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CHAPITRE XXV

CoBitaMiM«ii du mois d'Oet«bre.

Saint Denys» apôtre de Paris; Saint Luc, évangéliste; Sainte Ursule et ses compagnes; SS. Simon et Jude, ap4tres; Saint Quentin, martyr.

Au 9 octobre , TEglisc honore le glorieux martyr S. Denys qui vint prêcher TEvangile sur les rives de la Seine et rendît témoignage de sa foi par refTusion de son sang. On ne s'attend pas à nous voir entrer ici dans une discussion approfondie sur la distinction que Ton admet entre ce premier évoque de Paris, et S. Dcnys Taréopagite, premier cvéque d'Athènes. H est vrai que le Bréviaire romain confond ce dernier avec S. Denys de Paris, tandis qu'en ce diocèse, on n'admet point cette identité, mais quon y honore au 3 octobre S. Denys laréopagite. Nous dirons seulement ici que la légende de TOfficc romain ne saurait dirimer la question, car si en matière d'archéologie religieuse la plus haute antiquité doit prévaloir sur des opinions plus récentes , il est certain que la distinction entre les deux saints du nom de Denys est formellement consacrée par Tancien martyrologe romain et par les deux martyrologes d'Usuard et de S. Adon , écrivains du IXe siècle. S. Denys laréopagite, converti par S. Paul, fut martyrisé à Athènes, tandis que S. Denys de Paris , y fut décapité avec ses compagnons S. Rustique et S. Eleuthèrc sur la montagne de Montmartre.

L'art chrétien peut rester étranger à ce débat qui à la vérité ne saurait plus exister depuis qu'une saine critique à laquelle nous nous associons pleinement a établi la distinction entre les deux SS. Denvs. Il suffit à Tartisto de savoir que S. Denys a eu la tète tranchée. On lit dans certains actes apocryphes que ce saint prit sa tétc dans les mains et la porta au lieu où il voulait «Hrc onscveli. Il est bien

certain que Dieu a bien pu faire ce miracle pour manifester la sainteté de son serviteur, mais il n'y a absolument sur ce point aucune preuve positive.

On cite à Fappui de ce fait surnaturel un certain nombre d'auteurs et surtout un écrit qui aurait été trouvé dans les archives de TEglise de Paris , sous le règne de Louisle-Débonnaire. Paquot, dans une remarque fort judicieuse et en blâmant Molanus d'avoir confondu les deux SS. Denys, rapporte ce document qui est à peu près inintelligible et qui dailleurs ne prouve rien de ce qu'on a voulu y voir.

En général , n aurait-on pas pris au pied de la lettre an passage de S. Jean Chrysostôme dont voici la traduction. . Il est tiré d'une homélie de ce saint docteur , sur les martyrs Juventinus et Maximus qui furent décapités h Antioche sous Julien l'apostat :

« De même que les soldats montrent à leur prince les » blessures qu'ils ont reçues et se présentent à lui avec co«- » fiance, de même ces deux martyrs portant dans leurs o mains leurs têtes tranchées comme un trophée, peuveui » obtenir du roi des cieux , tout ce qu'ils lui demandent. • Œcolampade croit voir, dans ces paroles, le motif pour lequel les peintres se sont déterminés h représenter S. Denjs portant sa tête entre les mains. Ils ont changé en uu sens littéral et matériel Téléganle allégorie de l'orateur grec. Molanus blâme cet hérétique de son explication , mais il s'agit moins de voir ici un auteur hétérodoxe qu'un critique érudit. Il faut ajouter k ceci que, dans le moyen-Age, on caractérisait assez fréquemment de celte manière les martyrs qui avaient subi le supplice de 'la décollation. C'est ainsi, qu'à Mayence, S. Alban était représenté portant sa tête dans les mains. ï.a prose d'Adam de Saint- Victor, pour la fête de S. Denys , rapporte ce miracle :

Se cadaver mox crexii , Truncus tvuncum caput vexiL » Le cadavre du martyr se releva, le tronc porta la tête » tronquée, o La liturgie modifiée de Paris a supprime ces paroles de lancicnnc prose. Les lerons de rofficc de S. l>e-

nys ne font pins mention de ce prodige, dans le nouveau Bréviaire da même diocèse. Est-ce poar Tartiste un molif indéclinable de ne plus tenter de reproduire la vieille tradition légendaire I Non, assurément. Si Ton ne veut point prendre au pied de la lettre cette gestation de tête, du moins il sera permis d y voir le sens allégorique de S. Jean Chrysostome. Dans tous les cas, cette manière de figurer S. Denys, pour le distinguer de tout autre martyr, ne saurait être réprouvée par l'Eglise. D'autre part, l'art chrétien nap<Mnl à se préoccuper de la grande question. Que le premier cvêque de Paris soit Denys , l'Aréopagiste du premier siècle ou un autre Denys du troisième siècle, peu importe à l'artiste. On pourrait reprocher aux peintres, sculpteurs, graveurs, de commettre un anachronisme en revêtant S. Denys des insignes modernes de la dignité épiscopale, tels que la riche chape, la haute mitre, la crosse d'or. Plusieurs néanmoins ont su s'en préserver. Notre peintre français Vien , a représenté S. Denjs prêchant TEvangile au peuple de Paris. Cette belle toile orne une des chapelles de l'église de S. Rocb. Le saint évêque tient à la main un simple bâton dont la sommité est recourbée. C'est, là pour ainsi parler, le premier rudiment de la crosse pastorale. S. Denys a été reproduit très-fréquemment, sous toutes les formes possibles de l'art iconographique.

Le 18 octobre, fête de S. Luc, évangéliste. Il a été déjà parlé des animaux emblématiques. S. Luc est symbolisé par un veau. Celui-ci s'est métamorphosé en bœuf ou taureau armé de grandes cornes, dans des miliers de productions graphiques de toute nature. On peut cependant placer an- }H^s de S. Luc un taureau ailé. Il est figuré écrivant son Evangile sur des tablettes ou bien dans un livre roulé ^In roiuhj. On lui donne aussi quelquefois la robe de médecin et, en ce cas, la pièce dans laquelle on le figure est garnie d'une sorte de pharmacopée. L'art médical le prend pour son patron et à très-juste titre , car cet évangéliste est qualifié de médecin dans les épitres de S. Paul dont il fut l'assidu compagnon. A leur tour, les peintres revendiquent son patronage, mais Paquot leur en fait un blâme qu'ils

ne méritent pas. Le premier auteur qui ait parlé de S. Luc comme peintre est Théodore le lecteur, au Vie siècle. Celle date est certainement respectable par sou antiquité, mais Théodore ne faisait que consigner dans ses écrits la tradition parvenue jusqu'à lui. Cet écrivain nous apprend qn*on envojra de Jérusalem à Timpéralrice Pulchérie un portrait de la sainte Vierge peint par S. Luc et que cette princesse le plaça dans une église qu'elle avait fait bâtir à Constantinopie. On a trouvé à Rome, dans un souterrain, près de TEglisc de Sainte-Marie in via laiâ une ancienne inscription où il est dit d'un portrait de la sainte Vierge que' c'est un des sept peints par S, Luc. Cest plus qu'il n'en faut pour autoriser les peintres à se placer sous le patronage de ce saint évangéliste. Quoique S. Luc exerçât la médecine , il pouvait en même temps être versé dans le noble art du dessin et de la peinture. Pourquoi donc ces deux professions seraient-elles exclusives l'une de l'autre?

Raphaël a peint pour la célèbre académie de Saint-Luc, à Rome, un tableau qui passe pour le quatrième des sept chefs-d'œuvre qu'on admire. Il y a Gguré cet évangéliste faisant le portrait de la sainte Vierge;

Sainte Ursule est honorée le 21 octobre. Une interminable discussion a été soulevée sur cette sainte martyre et principalement sur les onze mille vierges dont on prétend quelle était accompagnée et qui partagèrent avec elle la gloire du martyre. Il y a lieu de s'étonner que Holanus et Paquot n'aient pas dit un mot sur ces vierges qui sont principalement honorées sur les bords du Rhin , dans une contrée limitrophe de la patrie de ces deux iconographes. L'histoire raconte qu'à l'époque où les Saxons payens ravageaient toute l'Angleterre, Ursule, fille de Dionoc, roi de Cornouailles, s'empressa de quitter sa malheureuse patrie, avec un grand nombre de jeunes vierges, pour aller chercher un refuge dans la Gaule Relgique, mais que cette terre fut aussi inhospitalière à ces vierges chrétiennes qui y reçurent la couronne du martyre, non loin de la ville de Cologne. On croit pouvoir placer ce fait en 453.

Le moine Wandelbcrt qui , en 850 , composa un poème

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sur ces vierges, en porte le nombre à mille. Il est permis de voir ici une de ces hyperboles si familières à la poérie, dans tous les temps. Evidemment ce chiffre n'est là que pour eicprimer un nombre considérable. Sigebert, un autre moine qui écrivait dans les premières années du Xlle siècle , articule le chiffre de onze mille. Le nombre est plus que décuplé. Wandclbert, comme on voit, est beaucoup plus modeste dans sa poétique exagération. Plusieurs critiques ont pensé que Terreur provenait du nom de Vunique compagne d'Ursule et cette compagne se serait appelée Ûn^ decimilla. Ceci est une puérilité qui n'est pas digne de réfutation; la vierge onze mille!.. Enfin d'autres auteurs plus sérieux attribuent l'erreur de Sigebert à l'abbréviaitoo XI. M. V. où l'on a cru voir Undecim milita virginum au lieu de Undecim martyres virgines ; onze raille vierges au lieu de onze martyres vierges. Ceci semble approcher de la vérité , quoique l'on ne puisse y voir qu'une raisonnable présomption.

Mais, d'antre part, il est certain que la ville de Cologne montre une châsse immense en une infinité de compartiments oii se voient des tètes en un nombre extrêmement considérable et que l'on croit très-fermement èlre les chefs de sainte Ursule et de ses onze mille compagnes. On assure que ces reliques furent portées à Cologne, après le martyre des saintes et qu'on y édifia, pour les recevoir, l'église où elles sont vénérées. Dès l'année 643, sous le pontificat de S. Cunibert, cette église, à ce qu'on assure, était un lieu de pèlerinage très-célèbre. Si l'on veut s'en rapporter à l'opinion populaire très-formellenent prononcée à Cologne, on ne pourra se dispenser de considérer cette innombrable quantité de têtes comme celles des onze mille vierges. Ce prodigieux reliquaire semble protester contre l'incrédulité la plus décidée et défier la plus sévère critique. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans, le fond do la question. Nous nous contentons d'exposer les faits. Nous disons seulement que l'Eglise n'interdit point aux artistes de se conformer à la légende de Sigebert.

[-.e peintre lorrain Claude Gelée a représenté l'embarque-

ment de celle cohorte virginale. Il a groupé sur le bord de la mer un Irès-grand nombre de figures j, dans les allilades les plus variées. Sainle Ursule est au milieu de quelqueunes de ces vierges et la plus rapjpjrochée des nombreuses l)arques qui viennent les prendre. Elle a une couronne sur la télé et à ses côlés flotte une bannière où la croix est empreinte. Le port est embelli de magniGques édifices, tels, sans dottle, que n'en possédait pas à cette époque File d'Albion. Mais du moins ils font honneur, par rillusion de la perspective , au talent de Tarliste.

La fameuse Société de Sorbonne était placée sous Tinvocatiou de sainle Ursule. Adrien de Valois disait , à cet égard : « Je ne comprends pas comment les docteurs de » Sorbonne, parmi lesquels il j a tant d'babiles gens, ont » bien voulu laisser pour patronnes tutélaircs de leur église » cette troupe de saintes de contrebande, pendant qu'ils » en avaient à choisir tant d'autres de bon aloj. o /^Valesianaj. Cet écrivain aurait dû reconaattre que le culte de sainte Ursule, vierge martyre, ne se lie pas nécessairement à celui des onze mille autres vierges ses compagnes. L'Eglise, dans son office, nomme simplement sainte Ursule et ses compagnes. Elle garde le silence sur le nombre de ces dernières. On sait qu'il existe, sous le patronage de cette sainte, un ordre religieux qui se dévoue à l'éducation des jeunes filles. Leur premier établissement à Paris date de

Le 28 de ce mois et consacré à la mémoire de SS. Simon et Jude. L'Eglise a uni en cette seule solennité la fête de ces deux apôtres. La tradition nous apprend que le premier subit un horrible supplice, que son corps fut partagé en deux par une scie. Quant à S. Jude, qu'on appelle aussi Thadée, la même tradition nous dit qu'il fut décapité par la hache. On ne cite aucun tableau de premier ordre qui retrace le martyre de ces deux saints. Seiilement il existe divers tableaux qui figurent S. Simon tenant en main une scie. C'est ainsi qu'il est représenté par Raphaël. Un peintre de Bolo* gne nommé Galatisia-fides lui a mis en main une palme, mais ceci ne caractérise pas suffisamment cet apôtre.

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Quant à s. Jude.. on l'a peint de diverses manières , tenant une hache, une éqaerre, un bâton, une scie. M. Guénehaut, auteur d'un dictionnaire iconographique, dit que cet apôtre est figuré décapité par le moyen d'une guillotine... Ce dernier tableau est du XYIe siècle et signé Hathœus. On croit que 'ce genre de décapitation remonte au XlIIe siècle. H nest pas moins certain, en admettant ce dernier fait, que la décollation de S. Jude par une guillotine est un ridicule anachronisme.

L'attribut le plus authentique à donner à cet apAtre est incontestablement une hache. Si l'on veut représenter son martyre , c'est avec cet instrument de mort.

Comme la feslivité de ces deux apôtres est unie, ainsi qu'il a été dit, il est aisé de les représenter ensemble avec les deux attributs qui leur sont ordinairement donnés.

Le dernier jour d'octobre est consacré à la mémoire de S. Quentin. Molanus dit qu on le représente ordinairement en diacre. Il fait remarquer très^agement qu'en ceci les peintres ne font que se copier mutuellement, sans avoir soin de s enquérir de la vérité. Cette observation a été suggérée à notre auteur par S. Basile qui dit, dans son homélie 19e, que les peintres font des images avec des images. Il n'est pas possible de méconnaître la vérité de cette assertion. Quelques auteurs font de S. Quentin un évéque. Sa vie, dans Godescard, ne dit absolument rien sur la qualité de ce saint. H est seulement certain qu'il vint de Rome, où son père était sénateur, pour évangéliser le nord de la France, dans la partie où se trouvent les villes d'Amiens, de Noyon et Soissons. Il souffrit le martyre en 287, auprès de la ville qui portait le nom de Augusixi Veromanduorum et qu'on nomme aujourd'hui Saint-Quentin. Malgré le silence de Godescard , sur la qualité de ce martyr, il nous semble très-probable qu'il était ravétu du caractère épiscopal, car ordinairement ces' missions étaient confiées à des évéques. Dans l'office particulier de ce saint, pour l'ancienne abbaye royale de S. Quentin, Thymne de Matines lui donne le titre de chef et de conducteur du troupeau Dux gregis et caput, ce qui surtout, à celte époque, ne

pouvait s'appliquer qu*à uq évéque. Il est vrai que celle hymne très-moderne ne saurait être d'une autorité décisive dans cotte question. Nous croyons donc que Tartisle peut se contenter de copier les tableaux anciens où S. Quenlia est figuré en diacre et la palme à la main ^ pourvu toutefois que ceci ne le fasse pas confondre avec les SS. martyrs Etienne, Laurent et Vincent. S. Quentin subit un affreux martyre. On le battit d'abord cruellement. Puis on le tira sur le chevalet avec des poulies, au point que ses os furent disloqués. On lui versa sur le dos de la poix et de rbuile fondues. On lui appliqua des torches ardentes sur les cAtés. Après qu'il eût été transporté d'Amiens à la ville des Véromanduens , Rictius-Varus , vulgairement nommé Rietiovare, fit percer le martyr, depuis le cou jusqu'aux cuisses avec deux broches de fer ; lui fit enfoncer des clous entre les ongles et la chair, et même jusque dans la cervelle. Enfin il ordonna qu'on lui coupât la tête, ce qui eut lieu, le 31 octobre de la dite année 287.

A S. Quentin, nous joignons le saint évéque de Ratisbonne, Wolfgand ou Wolgang, qui est honoré le même jour. U vivait au Xe siècle. On le figure tenant une église de la main gauche , et une hache de la droite. Le premier attribut est une église conventuelle qu'il édifia. Le second rapelle le zèle de S. Wolgang k détruire les abus qui s'étaient introduits dans le monastère de S. Emmeran.

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