ce tableau fut repris par les alliés en 1814. S. Jérôme , né en 331 , mourut en Palestine le 30 septembre 420.

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